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Vigile 4.1.02
Deuxième partie :
LE BUT : NOUS METTRE EN MINORITÉ ET NOUS SOUMETTRE
Les peuples inféodés sont libres mais n'ont aucun pouvoir. Cette liberté n'est qu'un euphémisme. Dans la majorité des cas, les populations inféodées ignorent le danger l'injustice et l'ignominie de leur état. Tel est le statut actuel du peuple Québécois en face du pouvoir centraliste, unitaire et arbitraire d'Ottawa, héritier présomptif du pouvoir de Sa Majesté britannique, laquelle conserve le titre sur tout le territoire de l'Amérique Britannique du Nord, ci-devant appelée Canada, avec le droit de regard et de désaveu qui s'y rattache. Beaucoup de Québécois ignorent que le titre sur un territoire donné a été et demeure le principal facteur de pouvoir d'un établissement qui entend imposer sa volonté aux autres. Tout l'arbitraire vient de la volonté, d'une volonté opiniâtre qui ne reculera jamais, à moins d'en être forcée par une autre volonté, plus déterminée, plus consciente, apte et capable d'agir pour son compte et surtout capable de briser la première sans se laisser briser elle-même. Bien entendu, lorsque deux volontés dotées des assises de l'État s'opposent, c'est la guerre par le fait même, non pas la guerre déclarée et brutale, non pas la guerre en images saisissantes mais la guerre réelle, celle qui cherche d'abord à éviter les complications aussi longtemps que possible. En matière de guerre, les adversaires cherchent d'abord à gagner du temps. Pour créer l'illusion de la bonne volonté et de la paix, les pouvoirs font appel aux armes sans y faire appel, expression de leur volonté de dominer associée à la nolonté d'évoluer. Ce comportement, apparemment habile, a pour conséquence de perpétuer l'inféodation et forcer le Québec à régresser pendant plusieurs générations.
Cette nolonté n'est que refus intéressé de l'effort, sur fond d'indifférence hautaine, froide, méprisante et exaspérante pour les autres, plus oppressive et plus provocante que la haine colérique, car la haine n'est pas de l'indifférence. La nolonté, c'est la tiédeur des parvenus et des pseudo parvenus qu'on ne dérange pas, qui ne se dérangent pas et qui explosent en colères furieuses lorsqu'on ose les déranger. Le champ de conscience de ces tièdes se réduit à la logique de leurs intérêts. Pas de dépassement chez ces " gens de bien " qui ne font aucun mal parce qu'ils ne font rien, seulement de l'argent, en connaisseurs de bonnes choses. Ces gens-là ne tuent pas le corps mais leur tiédeur tue l'âme et peut bloquer la dynamique de tout un peuple. L'enfer, c'est les autres, a dit Jean-Paul Sartre. L'enfer, c'est les tièdes qui bloquent les autres par leur nolonté, qui disent NON alors qu'il faut dire OUI, qui préfèrent le statu quo qui ne dérange pas et n'oblige personne à se dépasser par une décision hardie.
DÉFINITION DE L'ENFER
L'enfer, c'est le confort et l'indifférence de celles et ceux qui sont " arrivés " et se foutent de la gueule des autres. Au Québec, les tièdes sont légion. Leur nolonté s'oppose à toute reconnaissance de statut qui les obligerait à prendre des risques même calculés sur l'avenir de l'État du Québec. Face à l'avenir, les tièdes sont pris d'une peur morbide propre à celles et ceux qui refusent de s'engager, peur qui provoque l'exaspération et la colère explosive des militants, qui voient leurs difficultés augmenter jusqu'à ne plus savoir comment il sera possible de s'en tirer. Dans d'autres pays, notamment l'Irlande et la Finlande au moment de l'indépendance, au lendemain de la Guerre 1914-18, la transition a été marquée par des guerres civiles féroces, entre tièdes qui n'ont pris aucun risque mais veulent le pouvoir nouveau pour eux-mêmes et les vétérans qui ont tout risqué et souvent tout perdu dans la lutte. Au Québec, allons-nous connaître le même sort ?
S'il existe un enfer, il est réservé pour les tièdes, qui, par leur ambivalence, font porter leurs démons intérieurs par les autres et leur font vivre l'enfer sur terre. C'est ainsi que s'exprime l'Exode au sujet de l'Égypte des Pharaons. La tiédeur pharaonique et le tempérament amorphe du peuple d'esclaves ont provoqué les colères divines et les foudres du Ciel, manifestées par les Dix plaies. Dans l'Évangile, le Christ s'exprime sans équivoque en ces termes: "Que votre OUI soit un OUI et votre NON soit un NON; les tièdes, je les vomirai. Même le non doit exprimer une volonté, plutôt qu'une nolonté, qui est un refus de s'engager et d'agir. Dans le même sens, Dieu condamne au feu éternel le riche, tiède et indifférent à la misère des autres.
Le refus de composer avec les événements, d'apprécier les contextes et situations qui se présentent, de se décider, d'agir devant sa propre conscience et la conscience universelle, est très grave. La liberté est beaucoup plus qu'un privilège et un droit : elle est un devoir. Il faut se décider et agir, peu importe qui on est, " bon " ou " mauvais ". C'est ainsi que s'exprime Martin Buber : " C'est en dérivant dans l'accomplissement de l'Un toute la force de l'Autre, en faisant entrer, dans la réalisation de ce qui a été choisi, la passion intacte de ce qui a été répudié, c'est " en servant Dieu avec nos mauvais instincts ", que nous nous décidons et que nous décidons de l'événement. Si l'on a compris cela, on sait aussi que c'est bien là la justice, la direction juste dans laquelle on se dirige, et selon laquelle on se décide ; et s'il y avait un Diable, ce ne serait pas celui qui s'est décidé contre Dieu, mais celui qui, de toute éternité, ne s'est jamais décidé. " (cf. Martin Buber. Je et Tu.. Aubier. Bibliothèque philosophique. Paris. 1969. P.83/172pp) Ce langage n'est pas destiné aux petites natures, dont l'équipement intellectuel et mental ne permet pas semblable discernement.
DEUX ÉTATS : DEUX VOLONTÉS
La volonté United Empire Loyalist du Canada anglais, qui s'exerce par son brandon politique à Ottawa et économique à Toronto, remonte au Traité de Paris du 10 février 1763, par lequel la France transférait à l'Angleterre ses possessions territoriales en Amérique du nord. Le territoire était ouvert aux mouvements migratoires des Loyalistes en provenance des Treize colonies, à leur implantation en Acadie et au Québec d'abord, à leurs progressions ultérieures du statut de colonie vers celui de nation et à la création de leur propre État, par l'Union Act de 1841, puis, par le British North America Act de 1867 et la création d'une capitale artificielle à Ottawa. Le titre sur le territoire de l'Amérique Britannique du nord accordait et accorde toujours aux Loyalistes une liberté d'action à laquelle Londres ne s'objecta pas. Comme l'action renforce la volonté, les actes des Loyalistes ont augmenté leur volonté de créer au nord des Etats-Unis nouvellement indépendants un État qui soit le leur, expression d'une volonté loyaliste, appuyée par Londres et l'Empire Britannique. Cet état de choses n'était pas destiné à changer. Le Canada Act de 1982, par lequel l'État centraliste et unitaire d'Ottawa déclare unilatéralement son indépendance face au Québec, donc, passé sur le dos du Québec, s'est bien gardé de mentionner la dimension territoriale de cette décision politique.
Il n'a pas été question de répudier le Traité de Paris du 10 février 1763, qui faisait de la Couronne britannique seule propriétaire en titre du territoire de tout le Canada, avec droit de regard et de désaveu exercé en pratique par le Gouvernement fédéral de Sa Majesté à Ottawa. Encore moins fut-il question de reconnaître le Québec comme foyer national d'un peuple et État de facto, ce qu'il est effectivement, mais non selon le Canada Act qui a été passé sans le Québec. Les nations Amérindiennes sont reconnues comme telles, mais cet acte de reconnaissance ne comporte aucun danger pour Ottawa et la Couronne britannique puisque ces nations ne possèdent pas les assises de leur propre État. Leur statut réel dépasse à peine celui de la tribu, société sans pouvoirs. Sans État, la nation ne demeure qu'une société territoriale plus étendue en superficie que celle de la tribu ou du clan, mais inapte et incapable d'agir avec envergure. Le Québec, au contraire, a conquis le statut de nation et d'État de facto et de jure, mais Ottawa fait tout ce qu'il peut pour l'empêcher d'agir et de s'affirmer. Combien de temps cette comédie va-t-elle durer avant de tourner au tragique ? Avant de passer aux actes et aux non-actes, volontés et nolontés s'expriment avec des mots. Il en résulte une drôle de guerre qui ne dure qu'un temps. Vient ensuite l'éclatement que personne ne peut empêcher. Inutile de crier qu'on ne veut pas la guerre alors que la guerre est déjà là. Les " concessions " politiques survenues trop tard ne serviront à rien non plus. Ce sera l'épreuve de force et personne, civils et militaires, ne pourra l'éviter. La nouvelle guerre est encore plus impitoyable pour les civils que pour les militaires, déjà formés et préparés à affronter le pire.
Qu'on le veuille ou non, l'État du Québec existe bel et bien, de fait (de facto) et en grande partie de droit, puisqu'il possède son propre code civil. Il ne lui reste qu'à être reconnu, de jure comme de facto. En politique, il ne s'agit pas de se faire aimer mais de se faire reconnaître, ce qui n'est pas la même chose.
UN SEUL ÉTAT SUFFIT POUR LE QUÉBEC
Il y a une année ou deux, j'ai vu à la télévision M. Claude Ryan, journaliste bien connu, grand " fédéraliste devant l'Éternel ", grand pourfendeur des " mécréants séparatistes ", faire en substance la déclaration suivante : " Il y a trop d'État au Québec "
C'est évident qu'il y a trop d'État au Québec, ce qui veut dire, trop de bureaucraties, trop de lois contradictoires, trop de taxes et d'impôts, trop de paperasseries, trop de tracasseries administratives, trop de décisions importantes remises aux calendes grecques, trop de police, trop de surveillance et sécurité, trop d'agences de renseignements, trop de contrôle sur les citoyens, bref, trop d'accessoire au détriment de l'essentiel que sont, l'éducation, les soins de santé, une fiscalité réduite et saine, que nous contrôlons, une organisation de défense qui tombe sous notre contrôle, une défense civile qui fasse le contrepoids à la police, des communications qui tombent sous notre contrôle, non sous le pouvoir d'Ottawa, le contrôle par nous-mêmes des chemins de fer, des aéroports et des ports de mer, une monnaie qui tombe sous notre contrôle, bref, davantage de résultats avec beaucoup moins de bureaucratie, de paperasses et de tracasseries administratives et légales.
La solution au problème que mentionne Monsieur Ryan est donc très simple : éliminer Ottawa et les organisations fédérales du territoire du Québec. Par conséquent, éliminer un État au complet, puisque deux États se nuisent mutuellement. Nul ne peut servir deux maîtres : le pouvoir et l'argent d'Ottawa d'une part, notre propre conscience nationale de l'autre. On ne peut accorder sa loyauté à deux pouvoirs qui s'opposent. De cette manière, il y aura déjà beaucoup moins d'État au Québec. En fait, il ne restera que notre État naturel à nous, l'État du Québec. Proche de nous, nous pourrons mieux le contrôler et le faire servir à nos besoins et à notre cause et rien d'autre. Cet État qui est le nôtre sera ce que doit être un État : l'instrument privilégié de l'agir d'un peuple, ce par quoi il devient Nation avec la majuscule. Il y a plus de démocratie lorsqu'un peuple est plus proche de son État. Dans les conditions actuelles, Ottawa, qui nous regarde de haut et cherche à nous briser, agit au nom de quelle démocratie au juste?
NOUS AUSSI NOUS VOULONS LE POUVOIR
En nous réduisant au statut inférieur de minorité, par le moyen du centralisme unitaire, Ottawa a cru que nous serions pleinement satisfaits de la "liberté (sic) " qu'on nous accorde comme une insigne faveur, alors que nous restons sans pouvoirs réels. Ceci nous prive des aptitudes et des moyens de l'action. Nous ne pouvons pas, comme tout peuple qui se gouverne parce qu'il possède les assises de sont propre État, penser et agir par nous-mêmes avec envergure. Les grands principes de la stratégie d'État, c'est pour les autres. Nous ne pouvons ni apprécier, ni déterminer nos objectifs, où quand et comment l'effort sera concentré, comment nous allons atteindre ces objectifs avec une économie maximale de moyens, quelles seront les méthodes et les solutions les plus simples face aux circonstances que nous allons rencontrer, coordonner par nous-mêmes tous nos efforts et nos moyens d'action, collaborer entre nous pour obtenir le maximum de résultats, tout administrer nous-mêmes et gérer notre propre logistique, sans subordination à celle d'un pouvoir étranger à nos préoccupation, comme c'est le cas d'Ottawa, pour qui nous n'existons pas. La règle à suivre est simple en politique : qui agit existe et qui n'agit pas n'existe pas. Les pouvoirs nécessaires pour agir nous étant enlevés, nous devrons alors agir quand même, sans demander permission à personne, quitte à placer ensuite nos adversaires devant le fait accompli. C'est ce qu'ils font envers nous de toutes manières. Déjà, dans beaucoup de domaines, notre volonté se heurte à la leur et ils réagissent presqu'avec violence et menaces d'interventions armées. Soit, puisque c' est ainsi, alors à nous de pousser notre aventure jusqu'au bout et en même temps, tuer dans l'oeuf toute tentative de leur part de nous bloquer par la force. Rien ne sert de nous faire la moindre illusion à ce sujet : nous sommes en guerre et ce n'est pas en nous mettant à plat ventre devant nos adversaires que nous allons obtenir la paix. Si nous leur servons de tapis, n'allons pas brailler ensuite lorsqu'on nous marche dessus. Nous l'aurons voulu. Mais si nous décidons résolument de poursuivre notre lutte et de la gagner, cette guerre, alors ce sera autre chose et rien ne sera plus jamais comme avant.
