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«« Jacques Parizeau
Personne ne sera surpris d'apprendre que M. Parizeau ait voulu prodiguer ses conseils au
nouveau premier ministre à la veille de son assermentation, en mars dernier. Il a toujours
aimé jouer au gérant d'estrade et ne s'est jamais senti astreint à un quelconque «devoir de
réserve». D'ailleurs, M. Landry aurait bien tort de ne pas profiter de son intelligence et de son
expérience.
C'est une tout autre affaire d'étaler ses divergences de vue avec son successeur sur la place
publique. «Cette note n'est pas destinée à être publiée», précisait-il en la rédigeant. Alors,
pourquoi avoir autorisé qu'elle le soit maintenant, sinon parce qu'il est en désaccord avec
certaines des orientations prises par M. Landry? À dix jours des élections complémentaires, on
ne peut pas lui reprocher de manquer de timing.
Il faut reconnaître que la réaction du premier ministre a été exemplaire. Celui qu'il qualifiait
jadis d'«allié objectif du camp fédéraliste» est maintenant devenu «un homme d'expérience qui
peut rendre de grands services». Seuls ses propos désobligeants, quoique tout à fait
pertinents à l'endroit de Lucien Bouchard, ont semblé provoquer chez lui un certain agacement.
Alors que chacune des interventions de son prédécesseur arrachait une grimace à M. Bouchard,
qui devait faire un effort presque surhumain pour ne pas exploser, M. Landry est demeuré
d'un calme olympien, reconnaissant simplement que M. Parizeau et lui n'étaient pas d'accord
du tout. Il a poussé le détachement jusqu'à faire distribuer sa lettre à ceux qui le désiraient.
Sur la nécessité de mobiliser les forces souverainistes en recréant la coalition arc-en-ciel de
1995, les deux hommes n'auront pas de difficulté à s'entendre, si ce n'est sur l'échéancier, ce
qui n'est pas négligeable. Manifestement, M. Landry n'a pas la moindre intention de plonger le
Québec dans un climat préréférendaire avant les prochaines élections générales. Je ne sais
pas d'où M. Parizeau tient qu'un nouveau congrès du Parti québécois aurait lieu avant les
prochaines élections, mais il ne devrait pas trop compter là-dessus.
Sa lettre révèle une mésentente beaucoup plus fondamentale sur l'option souverainiste
elle-même. Pour lui, le «partenariat» n'est qu'un élément tactique qui pourrait même s'avérer
très dangereux dans la mesure où il risque d'établir dans les esprits l'impression que la
souveraineté est conditionnelle au maintien d'une forme d'union avec le reste du Canada. Ça
vaut également pour la nouvelle union confédérale qu'évoque continuellement M. Landry, y
voyant même un retour à l'époque de Daniel Johnson père.
À cet égard, M. Parizeau est conséquent avec lui-même. Depuis l'échec du référendum de
1980, il s'est toujours opposé au trait d'union entre la souveraineté et l'association, qu'il s'est
empressé de faire sauter quand il est devenu chef, en 1988. Même après avoir signé l'entente
tripartite du 12 juin 1995 avec Lucien Bouchard et Mario Dumont, il disait à qui voulait
l'entendre que le partenariat ne lui inspirait pas grande confiance.
Hier, M. Landry a déclaré que l'abandon du partenariat serait «contraire à sa nature». Loin
d'être un simple expédient tactique, il s'agit pour lui d'une «conviction profonde» que la lecture
des sondages a sans doute contribué à renforcer.
Bien plus que Lucien Bouchard, que les chinoiseries péquistes horripilaient au plus haut point,
c'est M. Landry qui est à l'origine du libellé délibérément vague qui a été enchâssé dans le
programme du PQ au congrès de mai 2000. En réalité, ce «nouveau partenariat économique et
politique», qui s'inspirerait «notamment de l'Union européenne», pourrait prendre
pratiquement n'importe quelle forme, selon les circonstances.
La lettre de M. Parizeau alimentera sans doute les craintes de ceux qui commencent à
s'interroger sur les véritables intentions de M. Landry. Où veut-il exactement en venir avec sa
nouvelle union de type confédéral? Est-ce simplement une formule rassurante en prévision des
prochaines élections ou une dérive inquiétante vers une nouvelle forme de fédéralisme?
M. Parizeau connaît trop bien le PQ pour penser qu'on puisse tout bonnement «mettre à la
retraite» le programme actuel, fruit de très difficiles compromis ayant requis des années de
discussions, souvent déchirantes. Il n'en donne pas moins le signal que le débat doit être
rouvert.
M. Landry a retenu certaines des recommandations de son prédécesseur, par exemple la mise
à jour des études de la commission Bélanger-Campeau, à défaut de celles de Richard Le Hir,
dont M. Parizeau lui vantait pourtant les mérites. La campagne publicitaire visant à stimuler la
fierté des Québécois, actuellement en préparation au coût de cinq millions, était également
une de ses suggestions.
Il a toutefois répété hier qu'il n'utilisera pas les fonds publics pour faire directement la
promotion de la souveraineté, comme l'y engageait M. Parizeau et comme le souhaitent de
plus en plus de souverainistes, qui enragent de voir le gouvernement fédéral financer sa
propagande à même leurs taxes. Il se pourrait que Monsieur sente bientôt le besoin de
reprendre la plume.
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