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«« géopolitique
Wanda de Dunajew, dans Vénus à la fourrure
Cest volontairement que Léopold von Sacher-Masoch sest institué esclave de sa maîtresse, dans la vie réelle comme dans le roman fictif. Il ny a pas de pire esclave que lesclave qui ne veut pas être libre, surtout lorsquil possède tous les moyens nécessaires pour se rendre maître chez lui. Sil ny avait pas tant desclaves volontaires, il ny aurait pas tant de « maîtres » non plus. Il suffirait dun geste pour abattre le « maître » mais lesclave est trop mystifié pour le poser. En toutes choses, il (ou elle) préfère sen remettre à « son bon maître(sic) », quitte à retourner son agressivité contre les autres esclaves, jusquà vouloir les anéantir si cétait possible. Ce comportement, individuel et collectif, comporte une dimension politique qui nous intéresse particulièrement et quon appelle inféodation.
LE SENS DE LINFÉODATION
En politique, linféodation, cest la soumission servile dun peuple envers un pouvoir étranger à ses préoccupations. Le terme inféodation date du Moyen Age et se rapporte à tout régime féodal, peu importe le temps et le lieu. Être inféodé, cest être en position de soumission devant des « maîtres » ou devant une puissance dont les intérêts sont opposés aux nôtres. Tout comme Sacher-Masoch fait dire à sa maîtresse, la population inféodée na pas de volonté propre. Vassalisée, elle fait ce quon lui dit de faire, sans réclamer de reconnaissance ou un statut quelconque par lequel son existence se manifesterait.
Une population inféodée na ni nom ni statut. Sa force de travail appartient aux maîtres, de même que son honneur. Elle na ni verbe ni acte et si doffice, elle se met à parler et à agir, les maîtres récupèrent les faits, gestes et paroles pour leur honneur à eux. Ne nous y trompons pas, une population inféodée ne souffre pas, à moins bien entendu de posséder un niveau de conscience élevé qui lui permet de se rendre compte de lignominie de son état. Au contraire, ce sont les « maîtres » qui souffrent les inféodés.
Les inféodés font toujours souffrir leurs supérieurs, rarement linverse. Cest pourquoi dans une relation maîtres inféodés, ce sont les maîtres qui souffrent, car labsence dintelligence de leurs vassaux leur causent de grandes tortures intellectuelles et mentales. Cest pourquoi Wanda de Dunajew dit à son esclave : « Je vous souffre à mes côtés », souffrance qui est à la fois un mépris, une haine et une tolérance. Mais lesclave ne voit ni sa propre turpitude ni la souffrance des maîtres. S il en avait conscience, il agirait pour sen libérer et libérer les « maîtres » du même coup.
Jamais les impériaux nont aimé, respecté ou toléré les populations inféodées, conquises ou colonisées. Lorsque les maîtres traitent bien leurs esclaves ou inféodés, selon le cas, cest par intérêt et aussi parce que les rapports de forces lexigent. Comme par exemple le Ghana en 1873, alors quune armée Ashanti a battu les Anglais. De même au Québec, à cause des conditions géographiques, historiques et ethnographiques expliquées dans Géopolitique et avenir du Québec. Sauf quavec le non de 1980 et 1995, les Québécois ont volontairement renoncé aux pouvoirs acquis, préférant la volonté anglaise et loyaliste à la leur. Cest volontairement quils ont accepté de se placer en position de faiblesse devant Vénus à la fourrure. Dans le roman de Léopold von Sacher-Masoch, cependant, Vénus est condamnée à mourir de froid, malgré ses fourrures. La question qui se pose : quelle est la nature de ce froid meurtrier?
AU CENTRE DU PROBLÈME : LA VOLONTÉ
En soi, linféodation nest un mal ou un bien que selon les circonstances. Pour un peuple ou une population arriérée au point dêtre incapable de se gouverner elle-même, linféodation est une nécessité. Elle peut même devenir un bienfait mais à la condition que le pouvoir inféodant (ou impérial si on veut) se donne la peine dinstruire et de former le peuple inféodé de manière à le rendre apte et capable de se prendre en charge et de se gouverner lui-même. Le temps nécessaire à cet effet peut dépasser deux siècles, car le développement matériel, la fondation des institutions, linstruction et la prise de conscience nécessaires à la souveraineté et à lÉtat sont des processus lents et laborieux.
