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«La conciliation famille-travail : un projet de société»

LA PRESSE 13 mars 2003


Voici le discours prononcé par Bernard Landry à Montréal, le 13 mars 2003.
(La version lue fait foi)

«Les derniers mois m'ont amené à visiter plusieurs régions du Québec. Ce fut aussi le cas pour la ministre d'État à la Famille et à l'Enfance, Linda Goupil, qui s'est donné la mission d'entendre ce que les Québécoises et les Québécois ont à dire sur la conciliation famille-travail. Les témoignages sont nombreux et éloquents. Combien de jeunes parents nous ont dit que le temps leur manque. Qu'entre le travail, les courses et tout le reste, ils voient à peine leurs enfants grandir.

Le Québec est déjà un modèle avec sa politique familiale parmi les plus progressistes au monde et son soutien à la famille le plus généreux d'Amérique du Nord. Il reste, à mes yeux et aux yeux du Parti Québécois, une autre grande étape à franchir pour donner aux familles et aux enfants toute la place qui leur revient dans notre société. Il faut mieux organiser notre société pour permettre aux membres d'une même famille de passer plus de temps ensemble.

La conciliation famille-travail, telle que nous la proposons, est un véritable projet de société. Elle témoigne bien de la générosité du Québec, qui a à cœur la qualité de vie des familles, et de sa clairvoyance, car il connaît l'importance de soutenir et d'accompagner les jeunes parents. Mais surtout, la conciliation famille-travail représente le plus grand changement social que le Québec ait connu depuis la Révolution tranquille. Après l'État-providence, nous pourrions parler de la famille-providence, où parents et enfants disposent de tous les moyens et de tout le temps dont ils ont besoin pour mieux grandir ensemble.

Je parle de ces questions bien sûr en tant que chef de gouvernement, mais aussi en tant que père et grand-père. J'en parle après m'en être ouvert à des collègues et après avoir entendu tant de parents qui vivent ces réalités. Le Parti Québécois fera preuve d'une volonté inébranlable pour faire du Québec un environnement idéal non seulement pour élever une famille, mais pour mener une vie de famille. Les exigences de la vie professionnelles et de les responsabilités familiales peuvent être compatibles si l'on se donne la peine d‘oser, de faire preuve d'audace.

C'est non seulement possible mais nécessaire, et le Parti Québécois propose un échéancier précis qui lui permettra d'agir dès après l'élection, à la reprise des travaux parlementaires. Mon équipe déposera alors une loi-cadre sur la conciliation famille-travail. Les mesures qui seront mises en œuvre nous permettront d'agir sur tous les fronts.

D'abord, les services de garde éducatifs, mieux connus comme les « garderies à 5 $ », seront mieux adaptés aux besoins des parents et aux nouvelles exigences du marché du travail. De plus longues heures d'ouverture et un horaire plus flexible, incluant le soir et la fin de semaine, permettront à tous les parents, qu'ils travaillent à temps plein ou à temps partiel, qu'ils soient pigistes ou travailleurs atypiques, de faire garder leurs enfants en toute quiétude. Aussi, face au nombre croissant de parents qui désirent se prévaloir des services de garde éducatifs, 40 000 nouvelles places seront créées d'ici 2005, ce qui permettra de mieux répondre aux besoins de tous les parents.

Tous les choix sont légitimes et je vous laisse le soin de comparer ce plan de match à celui de nos adversaires. Mais à mon humble avis, il est permis de douter de la pertinence du plan de match libéral, qui consiste en un gel du budget dédié aux familles – ce qui se traduirait en un sous-financement sous l'effet de l'inflation. Quant à l'ADQ, son idée de bons de garde empruntée à la droite américaine mettrait en péril tout le réseau des centres de la petite enfance dont le Québec est si fier. Voulons-nous faire passer les lois du marchés avant le bien-être des familles et des enfants? Pour le Parti Québécois, il n'en est pas question. Pour nous, économie de marché, oui, société de marché, non.

Les congés parentaux sont une autre belle façon de concilier famille et travail. Il faut appuyer et mieux reconnaître les parents qui choisissent de s'occuper de leurs enfants à la maison. Le Parti Québécois s'engage à mettre en œuvre trois types de congés parentaux afin de mieux répondre aux besoins multiples des Québécoises et des Québécois :
• Le congé parental pour travailleuses et travailleurs autonomes, qui ne sont pas admissibles au régime fédéral actuellement (budget Marois);
• Le congé payé pour responsabilités parentales, destiné aux travailleuses et travailleurs régis par la Loi sur les normes du travail;
• Une troisième semaine de congés payés, qui profiterait grandement aux jeunes parents et qui constituerait une petite révolution culturelle pour le Québec. Car ailleurs, notamment en Europe, les travailleurs profitent parfois de trois, quatre, cinq semaines de congés payés chaque année.

