«« géopolitique

1980 et 1995
Pourquoi ces occasions manquées ?

INFÉODATION VS LIBERTÉ RECONNUE
- La fossilisation de notre peuple

J.-R.-M. Sauvé, 30 juin, 2001
Répondre oui au référendum de 1980 aurait placé le Québec en position de force devant Ottawa. Une deuxième occasion de reconnaître le Québec comme notre foyer et État national a été encore une fois manquée en 1995. Pourquoi ce refus? Par ignorance, peur, petitesse, bassesse, esprit servile et retournement de l’agressivité contre nous-mêmes. Et pourtant, les conditions avantageuses pour l’avenir du Québec ne manquent pas, fondées comme elles le sont sur des continuités qui ont fait leurs preuves.


« Mon esclave, les conditions auxquelles je vous accepte comme esclave et vous souffre à mes côtés sont les suivantes : Renonciation absolue à votre moi. Hors la mienne, vous n’avez pas de volonté. Votre honneur m’appartient, comme votre sang, votre esprit, votre puissance de travail. Je suis votre souveraine, maîtresse de votre vie et de votre mort. Vous êtes mon destin comme je suis le vôtre. »

Wanda de Dunajew, dans Vénus à la fourrure
Léopold von Sacher-Masoch

C’est volontairement que Léopold von Sacher-Masoch s’est institué esclave de sa maîtresse, dans la vie réelle comme dans le roman fictif. Il n’y a pas de pire esclave que l’esclave qui ne veut pas être libre, surtout lorsqu’il possède tous les moyens nécessaires pour se rendre maître chez lui. S’il n’y avait pas tant d’esclaves volontaires, il n’y aurait pas tant de « maîtres » non plus. Il suffirait d’un geste pour abattre le « maître » mais l’esclave est trop mystifié pour le poser. En toutes choses, il (ou elle) préfère s’en remettre à « son bon maître(sic) », quitte à retourner son agressivité contre les autres esclaves, jusqu’à vouloir les anéantir si c’était possible. Ce comportement, individuel et collectif, comporte une dimension politique qui nous intéresse particulièrement et qu’on appelle inféodation.

LE SENS DE L’INFÉODATION

En politique, l’inféodation, c’est la soumission servile d’un peuple envers un pouvoir étranger à ses préoccupations. Le terme inféodation date du Moyen Age et se rapporte à tout régime féodal, peu importe le temps et le lieu. Être inféodé, c’est être en position de soumission devant des « maîtres » ou devant une puissance dont les intérêts sont opposés aux nôtres. Tout comme Sacher-Masoch fait dire à sa maîtresse, la population inféodée n’a pas de volonté propre. Vassalisée, elle fait ce qu’on lui dit de faire, sans réclamer de reconnaissance ou un statut quelconque par lequel son existence se manifesterait.

Une population inféodée n’a ni nom ni statut. Sa force de travail appartient aux maîtres, de même que son honneur. Elle n’a ni verbe ni acte et si d’office, elle se met à parler et à agir, les maîtres récupèrent les faits, gestes et paroles pour leur honneur à eux. Ne nous y trompons pas, une population inféodée ne souffre pas, à moins bien entendu de posséder un niveau de conscience élevé qui lui permet de se rendre compte de l’ignominie de son état. Au contraire, ce sont les « maîtres » qui souffrent les inféodés.

Les inféodés font toujours souffrir leurs supérieurs, rarement l’inverse. C’est pourquoi dans une relation maîtres inféodés, ce sont les maîtres qui souffrent, car l’absence d’intelligence de leurs vassaux leur causent de grandes tortures intellectuelles et mentales. C’est pourquoi Wanda de Dunajew dit à son esclave : « Je vous souffre à mes côtés », souffrance qui est à la fois un mépris, une haine et une tolérance. Mais l’esclave ne voit ni sa propre turpitude ni la souffrance des maîtres. S ‘il en avait conscience, il agirait pour s’en libérer et libérer les « maîtres » du même coup.

Jamais les impériaux n’ont aimé, respecté ou toléré les populations inféodées, conquises ou colonisées. Lorsque les maîtres traitent bien leurs esclaves ou inféodés, selon le cas, c’est par intérêt et aussi parce que les rapports de forces l’exigent. Comme par exemple le Ghana en 1873, alors qu’une armée Ashanti a battu les Anglais. De même au Québec, à cause des conditions géographiques, historiques et ethnographiques expliquées dans Géopolitique et avenir du Québec. Sauf qu’avec le non de 1980 et 1995, les Québécois ont volontairement renoncé aux pouvoirs acquis, préférant la volonté anglaise et loyaliste à la leur. C’est volontairement qu’ils ont accepté de se placer en position de faiblesse devant Vénus à la fourrure. Dans le roman de Léopold von Sacher-Masoch, cependant, Vénus est condamnée à mourir de froid, malgré ses fourrures. La question qui se pose : quelle est la nature de ce froid meurtrier?