Chez plusieurs États européens, cette période formative a requis entre douze, quinze et dix-huit siècles. Dans les Amériques, elle a été beaucoup plus rapide parce que les colons provenaient dÉtats déjà formés. Il est évident quon ne peut pas laisser à lui-même un peuple illettré et sans maturité, incapable dagir au sens fort du terme. Laptitude et la capacité dagir avec envergure, nous le savons, sappuie sur la compétence de la relation entre le peuple et ses dirigeants, lintégrité de tous les concernés, les moyens matériels et logistiques nécessaires à lÉtat et des formes constitutionnelles et juridiques convenables, reconnues par tous les concernés et faisant consensus, finalement, la VOLONTÉ de se prendre en charge et dagir en pleine conscience et responsabilité de ses pensées, paroles et actes collectifs.
Lorsque toutes les conditions matérielles nécessaires sont réunies, le défaut de VOLONTÉ, par faiblesse, manque dintelligence, conditionnement psychologique, comportement pathologique, défaillance ou ignorance, est un facteur majeur dinféodation dun individu par un autre, dune société par une autre.
Dans ce cas, linféodé, individu ou collectivité, na aucune volonté propre et ne vit que par la volonté de quelquun dautre. Cest dans cette veine que lhéroïne de Sacher-Masoch déclare : « Hormis la mienne, vous navez pas de volonté. » En régime impérial, les peuples dominés nont pas de volonté autre que la volonté impériale et souveraine des maîtres, à qui tout appartient : sang, esprit, puissance de travail des populations soumises et serviles.
Le territoire sur lequel vit le peuple inféodé appartient aux maîtres et à personne dautre. Par exemple : tous les peuples qui ont vécu sous lEmpire britannique et par conséquent sous domination anglaise ont été et demeurent dépossédés du territoire quils occupent depuis parfois longtemps, territoire quils ont mis en valeur au prix dun travail ardu et prolongé pendant plusieurs siècles.
Le peuple dominé na aucun statut, ce qui veut dire que ses investissements dans la mise en valeur du territoire ne sont pas reconnus. Même chez lui, il demeure un apatride, égal à tous les immigrés de fraîche date. Il nest pas question de lui reconnaître une volonté collective puisquil nest quun individu seul et sans appartenance à aucun peuple (cest ce que font les suppôts dOttawa). Cette absence de liens collectifs est recherchée par les impériaux qui ont intérêt à senrichir au détriment des populations inféodées, soumises et dépourvues de jugement critique, comme daptitude et de capacité à laction collective, alors quune conscience et une volonté collectives feraient toute la différence.
VOLONTÉ DOTTAWA VS VOLONTÉ QUÉBÉCOISE
Deux volontés saffrontent dans le Québec actuel : dune part, la volonté impériale, unitaire, arbitraire, centraliste et inféodante dOttawa. De lautre, la volonté nationale et libératrice qui a pris naissance au Québec à lintérieur dun mouvement suivant un processus interne sui generis et dont la croissance en force augmente lentement et continuellement, suivant des lois naturelles expliquées antérieurement.(cf. Géopolitique et avenir du Québec. Guérin. 1994) Ces deux volontés sont irréconciliables. Ottawa est absolument déterminé à inféoder à tout prix le Québec et les Québécois et prend tous les moyens pour y arriver.
Dabord leuphémisme, ou mensonge pieux. En effet, les « Pères de la Confédération »(sic) ont proposé au Québec et à toute lAmérique Britannique du Nord un « pacte confédératif (resic) », alors quen tête, ils pensaient centralisme étatique et inféodation absolue du Québec, avec fossilisation définitive de sa population de colons de Nouvelle France restés sur place et quil nétait pas possible de déporter comme les Acadiens entre 1755 et 1760, population inféodée à lAngleterre et que les « maîtres » anglais ont été obligés de souffrir. Ce que laction militaire ne pouvait réussir, la loi du nombre, ou loi de la pesanteur, en viendrai à bout, par la simple mise en minorité de la population de langue et dhéritage français. La tâche serait dautant plus facile que cette population était concentrée au complet dans la vallée du Saint-Laurent autour de Québec, Trois Rivières et Montréal.