GUERRE ET POLITIQUE
Quant à la conduite de la guerre proprement dite, elle dépend de la politique. Comme la politique est affaire d'intérêts, de rapports de forces et d'effectivité, ainsi en est-il de la conduite d'une guerre, de la détermination de son point d'éclatement, de ses facteurs, ses paramètres, ses principes, ses limites et son point d'arrêt, lorsqu'il est devenu nécessaire de volontairement y mettre fin et qu'une décision agissante est prise et imposée en conséquence. Ses principes sont les mêmes que ceux qui gouvernent l'effectivité des États, en temps de paix comme en temps d'incertitude et de doute, autant qu'en période de guerre : appréciation rigoureuse et correcte du contexte et de la situation ; détermination et maintien d'objectifs praticables et réalisables en termes de temps et d'espace ; maintien du moral ; concentration et économie de l'effort ; simplicité et souplesse ; sécurité et surprise ; coopération ; coordination ; administration et logistique. Ces principes ne sont pas des théories creuses mais des axiomes, des énoncés dont on ne peut faire la preuve sur le moment. Ils n'ont pas pour objet d'obtenir d'éclatantes, transitoires et potentiellement catastrophiques victoires militaires, mais d'assurer la continuité de l'État qui se donne la peine d'en tenir compte plutôt que se fier sur des expédients commodes face à une opinion publique peu éclairée.
DÉTERMINISMES ET DÉTERMINATION
La géographie naturelle de la terre offre déjà à la vie humaine une infinité de possibilités, tant sur plan individuel que collectif, causal que relationnel. Elle offre également un potentiel presque sans fin d'inégalités économiques, politiques et sociales, laissant chacun libre de décider ce qu'il convient de faire dans chaque contexte et chaque situation qui se présente. C'est dans l'organisation du temps et de l'espace que se confirment les inégalités. Une minorité d'individus, réalisant l'extrême dépendance des majorités, l'exploite à des fins de profits et de pouvoirs qui se perpétuent de génération en génération, constituant des dynasties dominantes qui imposent leur arbitraire, c'est-à-dire leur volonté propre à tous les autres.
Il n'y a donc pas de déterminisme dans une guerre : il n'y a que des déterminations, des volontés de s'imposer confrontées à des volontés de s'opposer, quittes ensuite à s'imposer à leur tour lorsqu'elles l'emportent sur les autres, au terme de combats psychologiques, juridiques, matériels et militaires interminables. Pour comprendre les mécanismes d'une guerre, il faut comprendre les mécanismes et les pathologies d'une volonté humaine sans foi, qui confond l'avoir et l'être, confrontée à la peur du néant, en quête de l'absolu qui lui donnera la certitude de son existence, son devenir et son avenir. Une telle certitude existe, cependant. Elle n'est pas un absolu mais elle fait vivre et elle ne peut survenir qu'au terme d'une métamorphose de l'esprit et du coeur. Ceci est autre chose.
IMPORTANCE DE L'ÉTAT
Puisque la guerre est affaire d'intérêts, de rapports de forces et d'effectivité (dont nous venons sommairement de voir les principes), comme la politique qu'elle prolonge, il en résulte que les guerres sont affaires d'États, c'est à dire des sociétés qui possèdent des pouvoirs d'agir avec envergure, ce que ne peuvent faire les sociétés de moindre poids politique et économique tels les nations sans État, les tribus, les clans et les familles. Entre ces sociétés à pouvoirs réduits, les guerres se limitent à des vendettas saisonnières, répétées mais sans continuités véritables.
Pour le Québec en devenir, il est temps de s'instruire de ces questions avant de progresser plus loin, vers le statut d'État de jure comme de facto, qui nous attend dans un avenir proche. Nous savons maintenant, grâce à certaines disciplines récentes, dont la géopolitique, que notre survivance en Amérique du Nord et notre progression continue vers le statut de peuple, de nation et d'État, n'est pas le résultat du hasard et encore moins de la tolérance de nos ennemis séculaires. La politique est affaire d'intérêts, de rapports de forces et d'effectivité et c'est en fonction de ces dimensions essentielles dans la vie des peuples que nous pouvons adéquatement expliquer notre statut dans les faits (statut de facto) et sa progression continue vers le statut d'un État de droit, envers et contre la volonté adverse et arbitraire d'Ottawa, disposée à prendre tous les moyens pour nous maintenir en état d'inféodation.
Cette volonté se heurte maintenant à notre propre volonté naturelle et grandissante de nous prendre en charge et de conduire nos propres affaires, comme l'ont fait des centaines de peuples du monde actuel. Les représentations sensationnelles et superficielles des journaux ne rendent compte de rien, ou presque. nous devons les dépasser et nous instruire en profondeur, surtout si nous voulons accéder à la souveraineté sans passer par une guerre d'indépendance ou une guerre civile comme celles qui ont affecté tant d'autres peuples. La paix est une conquête : elle n'est pas un héritage et l'ignorance n'a jamais produit la paix. Déjà, nous sommes témoins d'une guerre de grande envergure entre la politique américaine et le monde musulman. A nous de nous en instruire pour notre propre cause.
Bismarck a dit : " Les imbéciles apprennent par leur propre expérience. Je préfère apprendre par l'expérience des autres ". Ne faisons pas les imbéciles qui s'abritent derrière des expédients pour éviter de prendre les décisions pertinentes qui s'imposent face aux situations et aux contextes qui se présentent.
L'expérience vécue en contexte le prouve amplement : la volonté et la parole sont à l'origine de toutes les guerres. Cet aspect métaphysique (réalité au delà des apparences) des guerres est peu ou mal connu, de sorte que les guerres sont jugées à partir de considérations superficielles et idéologiques. En matière de guerre, c'est bien à l'esprit et à la parole que nous avons affaire, exactement comme dans tout problème psychologique et moral. Les armées, armes et ferrailles de guerre ne sont pas causes mais effets de la guerre. Celle-ci est déjà présente dans l'esprit et se transmet d'abord par des mots très longtemps avant que les armes et les armées fassent leur apparition. Dans ce domaine comme tant d'autres, c'est la parole qui est en cause, notamment le jugement qui crée et impose l'arbitraire déjà présent dans la volonté, laquelle exprime le froid mépris, voir, la haine glaciale de l'autre parce qu'autre et heureux de l'être.
La langue anglaise possède un terme fort pour qualifier ce comportement qui tue l'esprit : contempt, dont le sens s'exprime en français par le mot mépris. En anglais, " to treat someone with contempt " signifie : traiter quelqu'un comme s'il n'existait pas c'est-à-dire, l'expédier au Néant d'où il a été tiré. Les Anglais savent très bien ce que veut dire cette expression, eux qui ont méprisé les Irlandais, les Écossais, les Acadiens, les Yankees de Nouvelle Angleterre, les Habitants de la vallée du Saint-Laurent, devenus les Québécois, les Australiens et les Boers d'Afrique du Sud, sans oublier les peuples, peuplades et tribus d'Afrique et d'Asie qui ont eu le malheur de tomber sous leur domination. Un tel comportement, générateur de haines et de guerres millénaires, s'inspire de l'orgueil, de la vanité, de la paresse intellectuelle et physique et aboutit à vouloir faire porter ses démons intérieurs par les autres, afin de se donner bonne conscience à rabais, puis, à les inféoder et à leur imposer une obéissance servile. Telle est la nature de la volonté de domination qui provoque des querelles et des guerres éternelles. Évidemment, ce péché universel est présent autant dans les relations individuelles que collectives et les Anglais ne sont pas les seuls à l'avoir commis. Comme dans la célèbre fable de Lafontaine : Les animaux malades de la peste, chacun doit examiner sa conscience à ce sujet et s'abstenir de juger et condamner les autres, ce qui n'est pas facile et exige beaucoup d'humilité, de détermination et d'efforts. Mais les plus forts ont toujours raison, d'où nécessité de rééquilibrer les forces de manière à ne permettre à personne de se trouver en position de force devant les autres. C'est une nécessaire condition pour promouvoir la paix dans le monde mais il y a beaucoup de chemin à faire. En attendant, le " contempt " va continuer à faire des ravages.
Si l'humanité avait pris conscience des démons intérieurs qui l'habitent et partant, à se taire autant qu'à parler, soit par des mots ou des signes, il n'y aurait pas tant de mépris, de haines et de guerres. Les personnalités " délicates " et " gentilles " qui se permettent de juger les autres sont encore plus responsables des échecs et des ruptures de relations que les " brutes ", qui, la plupart du temps ne savent ni parler ni s'exprimer. En effet, on est facilement porté à se défendre contre les primitifs qui agissent avant de penser et on se défend peu contre les " gens de bien " pleins de " civilités " superficielles et hypocrites, qui, par leurs commérages, empoisonnent l'univers des relations. Dans un ouvrage magistral sur l'histoire de l'Empire Britannique, l'auteur discuté James Morris (The Folio Society, Londres, 1992), affirme que ce sont les commérages bien plus que les ennemis jurés des Anglais qui ont ruiné l'Empire. Les bavards et commères sont de " bonnes gens ", donc on les écoute et on les laisse empoisonner l'esprit de toutes celles et ceux qui entrent en contact avec eux, en commençant par les enfants. Plutôt que chercher la vérité au delà des apparences, la vérité métaphysique qui ne se livre pas d'elle-même mais qu'il faut conquérir par des efforts répétés pendant une vie entière, on préfère écouter les papotages et commérages de l'opinion ignorante. Pourtant l'Évangile nous enseigne bel et bien de nous méfier de ceux et celles qui tuent l'âme (par des mots et des signes) et qui sont plus dangereux que ceux et celles qui tuent le corps par des coups et qu'il est possible d'arrêter avant qu'ils ne commettent trop de dégâts.
Ce qui se produit entre individus, à l'intérieur des groupes et des familles, se transmet avec envergure dans les relations entre peuples, nations et États. La violence surgit ensuite, avec une implacable logique vengeresse et destructrice. Depuis les débuts de l'humanité historique, on dénombre plus de 10,000 guerres et il y aurait pu y en avoir bien davantage, compte tenu du fait que l'humanité n'a pas compris le sens de ses pensées, ses désirs, ses paroles et ses actes. Chaque génération répète les erreurs des précédentes. Trop de gens pensent que leurs paroles sont innocentes ; pourtant, les paroles sont le glaive de l'esprit. Pour comprendre le mécanisme des conflits, confrontations et violences, il faut d'abord comprendre les mécanismes de la volonté et de la parole humaine, dans ce qu'elle comporte de moins apparent et de plus délétère, connaître la signification, le sens, la portée et la dynamique de tous les mots, termes et expression qu'on utilise, verbalement et par écrit. La rigueur est de mise. Là est l'essentiel et le reste suit accessoirement avec une implacable logique. Les campagnes que tiennent les pacifistes d'une génération à l'autre depuis le commencement du monde n'ont servi qu'à donner bonne conscience aux naïfs et aux ignorants qui les conduisent et mauvaise conscience aux autres qui ne les croient pas. La paix, qui est une conquête, ne peut survenir qu'au terme d'une métamorphose de l'esprit et du coeur.
LA CAUSE DES GUERRES EST DANS L'ESPRIT ; LES ARMES EN SONT L'EFFET
La cause est dans l'esprit, dans la volonté de dominer, d'intimider, de s'imposer, de déposséder et de soumettre, par des moyens psychologiques d'abord, sinon par la force. Ce processus porte le nom d'inféodation. Peu de Québécois en comprennent le mécanisme et le sens. Volontiers, on associe la guerre avec histoires de guerres, plus ou moins sensationnelles. La conclusion qu'on tire de ces histoires à faire peur est toujours la même : lorsque disparaissent les effets, il n'y a plus de guerre. On peut donc se coucher et dormir tranquille, en attendant qu'une autre guerre éclate quelque part sur la terre, mais jamais chez nous. Nous ne voulons pas la guerre et nous sommes trop bons pour mériter pareille calamité. Au Québec, c'est du nominalisme à son meilleur. Nous ne voulons pas de guerre, donc, il n'y en aura jamais chez nous. Si nous osons employer par exemple le terme d'une potentielle guerre d'indépendance du Québec, alors on s'en va se cacher sous le lit et le problème s'efface par le fait même. Ce qu'on ne nomme pas n'existe pas et ce qu'on nomme risque de surgir parce que la parole a le pouvoir de mettre au monde ce qui n'est pas. Point à la ligne : fin de la discussion. Ne nous dérangez plus. On veut la paix. La paix est là et il n'y a plus à en discuter.