AU CENTRE DU PROBLÈME : LA VOLONTÉ

En soi, l’inféodation n’est un mal ou un bien que selon les circonstances. Pour un peuple ou une population arriérée au point d’être incapable de se gouverner elle-même, l’inféodation est une nécessité. Elle peut même devenir un bienfait mais à la condition que le pouvoir inféodant (ou impérial si on veut) se donne la peine d’instruire et de former le peuple inféodé de manière à le rendre apte et capable de se prendre en charge et de se gouverner lui-même. Le temps nécessaire à cet effet peut dépasser deux siècles, car le développement matériel, la fondation des institutions, l’instruction et la prise de conscience nécessaires à la souveraineté et à l’État sont des processus lents et laborieux.

Chez plusieurs États européens, cette période formative a requis entre douze, quinze et dix-huit siècles. Dans les Amériques, elle a été beaucoup plus rapide parce que les colons provenaient d’États déjà formés. Il est évident qu’on ne peut pas laisser à lui-même un peuple illettré et sans maturité, incapable d’agir au sens fort du terme. L’aptitude et la capacité d’agir avec envergure, nous le savons, s’appuie sur la compétence de la relation entre le peuple et ses dirigeants, l’intégrité de tous les concernés, les moyens matériels et logistiques nécessaires à l’État et des formes constitutionnelles et juridiques convenables, reconnues par tous les concernés et faisant consensus, finalement, la VOLONTÉ de se prendre en charge et d’agir en pleine conscience et responsabilité de ses pensées, paroles et actes collectifs.

Lorsque toutes les conditions matérielles nécessaires sont réunies, le défaut de VOLONTÉ, par faiblesse, manque d’intelligence, conditionnement psychologique, comportement pathologique, défaillance ou ignorance, est un facteur majeur d’inféodation d’un individu par un autre, d’une société par une autre.

Dans ce cas, l’inféodé, individu ou collectivité, n’a aucune volonté propre et ne vit que par la volonté de quelqu’un d’autre. C’est dans cette veine que l’héroïne de Sacher-Masoch déclare : « Hormis la mienne, vous n’avez pas de volonté. » En régime impérial, les peuples dominés n’ont pas de volonté autre que la volonté impériale et souveraine des maîtres, à qui tout appartient : sang, esprit, puissance de travail des populations soumises et serviles.

Le territoire sur lequel vit le peuple inféodé appartient aux maîtres et à personne d’autre. Par exemple : tous les peuples qui ont vécu sous l’Empire britannique et par conséquent sous domination anglaise ont été et demeurent dépossédés du territoire qu’ils occupent depuis parfois longtemps, territoire qu’ils ont mis en valeur au prix d’un travail ardu et prolongé pendant plusieurs siècles.

Le peuple dominé n’a aucun statut, ce qui veut dire que ses investissements dans la mise en valeur du territoire ne sont pas reconnus. Même chez lui, il demeure un apatride, égal à tous les immigrés de fraîche date. Il n’est pas question de lui reconnaître une volonté collective puisqu’il n’est qu’un individu seul et sans appartenance à aucun peuple (c’est ce que font les suppôts d’Ottawa). Cette absence de liens collectifs est recherchée par les impériaux qui ont intérêt à s’enrichir au détriment des populations inféodées, soumises et dépourvues de jugement critique, comme d’aptitude et de capacité à l’action collective, alors qu’une conscience et une volonté collectives feraient toute la différence.

VOLONTÉ D’OTTAWA VS VOLONTÉ QUÉBÉCOISE

Deux volontés s’affrontent dans le Québec actuel : d’une part, la volonté impériale, unitaire, arbitraire, centraliste et inféodante d’Ottawa. De l’autre, la volonté nationale et libératrice qui a pris naissance au Québec à l’intérieur d’un mouvement suivant un processus interne sui generis et dont la croissance en force augmente lentement et continuellement, suivant des lois naturelles expliquées antérieurement.(cf. Géopolitique et avenir du Québec. Guérin. 1994) Ces deux volontés sont irréconciliables. Ottawa est absolument déterminé à inféoder à tout prix le Québec et les Québécois et prend tous les moyens pour y arriver.