Quelle belle trouvaille politique et quelle intelligence extraordinaire il fallait avoir pour y penser! Il suffit de dire CONFÉDÉRATION et faire le contraire. Comme la Russie et la Yougoslavie avec ses États membres. Une authentique Confédération est une union dÉtats souverains. Donc, en partant, en proposant une Confédération au Québec, les « Pères fondateurs » proposaient la souveraineté, non seulement aux colons de Nouvelle France restés sur place mais à toutes les autres provinces de lAmérique Britannique du Nord. À Ottawa, on est sûr et certain que tout le monde la cru et le croit encore, puisque très peu dindividus connaissent la différence entre un régime et un autre. Léducation universitaire fausse aidant, les mots sur papier nont quun sens fictif.
Le langage et les principes universels de laction sont inconnus chez les inféodés. Les connaissances réelles qui pourraient surgir dans les programmes sont enlevées et remplacées par des termes prosaïques et inoffensifs pour le régime en place, un langage « plein de bon sens » et qui ne veut rien dire. Tu ne dois rien savoir, explique Alice Miller, la célèbre psychanalyste suisse alémanique dans un de ses ouvrages. Lhéroïne de Vénus à la fourrure en affirme autant. Le savoir nécessaire pour quun peuple se prenne en charge et se gouverne lui-même nappartient ni à lesclave, ni aux peuples inféodés. Il nappartient quaux « maîtres », qui le gardent pour eux-mêmes, sachant que le savoir est une force et lignorance une faiblesse. De plus, à moins dune grâce divine exceptionnelle, lignorant na pas de volonté propre, puisque la volonté appartient au domaine de la détermination consciente.
VERS LA POSITION DE FORCE
Au cours des années qui suivirent ladoption du « Pacte Confédératif », Ottawa prépara deux coups majeurs : la prise en charge de la fiscalité, qui appartenait aux provinces, et la prise en charges quasi absolue des communications. La première et la seconde Guerre mondiale fournirent à Ottawa les prétextes nécessaires pour justifier des usurpations de pouvoirs au nom de la « National Security . »
Piètres excuses puisque ni Ottawa ni le Québec ne risquaient le moindre danger pendant ces deux guerres.
La raison est simple : le Canada, qui est un véritable continent à part au nord des Amériques, est une des régions les plus difficilement accessibles au monde. La preuve en est fournie par le fait que la colonisation du Québec et des régions naturelles du Canada sest réalisée très en retard par rapport aux autres régions du monde.
Le centre de gravité du Québec, constitué par les basses terres du Saint-Laurent, est situé à 1600 kilomètres de distance de locéan. Le Golfe et le Fleuve sont remplis dobstacles majeurs à la navigation maritime et il aurait suffi denlever ou de déplacer les balises pour interdire à une flotte de guerre telle la Kriegsmarine de pénétrer dans le Saint-Laurent. Et pour faire quoi au juste? Pour prendre les richesses naturelles de laxe du Saint Laurent? Elles sont très difficilement accessibles et une foule de grosses entreprises y ont englouti des fortunes à tenter de les exploiter. Les Allemands avaient dautres chats à fouetter que de se préoccuper du Québec et du Canada. Certes, ils ont envoyé deux ou trois sous-marins dans le Golfe, mais cétait parce que le Canada fournissait des armes, des munitions, des fournitures et des vivres à lAngleterre. Si le gouvernement dOttawa avait choisi la neutralité afin de prendre à sa charge tous les prisonniers de guerre et tous les réfugiés quon pouvait transporter, la situation aurait été très différente mais on ne demande pas à Ottawa de telles tâches humanitaires lorsque son pouvoir est une fin absolue en elle-même et quil ny a nul prestige politique à se montrer humain.