METTRE FIN AU NOMINALISME D'UN PEUPLE INFÉODÉ
C'est comme si on disait : on ne veut pas de maladies : on veut la santé. Donc, la santé est là et la maladie disparaît par l'effet " magique " de la parole. Mentalité de clichés et de calembours, propres aux peuples qui ne se sont jamais gouvernés eux-mêmes et qui refusent de reconnaître que la réalité ne se laisse pas piéger par les mots et les projections comme dans les films. Les perceptions les plus importantes ne sont pas celles qu'on exprime facilement mais celles qui échappent à la représentation par des mots. La parole, verbale et écrite, est loin de tout dire. Parce que la réalité est ontologique : elle n'est pas logique et ne plie pas devant les discours d'une bonne conscience remplie d'illusions. Elle est radicale, non pas radicaliste mais radicale, ce qui n'est pas la même chose, en ce sens qu'elle échappe aux belles paroles et au langage logique. Sa deuxième caractéristique est l'ipséité, ou l'en soi, qui échappe aux jugements de valeurs. La troisième est la sémelfactivité, en ce sens qu'on ne peut faire que ce qui a été fait n'a pas été fait. Il est inutile de revenir en arrière et pleurer sur le passé ; par contre, il est aussi nécessaire de s'en instruire afin de ne pas répéter les mêmes erreurs d'une génération à l'autre. D'où l'importance de la remarque de Bismarck. La quatrième : la royauté du réel, qui est là devant nous et n'a rien à voir avec les monarchies de ce monde, absolues ou parlementaires, plus théâtrales que réelles.
Le terme royauté du réel signifie que l'endroit le plus important du monde est celui où on se tient et la minute la plus importante de la vie est celle qu'on est en train de vivre présentement et qui compte soixante secondes qu'on ne pourra pas fuir vers l'avant ou vers l'arrière. Si nous voulons que le Québec devienne de jure l'État qui existe déjà de facto, nous devons changer de mentalité en faveur du réalisme, immédiat selon Aristote et médiat selon S. Thomas d'Aquin. Autrement, nous allons demeurer un peuple inféodé et servile. Certes, nous ne sommes pas un peuple " opprimé " comme Ottawa ne cesse de nous répéter, mais nous sommes inféodés, c'est-à-dire soumis à une autorité qui n'est pas la nôtre et lui obéissant servilement, ce qui est déjà une ignominie puisque nous avons les moyens de nous prendre en charge et nous gouverner nous-mêmes. Partant, nous avons le devoir de le faire et lever la tête en face du monde, ainsi qu'il convient à des peuples qui ont fait reconnaître leur statut de Nation, avec majuscule, grâce aux assises de leur propre État. Par dessus tout, nous devons comprendre et connaître la guerre, même en temps de " paix (sic) ", alors qu'on entend aucun cliquetis d'armes. Pour notre gouverne, comprenons que la paix est une conquête : elle n'est pas un héritage.
Le terme central de sa définition, ce n'est pas la violence mais la volonté. A l'origine, la violence a été, demeure et demeurera l'a posteriori des guerres et la volonté l'a priori. C'est la volonté humaine qui est en cause et la violence, verbale, physique ou armée, un des effets de cette cause. En pratique, la violence peut provoquer la volonté, mais la volonté, entendez volonté de posséder, dominer et soumettre, existait déjà avant la toute première de toutes les guerres du monde. Cette volonté profite de la faiblesse et surtout de l'absence de volonté des autres parties en cause, absence que Mirabeau appelait la Nolonté, ou le NON qui tue et qui refuse sa propre liberté, le NON qui blesse et maintient le statut quo. Celle-ci, caractérisée par le refus de réfléchir en profondeur, de se décider et d'agir, non pas s'agiter mais agir par un acte de présence réelle, exigeant, à la fois efficace et effectif, est autant cause de violences et de guerres que la volonté de domination et de possession. L'existence est relation en acte et nul ne peut y échapper en s'isolant dans une tour d'ivoire et d'argent.
La guerre origine donc d'une part chez ces volontés morbides de déposséder les autres et de les dominer à tout pris, confrontées à la faiblesse générale des populations humaines, trop peu conscientes pour s'opposer et se défendre d'une manière à la fois efficace (à court terme) et effective (à long terme). La volonté de domination et de possession se manifeste par la ruse, la duplicité, le mensonge, l'hypocrisie, le mépris, le légalisme, le refus d'informer et d'instruire correctement, l'ambiguïté dans le langage, l'exploitation de l'émotivité des masses humaines, leur primarité et leur ignorance, toujours prêtes à recourir à la force en cas d'échec. Bien entendu, il n'y a ni conflit ni guerre lorsque les inféodés se soumettent servilement et font tout ce qu'on leur commande, sans offrir de résistance, vivant dans la béatitude de l'inconscience qui ignore ou annule cette souffrance de l'âme qu'on appelle ignominie, ou absence de statut et de nom. La guerre commence avec les prises de conscience des sujets plus éveillés parmi les peuples, conscience qu'ils transmettent aux autres et qui finissent par se traduire en actes et en cas d'impuissance par des violences extrêmes qui ne cesseront qu'avec la libération totale.
LES GUERRES SONT CIVILES AVANT DE DEVENIR MILITAIRES
Les guerres sont d'abord civiles, en ce sens qu'elles sont d'abord l'affaire des politiciens et de l'opinion publique avant de passer aux armes et aux armées, non l'inverse. Certains historiens parlent de guerres religieuses mais la religion comme telle n'est pas cause de guerre (casus belli). Le pouvoir pour le pouvoir, l'argent pour l'argent et la puissance qui en résulte, ont été et demeurent les seuls motifs " religieux " de la guerre. Les guerres ne commencent pas avec les armées non plus. Cela se voit maintenant, depuis l'attentat contre les tours du World Trade Center à New York. Cela se voyait avant, pourvu qu'on se donne la peine d'étudier l'histoire des guerres depuis le commencement des temps historiques. Les armées s'organisent APRÈS que la guerre, en tant qu'échec magistral des relations humaines, a duré et perduré et non avant. A cet égard, on peut affirmer sans risque de se tromper que lorsque les armes et les armées font leur apparition, la guerre comme telle, comme volonté de briser et de soumettre, confrontée avec violence à d'autres volontés déterminées à s'opposer et à résister par tous les moyens, est présente depuis au moins 40 ans et le plus souvent davantage. En général, je le sais pour l'avoir vécu et l'expérience récente de New York le démontre amplement, les armées sont en retard de deux générations par rapport à leur temps, souvent davantage.
Par exemple : la guerre qui a éclaté en 1914 (non pas commencé mais éclaté, ce qui n'est pas la même chose) a pris les armées par surprise, tant chez les Allemands que les Alliés. Le front n'avait plus les mêmes dimensions et aujourd'hui, le front n'est nulle part et partout à la fois. Donc, la guerre n'est plus l'affaire des militaires. Leurs techniques de guerre étaient désuètes, évoluant encore suivant des doctrines militaires datant du milieu du siècle précédent, nullement adaptées aux conditions nouvelles, qui exigeaient des révisions radicales de l'organisation, l'administration, le déploiement, la stratégie, la logistique, la tactique et surtout la diplomatie qui doit toujours accompagner les guerres, puisque les interventions armées ne sont jamais une fin en soi, seulement un moyen pour obtenir la paix, ce que ne comprennent pas les volontés belliqueuses, qui portent rarement l'uniforme de combat et ne vont surtout jamais se risquer en première ligne. Dès la première guerre mondiale, dix civils ont été tués pour un militaire de première ligne : à la Seconde, un milliers de civils ont été tués pour un seul militaire et maintenant, la nouvelle guerre tue les civils et les militaires survivent.
Mais l'inertie naturelle des États ne permet pas de telles adaptations en si peu de temps et rares sont les hommes et femmes d'État qui ont assez d'envergure, de compétence, d'intégrité et de sens de l'action pour comprendre avec Sun Tsu qu'il est possible de gagner une guerre sans tirer un seul coup d'épée ou de fusil. La dissuasion est possible. Elle produit des résultats permanents et elle a bien meilleur goût, mais rares, très rares sont les grands maîtres de la stratégie qui ont réussi, sans bluff ni manoeuvres frauduleuses. Le problème avec les maîtres, c'est qu'ils ne sont pas des héros et ne veulent pas le devenir. Donc, exception faite de quelques rares disciples, personne, ou presque, ne veut les croire.
N'étant pas entourés de morts et de destructions, comme les grands héros de l'histoire, les grands maîtres sont rentrés chez eux et poursuivent la trame de leur existence sans que personne ne leur accorde la moindre attention. Même leurs ennemis les ignorent, sauf lorsqu'il s'agit de s'emparer de concepts valables dont on peut faire bon usage.
Résultat de l'inertie et l'ignorance crasse des politiciens, des populations et des armées qui en dépendent :des dizaines de millions de morts et de héros inutiles, accompagnés d'indescriptibles destructions avec ruines des vies individuelles et collectives. De même à la Seconde guerre mondiale, pour laquelle aucune armée n'était prête, exception peut-être de la défense finlandaise, composée étrangement de citoyens soldats syndiqués, qui ont tenu en échec des armées soviétiques beaucoup plus nombreuses que les forces finlandaises. La célèbre Wehrmacht, mise au point sous Bismarck, fit bonne figure sauf que les mégalomanes qui dirigeaient l'Allemagne nazie lui demandèrent l'impossible sur les plans stratégiques et tactique, en plus d'une conduite criminelle et immorale envers les populations conquises, de sorte que les alliés naturels de l'Allemagne se tournèrent contre elle et devinrent des ennemis. Aucun des principes à suivre dans une guerre n'a été respecté par l'Allemagne nazie, entre autres : appréciation rigoureuse et correcte du contexte et de la situation; détermination d'objectifs praticables et limités dans le temps et dans l'espace; maintien du moral, non seulement de l'Allemagne mais de toute l'Europe, concentration et économie de l'effort, simplicité et souplesse, etc. Résultat : démoralisation de l'armée et du peuple allemand qui ne savait plus où donner de la tête. Car si le peuple allemand était conscient des injustices faites à l'Allemagne avant même sa naissance en 1870, répétées au point de provoquer la première grande guerre mondiale et puis, la seconde, ce même peuple ne voulait pas que les torts soient redressés par une guerre qu'il aurait volontiers évité, mais les Nazis n'étaient que des incompétents sur le plan géopolitique, stratégique et diplomatique, des prétentieux sans qualités, surtout capables d'aggraver les problèmes plutôt que les solutionner.
J'ai connu beaucoup de militaires américains, tant en Europe qu'en Afrique Équatoriale, qui n'étaient pas plus fiers de leur propre administration, composée d'arrivistes, de nouveaux riches et d'ignorants dangereux, disaient-ils. Si leurs soldats ont déserté par milliers en Europe pendant la seconde Guerre mondiale, c'est précisément parce qu'ils étaient mal gérés et mal administrés par des ignorants, y compris les officiers supérieurs, dont j'ai entendu très peu de bien de la part des soldats américains eux-mêmes. Par contre, j'ai rarement entendu de telles remarques désobligeantes de la part de soldats canadiens et britanniques sur leurs officiers, y compris les généraux. Les Finlandais, pour leur part, avaient été dirigés à la dernière guerre par un homme de génie, le maréchal KGE Mannerheim, mais, discrétion scandinave, je n'ai entendu aucun commentaire à son sujet.
TOUTE PRISE DE CONSCIENCE EST DOULOUREUSE
Et voilà maintenant que les Britanniques commencent à prendre conscience de l'ineptie de leurs propres dirigeants, depuis les débuts de l'Empire Britannique jusqu'au Vingtième siècle. Ils auraient pu conserver l'Empire Britannique mais l'arrogance trop répandue dans les rangs des Anglais a fini par transformer des alliés sûrs en ennemis mortels. Comme Ottawa aujourd'hui, les dirigeants de Londres, politiciens et mandarins, voulaient le pouvoir pour le pouvoir et l'argent pour l'argent. Comme ils étaient en position de force, ils ne s'imposaient aucun frein. Il est embarrassant aujourd'hui pour le gouvernement de Londres, de dévoluer en faveur de l'Irlande, le Pays de Galles et l'Écosse, qui ont été presque détruits par les guerres des siècles précédents, simplement parce que les mêmes dirigeants de Londres à ces époques antérieures ont cru avoir reçu un mandat divin pour imposer avec arbitraire et brutalité leur loi aux autres. À présent, les peuples qui tentent de se prendre en charge et de se relever ont perdu l'habitude de se gouverner eux-mêmes et auront besoin d'un long apprentissage.
LA GUERRE EST COMPLÈTEMENT DANS L'ÉTAT PSYCHOLOGIQUE ET MORAL DES BELLIGÉRANTS
La guerre n'est pas une fin en soi et lorsqu'on ne peut faire autrement que recourir à la force pour faire valoir ses droits collectifs sur les impériaux, des paramètres et des limites rigoureuses doivent gouverner l'action et les objectifs doivent toujours se limiter aux visées politiques à long terme. Avant de frapper, il faut en mesurer les conséquences, car la guerre est complètement dans l'état psychologique et moral des belligérants. L'armement est purement accessoire et ne constitue pas le point de départ de la guerre. Telle est la réalité difficilement saisissable et représentable. C'est dans cette perspective que Sun Tsu, avec sa sagesse orientale, enseigne de ne jamais oublier que l'ennemi d'aujourd'hui peut devenir l'allié dont nous aurons besoin demain et que l'allié d'aujourd'hui peut devenir notre ennemi de demain. La réalité est ontologique : elle n'est pas logique.
Certes, nous en savons quelque chose, nous, Québécois, dont les ancêtres et les générations récentes ont été confrontés à l'hostilité anglaise et loyaliste, hostilité qui nous menace toujours par le truchement de son gouvernement post-impérial à Ottawa. Cette hostilité outrée s'est déjà tournée contre les Irlandais et les Écossais, puis, les Acadiens, ensuite, contre les Yankees de Nouvelle Angleterre, puis, contre les Australiens et les Boers d'Afrique du Sud. Si nous avons été moins maltraités que les autres, nous, Québécois de souche et d'adoption, si les Anglais et les Loyalistes nous ont fait des " concessions ", c'est parce que malgré notre faiblesse numérique, notre position était relativement forte dans le Saint-Laurent, grâce à la géographie, (cf. : Géopolitique et avenir du Québec. Guérin. Montréal 1994), grâce aussi à l'histoire, à notre langue qui est une langue d'État, formelle et apte à nous faire saisir et comprendre l'universel, ce qu'un dialecte tribal ne peut faire ; finalement, grâce à notre sens inné de l'État (nous ne sommes pas des provinciaux), hérité de nos ancêtres Normands et aussi de la tradition gréco-latine, bref, toutes choses qui nous ont permis de renverser le cours de l'histoire et devenir ce que nous sommes, soit, un peuple, une nation et un État nouveaux dans l'échiquier d'un monde en pleine mutation.