D’abord l’euphémisme, ou mensonge pieux. En effet, les « Pères de la Confédération »(sic) ont proposé au Québec et à toute l’Amérique Britannique du Nord un « pacte confédératif (resic) », alors qu’en tête, ils pensaient centralisme étatique et inféodation absolue du Québec, avec fossilisation définitive de sa population de colons de Nouvelle France restés sur place et qu’il n’était pas possible de déporter comme les Acadiens entre 1755 et 1760, population inféodée à l’Angleterre et que les « maîtres » anglais ont été obligés de souffrir. Ce que l’action militaire ne pouvait réussir, la loi du nombre, ou loi de la pesanteur, en viendrai à bout, par la simple mise en minorité de la population de langue et d’héritage français. La tâche serait d’autant plus facile que cette population était concentrée au complet dans la vallée du Saint-Laurent autour de Québec, Trois Rivières et Montréal.

Quelle belle trouvaille politique et quelle intelligence extraordinaire il fallait avoir pour y penser! Il suffit de dire CONFÉDÉRATION et faire le contraire. Comme la Russie et la Yougoslavie avec ses États membres. Une authentique Confédération est une union d’États souverains. Donc, en partant, en proposant une Confédération au Québec, les « Pères fondateurs » proposaient la souveraineté, non seulement aux colons de Nouvelle France restés sur place mais à toutes les autres provinces de l’Amérique Britannique du Nord. À Ottawa, on est sûr et certain que tout le monde l’a cru et le croit encore, puisque très peu d’individus connaissent la différence entre un régime et un autre. L’éducation universitaire fausse aidant, les mots sur papier n’ont qu’un sens fictif.

Le langage et les principes universels de l’action sont inconnus chez les inféodés. Les connaissances réelles qui pourraient surgir dans les programmes sont enlevées et remplacées par des termes prosaïques et inoffensifs pour le régime en place, un langage « plein de bon sens » et qui ne veut rien dire. Tu ne dois rien savoir, explique Alice Miller, la célèbre psychanalyste suisse alémanique dans un de ses ouvrages. L’héroïne de Vénus à la fourrure en affirme autant. Le savoir nécessaire pour qu’un peuple se prenne en charge et se gouverne lui-même n’appartient ni à l’esclave, ni aux peuples inféodés. Il n’appartient qu’aux « maîtres », qui le gardent pour eux-mêmes, sachant que le savoir est une force et l’ignorance une faiblesse. De plus, à moins d’une grâce divine exceptionnelle, l’ignorant n’a pas de volonté propre, puisque la volonté appartient au domaine de la détermination consciente.

VERS LA POSITION DE FORCE

Au cours des années qui suivirent l’adoption du « Pacte Confédératif », Ottawa prépara deux coups majeurs : la prise en charge de la fiscalité, qui appartenait aux provinces, et la prise en charges quasi absolue des communications. La première et la seconde Guerre mondiale fournirent à Ottawa les prétextes nécessaires pour justifier des usurpations de pouvoirs au nom de la « National Security . » Piètres excuses puisque ni Ottawa ni le Québec ne risquaient le moindre danger pendant ces deux guerres.

La raison est simple : le Canada, qui est un véritable continent à part au nord des Amériques, est une des régions les plus difficilement accessibles au monde. La preuve en est fournie par le fait que la colonisation du Québec et des régions naturelles du Canada s’est réalisée très en retard par rapport aux autres régions du monde.

Le centre de gravité du Québec, constitué par les basses terres du Saint-Laurent, est situé à 1600 kilomètres de distance de l’océan. Le Golfe et le Fleuve sont remplis d’obstacles majeurs à la navigation maritime et il aurait suffi d’enlever ou de déplacer les balises pour interdire à une flotte de guerre telle la Kriegsmarine de pénétrer dans le Saint-Laurent. Et pour faire quoi au juste? Pour prendre les richesses naturelles de l’axe du Saint Laurent? Elles sont très difficilement accessibles et une foule de grosses entreprises y ont englouti des fortunes à tenter de les exploiter. Les Allemands avaient d’autres chats à fouetter que de se préoccuper du Québec et du Canada. Certes, ils ont envoyé deux ou trois sous-marins dans le Golfe, mais c’était parce que le Canada fournissait des armes, des munitions, des fournitures et des vivres à l’Angleterre. Si le gouvernement d’Ottawa avait choisi la neutralité afin de prendre à sa charge tous les prisonniers de guerre et tous les réfugiés qu’on pouvait transporter, la situation aurait été très différente mais on ne demande pas à Ottawa de telles tâches humanitaires lorsque son pouvoir est une fin absolue en elle-même et qu’il n’y a nul prestige politique à se montrer humain.