Le « National Security » nétait quune excuse pour saisir plus de pouvoirs en faveur de lÉtat centraliste et unitaire dOttawa. Si Ottawa se comporte comme Vénus à la fourrure, cest parce que personne ne sy oppose dans le Canada. Seul le Québec sy oppose mais manque de cohésion nécessaire à laction efficace à court terme et effective à long terme. La position de force dOttawa est entièrement fondée sur la faiblesse des provinces qui y consentent et se font elles-mêmes les esclaves volontaires du pouvoir centraliste unitaire et arbitraire. Mais les provinces navaient pas et nont toujours pas darmées pour se défendre et simposer alors quOttawa dispose de toutes les forces armées. Cette situation va bientôt changer. En attendant, Vénus à la fourrure va encore imposer sa loi à ses vassaux soumis.
LE POUVOIR EST COMPLÈTEMENT DANS SES COMMUNICATIONS
En proposant la construction du chemin de fer et des lignes télégraphiques comme prétexte pour centraliser le pouvoir, Ottawa sassurait de sa pérennité, du moins tant que le chemin de fer et les lignes télégraphiques demeureront les deux principaux moyens de communications transcontinentaux. Avec larrivée de la deuxième Guerre mondiale, Ottawa sest emparé de toutes les communications électroniques, histoire de contrôler en sa faveur tous les communiqués officiels. Il n y eût depuis ce moment quun seul message de la pensée unique inféodante. Qui contrôle la fiscalité et les communications électroniques tient solidement le pouvoir en mains, du moins pendant un certain temps.
Est-il surprenant de constater quun seul parti politique a tenu presque tout le temps le pouvoir à Ottawa depuis la seconde Guerre mondiale. Avec la maîtrise quasi absolue sur la propagande, on peut contrôler une population avec autant defficacité quune dictature militaire, sinon davantage puisque personne, ou presque, noffre la moindre résistance, exception faite des couches les plus instruites, les plus critiques et les moins influençables dune population donnée. Dans ce dernier cas, il suffit de surtaxer et surimposer ces classes moyennes trop conscientes pour le régime. Tous les régimes arbitraires cherchent à détruire ou réduire les classes moyennes à limpuissance, car ce sont les classes moyennes qui font les révolutions. Les nantis refusent par intérêt et les pauvres en sont incapables. Aux classes moyennes, donc, on enlève les moyens dagir et le tour est joué. Bravo pour le pouvoir perpétuel et que les inféodés continuent de plier devant Vénus.
« Tout cela mappartient, dit Vénus à la fourrure. » On est porté à croire quil ne sagit que de rapports individuels mais la portée des termes est trop considérable pour naffecter que les individus. En pratique, Léopold von Sacher-Masoch a tenté de faire lexpérience de lesclavage volontaire avec sa maîtresse et lexpérience a échoué. La maîtresse, qui ne pouvait tolérer ce rôle, la quitté pour un autre homme.
Le langage du roman trouverait davantage sa place en politique de domination, celle qui implique la soumission servile de peuples entiers à un pouvoir unitaire et inféodant, ceci jusquà ce que des prises de consciences finissent par engendrer les révoltes, les insurrections véritables (non pas appréhendées, comme celle de la Crise dOctobre de 1970 au Québec, tel que perçu par des politiciens ignorants comme des mules), suivies de révolutions qui changent lordre établi en un nouvel ordre. A qui donc appartient le sang, lesprit, la force de travail et lhonneur dun peuple inféodé, sinon à ses « maîtres. »
Dabord le sang, ce qui dans ce cas veut dire le droit dentreprendre une guerre contre un autre État.
Le peuple inféodé et servilement soumis verse son sang pour ses seigneurs sans poser de questions au sujet de la justification dune telle guerre. Est-ce quon nous a consultés, nous, Québécois, avant denvoyer un contingent combattre les Boers en Afrique du Sud au début du Vingtième siècle? Est-ce quon nous a consultés avant de sengager à fond de train dans la première Guerre mondiale? - dans la Seconde? - dans la guerre de Corée? Notre opinion nexiste pas pour le pouvoir existant. Pourtant, en 1939, la Finlande ne sest pas engagée dans une guerre contre la Russie sans le consentement du peuple finlandais et encore, il a fallu respecter les conditions imposées par les combattants de la défense finlandaise, des citoyens soldats syndiqués comme leurs voisins de Suède.