Pour éviter une confrontation armée qui, soyons-en sûrs, sera provoquée et orchestrée par l'État central, centraliste, unitaire et arbitraire d'Ottawa, nous devons dès maintenant nous instruire et nous préparer par une politique de dissuasion qui sera la nôtre et à notre service, comme notre État québécois en pleine gestation. Ces paragraphes ont pour objet de nous inciter à nous instruire dans ce sens et à passer ensuite à la phase suivante, celle de l'organisation et de l'entraînement.
L'ARMÉE ET LE QUÉBEC : UN ASPECT INÉDIT
Pendant l'automne 1958, alors que j'étais en service avec le Troisième Bataillon du Royal 22e Régiment en Allemagne, nous exécutions des manoeuvres qui avaient à peine changé depuis l'époque de Malborough à la guerre de la Succession espagnole. A cette époque, nous étions beaucoup plus obnubilés par la langue anglaise que nous le sommes maintenant et une grande partie de notre littérature militaire venait du War Office à Londres. Ce " secret militaire " a été bien gardé. On nous faisait la grande faveur de nous inviter à servir dans l'Armée de Sa Majesté britannique, avec pour faveur additionnelle de nous permettre de constituer nos propres régiments, dont le Royal 22e Régiment, les Fusiliers Mont Royal, le Régiment de Maisonneuve, le Régiment de Châteauguay, le Régiment de Trois Rivières, le Régiment de la Chaudière, les Voltigeurs de Québec, le Régiment de Montmagny et j'en passe.
Donc, nous devions nous montrer émus de reconnaissance, et demeurer discrets, devant l'envahissent de l'anglais, afin de ne pas provoquer de crise politique. C'est vrai que nos régiments, nous les avons beaucoup aimés et nous les aimons encore, mais ce n'était pas une faveur qu'on nous accordait, comme le disent les Loyalistes, mais une nécessité dictée par les lois naturelles qui gouvernent la survivance et la puissance des États, en l'occurrence, l'Empire Britannique et l'État centraliste et unitaire d'Ottawa qui lui succéda dans l'espace continental québécois et canadien.
Jusqu'à très récemment, les militaires en service et les anciens militaires qui ont participé à la vie régimentaire de ces unités ont gardé des tonnes de secrets, autant par discrétion personnelle que pour conserver la paix politique et sociale. Maintenant, alors que l'heure de nous donner notre propre État approche, nous devrons profiter de cette expérience acquise par beaucoup d'entre nous.
FORCE D'INERTIE, OU LOI DE LA PESANTEUR
Cette situation prouve en partant l'inertie de l'État dont nous faisons toujours partie et son incapacité de composer adéquatement avec des contextes inédits et des situations nouvelles, de peur de remettre en cause le pouvoir loyaliste et la petite loterie qui lui sert de brandon au Québec. On comprendra facilement à partir de cet exemple pourquoi la montée en force d'un État, naturel et nouveau dans l'échiquier du monde actuel, l'État du Québec, est perçue comme une menace grave à " l'intégrité et la sécurité " de l'État United Empire Loyalist, dont le bras politique est à Ottawa et le bras économique à Toronto. Cet État loyaliste utilise depuis ses débuts la force constante qui mène tous les grands États du monde vers leur perte : l'inertie, ou loi de la pesanteur, qui fait jouer la loi du nombre par le moyen du centralisme unitaire. La loi de la pesanteur nous a été imposée dès 1841, avec le Union Act, inspiré du même Union Act qui avait pour objet de fossiliser les Irlandais, les Écossais et les Gallois, quarante années auparavant. Avec le British North America Act de 1867, appelé par euphémisme une confédération, la loi de la pesanteur trouverait son expression ultime et serait assuré du succès à long terme, ainsi que l'avait exprimé Lord Durham. La guerre qu'on nous livrait sera gagnée à long terme, presque sans bruit, en laissant aux Anglais et aux United Empire Loyalists le plaisir de se donner bonne conscience, jusqu'à nous faire croire que nous avons été traités avec très grande " bonté "et que toute rébellion de notre part ne serait qu'ingratitude, bassesse, petitesse, méchanceté, malice, outrecuidance et esprit chagrin. Il n'y a pas de bonté en politique : il n'y a que des intérêts, des rapports de forces et des principes d'effectivité.
Je pris dès lors conscience de la force inique de la loi de la pesanteur et c'est pour y soustraire le Québec que je me suis intéressé à l'Alliance Laurentienne, premier mouvement indépendantiste québécois. Raymond Barbeau, son président fondateur, avec qui j'avais étudié au Plateau à Montréal, me demanda de m'occuper des questions relatives à la défense territoriale du Québec et de son futur État et j'acceptai. Plus tard, André D'Allemagne avec qui j'avais étudié à l'Université de Montréal me demanda de poursuivre la même démarche et finalement, René Lévesque me le demanda à son tour. Dans tous les cas, il s'agissait de poursuivre la démarche souverainiste du Québec et éviter une guerre civile. En dépit de quelques déboires qui gravitèrent autour de la Crise d'Octobre 70, dont la trame n'avait pas été prévue, nous avons réussi.
Notre progression vers le statut reconnu d'État de droit comme de fait (de jure comme de facto) se poursuit toujours et nous améliorons sans cesse les connaissances et les aptitudes qui nous permettront d'y parvenir sans qu'une guerre éclate, mais non sans efforts répétés et certainement pas sans difficultés.
Depuis ce temps, j'eus plus d'une occasion d'étudier les États Scandinaves, plus modestes mais beaucoup plus proches de la réalité et beaucoup plus dynamiques sans affectation. La Finlande, la Suède, le Danemark et la Norvège comptent parmi les États les mieux gouvernés du monde, d'abord parce que leurs dimensions permettent à ces peuples de se soustraire à la loi de la pesanteur, ensuite parce que leurs territoires respectifs, périphériques par rapport aux grandes puissances européennes, leur permettent d'exercer chez eux une dynamique qui leur est propre et originale, adaptée à leurs conditions spécifiques. Vingt sept ans plus tard, après la retraite de l'armée, alors que j'enseignai géopolitique à Toronto, j'ai eu à étudier en profondeur le cas de l'Ontario, que je devais enseigner aux élèves des classes avancées.
Il était évident que l'Ontario de 1980-95 n'était pas l'Ontario que j'avais connu en 1951, alors que la serveuse du restaurant de la gare Union nous fit une crise, mes collègues et moi, parce que nous parlions français entre nous.
Plus de 70% de la population locale était d'origine étrangère et les Ontariens de souche, loyalistes ou autres, composaient les 30% qui restent. Dans le métro de Toronto, les instructions sur les trajets sont disponibles en 140 langues différentes. Mes classes étaient pleines d'étudiants d'origine russe, ukrainienne, croate, serbe, slovaque, tchèque, arabe, iranienne, allemande, israélienne, italienne, et, curieusement, anglo-québécoise. Parmi ces derniers, beaucoup regrettaient le Québec, que leurs parents avaient quitté d'un coup de tête. En arrivant en Ontario, ils croyaient qu'on allait les accueillir en héros et martyrs mais ils se sont lourdement trompés. On sait, en Ontario, que les minorités du Québec comptent parmi les mieux traitées au monde. On le sait, mais les chaînes de journaux cherchent à trouver des preuves du contraire.
Arrivés à Toronto, ces étudiants, comme beaucoup d'autres, s'inscrivaient dans les classes d'immersion, afin d'apprendre à s'exprimer, verbalement et par écrit, dans une langue qui n'a rien perdu de ses qualités diplomatiques et aristocratiques. Je n'enseignais pas le français, mais j'enseignais géographie général, géomorphologie et géopolitique en français encyclopédique, à la grande satisfaction des parents, très instruits pour la majorité, qui exigeaient que leurs enfants entreprennent des études poussées et exigeantes. Les élèves de géopolitique, en pré-universitaire, devaient lire Le Monde Diplomatique tous les mois et y parvenaient. Après sa publication, en 1994, le dernier livre que j'avais écrit, Géopolitique et avenir du Québec, était lu et étudié dans toutes les classes et personne ne protesta, ni parmi les autorités scolaires ni les parents. Je n'ai connu qu'un seul incident, à propos de la crise d'Oka, chez des élèves anglo-saxons désinformés. Dans la plupart des cas, les élèves disaient fréquemment au sujet de l'Ontario :Deux gouvernements, un à Queen's Park et l'autre à Ottawa, il y en a un de trop. Cependant, je n'ai connu personne qui était disposé à faire des vagues à ce sujet. Très récemment, cinq ans après mon retour au Québec, j'ai pris connaissance d'un ouvrage qui vient de paraître sur l'Ontario. L'auteur, John Ibbitson, journaliste au Globe and Mail, a écrit le bouquin qui s'intitule : LOYAL NO MORE. Ontario's struggle for a separate destiny. Harpers Collins. Toronto. 2001. 225p. Le travail est bien fait, bien documenté et prouve qu'entre Ottawa et Toronto, les choses ne vont pas aussi bien qu'elles allaient auparavant. Pour employer une expression diplomatique : Ottawa ne représente plus ce qu'il représentait. J'ai communiqué par courriel avec l'auteur qui m'a répondu. Lui non plus ne veut pas faire de vagues. Il attend que tout change par la force des choses.
Ici comme ailleurs, la loi de la pesanteur impose son iniquité. Comme dans le passé, tout le long de l'histoire, elle provoquera des chutes magistrales de régimes, non par l'action de révolutionnaires qui n'existent pas, mais parce que la pesanteur finit par entraîner en catastrophe des institutions qui auraient pu se réformer par elles-mêmes si quelqu'un avait eu le courage de l'entreprendre. Comme toujours dans le passé, les autorités ne jugeaient et ne jugent probablement encore que par les apparences, pressées par la politique qui demande à voir des " good shows (sic) " et n'ont aucune connaissance des principes qui gouvernent l'effectivité des États et leur efficacité à l'intérieur de continuités définies, confrontées à des conditions changeantes. A moins de prises de conscience majeures, le monde est condamné à être gouverné par la loi inique de la pesanteur (ou loi de l'inertie) pendant longtemps encore dans l'avenir. Comme la politique qu'elles prolongent, les guerres sont affaires d'intérêts, de rapports de forces et d'effectivité. En conséquence, les armées et la ferraille de guerre surgissent en dernier lieu, en retard par rapport aux événements qui les sollicitent. Elles vivent des atermoiements et des incompétences de la politique, mais peu de profanes savent de quoi il s'agit lorsqu'on aborde ces questions jamais élucidées.
Chez beaucoup de journalistes, de " spécialistes " universitaires en matière de guerre et dans l'opinion publique, nominalistes à souhait, il suffit d'ignorer les guerres pour qu'elles disparaissent. Les " condamnations " publiques de la guerre donnent bonne conscience et exemptent d'aller plus loin, de remonter aux causes jusqu'à plusieurs siècles en arrière. C'est beaucoup trop d'efforts. Comme résultat, aucun problème d'envergure n'est jamais réglé et on attend béatement, pour ne pas dire bêtement, la catastrophe pour qu'il se règle par lui-même. En fait, il ne se fait que ce qu'on fait et lorsqu'on ne fait rien, eh bien, rien ne se fait. Nous sommes fatalement libres, n'est-ce pas? Dans les bonnes écoles de l'administration militaire américaine, on appelle cette tendance " management by crisis ". Personne ne voit ou ne veut voir le mur qui se dresse d'un côté ni le précipice de l'autre, donc, on attend que le ciel nous tombe sur la tête avant de prendre une non-décision de décider quelque chose. Entre Ottawa et Québec, la décision à prendre est simple : le Québec est une province sur papier et surtout dans la volonté loyaliste et fédéraliste, obtuse et ignorante. Dans les faits, Québec est un État. Donc, on accepte volontiers la dévolution en faveur du Québec. De cette manière, on reconnaît qu'un nouvel ordre de choses est en place et on évite la guerre.
DÉFINITION DU FÉDÉRALISME ET DE LA DÉMOCRATIE
Que valent aujourd'hui les mots fédéralisme et démocratie? Avant de se laisser piéger davantage par la propagande officielle, tentons de définir ces termes en fonction de leurs contextes respectifs. En effet, avec le temps, la signification, le sens, la dynamique et la portée de beaucoup de mots, surtout les substantifs, varient considérablement et il convient de les réexaminer pour ne pas nous tromper à leur sujet et encore moins nous faire piéger. Même les universités, dépendantes pour la majorité des subsides gouvernementaux, doivent faire le jeu de la propagande et éviter soigneusement toute remise en question qui pourrait affecter les pouvoirs en place. Le pouvoir corrompt et le pouvoir absolu corrompt absolument. (Montesquieu). Pour survivre, les universités doivent faire le jeu de la politique, au détriment de la vérité. Ne faites surtout pas de vagues, vous qui êtes responsables d'une faculté universitaire et l'argent va continuer à rentrer, sinon, gare à vous! La médiocrité de nos facultés est maintenant un phénomène bien connu, malheureusement. Quant à nous, notre indépendance nous permet de fouiller le sens des termes les importants, ceux qui se rapportent aux États et aux statuts collectifs, que la politique cherche à ignorer pour ne pas devoir s'engager outre mesure.
