«« ADQ - la dette

Oui, c'est une priorité

La réduction de la dette est non seulement prioritaire, mais elle va obliger l'État à se réorganiser et à faire des choix sur ses dépenses publiques

Yvon Cyrenne
Proche conseiller de Mario Durnont, l'auteur est ex-membre de la Commission sur la fiscalité et le financement des services publics. Il est fiscaliste chez Raymond Chabot Grant Thornton.

LA PRESSE 3 mars 2003


À L'AUBE d'élections provinciales, plusieurs se posent la question à savoir si la réduction de la dette provinciale est une priorité, en sus de la santé, d'une réduction proportionnelle des dépenses publiques et du fardeau fiscal.

En 1996, alors que je siégeais à la Commission sur la fiscalité et le financement des services publics, nous avions recommandé, après un long débat, que le gouvernement du Québec s'attaque à la dette à compter du début de l'an 2000. Aujourd'hui, il y a une levée de boucliers sans précédent au niveau des organismes populaires et organismes de pression qui, de façon générale, s'opposent à la réduction de la dette provinciale, comme on en discute présentement sur la place publique.

Dans l'immédiat, toute réduction de cette dette, qui pour moi demeure une priorité, va forcément obliger l'État québécois à se réorganiser et à faire des choix sur ses dépenses publiques.

Il nous faut sortir du marasme dans lequel notre gouvernement nous a casés depuis deux ans selon une vieille devise, «Votre sang, notre courage» ; en d'autres mots, on dépense votre argent pour notre bénéfice.

Voici les raisons pour lesquelles la dette provinciale se doit de faire partie des priorités du gouvernement:

  • L'économiste bien connu Milton Friedman disait : «Quand on dépense l'argent des autres, on ne s'inquiète ni des montants ni de la façon de la dépenser.»

  • Un gouvernement dépensera autant que le système fiscal génère en revenus fiscaux plus tout montant qu'il croit que la population lui laissera emprunter sans lui enlever ses pouvoirs.

  • La priorité numéro un des Canadiens, selon un récent sondage, est de réduire leur dette personnelle. Pourquoi ne pas en faire une priorité au niveau de la dette provinciale ?

  • La dette de l'Alberta est la plus basse de toutes les provinces à 928 $ par habitant, celle de l'Ontario est de 10 014 $ et celle du Québec, la plus élevée, est de 18 245 $, selon le Dominion Bond Rating Service.

  • Le prochain budget nous réservera probablement des surprises au niveau de la dette qui, selon moi, augmentera entre 5 à 8 milliards qui se rajouteront aux 105 milliards de dettes du Québec. Il est possible que le Québec soit la seule province qui connaîtra une telle augmentation de sa dette.

  • Qui dit augmentation de la dette dit aussi déficit éventuel car, même comme le suggèrent certains organismes de pression de ne pas payer la dette (sic), il reste qu'il faut quand même en payer les intérêts. Le Québec n'est pas un village gaulois et ne détient pas la vérité. Si les autres provinces et le gouvernement fédéral ont choisi comme priorité de réduire leur dette, si l'accroissement de la dette réduit la marge de manoeuvre d'un gouvernement dans une période difficile, il n'est pas sage de continuer à la laisser grossir et de ne développer aucune stratégie pour la réduire.

  • La réduction de la dette publique rendra disponible plus de capital pour le secteur privé qui, lui, crée de vrais emplois et de la vraie richesse.

    En conclusion, je crois que les Québécois doivent se préoccuper et surtout se faire entendre au sujet de la priorité que devrait occuper la dette provinciale au lieu de laisser toute la place à ceux qui ont développé, avec notre argent, une dépendance auprès du gouvernement et craignent que tout gel ou réduction de la dette provinciale obligera le gouvernement à mieux contrôler ses dépenses.