Au Québec, on ne sait pas quil existe des armées syndiquées qui ne feront pas la grève lorsque viendra lheure de se porter à la défense de la patrie. Oui, cest bien de cela quil sagit : des soldats syndiqués. Les Suédois, les Danois, et les Norvégiens ont des syndicats militaires depuis les débuts du dernier siècle. Les Hollandais sont syndiqués depuis la fin de la seconde Guerre mondiale et aussi les Allemands, qui veulent éviter de retomber sous régime arbitraire comme à lépoque nazie alors que les soldats devaient se précipiter au combat sans avoir à juger par eux-mêmes si une telle participation était justifiée ou non. Leur sang ne leur appartenait pas mais à présent, leur sang leur appartient. De même pour la Finlande, dont ladministration logistique fut tellement efficace quen dépit des attaques russes, tous les Finlandais étaient bien nourris et habillés contre le froid dun hiver au cours duquel la température peut descendre à -60 degrés C. Résultat : la Finlande, qui navait à cette époque que quatre millions dhabitants, contre les deux cents millions de lURSS, dont quatre-vingt millions de Russes, sest battue avec une incroyable efficacité et a conservé la majeure partie de son territoire en dépit des pertes.
A la bataille de Suomussalmi entre le 20 et 24 décembre 1939, la défense finlandaise a infligé à larmée russe une des pertes les plus humiliantes de son histoire. Jamais au cours de lHistoire, un si petit peuple navait infligé à une aussi grosse puissance une telle perte (exception peut-être de la bataille de Cannes en juillet 216 av. J.C. alors quHannibal écrasa une armée romaine de beaucoup supérieure à la sienne). Dans le cas de la Finlande, le sang des Finlandais na pas coulé sur ordre dun pouvoir putassier que décrit louvrage de Sacher-Masoch mais par une décision libre et utile pour toute la population de Finlande. Aujourdhui, la Finlande, dont la population dépasse à peine cinq millions dhabitants, avec un territoire de 340,000 kilomètres carrés (Québec : 1,600,000 kilomètres carrés) est réputée comme le pays le mieux gouverné et administré au monde, suivie de près par la Suède, indépendante, libre et inféodée à personne, comme la Finlande. De telles réussites en matière dÉtat ne peuvent se réaliser que chez les peuples libres de domination et dont personne ne peut dire : « Votre sang mappartient. »
« Votre esprit mappartient » veut dire que la langue que vous parlez mappartient, vos connaissances mappartiennent et vos actes mappartiennent aussi de sorte que vous ne pouvez vous réclamer de rien.
Nest-ce pas le comportement dOttawa au Québec? Notre langue maternelle, la langue française, qui est pour nous langue de la culture et de lÉtat, a été prise en charge par Ottawa, qui en a fait une « langue officielle », non pas une langue nationale; cest langlais et seulement langlais qui est langue nationale au Canada, langue nationale au Québec puisque le Québec est inféodé à Ottawa. Le français langue officielle veut dire la langue quon peut mettre sur les paperasses du gouvernement, langue que personne nest obligé de lire puisque langlais y est toujours présent, sous prétexte de « bilinguisme ». Résultat : la qualité de notre français se dégrade, puisque nous flottons entre deux langues et nen connaissons aucune.
