«« Femmes et souveraineté

Les femmes disent un NON pragmatique au PQ

Guy Larocque
Responsable des relations avec les médias chez SOM.
La Presse Le lundi 30 juillet 2001



Le dernier conseil national du Parti québécois s'est tenu au moment où le journal Le Soleil de Québec publiait un sondage sur les intentions de vote des Québécois. Entre autres, l'écart de 16% (après répartition des indécis) favorisant le Parti libéral du Québec chez les Québécoises a suscité moult questions et des réponses forcément improvisées de la part de certains cadres du parti.

Cette coïncidence mérite d'être soulignée dans la mesure où les journalistes de tous les médias confondus étaient à pied d'oeuvre pour recueillir les commentaires des autorités péquistes sur d'assez mauvaises nouvelles.

Il n'est nullement dans notre intention de commenter ces interprétations. C'est un travail éditorial qui n'est ni de notre rôle ni de notre compétence. Cependant, la question de savoir s'il existe des tendances significativement différentes entre le vote des hommes et celui des femmes au Québec est une question à laquelle nous sommes en mesure d'apporter un début de réponse. Notre objectif est modeste: susciter une réflexion chez le citoyen et peut-être aussi dans la classe politique sur le fait vérifiable que les hommes et les femmes du Québec votent différemment et se distinguent également dans leur appréciation des enjeux politiques.

Nous avons donc examiné un certain nombre de sondages d'août 1998 à juin 2001 en privilégiant quatre thèmes: l'intention de vote, la souveraineté, la satisfaction par rapport aux gouvernements péquistes et enfin la perception des enjeux sociaux où, si l'on préfère: que convient-il de faire en priorité? Le tableau publié dans cette page ne donne qu'un seul résultat par thème. Les autres tableaux auxquels nous allons nous référer dans le texte pour illustrer les tendances sont disponibles sur le site Internet de SOM: www.som.qc.ca

On constate qu'en août 1998, l'appui relatif des femmes au Parti québécois est plus faible que celui des hommes. Le même phénomène est observable dans trois autres sondages (octobre 1998, décembre 1999 et février 2001). Par contre, le Parti libéral du Québec ne profite souvent qu'indirectement de cette désaffection des femmes. Les électrices sont plus nombreuses parmi les discrètes et les indécises dans les sondages, ce qui se traduit au moment des élections par un appui deux tiers-un tiers au Parti libéral du Québec par rapport au Parti québécois.

Le plus faible appui des femmes au Parti québécois dans les intentions de vote trouve un parallèle dans leur appui également plus modéré à la souveraineté. Ainsi, en octobre 1998, le différentiel de 8% est significatif. La même tendance s'exprime en août 1998 de même qu'en juillet 2001. Et de la même façon que pour l'intention de vote, le plus faible appui des femmes au OUI ne profite pas directement au NON. Il vient gonfler le nombre d'indécises dans les sondages pour se répartir (25% - oui, 75 % - non) au moment des votes référendaires.

Ajoutons qu'un sondage de juillet 1999 qui portait sur ce qu'il est convenu d'appeler une question dure (souveraineté sans partenariat) montre la même distance entre l'appui des hommes et des femmes; comme si l'intensité de la décision à prendre émoussait parallèlement l'ardeur souverainiste des uns et des autres.

Satisfaction par rapport aux gouvernements du PQ Le sondage de juillet 1999 montre une satisfaction nettement moins grande de la part des femmes par rapport au gouvernement péquiste, et cela dans un contexte général de relative satisfaction (57,2 %). Le même phénomène est observable dans des contextes de vive insatisfaction (novembre 1999 et juillet 2001). Nous suggérons que l'explication se trouve dans le tableau de cette page où l'on remarque que 62% des hommes et 75% des femmes identifient les femmes comme «aidants naturels» dans notre société.

Il faut comprendre de ce constat que ce sont les femmes qui sont davantage en contact avec les services gouvernementaux dans des situations souvent pénibles. Urgences encombrées, garderies non disponibles, personnes âgées à déménager, etc. Donc, au quotidien, les femmes souffrent davantage des faiblesses du système. De plus, le battage médiatique qui dénonce les nombreuses anomalies dans la prestation des services de santé, par exemple, est plus susceptible d'inquiéter les femmes. En effet, même si elles ne sont pas aux prises maintenant avec les problèmes médiatisés, elles savent qu'éventuellement, ce sont elles qui écoperont. Elles le savent maintenant statistiquement. Maigre consolation!

Enjeux politiques et sociaux Le fait étant établi que les femmes se perçoivent et sont perçues par les hommes comme davantage «aidants naturels», voyons les conséquences observables sur les opinions des unes et des autres sur les priorités gouvernementales.

Peu importe la question posée, les différences significatives s'imposent et sont d'une implacable logique. En août 1998, 46,1% des femmes estiment que la qualité des services de santé devrait être une priorité de discussion pendant la campagne électorale. Seulement 28,9% des hommes sont du même avis.

En décembre 1998, les premiers surplus budgétaires sont à l'horizon. Que faire de cette manne? Les femmes (47,4 %) pensent qu'il faut investir en santé et en éducation, contre seulement 36,3% des hommes. En juillet 1999, les femmes (45,8%) estiment que les réductions d'impôt prévues pourraient être moins importantes pour offrir des augmentations de salaire plus généreuses aux employés de l'État. Seulement 34,3 % des hommes sont du même avis.

La question de l'utilisation des surplus budgétaires se pose de nouveau en novembre 1999. L'écart d'opinion s'accroît entre les hommes et les femmes: 63% des femmes disent qu'il faut investir en santé contre 48% des hommes.

En guise de conclusion à ces quelques observations parcellaires mais néanmoins significatives, nous soumettons qu'il y a effectivement une différence appréciable entre le vote des Québécoises et des Québécois tant pour le choix d'un gouvernement que sur la question nationale. Dans les deux cas, le Parti québécois est défavorisé par l'électorat féminin depuis plusieurs années. À ceux qui pourraient s'étonner de ce fait à partir de la profession de foi sociale-démocrate du Parti québécois, nous répondrons que la désaffection des femmes est peut-être ici moins idéologique que pragmatique. Les crises en santé et en éducation touchent et inquiètent davantage les femmes dans la mesure où ce sont elles qui pallient les faiblesses systémiques. Dans ce contexte, une instabilité même passagère suscitée par l'accession du Québec à la souveraineté est plus susceptible de refroidir l'ardeur de celles qui ont les mains pleines que de ceux qui rêvent de lendemains glorieux.

Le fait que l'article I du programme du Parti québécois porte sur la souveraineté du Québec implique une forme d'inconditionnalité par rapport à la question nationale. Nous observons plus de tiédeur chez les Québécoises par rapport à cette inconditionnalité et nous estimons qu'il faut en chercher la cause moins dans la nature féminine que dans le rôle social dévolu aux femmes comme principal soutien aux carences des services gouvernementaux.