«« géopolitique

Seuls les actes comptent

René-Marcel Sauvé
Géographe et auteur de Géopolitique et avenir du Québec
Laval, 3 juin 2000

Lettre publiée dans LeDevoir du 15 juin 2000




L'article de Benoît Pelletier publié dans Le Devoir du 2 juin m'incite à reprendre certains des éléments qui ont été abordés devant la Commission des institutions.

Le Parti libéral du Québec refuse d'appuyer le projet de loi n° 99 parce qu'il est susceptible d'affaiblir le Québec. En contrepartie, le 3 mai 2000, le même parti a présenté à l'Assemblée nationale une déclaration solennelle portant sur le droit des Québécois de décider de leur avenir: «En proposant cette déclaration, nous avons voulu étayer une position de force en faveur de l'affirmation efficace de nos droits, de même qu'accroître les possibilités que l'Assemblée nationale parvienne à un consensus honorable sur des questions que nous considérons fondamentales. »

Je m'objecte à cette prise de position qui n'aura nullement pour effet «d'étayer une position de force en faveur de l'affirmation efficace de nos droits», comme l'affirme Benoît Pelletier. La politique est affaire d'intérêts, de rapports de force et d'effectivité. Or le Québec est toujours une province inféodée au pouvoir centraliste et unitaire à Ottawa. Pourtant, le Québec a acquis la stature d'un État.

En position d'inféodation, on réclame des droits et on attend le bon plaisir des maîtres. Un Etat ne réclame pas de droits dans son domaine; il exerce ses pouvoirs et ses responsabilités avec un esprit de discernement axiomatique, ce que ne peut faire une province inféodée, qui ne peut réclamer et défendre ses droits que dans la mesure où elle se trouve préalablement en position de force, ce qui n'est pas le cas avec une déclaration solennelle.

Tant que les Québécois n'auront pas majoritairement décidé de reconnaître leur propre Etat, lequel existe déjà, ils devront continuer de se soumettre à la ligne de conduite dictée par Ottawa. Ce sont les actes qui comptent en politique, non les déclarations.