Le « National Security » n’était qu’une excuse pour saisir plus de pouvoirs en faveur de l’État centraliste et unitaire d’Ottawa. Si Ottawa se comporte comme Vénus à la fourrure, c’est parce que personne ne s’y oppose dans le Canada. Seul le Québec s’y oppose mais manque de cohésion nécessaire à l’action efficace à court terme et effective à long terme. La position de force d’Ottawa est entièrement fondée sur la faiblesse des provinces qui y consentent et se font elles-mêmes les esclaves volontaires du pouvoir centraliste unitaire et arbitraire. Mais les provinces n’avaient pas et n’ont toujours pas d’armées pour se défendre et s’imposer alors qu’Ottawa dispose de toutes les forces armées. Cette situation va bientôt changer. En attendant, Vénus à la fourrure va encore imposer sa loi à ses vassaux soumis.

LE POUVOIR EST COMPLÈTEMENT DANS SES COMMUNICATIONS

En proposant la construction du chemin de fer et des lignes télégraphiques comme prétexte pour centraliser le pouvoir, Ottawa s’assurait de sa pérennité, du moins tant que le chemin de fer et les lignes télégraphiques demeureront les deux principaux moyens de communications transcontinentaux. Avec l’arrivée de la deuxième Guerre mondiale, Ottawa s’est emparé de toutes les communications électroniques, histoire de contrôler en sa faveur tous les communiqués officiels. Il n’ y eût depuis ce moment qu’un seul message de la pensée unique inféodante. Qui contrôle la fiscalité et les communications électroniques tient solidement le pouvoir en mains, du moins pendant un certain temps.

Est-il surprenant de constater qu’un seul parti politique a tenu presque tout le temps le pouvoir à Ottawa depuis la seconde Guerre mondiale. Avec la maîtrise quasi absolue sur la propagande, on peut contrôler une population avec autant d’efficacité qu’une dictature militaire, sinon davantage puisque personne, ou presque, n’offre la moindre résistance, exception faite des couches les plus instruites, les plus critiques et les moins influençables d’une population donnée. Dans ce dernier cas, il suffit de surtaxer et surimposer ces classes moyennes trop conscientes pour le régime. Tous les régimes arbitraires cherchent à détruire ou réduire les classes moyennes à l’impuissance, car ce sont les classes moyennes qui font les révolutions. Les nantis refusent par intérêt et les pauvres en sont incapables. Aux classes moyennes, donc, on enlève les moyens d’agir et le tour est joué. Bravo pour le pouvoir perpétuel et que les inféodés continuent de plier devant Vénus.

La fossilisation de notre peuple

VOTRE SANG, VOTRE ESPRIT. VOTRE FORCE DE TRAVAIL ET VOTRE HONNEUR

« Tout cela m’appartient, dit Vénus à la fourrure. » On est porté à croire qu’il ne s’agit que de rapports individuels mais la portée des termes est trop considérable pour n’affecter que les individus. En pratique, Léopold von Sacher-Masoch a tenté de faire l’expérience de l’esclavage volontaire avec sa maîtresse et l’expérience a échoué. La maîtresse, qui ne pouvait tolérer ce rôle, l’a quitté pour un autre homme.

Le langage du roman trouverait davantage sa place en politique de domination, celle qui implique la soumission servile de peuples entiers à un pouvoir unitaire et inféodant, ceci jusqu’à ce que des prises de consciences finissent par engendrer les révoltes, les insurrections véritables (non pas appréhendées, comme celle de la Crise d’Octobre de 1970 au Québec, tel que perçu par des politiciens ignorants comme des mules), suivies de révolutions qui changent l’ordre établi en un nouvel ordre. A qui donc appartient le sang, l’esprit, la force de travail et l’honneur d’un peuple inféodé, sinon à ses « maîtres. »

D’abord le sang, ce qui dans ce cas veut dire le droit d’entreprendre une guerre contre un autre État. Le peuple inféodé et servilement soumis verse son sang pour ses seigneurs sans poser de questions au sujet de la justification d’une telle guerre. Est-ce qu’on nous a consultés, nous, Québécois, avant d’envoyer un contingent combattre les Boers en Afrique du Sud au début du Vingtième siècle? Est-ce qu’on nous a consultés avant de s’engager à fond de train dans la première Guerre mondiale? - dans la Seconde? - dans la guerre de Corée? Notre opinion n’existe pas pour le pouvoir existant. Pourtant, en 1939, la Finlande ne s’est pas engagée dans une guerre contre la Russie sans le consentement du peuple finlandais et encore, il a fallu respecter les conditions imposées par les combattants de la défense finlandaise, des citoyens soldats syndiqués comme leurs voisins de Suède.