Ottawa récupère tout ce qui peut dégrader lesprit afin que tous se soumettent inconditionnellement. Comme certains médias du Québec présentement contrôlés par des amis du pouvoir centraliste dOttawa, qui répandent de linformation biaisée avec pour objectif de conditionner les segments les plus vulnérables de la population du Québec. Depuis 1995, des journalistes et des intellectuels soudoyés, de concert avec la télévision détat, se livrent a des attaques sans précédent contre la conscience identitaire du peuple Québécois. Essentiellement, il sagit de traiter le peuple Québécois comme sil nexistait pas. Qui peut garantir que des images et des sons subliminaux ne sont pas utilisés par ces médias pour mieux faire entrer dans linconscient collectif des Québécois un message simpliste et unidimensionnel de la réalité politique réduite à la seule dimension du fédéralisme centraliste et unitaire? Le but est toujours le même : la fossilisation de notre peuple. Ottawa pourra dire avec raison : « Votre esprit mappartient et comme il ne vous reste plus rien, vous nêtes rien. »
En service dans lArmée canadienne pendant 28 ans et envoyé fréquemment à létranger, jai entendu dire aux étrangers dans les ambassades du Canada des paroles du genre : « Some people still speak French in Canada , » sur un ton qui semblait dire : « Il y a encore des gens qui souffrent de la peste au Canada . » Après 1967, le ton avait un peu changé, mais à propos du Québec, on pouvait entendre dire : « Lots of people speak French there, » comme pour suggérer quil nest pas nécessaire de se préoccuper dapprendre le français puisque ce nest pas tout le monde au Québec qui le parle, y compris bien sûr des Québécois « de souche » qui préfèrent la langue de Vénus et se laissent dire que rien ne leur appartient. Voilà ce que beaucoup de psychiatres et psychanalystes veulent dire lorsquils parlent de sado-masochisme.
« Votre puissance de travail mappartient » est facile à interpréter. Nous, Québécois, navons aucun pouvoir sur notre propre économie, qui appartient à Ottawa, avec la complicité de Québécois perfides qui prennent un plaisir cynique à travailler à soumettre notre peuple. Notre puissance de travail et le travail que nous accomplissons depuis cinq siècles ne nous appartiennent pas et nous nen avons aucun mérite. Il ny a rien qui ait été accompli au Québec par les Québécois. Tout le travail appartient à Ottawa et devient par le fait même du « good canadian work ». À Ottawa, on est sûr et certain que tout le monde ou presque va approuver cette politique du « beau et grand Canada » gouverné de haut par toutes les Vénus à la fourrure qui accaparent le sang, lhonneur, la force de travail et lesprit sans avoir fait quoi que ce soit pour sattribuer tous ces statuts.
Ottawa na rien à faire, seulement ramasser agressivement largent, exercer un pouvoir quasi absolu en matière de communications, redistribuer une partie de cet argent selon son bon plaisir, comme faisaient les monarques absolus, veiller au grain et garder une police, une armée et un service secret en cas de besoin, ramasser tous les honneurs et sattribuer toutes les lucidités, au nom du « beau et grand Canada », dans lequel le Québec na ni verbe ni acte. Comme quoi Léopold Sacher-Masoch na rien inventé. Il a seulement dit ce qui était là et lest encore.
« Votre honneur mappartient » est facile à comprendre. Prenons un exemple récent, celui de la statue dédiée à Maurice Richard pour ses impressionnantes contributions sportives. Ottawa sest empressé de semparer du symbole que trop de Québécois considèrent comme le leur afin den faire un symbole « canadian » qui ignore la spécificité québécoise. Non, Maurice Richard nest pas un Québécois mais un « Canadian » et son honneur nappartient nullement au Québec mais à Ottawa. De même dans les autres prouesses sportives accomplies par des Québécois et Québécoises. Sitôt quil y a réussite passible dêtre internationalement reconnue, elle est récupérée par Ottawa et devient a « Canadian success story . » Le Québec nest alors plus reconnu. Il nexiste simplement pas et que personne au Québec nose dire que telle ou telle vedette est Québécoise. Lhonneur du Québec nappartient pas aux Québécois. De même pour les grands succès littéraires et artistiques de beaucoup de Québécois, qui ont pour effet dattirer lattention de la communauté internationale sur le Québec. Non et non, de tels honneurs nappartiennent pas aux Québécois ni aux Québécoises non plus. Ils appartiennent à Vénus, cest-à-dire à Ottawa, de sorte que les Canadians du ROC (Rest Of Canada) peuvent dire : « Here is a good canadian success story. »
Notre esprit, notre puissance de travail, notre sang et notre honneur ne nous appartiennent pas. Ottawa est sûr que peu de gens au Québec, exception faite des « gros méchants séparatistes », se rendent compte de laliénation que leur impose le pouvoir central, centraliste, unitaire et arbitraire fondé par les United Empire Loyalists pour perpétuer lEmpire britannique en Amérique du nord. Les Loyalistes aussi connaissent Vénus à la fourrure. Ils lisaient et étudiaient Sacher-Masoch longtemps avant nous, puisque nous étions censurés afin de ne pas nous instruire et savoir comment il faut faire pour devenir maîtres chez nous et surtout comment il faut faire pour éviter linféodation que tant dindividus et de collectivités acceptent béatement. Daccord pour linféodation si nous étions une société arriérée, ignorante et impuissante à agir par elle-même, mais tel est loin dêtre notre cas.
