«« Jacques Parizeau

Monsieur

Il y a des gens qui savent partir

Clinton Archibald

LeDroit 20 avril 1999


Éditorial - Quand il était premier ministre du Québec, et même avant, lorsqu'il agissait comme grand trésorier de la Belle Province (titre qu'il préférait à celui de ministre des Finances), Jacques Parizeau aimait que les journalistes s'adressent à lui en suivant un certain protocole. Avant de poser des questions, ils devaient dire «monsieur», avec la plus grande déférence. On présume qu'il voulait faire croire qu'il était le seul monsieur du coin, ou même de la planète.

Rien ne servirait de palabrer ad nauseam sur le style de l'ex-chef des troupes péquistes, l'un des grands mandarins du pouvoir québécois durant la Révolution tranquille et l'un de ses serviteurs les plus fidèles. Le peuple (son peuple, dirait-il, avec son air habituel) n'a pas oublié. Mais c'était hier.

Au cours du dernier week-end, participant à un Conseil général du Bloc québécois à Rivière-du-Loup, il a pris beaucoup de place. Mais si c'est cela que les troupes souverainistes à Ottawa veulent, puisqu'elles l'ont chargé de «ressourcer la notion de souveraineté», elles doivent aussi en porter, avec lui, tout autant les mérites qui peuvent en découler que les impairs qu'il commet à l'occasion. Et les conséquences qui suivront.

Les délibérations du Bloc ont porté sur quatre grands thèmes: le partenariat, la mondialisation, la défense des intérêts des Québécois et la citoyenneté québécoise. Quatre sujets assez importants pour susciter des débats musclés, intéressants, provocants. Il faut féliciter le chef Gilles Duceppe pour ne pas avoir peur de prendre le taureau par les cornes et de chercher, par la maïeutique, à faire accoucher le Bloc d'un programme enfin cohérent. Un tel aboutissement pourrait aider son grand frère de la Vieille Capitale à avoir enfin une plateforme électorale claire, des prises de position attirantes sur l'aménagement sociétal désiré, comme au temps des plus beaux programmes du PQ, ainsi que des réponses limpides aux demandes de définitions importantes, comme celles portant sur la citoyenneté.

Jacques Parizeau, menant le «chantier» sur la mondialisation, n'a pas manqué de prendre les devants et de vouloir assumer un leadership moral qu'il n'a plus. La mondialisation a maintenant prouvé que les Québécois sont meilleurs, dit-il. Si nous adoptions la monnaie américaine, au lieu du dollar canadien, advenant l'indépendance, nous serions en bien meilleure posture. On croirait entendre le capitaine Bonhomme. Non pas que l'idée soit saugrenue. Mais l'ex-premier ministre a changé tellement de fois d'avis sur la question de la monnaie à adopter, qu'on ne sait plus trop à quelle auberge il couche.

Même chose pour son incartade dans la recherche d'une réponse à la question: qui est québécois? Il répond d'abord, de son air pompeux habituel, que c'est un débat intéressant. Et qu'il est peut-être temps de le faire aboutir. Et les participants au congrès, après des tergiversations et des atermoiements naturels, ont cherché à y mettre un point final. La conclusion? Est québécois(e) toute personne qui réside au Québec. M. Parizeau a un peu aidé ce dénouement en affirmant que la thèse des deux peuples fondateurs n'avait plus de fondement. Ni juridiquement. Ni politiquement. Il aurait dû nous le dire avant. Cela nous aurait évité les problèmes qu'on a eus à interpréter sa boutade déplacée, un certain soir d'octobre 1995.

SA boutade, justement. Il fait la moue, s'irrite, s'emporte même qu'on ait encore le culot de lui demander s'il se repentait d'avoir prononcé les malheureux mots, «l'argent et le vote ethnique». Selon lui, ce n'était qu'une explication. Et il en a déjà suffisamment parlé depuis quatre ans. Vraiment?

(...)