Commençons par le terme fédéralisme. Il semble que le sens de ce mot soit bien connu de tout le monde et qu'en conséquence, il ne soit pas nécessaire de le remettre en question. Essayons donc de voir ce qu'il en est.
Sur l'instrument de recherches Sympatico, tapez le mot fédéralisme et en quelques secondes, vous aurez plus de neuf mille références ou renvois, plus qu'il n'en faut pour rédiger des douzaines de thèses de doctorat. Examinez autant de textes que vous pourrez et vous constaterez que la majorité d'entre ces écrits ne se préoccupe que d'un aspect ou un autre de la question, Il n'y a aucune définition formelle du fédéralisme comme tel de sorte qu'on peut en donner la définition qui fait l'affaire de chacun et peut donner en même temps bonne conscience à rabais à ceux qui s'en servent pour leurs propres fins.
Par contre, dans l'Encyclopédie Universalis, édition de 1992, volume 9, page 329, l'entrée en matière parle de développement de l'évolution constitutionnelle de l'État moderne et de sa démocratisation graduelle, qui ont fini par créer des, non pas une mais des fédérations.
Le terme fédéralisme n'est pas un ensemble de théories plus ou moins idéologiques, mais de pratiques qui ont jalonné l'histoire de l'évolution des États modernes, encore une fois, non pas DE L'ÉTAT, mais des États, donc, une pluralités de contextes et de situations avec lesquelles chaque partie en cause a composé avec plus ou moins de compétence. Le fédéralisme a fait l'objet de multiples controverses juridiques, dans le passé, en Europe, aux Etats-Unis et bien entendu au Canada, avec le récent renvoi de la Cour Suprême, qui a pris conscience des dangers de se prononcer autour de l'usage d'un terme du genre, dont la signification éminemment politique, ouvre la voie vers une multitude d'interprétations juridiques, aussi contradictoires les unes que les autres.
Le problème central d'une définition de ce genre concerne la souveraineté, suivant les écrits politiques de Jean Bodin (1529-1585) au sujet de l'État. Or, les fondateurs de l'Union fédérale américaine avaient contourné la difficulté en décrétant simplement que la souveraineté appartenait à chaque État de l'Union, sans trop savoir quelle définition formelle ont allait accorder à ce statut reconnu. Il est donc normal dans ce cas de désigner l'État américain avec un É majuscule, plutôt qu'un petit é, comme on le fait presque toujours. D'une part, donc, les théoriciens de l'État cherchent des définitions qu'ils ne parviennent pas à coller à la réalité et de l'autre, les praticiens, directement impliqués, cherchent à fonctionner comme ils le peuvent. Les premiers chercheront et cherchent encore refuge dans la construction d'un idéal politique, abstrait et idéologique, donneur de bonne conscience à ceux qui s'y conforment et mauvaise conscience aux autres. Les seconds tenteront de fonctionner, à partir de données pratico-pratiques, mais la plupart du temps dans l'ignorance des principes universels de l'action que nous venons de mentionner à plusieurs reprises : appréciation rigoureuse et correcte du contexte et de la situation, détermination et maintien d'objectifs praticables, maintien du moral, concentration et économie de l'effort, simplicité et souplesse, sécurité et surprise, coordination, coopération, administration et logistique. À l'origine, ces principes ont été identifiés pour servir à la guerre et ce n'est que très récemment que leur universalité commence à être reconnue. D'ailleurs, même dans les établissements de défense nationale et les forces armées, la connaissance de ces principes n'est pas toujours acquise, loin de là. Trop d'individus cherchent à tirer profit des guerres pour tenter effectivement d'y mettre fin par la mise en pratique d'axiomes qui servent de piliers à l'action. De même au niveau de l'État, surtout lorsque l'idéologie sert de paravent à des oligarques pour qui l'État n'est qu'une occasion de profit comme une autre.
Comme notre essai de définition du fédéralisme n'a pas progressé d'une manière significative, examinons le contexte à l'intérieur duquel le terme s'est introduit.
Le terme semble bien avoir été introduit pour la première fois par Johannes Althusius (1562-1638), intellectuel allemand né en Westphalie, qui a été témoin privilégié des changements majeurs qu'ont subi les sociétés germaniques de Hollande, Suisse et Allemagne pendant la seconde moitié du seizième siècle, comprenant, croissance des villes et des corporations de métiers, naissance des bourgeoisies urbaines, pertes de pouvoirs des grands féodaux, multiplication des petits fiefs locaux, qui ont caractérisé la vie politique et économique allemande pendant des siècles, développement des textes imprimés, augmentation du niveau de l'instruction générale, abus des princes et des puissants (quoi de neuf?), naissance de l'État et de la puissance française, anglaise et russe, naissance dans les milieux allemands d'une langue d'État, le haut allemand, qui allait révolutionner la vie politique, sociale, philosophique, culturelle et économique des peuples germaniques et donner naissance au Siècle des Lumières, reculs et reprises du commerce hanséatique dans les mers du nord, bref, le monde médiéval n'était plus ce qu'il était. Lorsque changent les contextes et les situations, les mots qui les qualifient doivent aussi changer.
Le terme fédéralisme, à ses débuts, a surtout été employé par opposition à féodalisme, afin de signifier que les jeux de pouvoirs et de rapports de forces n'étant plus ce qu'ils étaient, toute la politique devait s'adapter en conséquence et, le refus de s'adapter constitue de soi une faute dont les conséquences s'aggravent avec le temps. La question qui se posait alors était la même que celle que nous posons aujourd'hui : quelles sont les nouvelles assises des pouvoirs en place et des pouvoirs montants et qui sera souverain dans l'avenir? Cette souveraineté sera-t-elle naturelle? conforme aux faits (de facto), ou arbitraire, par coercition, conforme aux lois et constitutions imposées par une oligarchie du pouvoir et de l'argent, qui entend détenir de droit (de jure) tous les pouvoirs d'État, peu importe les conséquences à court ou à long terme?
Dans le premier cas, le pouvoir est un service collectif. Dans le second, il est inféodant et impose aux inféodés une soumission servile dont ils ne pourront se départir qu'au prix d'une guerre, qu'ils risquent de perdre, faute de compétence et de détermination suffisantes. En effet, les peuples qui se révoltent contre les régimes abusifs n'ont aucune idée de l'extrême complexité d'une guerre, de ses exigences, des nécessités liées à sa logistique, des principes de la stratégie et de la tactique, de leur conduite effective en toutes circonstances et de la nécessité quasi absolue d'une discipline qui fait agir tout le monde d'un seul tenant, en stricte conformité avec les règles à suivre. Selon Su Tsu, la discipline est la seule véritable force, mais les peuples en révolte ne la connaissent pas, chacun des concernés ayant tendance à imposer ses propres lois et règles au détriment de l'intérêt général et des principes universels de l'action, qui ont fait leurs preuves mais demeurent toujours très exigeants. Les insurrections qui réussissent sont généralement organisées, gérées et administrées par les nouvelles classes moyennes.
En principe, donc, le fédéralisme ne signifie rien d'autre qu'une réorganisation des pouvoirs jugée nécessaire afin de composer et s'adapter à de nouvelles conditions et de nouvelles exigences. Comme l'enseigne Machiavel, nous suivons la nature qui est changeante et qui suit la nature ne peut encourir blâme. Au cours des cinq siècles qui ont suivi l'époque de Johannes Althusius, est-ce que l'humanité n'a pas été secouée de fond en comble par de nouvelles conditions et des contextes jamais connus auparavant? À mesure que le temps avance, tout semble aller de plus en plus rapidement, avec une vitesse incroyable pour les gens des époques précédentes, comme si nous courions de toutes nos forces vers la fin des temps? En conséquence, nous devons nous adapter comme jamais auparavant, mais sans perdre de vue l'essentiel, surtout si nous sommes appelés à notre tour à la souveraineté.
Ensuite, est-ce que notre propre histoire n'a pas commencé précisément au seizième siècle? - À partir de zéro? Ce que d'autres peuples ont vécu en deux, trois ou six millénaires, nous l'avons vécu en cinq siècles seulement. Ma génération, qui a connu l'agriculture avec traction animale, les récoltes à la fourche ou à la main, la forge du village, l'absence d'électricité à la campagne, le chauffage au bois et charbon dans les villes, toujours à la main, le développement lent de la radio et du téléphone, l'enseignement religieux janséniste, la lente progression au Québec de la médecine, la chirurgie et la pharmacie, le manque d'instruction des hommes, illettrés pour la plupart, la politique à deux couleurs simplistes, toutes choses qui se sont prolongées jusqu'aux lendemains de la seconde Guerre mondiale, avec lentes progressions depuis 1950 à 1960, alors que débutait ce qu'on a appelé la Révolution tranquille. Pour nous, il s'agissait d'un tournant majeur à dimensions multiples pour lesquelles nous n'étions nullement préparés : fin de l'expansion des chemins de fer, fin du canal Lachine comme voie de transport pour navires assez lourds, ouverture de la Voie maritime et construction des autoroutes, Aggiornamento dans l'Église, qui nous demandait d'effectuer un bond religieux de quatre siècles d'un seul coup, depuis le XVIème qui était celui du jansénisme jusqu'au Vingtième, avec lequel nous ne sommes pas encore pleinement adaptés, sécularisation de la société québécoise et arrivée dans les postes officiels de mandarins québécois du pouvoirs peu formés au concept d'État qui devait nous guider depuis ce temps et que nous ne comprenons pas encore. Nouvellement élu premier ministre du Québec, Jean Lesage a osé mentionner que le Québec est un État, ce qu'il est réellement, et on s'est empressé de le faire taire, sous menace de lui couper les vivres. Le mouvement souverainiste du Québec a surgi à cette époque, après une première tentative vers 1934, sauf que le sens de l'État demeurait la grande inconnue. En même temps, l'activisme du Front de Libération du Québec amorçait une décennie de violences destinées à faire reculer le pouvoir en place. Ce qui s'est produit dans les trois décades qui ont suivi dépasse l'imagination et nous voilà soudainement plongés dans le Vingt-et-unième siècle, pour lequel nous ne sommes pas davantage préparés.
Comme en Europe depuis le XVIème siècle, les problèmes de réorganisation des pouvoirs occupent le centre de la politique et plutôt que prendre une décision éclairée, nous préférons nous enfouir la tête dans le sable, espérant que tout va bien aller. Pendant ce temps, l'État centraliste et unitaire d'Ottawa a déjà décidé d'accaparer tous les pouvoirs qu'il peut piéger, peu importe les conséquences. Ottawa et le Canada anglais vivent encore à l'époque de la reine Victoria et ni l'un ni l'autre ne semblent disposés à en sortir. L'Empire Britannique est toujours vivant à Ottawa, qui ne connaît rien d'autre.
LE FORUM DES FÉDÉRATIONS
En 1998, le Forum des Fédérations, a été créé avec l'appui du gouvernement d'Ottawa, afin d'explorer l'établissement d'un réseau fédéraliste international, lequel réseau a débuté avec un " Canadian Board of Directors ", sous la conduite de Bob Rae, ancien premier ministre de l'Ontario.
Son but : créer un réseau de partage des expériences qui semble n'avoir pour seul objectif que le maintien du fédéralisme à l'ère des globalisations (sic). Donc, aller chercher ailleurs des idées et des plans qui vont aider le centralisme unitaire d'Ottawa de se maintenir en place. Puisque le terme fédéralisme peut englober une foule de situations diverses, le gouvernement d'Ottawa ne peut chercher qu'une seule chose : les arguments qui vont justifier le maintien de son propre pouvoir unitaire. Autrement, le gouvernement fédéral aurait constitué une commission permanente avec les provinces dans le but de reconnaître que plusieurs d'entre elles ont effectivement progressé vers le statut d'État et partant, d'y pourvoir par de nouveaux partages de pouvoirs. Nenni, il n'est pas question des provinces canadiennes dans le Forum des Fédérations, qui, de toute évidence, vise haut afin de frapper bas. La grande réussite de ce forum a été l'organisation à Mont Tremblant, Kwibek, d'une conférence internationale sur le fédéralisme, du 5 au 8 octobre 1999, avec en prime le discours de Bill Clinton, alors Président des États Unis.
J'ai suivi la version originale et inexpurgée de ce discours à la télévision. Il m'a semblé ambigu. D'une part, le Président Clinton a bien essayé de démontrer un peu ce qui se passe aux États Unis en matière de fédéralisme, mais il a omis de mentionner la croissance de beaucoup d'États vers ce que les Américains appellent "STATEHOOD ", sans doute pour ne pas déplaire à son ami Jean Chrétien. À un moment donné, j'ai entendu la phrase suivante : " I have authorized myself many power transfers from Washington to the States ", ce qui veut dire : J'ai moi-même autorisé plusieurs transferts de pouvoirs de Washington vers les États. Cette phrase s'inscrit très bien dans la politique américaine générale du statehood, c'est-à-dire de reconnaissance et de transferts de nouveaux pouvoirs. Par contre, dans les versions subséquentes présentées à la télévision québécoise et canadian, elle avait disparu. Je ne l'ai jamais retrouvée dans les textes particuliers disponibles sur Internet.
Aux États Unis, la Constitution dispose de mécanismes souples pour dévoluer. Au Canada, comme l'affirme Jean Chrétien : " Il n'y a rien dans la Constitution qui permette le transfert de pouvoirs vers les provinces ".