Le Parti Québécois dit non au travail qui enchaîne les parents à leur téléphone cellulaire et à leur ordinateur. Il est temps pour toutes les familles de souffler un peu et de se donner du bon temps ensemble. C'est pourquoi il faut régorganiser nos horaires de travail en misant sur la flexibilité. Dès le 1er janvier 2004, un gouvernement du Parti Québécois offrira aux parents d'enfants de moins de 12 ans la semaine de travail de quatre jours. Ces parents pourront dorénavant réduire leur semaine de travail jusqu'à 20 % tout en conservant les avantages sociaux offerts aux travailleurs à temps plein. Les entreprises profiteront d'un programme de soutien qui leur permettra de s'adapter à ce changement. Et le Québec, encore une fois, fera figure de pionnier en consacrant cette mesure dans une loi, la première du genre en Amérique du Nord. Notre engagement est donc sans équivoque et il est clair aujourd'hui qu'un vote pour le Parti Québécois le 14 avril sera un vote pour la semaine de travail de quatre jours.

Certains parents doivent, en plus de leurs enfants, prendre soin de leur père, de leur mère, qui nécessitent parfois une attention particulière en raison de l'âge ou de la maladie. Ils deviennent alors des aidants naturels. La solidarité intergénérationnelle est une valeur chère à la société québécoise et le Parti Québécois entend en reconnaître toute l'importance. Ainsi, j'annonce aujourd'hui que les aidants naturels pourront aussi bénéficier de la semaine de quatre jours dès le 1er janvier 2004. Cette mesure vise à faire en sorte que les travailleuses et les travailleurs plus âgés puissent profiter d'horaires de travail plus flexibles qui leur permettront de travailler moins, mais plus longtemps.

Avec le temps, la retraite anticipée cédera peu à peu la place, chez ceux qui le désirent, à la retraite progressive. En réduisant leurs heures de travail, nos travailleuses et nos travailleurs plus âgés pourront jouer pleinement leur rôle d'aidant naturel et vivre une transition plus douce entre le travail et la retraite. Cette mesure, combinée au mentorat en milieu de travail, assurera aussi une transmission efficace du savoir-faire et de l'expertise à la relève. Le Québec pourra ainsi tirer le meilleur profit de l'expérience des travailleuses et travailleurs plus âgés.

L'école, qui est au centre de la vie de nos enfants, occupe beaucoup de place dans le quotidien des familles. À travers un horaire chargé, il reste souvent peu de temps aux parents pour guider les enfants dans leurs devoirs ou les accompagner dans leurs activités. Afin d'harmoniser l'horaire de l'école à celui des parents, le Parti Québécois s'engage à doter le Québec d'une véritable politique intégrée de l' « après-école » destinée aux élèves du primaire et axée sur trois volets : des activités parascolaires enrichissantes, des services de garde de qualité et l'aide aux devoirs.

• Pour ce qui est des activités parascolaires, j'annonce aujourd'hui que le programme Ça bouge après l'école, actuellement appliqué à l'école secondaire, sera élargi à l'école primaire pour que les plus jeunes profitent eux aussi d'une grande variété d'activités parascolaires.
• En ce qui a trait aux services de garde en milieu scolaire, j'annonce qu'ils seront dorénavant offerts gratuitement pendant la relâche scolaire.
• Un mot finalement sur l'aide aux devoirs, une mesure qui, rappelons-le, a été mise sur pied par le Parti Québécois dans le cadre du Fonds jeunesse. Nous voulons maintenant aller beaucoup plus loin en offrant gratuitement, à tous les parents qui en feront la demande, trois périodes hebdomadaires d'aide aux devoirs de 45 minutes. Combinée à l'ajout de deux heures d'enseignement supplémentaires par semaine, cette mesure améliorera de façon remarquable la qualité du temps de présence de nos enfants à l'école.

Un de mes collègues du Parti Québécois, Camil Bouchard, candidat dans le comté de Vachon, a déjà publié un éminent ouvrage intitulé « Un Québec est fou de ses enfants ». Oui, c'est vrai, nous sommes fous de nos enfants. Ils sont d'une richesse et d'un avenir si précieux pour notre société qu'il nous faut sans tarder le prouver et leur faire toute la place qui leur revient.

La conciliation famille-travail est un impératif, un devoir, un projet de société en harmonie parfaite avec nos valeurs les plus chères; un projet de société qui fait de l'amour de nos enfants notre priorité première; un projet de société qui me tient à cœur, que toutes les Québécoises et les Québécois ont à cœur et qui sera au cœur de l'action d'un gouvernement du Parti Québécois. C'est en soutenant mieux la famille que nous tendrons vers une société plus solidaire et plus humaine.

En votant pour le Parti Québécois le 14 avril prochain, les Québécoises et les Québécois qui désirent avoir des enfants n'auront plus à choisir entre travailler et réaliser ce rêve. Je le répète, le changement que nous proposons est ambitieux, mais il est à la hauteur de nos ambitions. Quand on ose, tout est possible.»