Au Québec, on ne sait pas qu’il existe des armées syndiquées qui ne feront pas la grève lorsque viendra l’heure de se porter à la défense de la patrie. Oui, c’est bien de cela qu’il s’agit : des soldats syndiqués. Les Suédois, les Danois, et les Norvégiens ont des syndicats militaires depuis les débuts du dernier siècle. Les Hollandais sont syndiqués depuis la fin de la seconde Guerre mondiale et aussi les Allemands, qui veulent éviter de retomber sous régime arbitraire comme à l’époque nazie alors que les soldats devaient se précipiter au combat sans avoir à juger par eux-mêmes si une telle participation était justifiée ou non. Leur sang ne leur appartenait pas mais à présent, leur sang leur appartient. De même pour la Finlande, dont l’administration logistique fut tellement efficace qu’en dépit des attaques russes, tous les Finlandais étaient bien nourris et habillés contre le froid d’un hiver au cours duquel la température peut descendre à -60 degrés C. Résultat : la Finlande, qui n’avait à cette époque que quatre millions d’habitants, contre les deux cents millions de l’URSS, dont quatre-vingt millions de Russes, s’est battue avec une incroyable efficacité et a conservé la majeure partie de son territoire en dépit des pertes.

A la bataille de Suomussalmi entre le 20 et 24 décembre 1939, la défense finlandaise a infligé à l’armée russe une des pertes les plus humiliantes de son histoire. Jamais au cours de l’Histoire, un si petit peuple n’avait infligé à une aussi grosse puissance une telle perte (exception peut-être de la bataille de Cannes en juillet 216 av. J.C. alors qu’Hannibal écrasa une armée romaine de beaucoup supérieure à la sienne). Dans le cas de la Finlande, le sang des Finlandais n’a pas coulé sur ordre d’un pouvoir putassier que décrit l’ouvrage de Sacher-Masoch mais par une décision libre et utile pour toute la population de Finlande. Aujourd’hui, la Finlande, dont la population dépasse à peine cinq millions d’habitants, avec un territoire de 340,000 kilomètres carrés (Québec : 1,600,000 kilomètres carrés) est réputée comme le pays le mieux gouverné et administré au monde, suivie de près par la Suède, indépendante, libre et inféodée à personne, comme la Finlande. De telles réussites en matière d’État ne peuvent se réaliser que chez les peuples libres de domination et dont personne ne peut dire : « Votre sang m’appartient. »

« Votre esprit m’appartient » veut dire que la langue que vous parlez m’appartient, vos connaissances m’appartiennent et vos actes m’appartiennent aussi de sorte que vous ne pouvez vous réclamer de rien.

N’est-ce pas le comportement d’Ottawa au Québec? Notre langue maternelle, la langue française, qui est pour nous langue de la culture et de l’État, a été prise en charge par Ottawa, qui en a fait une « langue officielle », non pas une langue nationale; c’est l’anglais et seulement l’anglais qui est langue nationale au Canada, langue nationale au Québec puisque le Québec est inféodé à Ottawa. Le français langue officielle veut dire la langue qu’on peut mettre sur les paperasses du gouvernement, langue que personne n’est obligé de lire puisque l’anglais y est toujours présent, sous prétexte de « bilinguisme ». Résultat : la qualité de notre français se dégrade, puisque nous flottons entre deux langues et n’en connaissons aucune.