Je me demande seulement si le Président Clinton n'a pas été piégé par les United Empire Loyalists et les Fédéralistes d'Ottawa, pour venir nous intimider et nous faire reculer? Je n'en suis pas sûr. Chose certaine, le discours du Président Clinton, exception faite de quelques remarques, ne me semblait guère fédéraliste dans le sens voulu par Ottawa, qui refuse toute concession aux provinces, le premier Ministre Jean Chrétien semblant très heureux de remarquer qu'il n'y a rien dans la Constitution qui permette le transfert du pouvoir d'Ottawa vers les provinces, processus qui porte le nom de dévolution.
LA VOLONTÉ DES UNS N'EST PAS CELLE DES AUTRES
Il est évident que le comportement d'Ottawa n'est guère conforme à la réalité. En coulisses, les jeux de pouvoirs ne sont peut-être pas ce qu'ils sont officiellement. Très nombreux sont les membres des Forces Armées Canadiennes, de la Fonction publique fédérale, de la Gendarmerie Royale du Canada, des services diplomatiques et des services secrets, qui savent que le fédéralisme n'a pas d'avenir au Canada et qui se préparent en conséquence, dans la discrétion la plus totale et tout en continuant de bien faire leur travail. À l'élection du 15 novembre 1976, qui porta le Parti Québécois au pouvoir pour la première fois, les militaires avaient voté à plus de 75% en faveur du parti. Présent dans les Forces Armées Canadiennes, j'ai pu constater de visu comment les " séparatistes " étaient sérieux et entendaient se conduire sans reproche jusqu'au bout. Leur présence dans les Forces Armées, la GRC, la Fonction publique et les services diplomatiques, devait être suffisante pour tuer dans l'oeuf toute tentative de la part du gouvernement Trudeau d'utiliser la force contre le Québec sous gouverne du Parti Québécois. Leur action était archi-secrète et il ne servait à rien de tenter de les dépister et les traduire en Conseil de Guerre. Compte tenu de leur compétence, leur discipline et leur silence, ils étaient beaucoup trop forts.
Comment peut-on rester dans les Forces Armées Canadiennes, la GRC, les services secrets, les services diplomatiques et la Fonction publique alors qu'on est devenu " séparatiste "? Réponse : séparatiste ou pas, quiconque paie ses impôts au gouvernement fédéral a droit à participer pleinement à toutes ses activités. Or, c'est un fait connu, la majorité des " séparatistes " appartiennent aux classes moyennes travailleuses, celles qui paient le plus d'impôts de toute la société canadienne et québécoise. Ce serait donc une injustice grave que de leur interdire de s'inscrire dans les services fédéraux et d'y travailler. D'ailleurs, leur présence est nécessaire pour maintenir la paix.
Les interventions des Québécois en service dans les forces armées, la police fédérale, les services secrets, la bureaucratie et les services diplomatiques sont demeurées un des secrets les mieux gardés de toute l'histoire du Canada et du Québec. C'est la meilleure manière de réussir.
Quelques-unes de ces interventions sont déjà connues du public. Fin de l'été 1972, par exemple, des documents secrets en provenance de la Force Mobile ont été publiés dans les journaux du Québec. Ces documents prouvaient sans l'ombre d'un doute que les Forces Armées Canadiennes avaient reçu ordre de préparer une intervention militaire majeure contre le Québec. En dévoilant les plans au stade initial, l'expédition fut tuée dans l'oeuf. Voilà un premier cas de dissuasion.
Fin 1977,après une année au pouvoir, Pierre Elliot Trudeau, alors premier ministre du Canada, proféra des menaces d'interventions armées contre le Québec, sous prétexte d'illégalité. M. René Lévesque rétorqua en publiant dans le journal indépendantiste Le Jour des plans de contingentement d'une organisation de la défense du Québec, avec un exposé des fournisseurs d'armes qui enverraient de l'équipement militaire au Québec, en cas de besoin, y compris des armes anglaises, ce qui a surpris beaucoup de monde. Ayant fait vérifier, par un général britannique venu de Londres, la crédibilité et la valeur des textes publiés dans Le Jour, P.E. Trudeau retira ses menaces d'intervention armée contre le Québec et le Parti Québécois poursuivit sa tâche en paix. Et voilà pour un autre cas de dissuasion.
DÉFINITION DE LA DÉMOCRATIE
Le 14 décembre 2001, j'ai tapé le terme démocratie sur mon site Internet (Sympatico) et en quelques secondes, par le service ultra rapide, 159,551 résultats ont été obtenus, autant de définitions, explications et références à une multitude de contextes différents, dans le temps comme dans l'espace. Cherchez alors à savoir ce que veut dire le mot démocratie?
Parmi ces travaux, il y en a un qui a particulièrement retenu mon attention et que je vous recommande particulièrement. Il s'agit d'un article substantiel par Jacques Dufresne, intitulé : La démocratie athénienne, miroir de la nôtre. Bibliothèque de l'Agora, 1994. Vous y trouverez tous les éléments de base les plus importants afin de définir correctement la démocratie, toujours en tenant compte des contextes et des situations qui se présentent.
En géopolitique, qui a pour objet l'étude des États comme tels, il ne peut y avoir d'authentique démocratie que dans les sociétés de taille modeste, qui réunissent en un ensemble cohérent les fonctions et les organes de l'État avec les institutions, les régions et le peuple. Plus l'État est gros, plus le pouvoir risque de tomber et de rester perpétuellement dans les mains d'une oligarchie, qui ne travaille et ne fait travailler les autres que pour ses intérêts, au détriment de tous les autres. C'est bien ce qui arrive dans le Canada depuis les troubles de 1837-38, alors qu'une poignée d'individus tenaient en main tous les rênes du pouvoir et de l'argent. Rien n'a changé depuis et de nos jours, le vrai pouvoir au Canada, comme au Québec, est détenu par une centaine d'individus à peine. La propagande se charge de faire croire aux deux peuples qu'ils vivent en " démocratie ", qu'Hertel Larocque, un des organisateurs de Camillien Houde, a appelé " démocrasserie ".
LA PAIX EST UNE CONQUÊTE : ELLE N'EST PAS UN HÉRITAGE
Paix sur terre aux hommes et aux femmes de bonne volonté, dit l'Évangile. Encore une fois, c'est la volonté qui est en cause.
Nous voulons tous la paix, cela va sans dire. Personne ne semble jamais avoir voulu la guerre et pourtant, la guerre s'amène et éclate sans qu'il soit possible d'y mettre fin. C'est la leçon de six millénaires d'histoire et aucune génération ne semble tirer parti de l'expérience des précédentes, tant on veut oublier le passé. Trop souvent perçue comme génératrice de fausses valeurs, l'Histoire est rejetée et envoyée aux oubliettes. Certes, les erreurs de perspectives, de méthodes, de représentations et d'enseignement de l'histoire ne doivent pas nous faire oublier la nécessité de nous instruire par l'expérience des autres. C'est l'objectif principal de l'étude de l'histoire, d'une manière générale d'abord, spécialisée ensuite. Nous devons apprendre l'histoire comme l'enfant qui se laisse instruire par des grands parents qui veulent lui éviter une foule de misères, mais les bons instructeurs sont rares et les générations montantes ont souvent raison d'adopter la défensive face à l'enseignement de l'histoire, surtout lorsque de telles études n'apportent aucune leçon utile pour le présent.
Par contre, nous ne devons pas oublier cette remarque de Bismarck : " Les imbéciles apprennent par leur propre expérience. Je préfère apprendre par l'expérience des autres. " Sous sa gouverne, l'Allemagne est venue au monde comme État après 18 siècles d'une histoire mouvementée. Et Bismarck en avait fait un État solide et respectable, conscient de ses paramètres, ses responsabilités et ses limites. Dommage qu'il ait été suivi par des imbéciles qui ont ruiné le travail d'une lente progression vers l'unité intérieure des Allemands, devenue nécessaire en face de la montée des puissances européennes, dont l'Angleterre, la France, la Russie et l'Autriche-Hongrie encore redoutable vers la fin du X1Xe siècle. A l'imbécillité des dirigeants allemands qui ont suivi Bismarck, dont Guillaume II et Hitler, s'est ajoutée celle des dirigeants des pays alliés.
Mais nous avons tous tendance à penser que la misère de celles et ceux que nous ne voyons pas n'existe pas. Nous croyons seulement ce que nous voyons et touchons et c'est une déficience grave sur le plan de l'intelligence, l'oeil de l'esprit, capable de connaître bien davantage et partant, de saisir une réalité d'emblée, qu'elle soit représentable ou non représentable.
Au Québec, nous avons intérêt à connaître les guerres d'indépendance nationale qui nous ont précédées, à l'intérieur de continuités proches de nos propres préoccupations. En premier, la guerre de l'indépendance américaine, dont les conditions préalables étaient déjà en place au moment de la prise de Québec en 1760. Dans l'échelle du temps de la vie des États, c'était hier. La stratégie des Yankees pour gagner cette guerre et chasser l'Angleterre des Treize Colonies n'aurait pu réussir sans la contribution majeure d'une armée et d'une flotte françaises regroupées dans les Antilles après l'abandon de la vallée du Saint-Laurent par la France, qui croyait jouer plus avantageusement ses combinaisons géopolitiques en concentrant tous ses efforts au sud du 45e parallèle nord, afin de favoriser l'indépendance américaine et la venue au monde d'un nouvel État, devenu depuis le plus puissant de la terre. Mais la stratégie française n'était que combinaisons de bureaucrates, hommes de cabinet coupés du réel, plus aptes à imaginer les situations qu'à les apprécier rigoureusement et correctement en contexte, ainsi que l'exige le premier principe de la stratégie. Ces stratèges avaient cru que pendant cette guerre, le général La Fayette pourrait facilement remonter la vallée de l'Hudson vers le nord et reprendre Québec à la faveur de la défaite anglaise. Ils ont oublié le facteur George Washington, l'homme déterminé à chasser toutes les puissances européennes hors des Amériques, France comprise.
Résultat : l'Angleterre, malgré sa défaite, a conservé le Québec et le Canada, devenus l'Amérique Britannique du Nord, toujours inféodés à la Couronne anglaise en 2002.
Le Canada Act de 1982 n'a rien changé au statut de possédant de jure détenu par la Monarchie britannique, avec raison sans doute, puisque rien n'est réglé au Québec ni au Canada en matière constitutionnelle. Cette situation ambiguë, les Américains diront que c'est un problème de Statehood and Power Shift, problème de politique intérieure et constitutionnelle avec lequel ils sont maintenant familiers, puisqu'aux États Unis, des études majeures incessantes depuis les deux dernières décades remettent en cause toute la distribution des pouvoirs et des compétences entre le gouvernement fédéral américain à Washington, les gouvernements d'états, devenus des États de facto, de même que de nombreuses villes qui ont pris de l'expansion loin en dehors de leurs frontières originales et qui ont acquis des statuts d'État. Les Américains savent qu'à défaut d'y pourvoir, ils s'exposent à des conséquences graves, à court et à long terme. Géographe, j'ai travaillé avec des géographes américains sur l'étude de ces problèmes de juridictions territoriales et politiques, problèmes d'une très grande envergure et pour lesquels il faut trouver des solutions crédibles avant que la base s'en empare et impose des solutions radicales et potentiellement explosives.
Entre le Canada et le Québec, " il n'y a pas de problème (sic) ", sauf le Québec " séparatiste (resic) ", qui fait problème et qu'on devrait éliminer pour la bonne conscience d'Ottawa, d'une grande partie du Canada anglais et des immigrants venus d'ailleurs qui ne veulent pas voir dans leur nouvelle " patrie " les problèmes qu'ils ont vécu dans l'ancienne, d'où leur hostilité souvent outrée envers le Québec. Mauvaise foi, ignorance crasse, paresse inqualifiable, impérialisme à rebours ou imbécillité, les refus obstinés d'identifier dans le fait les statuts naturels du Québec et des autres provinces et de reconnaître la nécessité de nouveaux statuts juridiques est déjà casus belli (cause de guerre), mais personne ne s'en préoccupe, la suffisance et la bonne conscience à rabais étant installées à demeure à Ottawa et son brandon économique à Toronto. Plutôt qu'une connaissance en profondeur de ce qui constitue un statut de facto et de jure, la politique canadienne, fondée sur la petite semaine, s'appuie sur des sondages superficiels, manipulatoires et potentiellement explosifs, dans le seul but de maintenir le statu quo ante. La guerre qui a débuté entre les colons du Saint-Laurent, les Anglais et les Loyalistes, à partir de 1760, se poursuit toujours, mais personne ne pense qu'elle peut se transformer en violence armée, comme ce fut le cas en 1960-70 et auparavant en 1837-38.
L'orgueil, la vanité et la paresse ont été et demeurent les premières causes de guerres. Ces erreurs de perspectives se paient cher et les nouvelles générations veulent souvent faire l'expérience de leurs propres dispositions intérieures, quittes à provoquer la catastrophe, plutôt qu'apprendre par l'expérience des autres.
LA MÉTHODE GÉOPOLITIQUE
La méthode particulière de la géopolitique commence à être mieux connue. Elle a pour objet l'État comme tel, les assises permanentes des pouvoirs, politiques et économiques, et, les principes permanents et universels de l'agir humain. (cf. Géopolitique et avenir du Québec. Guérin. 1994) Elle sert à expliquer des phénomènes de grande envergure, tels que les États, les Puissances, les facteurs et principes du Pouvoir, les conflits et les guerres. Son point de départ : des axiomes non représentables mais dont la preuve a été faite au cours de l'histoire. Ces axiomes, ou principes premiers, piliers de l'esprit, servent de régulateurs et de paramètres aux recherches et examens critiques des phénomènes passés et présents et permettent de mieux présager l'avenir. Ils ont servi et servent encore à expliquer comment le peuple de colons laissés seuls et sans défense dans la vallée du Saint-Laurent en 1760 a non seulement survécu envers et contre l'adversité : il a fondé une nation nouvelle et un État de fait dans l'échiquier du monde actuel. La méthode géopolitique en explique utilement le sens.