Nous en avons construit les infrastructures, nous avons créé une multitude dinstitutions privées et publiques de même que de nombreuses entreprises de grande envergure. Nous avons créé les organes de notre propre gouvernement national, qui fonctionne malgré les pouvoirs qui lui manquent. Par quelle sorte daberration intellectuelle et mentale allons-nous jeter tous ces acquis aux pieds de Vénus à la fourrure? Ottawa est sûr que lÉtat du Québec va bientôt disparaître et que tout sera pris en charge par le gouvernement central et unitaire et alors il ny aura quun seul troupeau et un seul pasteur (sic). La liberté et le droit des peuples de se prendre en charge et se gouverner eux-mêmes nexiste pas. Mais il y a pire et cest le devoir des peuples de se prendre en charge et se gouverner eux-mêmes et non de sen remettre à Vénus qui prendra leur honneur, leur sang, leur esprit et leur puissance de travail. Accomplir son devoir est une des plus hautes formes de la liberté.
LAISSER VÉNUS MOURIR DE FROID
Le froid dont il est question ici, cest la réalité et ses exigences multiples et contradictoires telles quon les rencontre tous les jours dans la vie quotidienne, que ne connaît pas Vénus du haut de son trône. Incapable de composer avec tant dexigences, Vénus meurt de froid et ses fourrures ne lui servent à rien. Cette histoire est celle du Québec actuel en face dOttawa.
En effet, le Québec est un État naturel, dun genre qui comporte des rapprochements avec lÉtat naturel vanté par le philosophe allemand de la nature, Johann Gottfried Herder et que Stéphane Dion a cité devant le London School of Economics, sans toutefois lassocier avec le Québec ni Ottawa. Dion voulait simplement montrer aux Anglais quil possède une certaine culture.
Québec est un État naturel parce que la géographie et lhistoire ont joué un rôle majeur dans sa genèse et sa progression continue au cours de cinq siècles, envers et contre ladversité du milieu naturel et des ennemis anglais et loyalistes qui ont tenté et tentent encore de le fossiliser. Cest naturellement que les Québécois, laissés seuls et à eux-mêmes, ont construit les assises de leur propre État, ce quOttawa souffre difficilement. Doù nécessité pour ce gouvernement centraliste et unitaire de vouloir tout récupérer : honneur, sang, puissance de travail et esprit du Québec, comme Vénus qui prend tout et doit aussi prendre des fourrures afin de ne pas mourir de froid. Car Ottawa nest pas un État naturel mais une construction artificielle, impériale et arbitraire, qui ne peut survivre sans accaparer le bien des autres.
Ottawa est aussi artificiel que Moscou, Madrid et Washington et que létait Vienne avant la chute de lEmpire austro-hongrois. A son tour, Moscou vient de perdre son rôle de capitale impériale et Madrid est menacé de perdre le sien au profit des États naturels constitués à la périphérie de lespace ibérique : Catalogne, Andalousie, Cilicie et Navarre. Washington est menacé par la croissance des états en passe de devenir des États avec la majuscule : Michigan, Alaska, Californie, Floride, Texas et beaucoup dautres, qui se sont tous formés suivant un processus naturel qui na rien à voir avec lidéologie, la langue, ou la religion. Comme Vénus à la fourrure, les grands Empires gèlent (au sens de freeze, tel quutilisé en anglais et aussi en allemand, la langue de Sacher-Masoch), parce quincapables de composer avec des exigences nouvelles et inattendues. Les principes universels de laction déjà expliqués dans Géopolitique et avenir du Québec et autres textes sappliquent pour tout le monde, sauf que les grands Empires sclérosés sont inaptes à les mettre en pratique.