Ottawa récupère tout ce qui peut dégrader l’esprit afin que tous se soumettent inconditionnellement. Comme certains médias du Québec présentement contrôlés par des amis du pouvoir centraliste d’Ottawa, qui répandent de l’information biaisée avec pour objectif de conditionner les segments les plus vulnérables de la population du Québec. Depuis 1995, des journalistes et des intellectuels soudoyés, de concert avec la télévision d’état, se livrent a des attaques sans précédent contre la conscience identitaire du peuple Québécois. Essentiellement, il s’agit de traiter le peuple Québécois comme s’il n’existait pas. Qui peut garantir que des images et des sons subliminaux ne sont pas utilisés par ces médias pour mieux faire entrer dans l’inconscient collectif des Québécois un message simpliste et unidimensionnel de la réalité politique réduite à la seule dimension du fédéralisme centraliste et unitaire? Le but est toujours le même : la fossilisation de notre peuple. Ottawa pourra dire avec raison : « Votre esprit m’appartient et comme il ne vous reste plus rien, vous n’êtes rien. »

En service dans l’Armée canadienne pendant 28 ans et envoyé fréquemment à l’étranger, j’ai entendu dire aux étrangers dans les ambassades du Canada des paroles du genre : « Some people still speak French in Canada , » sur un ton qui semblait dire : « Il y a encore des gens qui souffrent de la peste au Canada . » Après 1967, le ton avait un peu changé, mais à propos du Québec, on pouvait entendre dire : « Lots of people speak French there, » comme pour suggérer qu’il n’est pas nécessaire de se préoccuper d’apprendre le français puisque ce n’est pas tout le monde au Québec qui le parle, y compris bien sûr des Québécois « de souche » qui préfèrent la langue de Vénus et se laissent dire que rien ne leur appartient. Voilà ce que beaucoup de psychiatres et psychanalystes veulent dire lorsqu’ils parlent de sado-masochisme.

« Votre puissance de travail m’appartient » est facile à interpréter. Nous, Québécois, n’avons aucun pouvoir sur notre propre économie, qui appartient à Ottawa, avec la complicité de Québécois perfides qui prennent un plaisir cynique à travailler à soumettre notre peuple. Notre puissance de travail et le travail que nous accomplissons depuis cinq siècles ne nous appartiennent pas et nous n’en avons aucun mérite. Il n’y a rien qui ait été accompli au Québec par les Québécois. Tout le travail appartient à Ottawa et devient par le fait même du « good canadian work ». À Ottawa, on est sûr et certain que tout le monde ou presque va approuver cette politique du « beau et grand Canada » gouverné de haut par toutes les Vénus à la fourrure qui accaparent le sang, l’honneur, la force de travail et l’esprit sans avoir fait quoi que ce soit pour s’attribuer tous ces statuts.

Ottawa n’a rien à faire, seulement ramasser agressivement l’argent, exercer un pouvoir quasi absolu en matière de communications, redistribuer une partie de cet argent selon son bon plaisir, comme faisaient les monarques absolus, veiller au grain et garder une police, une armée et un service secret en cas de besoin, ramasser tous les honneurs et s’attribuer toutes les lucidités, au nom du « beau et grand Canada », dans lequel le Québec n’a ni verbe ni acte. Comme quoi Léopold Sacher-Masoch n’a rien inventé. Il a seulement dit ce qui était là et l’est encore.

« Votre honneur m’appartient » est facile à comprendre. Prenons un exemple récent, celui de la statue dédiée à Maurice Richard pour ses impressionnantes contributions sportives. Ottawa s’est empressé de s’emparer du symbole que trop de Québécois considèrent comme le leur afin d’en faire un symbole « canadian » qui ignore la spécificité québécoise. Non, Maurice Richard n’est pas un Québécois mais un « Canadian » et son honneur n’appartient nullement au Québec mais à Ottawa. De même dans les autres prouesses sportives accomplies par des Québécois et Québécoises. Sitôt qu’il y a réussite passible d’être internationalement reconnue, elle est récupérée par Ottawa et devient a « Canadian success story . » Le Québec n’est alors plus reconnu. Il n’existe simplement pas et que personne au Québec n’ose dire que telle ou telle vedette est Québécoise. L’honneur du Québec n’appartient pas aux Québécois. De même pour les grands succès littéraires et artistiques de beaucoup de Québécois, qui ont pour effet d’attirer l’attention de la communauté internationale sur le Québec. Non et non, de tels honneurs n’appartiennent pas aux Québécois ni aux Québécoises non plus. Ils appartiennent à Vénus, c’est-à-dire à Ottawa, de sorte que les Canadians du ROC (Rest Of Canada) peuvent dire : « Here is a good canadian success story. »

Notre esprit, notre puissance de travail, notre sang et notre honneur ne nous appartiennent pas. Ottawa est sûr que peu de gens au Québec, exception faite des « gros méchants séparatistes », se rendent compte de l’aliénation que leur impose le pouvoir central, centraliste, unitaire et arbitraire fondé par les United Empire Loyalists pour perpétuer l’Empire britannique en Amérique du nord. Les Loyalistes aussi connaissent Vénus à la fourrure. Ils lisaient et étudiaient Sacher-Masoch longtemps avant nous, puisque nous étions censurés afin de ne pas nous instruire et savoir comment il faut faire pour devenir maîtres chez nous et surtout comment il faut faire pour éviter l’inféodation que tant d’individus et de collectivités acceptent béatement. D’accord pour l’inféodation si nous étions une société arriérée, ignorante et impuissante à agir par elle-même, mais tel est loin d’être notre cas.