Cet État se maintient et continue de progresser malgré les efforts désespérés de l'État impérial, central, centraliste et arbitraire d'Ottawa de fossiliser le Québec et son peuple. Cette volonté d'en finir avec l'État du Québec se heurte à la volonté québécoise de poursuivre sa marche vers la reconnaissance de jure comme de facto. Depuis ses débuts en 1867, Ottawa a entrepris et poursuit une logique de guerre contre le peuple Canadien Français d'abord, maintenant presque fossilisé, à la grande satisfaction des United Empire Loyalists, puis, du Québec ensuite, contre lequel tous les moyens sont employés, y compris les préparatifs d'une action militaire décisive.
Ce serait pour les Québécois une grave erreur de se mettre à genoux pour avoir la paix. Les conséquences seront encore pires que la poursuite du combat, sauf que cette fois, le combat doit se poursuivre d'une manière systématique, avec pleine connaissance de cause, d'effets et de principes. La paix est une conquête : elle n'est pas un héritage. La catharsis et la victoire sans larmes ni sang se paient au prix le plus fort. Inversement, les colères paresseuses conduisent vers la catastrophe et la ruine. À nous de choisir maintenant, à la lumière de l'expérience des autres et aussi de notre propre expérience vécue dans un contexte unique qui est le nôtre. La question qui se pose pour nous tous est celle-ci : allons-nous vers une guerre de l'indépendance du Québec et dans l'affirmative, comment sera-t-il possible de la gagner sans tirer un seul coup de fusil, lancer une seule bombe ou provoquer une seule explosion. Selon Sun Tsu, l'auteur le plus ancien et le plus reconnu en matière de guerre, gagner sans frapper un seul coup physique est la marque des plus grands stratèges. La violence, physique et psychologique, n'est qu'un pis-aller. Pour l'éviter cependant et gagner sa cause, il est nécessaire de déployer toutes les ressources intellectuelles et morales disponibles et surtout, connaître les principes universels de la stratégie et de la tactique, avec une connaissance en profondeur de la nature des guerres et des moyens à prendre pour les gagner par le moyen de risques calculés et comportant un minimum de dangers.
LE POUVOIR EST COMPLÈTEMENT DANS SES COMMUNICATIONS
C'est le premier axiome de la géopolitique, celui qui explique la construction des États et les rapports de forces entre États et factions à l'intérieur d'un même État, en temps de " paix " comme en temps de " guerre ", puisque dans la réalité, comme le démontre l'Histoire, l'une et l'autre s'entremêlent sans qu'il soit toujours possible de les discerner. La paix et la guerre sont comme des marais où on voit difficilement ou finit l'eau et où commencent les sols.
La pire des violences est celle qui cherche à détruire l'âme en lui enlevant son nom, les moyens de son action et sa faculté d'entrer en relation Je et Tu. avec l'Autre. L'existence est relation en acte et en puissance et seule l'âme peut en prendre conscience, sachant identifier sa liberté avec son aptitude et sa capacité d'agir. Car l'âme est forme du corps et la forme est principe du mouvement. Suivant ce principe, la liberté humaine est complètement dans la détermination consciente, dont aucun individu seul n'est capable. Liberté veut dire aptitude et capacité de penser, de s'exprimer et d'agir en pleine conscience et responsabilité, s'exerce dans et par les proches et inversement.
La liberté est donc indissociable de l'intelligence et de la volonté. Dans la nature humaine, l'individu seul ne fait pas l'espèce et personne ne peut penser, s'exprimer et agir seul. Il ne peut penser, s'exprimer et agir que dans et par les autres et inversement, en s'adressant à ses proches et non à celles et ceux qu'il ne voit pas. Ce réseau de relations, composé des éléments simples, inorganiques et constitutifs de l'âme, est à l'origine des États. D'où l'importance de l'État naturel pour la vie dans toutes ses dimensions chez les citoyens qui en font partie. L'État est l'expression d'une conscience et d'une volonté collectives réunies en un Acte et la guerre, qui fonde son action sur l'arbitraire, a pour objet de briser cette volonté par tous les moyens, la violence armée n'en étant qu'un parmi d'autres qui ont pour objectif final de briser une fois pour toutes l'âme du peuple qui refuse l'arbitraire. Il ne peut y avoir de guerres qu'entre États, les initiateurs oeuvrant à imposer leur arbitraire aux États naturels. Les guerres entre tribus et clans n'ont ni la dimension, la signification, la dynamique, la logistique et la portée des guerres entre États.
D'où l'importance de l'État du Québec, État naturel, en voie de réalisation depuis plus de quatre siècles, menacé de fossilisation par l'État centraliste, impérial, loyaliste et arbitraire d'Ottawa, auquel contribue la petite loterie de Québécois (es) sans âme et sans conscience Sans âme, une société, même si elle est " libre ", n'est qu'une poussière d'individus atomisés, insignifiants et inaptes, sans défenses, sans volonté propre, réduits à l'impuissance, dépourvus de détermination et condamnés à flotter sans paramètres et sans buts dans un espace toléré qui ne leur appartient pas. Cet état est pire que celui de l'animal qui n'ayant conscience de rien, agit par instinct, suivant sa nature.
A la guerre, la confrontation armée ne constitue qu'une phase dans un ensemble de relations empoisonnées qui perdurent pendant des siècles et se rattrapent en virulence d'une génération à l'autre. Aussi longtemps qu'une partie en cause possède ou semble posséder les moyens et la détermination de soumettre, inféoder ou briser la volonté adverse, l'état de guerre se perpétue. Qu'il s'agisse de guerre " froide ", guerre larvée, " drôle de guerre ", guerre de mots, guerre de chiffres, guerre d'idées ou d'idéologies, guerres territoriales, guerre ouverte ou éclatée, la volonté y joue toujours un rôle central. La guerre appartient au domaine de la conscience, conscience faussée si on veut, mais potentiellement plus dommageable et destructrice que les combats d'instinct que se livrent les animaux. Comme telle, la guerre est l'acte de volontés déjà possédantes, hantées par la nécessité réelle ou imaginaire de posséder davantage et confrontées à d'autres volontés déterminées à défendre les intérêts et les possessions avec lesquels ils ont construit et construisent encore leur identité. Réelle ou imaginaire, la nécessité n'a pas de loi, donc, pas de morale. Elle n'est limitée que par les obstacles, les dangers et les menaces qui l'entourent.
En partant, donc, la guerre est un drame psychologique qui se traduit en violences physiques et morales. Les combinaisons savantes des " grands stratèges " n'y changent rien. Chaque contexte et chaque situation doivent être rigoureusement appréciés à leur mérite. Pour réussir à redresser une situation défavorable, il faut savoir se limiter à un seul objectif réalisable à la fois, en tenant compte de toutes les dimensions du problème. La véritable stratégie est à la fois ontologique et architectonique. Elle accomplit le réalisable et traduit en acte ce qui est déjà naturellement en train de se faire et que peu d'individus perçoivent, par manque de talents réels et de visions en profondeur du processus d'évolution qui se déroule devant eux. Les surdoués qui voient clair sont la grande exception plutôt que la règle. Ils sont généralement ignorés ou rejetés par les autres.
Comme la politique, la guerre est affaire d'intérêts, de rapports de forces et d'effectivité, trois dimensions de base qui lui servent de régulateur et de principe et lui imposent ses formes et ses limites. Le motif d'une guerre est toujours le même : acquérir les moyens de la puissance par la dépossession et la destruction des adversaires. Selon les rapports de forces et le jeu des intérêts qui s'en suivront, les survivants deviendront des esclaves ou subiront le régime moins radical des populations inféodées et soumises à un pouvoir étranger à leurs préoccupations. Les considérations d'ordre métaphysique et moral n'entrent en ligne de compte que lorsque les gagnants se retrouvent en position de faiblesse après leurs victoires présumées. Comme en politique, la guerre ne connaît aucune concession, seulement des victoires et des défaites, toujours relatives, jamais absolues dans le temps et dans l'espace. Les grandes victoires militaires aboutissent souvent à placer les gagnants en position de faiblesse en face des perdants, sauf que ceux-ci s'en rendent rarement compte, croient que tout est perdu pour eux et abandonnent le combat. C'est à cette fin que les Anglais, les Loyalistes et l'Establishment Canadian actuel, aidé de la Petite Loterie, nous remettent sur le nez la bataille des Plaines d'Abraham, comme les Loyalistes d'Irlande du nord rappellent aux Irlandais celtiques qu'ils ont " perdu " la bataille de la Boyne et aux Écossais qu'ils ont été battus à la bataille de Culloden. Dans la même veine, nous pourrions rappeler à tous les intéressés que " NOUS " avons gagné la bataille de Sainte-Foy le 18 avril 1760, soit huit mois après celle des plaines d'Abraham, que " NOUS " avons gagné la bataille de Châteauguay le 13 octobre 1813, et, que nos ancêtres de Normandie et de Bretagne ont gagné la bataille de Hastings sur les Saxons en 1066, pour soumettre l'Angleterre, dont les premières grandes chartes officielles ont été rédigées en français, langue d'État plus propice que le dialecte des Saxons. La stratégie d'État à long terme, beaucoup plus difficile à mettre en pratique, aboutit à de meilleurs résultats. Pour notre gouverne, cependant, rappelons-nous une fois pour toutes qu'une confrontation armée ne décide presque jamais du résultat final d'une guerre, pour la simple raison que la confrontation armée ne constitue qu'une phase dans le développement d'une guerre qui peut durer plusieurs siècles. La plupart des historiens envisagent une bataille hors contexte, ce que ne peuvent se permettre les véritables stratèges de l'État, plus préoccupés de considérations architectoniques, reliées aux fondements mêmes de ou des États concernés. La véritable stratégie voit loin en arrière, afin de mieux voir en avant. Elle se préoccupe d'abord des éléments du contexte, ou continuités qui fondent l'État comme tel. D'où l'importance d'en connaître les principes.
Tel qu'expliqué dans le chapitre 9 de Géopolitique et avenir du Québec, la véritable stratégie se fonde sur des principes architectoniques, qui exigent pleine participation d'une intelligence éclairée. Rappelons-les brièvement pour les besoins de la cause : Appréciation rigoureuse du contexte et de la situation ; détermination et maintien d'objectifs praticables et réalisables en termes d'espace et de temps ; maintien du moral ; concentration et économie de l'effort ; simplicité et souplesse ; sécurité et surprise ; coordination ; coopération ; administration et logistique. Ces principes, toutes les Québécoises et tous les Québécois doivent les apprendre et les comprendre à fond. La connaissance de ces principes fait la différence entre une population inféodée et servilement soumise et un peuple souverain. Notre avenir en dépend.
Lorsqu'aucune catharsis n'est venue rétablir une paix authentique fondée sur la vérité et la bonne volonté, l'éclatement surviendra à un moment inattendu et videra son pus jusqu'à la lie. Les innocents écoperont comme les coupables et le cycle des relations suicidaires reprendra tant et aussi longtemps que les esprits vivront d'une " bonne " conscience faussée. Il ne faut pas s'étonner lorsque les coups remplacent les faux discours. Fusils, mitrailleuses, canons et bombes parlent un langage qui comble le vide relationnel.
L'existence est relation en acte ; la nature humaine est faite pour communiquer et elle communiquera d'une manière ou d'une autre, quel qu'en soit le prix. Les relations refusées ou à rabais se paient cher.
Toute communication est déjà une violence faite à l'esprit puisqu'elle oblige les parties en cause à abdiquer de leur petit moi tyrannique pour entrer en relation avec l'autre et son altérité. Pour réussir pleinement, la relation doit établir un consensus fondé sur des valeurs universelles et reconnues comme telles, non pas absolues mais universelles, ce qui est tout autre chose, très exigeant en principe et en pratique. Mais la pensée " scientifique " qui a suivi l'âge des Lumières a rejeté des universaux tels que le sens de l'existence et de la vie, le sens de la continuité, de l'action et de l'acte, l'éthique du bonheur, le sens de l'amour vrai et de l'Acte de Présence qui le constitue, le sens de l'État et les principes universels de l'effectivité. Ce faisant, l'ignorance scientifique à contribué à abandonner chacun et chacune à son petit moi tyrannique. Lorsqu'on ne peut plus communiquer par l'esprit et un langage détaché, objectif et impartial, lorsque la tyrannie des émotions et des ressentiments l'emporte sur la raison, il ne reste que la violence extrême pour communiquer. Comme résultat, il n'y a jamais eu pendant l'histoire autant de guerres aussi destructrices en un temps aussi court. À défaut de régulariser cette violence intérieure par une communication vraie et en profondeur, une explosion extérieure, extrême et rarement purificatrice, jamais salvifique, viendra détruire un monde qui ne mérite pas autrement. Tel est le prix à payer pour la facilité, le refus de l'effort, bref, la paresse intellectuelle et mentale. Qui a cru trouver la paix dans l'indolence et l'insulte facile sera confronté à une guerre qui l'ébranlera de toutes parts et finira par le détruire. On ne veut pas de guerre mais on ne veut pas non plus fournir l'effort nécessaire pour construire la paix, impossible sans la vérité. Car la paix véritable ne peut survenir qu'au terme d'une métamorphose de l'esprit et du coeur. Elle ne viendra jamais récompenser les régimes et les peuples médiocres.