La preuve à cet effet est simple à faire : demandez à Ottawa de vous présenter un exposé du contexte et de la situation actuelle, dans le monde, au Canada et au Québec et on vous répondra par des inepties et des expédients propres au commérage, sinon des platitudes comme cette Louise Fréchette qui représente Ottawa aux Nations Unies et qui a fait une déclaration lors de larrestation de Milosevic, alors que cest aux Serbes et aux peuples de lex-Yougoslavie (un autre État arbitraire qui sest écroulé) de se prononcer. Ottawa aurait avantage à se mêler de ses affaires et à ne pas se prendre pour le juge du monde, mais Ottawa veut aussi récupérer à son profit les affaires des autres, comme Vénus qui se veut la déesse du monde entier. Que la juge Québécoise Louise Arbour ait joué un rôle dans la formation du Tribunal International de La Haye relève de sa compétence à elle dabord et Ottawa na pas à la récupérer pour en faire une bonne « Canadian » et rien dautre.
Désespéré sans doute par sa propre ineptie, Ottawa récupère tout, comme le fait Vénus qui na pas de compétence mais qui règne quand même. Demandez à Ottawa de définir des objectifs praticables et réalisables en termes despace et de temps, dune manière rigoureuse comme lexige la géopolitique et vous verrez lincompétence des réponses. Quant au troisième principe : où quand et comment concentrer et économiser leffort et les dépenses? Ottawa est perdu davance alors que le plus simple consiste à retourner la fiscalité aux provinces afin quelles agissent par elles-mêmes sur leurs propres affaires et se conduisent comme des États, tel que prévu aux débuts.
Simplicité et souplesse? Ottawa ne connaît pas. A preuve, le bill C 20. En matière de sécurité et de surprise, laquelle consiste à créer le fait accompli et le faire accepter ensuite, Ottawa est passé maître depuis longtemps. Comme lEmpire britannique auparavant. Quant aux principes de coordination, coopération, administration et logistique, une organisation arbitraire est incapable de les mettre adéquatement en pratique.
Inversement, un État naturel comme le Québec peut beaucoup mieux mettre en pratique les principes universels de laction mais na pas les pouvoirs pour le faire, pour la simple raison que les Québécois nont pas voté OUI aux deux référendums à cet effet. Il y a des gens au Québec qui disent : « Un seul État et un seul pouvoir à Québec et aucun pouvoir à Ottawa, ça va être du pareil au même et du même au pareil. » Ce langage prolixe est conforme à la propagande voulue par Ottawa. Il est évident que ce ne sera pas pareil lorsque tout le pouvoir sera transféré à Québec et quil nen restera plus à Ottawa, conformément à lesprit dune authentique Confédération. La preuve concrète : voyez la Finlande, autrefois inféodée à la Suède, puis à la Russie, qui se gouverne elle-même depuis la fin de la première Guerre mondiale et qui a la réputation solide dêtre le pays le mieux gouverné au monde à lheure actuelle. Voyez aussi la Suède, la Norvège, le Danemark, la Hollande, tous ces pays sont beaucoup mieux gouvernés que le « beau et grand Canada sous Ottawa ».
Quand aurons-nous la VOLONTÉ DE DÉCIDER que notre honneur, notre puissance de travail, notre esprit et notre sang nous appartiennent et partant, de récupérer ce que Vénus à la fourrure nous a enlevé et la laisser mourir gelée sans faire le moindre geste pour lui porter secours? Être maîtres chez nous et nous prendre en charge nest pas seulement un droit mais un devoir et nous navons pas le droit de nous laisser inféoder par personne. Qu'on y réfléchisse bien, ce n'est pas une question de simple politique. Il s'agit de nos biens, de nos institutions, de notre langue, de nos lois, de notre religion, et de notre LIBERTÉ RECONNUE. Que celles et ceux qui comprennent agissent en conséquence.
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