La libération de notre peuple

En cinq siècles, nous sommes partis de zéro et avons construit en Amérique du nord une Nation et un État nouveaux déjà impliqués dans les affaires du monde actuel et capable de prendre sa place comme État national reconnu. En politique internationale, il s’agit seulement d’être reconnus pour ce que nous sommes réellement : un peuple, une Nation et un État. Il ne s’agit pas d’être aimés ou affectionnés, seulement d’être reconnus et c’est l’essentiel. Nous serons reconnus à cause de notre compétence qui a fait ses preuves au cours des cinq derniers siècles de l’histoire du monde. Partis de rien, nous avons défriché et colonisé une des terres les plus rudes du monde; nous avons investi et mis en valeur un territoire ingrat pour en faire un beau pays et l’État du Québec.

Nous en avons construit les infrastructures, nous avons créé une multitude d’institutions privées et publiques de même que de nombreuses entreprises de grande envergure. Nous avons créé les organes de notre propre gouvernement national, qui fonctionne malgré les pouvoirs qui lui manquent. Par quelle sorte d’aberration intellectuelle et mentale allons-nous jeter tous ces acquis aux pieds de Vénus à la fourrure? Ottawa est sûr que l’État du Québec va bientôt disparaître et que tout sera pris en charge par le gouvernement central et unitaire et alors il n’y aura qu’un seul troupeau et un seul pasteur (sic). La liberté et le droit des peuples de se prendre en charge et se gouverner eux-mêmes n’existe pas. Mais il y a pire et c’est le devoir des peuples de se prendre en charge et se gouverner eux-mêmes et non de s’en remettre à Vénus qui prendra leur honneur, leur sang, leur esprit et leur puissance de travail. Accomplir son devoir est une des plus hautes formes de la liberté.

LAISSER VÉNUS MOURIR DE FROID

Le froid dont il est question ici, c’est la réalité et ses exigences multiples et contradictoires telles qu’on les rencontre tous les jours dans la vie quotidienne, que ne connaît pas Vénus du haut de son trône. Incapable de composer avec tant d’exigences, Vénus meurt de froid et ses fourrures ne lui servent à rien. Cette histoire est celle du Québec actuel en face d’Ottawa.

En effet, le Québec est un État naturel, d’un genre qui comporte des rapprochements avec l’État naturel vanté par le philosophe allemand de la nature, Johann Gottfried Herder et que Stéphane Dion a cité devant le London School of Economics, sans toutefois l’associer avec le Québec ni Ottawa. Dion voulait simplement montrer aux Anglais qu’il possède une certaine culture.

Québec est un État naturel parce que la géographie et l’histoire ont joué un rôle majeur dans sa genèse et sa progression continue au cours de cinq siècles, envers et contre l’adversité du milieu naturel et des ennemis anglais et loyalistes qui ont tenté et tentent encore de le fossiliser. C’est naturellement que les Québécois, laissés seuls et à eux-mêmes, ont construit les assises de leur propre État, ce qu’Ottawa souffre difficilement. D’où nécessité pour ce gouvernement centraliste et unitaire de vouloir tout récupérer : honneur, sang, puissance de travail et esprit du Québec, comme Vénus qui prend tout et doit aussi prendre des fourrures afin de ne pas mourir de froid. Car Ottawa n’est pas un État naturel mais une construction artificielle, impériale et arbitraire, qui ne peut survivre sans accaparer le bien des autres.

Ottawa est aussi artificiel que Moscou, Madrid et Washington et que l’était Vienne avant la chute de l’Empire austro-hongrois. A son tour, Moscou vient de perdre son rôle de capitale impériale et Madrid est menacé de perdre le sien au profit des États naturels constitués à la périphérie de l’espace ibérique : Catalogne, Andalousie, Cilicie et Navarre. Washington est menacé par la croissance des états en passe de devenir des États avec la majuscule : Michigan, Alaska, Californie, Floride, Texas et beaucoup d’autres, qui se sont tous formés suivant un processus naturel qui n’a rien à voir avec l’idéologie, la langue, ou la religion. Comme Vénus à la fourrure, les grands Empires gèlent (au sens de freeze, tel qu’utilisé en anglais et aussi en allemand, la langue de Sacher-Masoch), parce qu’incapables de composer avec des exigences nouvelles et inattendues. Les principes universels de l’action déjà expliqués dans Géopolitique et avenir du Québec et autres textes s’appliquent pour tout le monde, sauf que les grands Empires sclérosés sont inaptes à les mettre en pratique.

La preuve à cet effet est simple à faire : demandez à Ottawa de vous présenter un exposé du contexte et de la situation actuelle, dans le monde, au Canada et au Québec et on vous répondra par des inepties et des expédients propres au commérage, sinon des platitudes comme cette Louise Fréchette qui représente Ottawa aux Nations Unies et qui a fait une déclaration lors de l’arrestation de Milosevic, alors que c’est aux Serbes et aux peuples de l’ex-Yougoslavie (un autre État arbitraire qui s’est écroulé) de se prononcer. Ottawa aurait avantage à se mêler de ses affaires et à ne pas se prendre pour le juge du monde, mais Ottawa veut aussi récupérer à son profit les affaires des autres, comme Vénus qui se veut la déesse du monde entier. Que la juge Québécoise Louise Arbour ait joué un rôle dans la formation du Tribunal International de La Haye relève de sa compétence à elle d’abord et Ottawa n’a pas à la récupérer pour en faire une bonne « Canadian » et rien d’autre.

Désespéré sans doute par sa propre ineptie, Ottawa récupère tout, comme le fait Vénus qui n’a pas de compétence mais qui règne quand même. Demandez à Ottawa de définir des objectifs praticables et réalisables en termes d’espace et de temps, d’une manière rigoureuse comme l’exige la géopolitique et vous verrez l’incompétence des réponses. Quant au troisième principe : où quand et comment concentrer et économiser l’effort et les dépenses? Ottawa est perdu d’avance alors que le plus simple consiste à retourner la fiscalité aux provinces afin qu’elles agissent par elles-mêmes sur leurs propres affaires et se conduisent comme des États, tel que prévu aux débuts.

Simplicité et souplesse? Ottawa ne connaît pas. A preuve, le bill C 20. En matière de sécurité et de surprise, laquelle consiste à créer le fait accompli et le faire accepter ensuite, Ottawa est passé maître depuis longtemps. Comme l’Empire britannique auparavant. Quant aux principes de coordination, coopération, administration et logistique, une organisation arbitraire est incapable de les mettre adéquatement en pratique.

Inversement, un État naturel comme le Québec peut beaucoup mieux mettre en pratique les principes universels de l’action mais n’a pas les pouvoirs pour le faire, pour la simple raison que les Québécois n’ont pas voté OUI aux deux référendums à cet effet. Il y a des gens au Québec qui disent : « Un seul État et un seul pouvoir à Québec et aucun pouvoir à Ottawa, ça va être du pareil au même et du même au pareil. » Ce langage prolixe est conforme à la propagande voulue par Ottawa. Il est évident que ce ne sera pas pareil lorsque tout le pouvoir sera transféré à Québec et qu’il n’en restera plus à Ottawa, conformément à l’esprit d’une authentique Confédération. La preuve concrète : voyez la Finlande, autrefois inféodée à la Suède, puis à la Russie, qui se gouverne elle-même depuis la fin de la première Guerre mondiale et qui a la réputation solide d’être le pays le mieux gouverné au monde à l’heure actuelle. Voyez aussi la Suède, la Norvège, le Danemark, la Hollande, tous ces pays sont beaucoup mieux gouvernés que le « beau et grand Canada sous Ottawa ».

Quand aurons-nous la VOLONTÉ DE DÉCIDER que notre honneur, notre puissance de travail, notre esprit et notre sang nous appartiennent et partant, de récupérer ce que Vénus à la fourrure nous a enlevé et la laisser mourir gelée sans faire le moindre geste pour lui porter secours? Être maîtres chez nous et nous prendre en charge n’est pas seulement un droit mais un devoir et nous n’avons pas le droit de nous laisser inféoder par personne. Qu'on y réfléchisse bien, ce n'est pas une question de simple politique. Il s'agit de nos biens, de nos institutions, de notre langue, de nos lois, de notre religion, et de notre LIBERTÉ RECONNUE. Que celles et ceux qui comprennent agissent en conséquence.