Pourvoir à un régime politique et économique équitable demande d'énormes efforts prolongés pendant la vie entière. Ce travail, qui exige la participation d'une intelligence et d'une conscience éclairées, ne finit jamais. La conscience doit d'abord s'instruire par des études suivies, en profondeur et poursuivies jusqu'à un âge très avancé, même pendant les années de travail actif. L'instruction doit nécessairement s'accompagner d'observations détaillées sur le terrain.
CASUS BELLI
L'expression casus belli vient des Romains. Elle signifie cause de guerre. Bien entendu, personne ne veut la guerre. En fait, personne n'a jamais voulu la guerre mais la guerre est venue quand même parce qu'elle a des causes qui échappent à la majorité des mortels qui habitent ce monde. La guerre est un mal social de grande amplitude qu'on peut comparer avec les épidémies telles que la peste, le choléra, les épizooties qui hantent le monde actuel. Personne n'a jamais voulu attraper aucune de ces maladies débilitantes ou mortelles mais le mal a quand même suivi son cheminement jusqu'au bout, parce qu'on en ignorait les causes et qu'on omettait de faire l'effort nécessaire pour y apporter remède. Lorsque le mal éclate, les remèdes imposés sont souvent plus néfastes que les maladies qu'on prétendait vaincre. La principale cause de tous ces maux demeure l'ignorance et le manque de volonté. De même pour les guerres qu'on prétend éliminer à partir d'expédients commodes, basés sur de nouvelles ignorances et absence de pensée réfléchie, qui aggravent et exaspèrent le mal et provoquent de nouvelles guerres encore pires que les précédentes. Comme quoi l'imbécillité se paie extrêmement cher.
De tous temps et en tous lieux, les causes de guerre ont toujours été les mêmes et elles le demeurent encore de nos jours. En tête de liste : les guerres territoriales. Elles font appel, non pas à la seule dimension biologique de la nature humaine mais relèvent également de ses ambitions de conquérir et posséder le monde et se le soumettre. Dans sa dimension primitive, le territoire est le lieu privilégié d'un peuple, d'une tribu, d'un clan et d'une nation, avec ou sans majuscule, duquel il tire sa subsistance, son identité et sa raison de vivre. C'est la première loi de la nature. Inutile de s'inventer de grandes idéologiques de " droite " ou de " gauche " pour procurer à l'humanité le bonheur qu'elle désire, puisque le bonheur est fait de choses simples comme manger, boire, dormir, entrer en relation avec celles et ceux qui nous entourent et que nous voyons et entendons, mettre le territoire en valeur par le moyen d'osmoses et de symbioses avec lesquelles s'identifier et par la suite, entrer en relation avec les habitants des territoires environnants pour échanger des biens, des services, des concepts et des connaissances et accroître le champ de conscience et l'intelligence générale de soi et des autres. Tout cela est trop simple et trop beau pour être accepté d'emblée. Les idées et les connaissances finissent par devenir des fins en elles-mêmes et non simplement des moyens. La faiblesse et le manque d'intelligence des uns attise la volonté de domination chez les autres, qui en profitent et se font servir comme s'ils étaient des dieux.
Lorsque les territoires habités et développés perdent leur capacité de nourrir et fournir un habitat confortable, les populations émigrent et vont coloniser ailleurs et le cycle recommence. Lorsque l'arbitraire s'installe et se répand, la guerre est déjà en place. Elle constitue ce qu'en polémologie, on appelle la phase latente, ou première phase d'une guerre. Lorsque aucune catharsis ne survient pour faire régresser les ambitions, éliminer l'arbitraire et remettre aux populations dépourvue les biens qui lui ont été extorqués, la guerre entre dans sa deuxième phase, celle de la préparation des règlements de comptes.
Lorsqu'en dépit de la menace de guerre, l'arbitraire se maintient encore et passe même à la répression pour éliminer toute résistance, alors survient la troisième phase, celle de l'éclatement. On a déjà comparé cette phase à un abcès qui crève et laisse écouler son pus jusqu'à la lie. De même lorsqu'une guerre éclate, il est trop tard pour le regretter et parler de paix. Le mal accumulé par des décades et souvent des siècles d'injustices systématiquement imposées par des pouvoirs arbitraires se videra jusqu'au tréfonds des fonds. Même les innocents ne seront pas épargnés. Les colères accumulées pendant si longtemps sont aveugles et frappent dans toutes les directions. La vie se dégrade à son niveau le plus primitif et le plus sauvage et on est surpris de constater que des populations pourtant très civilisées se conduisent comme des barbares en temps de guerre. Les tensions ont été trop fortes.
Le temps qui s'écoule entre la première phase et l'éclatement d'une guerre peut varier entre cinquante ans et plusieurs siècles. La phase d'éclatement comme telle peut durer plusieurs centaines d'années. En Irlande, elle a duré six siècles et perdure encore. En Espagne, la guerre de libération contre les Maures a duré plus de sept siècles. En Angleterre, les Saxons ont gardé l'état de guerre pendant plus de quatre siècles avant de se défaire de la domination normande. La répression qui s'en suivit, conduite sous Henri VIII a été d'une indescriptible férocité. Selon le roi, elle avait pour objet de " faire justice ". En réalité, elle visait à déposséder brutalement les seigneurs normands de leurs biens et leurs châteaux, par le moyen de bassesses connues depuis le commencement du monde.
Au Québec, la guerre d'indépendance contre la domination britannique et loyaliste a officiellement débuté le 18 avril 1760, avec la victoire des Montréalais à Sainte-Foy, victoire qui amorcé un mouvement de reconquête qui dure depuis ce temps et se poursuit toujours. Cette guerre a maintenant connu trois éclatements : la double guerre patriotique de 1837-38 ; l'opposition de 1914 contre la conscription et la Crise d'octobre de 1970. Dans chacun de ces cas, l'organisation et la mentalité de la société québécoise ne lui permettait pas de poursuivre les hostilités au delà d'une frappe initiale.
À PROPOS DE CATHARSIS
Catharsis veut dire apaisement.
Bien entendu, il n'y a pas de guerre lorsqu'une volonté dominante ne rencontre aucune résistance. Sauf que l'absence de résistance peut rapidement devenir un important facteur d'inertie, d'ineptie et de corruption du pouvoir dominant, qui s'ajoutant au mépris que manifestent naturellement les " maîtres " envers leurs inféodés, finissent par faire surgir chez les inféodés une volonté de surgir, de résister, de se battre s'il le faut et finalement, de se prendre en charge sans autre forme de procès. Dans un cas comme dans l'autre, chez les " maîtres " et chez les inféodés, les efforts se multiplieront pour briser la volonté adverse par tous les moyens, en commençant par la guerre virtuelle, celle des mots et des nerfs, qui vise à détruire la crédibilité de l'adversaire. L'échec de cette première phase peut provoquer l'éclatement de la seconde phase, celle de l'épreuve de force. Entre Québec et Ottawa, nous n'en sommes pas à la seconde phase mais la première se poursuit toujours. Pour l'emporter, Ottawa a engagé d'énormes dépenses qui se chiffreraient à plus de 500 millions de dollars, afin de garder à tout prix le Québec en état d'inféodation. Mais la volonté québécoise de se prendre en charge et de se gouverner elle-même augmentant sans cesse, qu'adviendra-t-il lorsque cette première phase aura signifié l'échec d'Ottawa ?
OBJECTIFS DE LA PREMIÈRE PHASE
Le pouvoir est complètement dans ses communications et la première phase de cette guerre va consister à s'en servir pour briser à l'intérieur de l'esprit toute volonté de résistance. En cas d'échec, la guerre se poursuivra par d'autres moyens. S'il n'y a pas de concessions propres à susciter un apaisement, concessions dont l'initiative appartient à Ottawa, puisque Québec a fait les premiers pas depuis longtemps, la phase d'éclatement peut survenir entre 30 et 50 ans depuis les débuts des hostilités. Au Québec, on peut situer la volonté d'opposer à Ottawa une résistance systématique et de constituer l'État du Québec à partir du 15 novembre 1976. Vingt-cinq ans plus tard, les efforts entrepris par Ottawa pour abattre le Québec, par le moyen d'une propagande de peur, de menaces et de dénigrement n'ayant toujours pas abouti,
Le Gouvernement fédéral vient d'ouvrir un site Internet et en même temps, tente par divers moyens délétères de semer par l'Internet la confusion idéologique et mentale à l'intérieur du Québec. Le site indépendantiste Vigile en publie les textes afin de les exposer à l'examen. Le but poursuivi par le Gouvernement fédéral est toujours le même : discréditer le Québec et le peuple Québécois par tous les moyens, au Québec même, au Canada, dans les Amériques et dans le monde ; désinformer et conditionner les segments vulnérables de sa population ; semer la discorde entre Québécois, bref, livrer au Québec potentiellement souverain une guerre sans merci, peu importe les conséquences à court et à long terme. À cette propagande, on ne peut, pour le moment, qu'y opposer la rigueur d'un enseignement systématique des faits et des principes qui doivent gouverner tous les États, y compris l'État du Québec. D'autre part, il faut aussi nous préparer à affronter le pire.
UNE CONFRONTATION QUI S'ANNONCE
Ottawa ne représente plus ce qu'il représentait. Cela se voit maintenant. Non seulement au Québec, mais aussi dans les autres provinces, les dictées d'Ottawa deviennent de moins en moins acceptables, ceci, pour de simples raisons d'effectivité. Le Canada est un véritable continent, le dernier à être exploré et colonisé, sauf que sa géographie, dominée par de gigantesques obstacles, a toujours imposé de sérieuses limites au développement économique, politique et social de populations dispersées en groupements réduits dans des espaces très éloignés les uns par rapport aux autres. Cette géographie, alliée à l'histoire de l'Amérique du nord pendant les quatre derniers siècles, à laquelle s'ajoute celle des Empires français, espagnol et britannique, nous a profité à NOUS, descendants des colons de Nouvelle France laissés seuls dans la vallée du Saint-Laurent en 1760, avec quelques rares alliés.
Ces avantages naturels, auxquels s'ajoute une volonté croissante d'agir par nous-mêmes et pour nous-mêmes, nous ont transformés d'un peuple conquis en un peuple de conquérants. En même temps, des conditions analogues ont contribué à créer dans l'Amérique Britannique du Nord de nouvelles sociétés territoriales, maintenant aptes à devenir des États de droit comme de fait. Mais Ottawa persiste à vouloir accaparer tous les pouvoirs et à tout régenter, comme jadis le Gouvernement impérial de Londres. Dans cette conjecture, les termes " fédéralisme " et " confédération " ne sont que des euphémismes. En refusant obstinément de transférer les pouvoirs politiques aux provinces et en faire des États comme il se doit, Ottawa crée un climat de confrontation. Aux principes universels qui gouvernent l'agir humain sur toutes les échelles, Ottawa y substitue des expédients, qu'il impose par le moyen d'une propagande et d'une logique de guerre dangereuses et potentiellement explosives à court et à long terme.
Un pouvoir " légal " qui perd sa légitimité, ne peut plus se justifier mais qui persiste à se maintenir à tout prix, ne peut faire autrement que se rattraper par des expédients. Car Ottawa doit protéger et au besoin, défendre par la coercition et la force une oligarchie (en Québécois, une clique et en vulgaire, une crisse de gang), qui s'est formée en même temps que le centralisme unitaire et arbitraire. En Amérique Britannique du Nord, le pouvoir politique et économique a poussé parallèlement, par un accord tacite et mutuel entre politiciens et gros bonnets. Il a été construit dès les débuts du régime anglais, par les United Empire Loyalists et se maintient en place depuis ce temps, sans résistance et presque sans opposition, parce qu'une majorité de gens ne savent pas que le pouvoir est complètement dans ses communications et qu'il est avant tout affaire de continuités. Celles et ceux qui ne pensent que par images et clichés comprennent difficilement les principes de l'action. Et comme au Canada et au Québec, dans le climat glacial d'hivers prolongés, il faut penser d'abord à survivre, la clique avait beau jeu. Tout, ou presque, a contribué à la placer en position de force en face de populations dispersées et vulnérables. Toute perte de prestige, d'influence et de pouvoirs à Ottawa provoquera une rupture de la symbiose qui s'est développée entre le pouvoir politique central, centraliste et unitaire et le Family Compact, déjà présent et cause de guerre en 1837-38, renforcé par des victoires militaires et le terrorisme d'État, toujours en place, devenu ce qu'il a été convenu d'appeler le Canadian Establishment.
Quiconque s'est donné la peine d'étudier l'histoire sait que les pouvoirs tendent vers les dynasties. En Europe, certaines de ces dynasties se sont maintenues en place pendant des périodes pouvant se prolonger six siècles. Qu'on se rappelle les Plantagenêts en Angleterre, les Hohenstaufen et les Habsbourg en Autriche et en Allemagne. Ces ambitieux et orgueilleux cherchent le pouvoir perpétuel, voir, éternel.
Dans l'Amérique Britannique du Nord, communément appelée Canada, la géographie et les populations dispersées et sans défense offraient aux " grandes familles " une occasion rêvée de construire un Empire nouveau, successeur de l'Empire britannique en Amérique du nord, installé à perpétuité et dominant une population docile et vulnérable, tant au Québec que dans le ROC (Rest of Canada). Aux débuts, l'Armée anglaise se chargerait de mâter les révoltes. Maintenant, cette tâche est confiée à la Royal Canadian Mounted Police, aux Canadian Armed Forces, aidées par des services " d'intelligence et de sécurité " qui ne brillent guère, ni par leur intelligence et encore moins par leur connaissance du principe de réalité.
Car la réalité, radicale, (non pas radicaliste mais radicale, ce qui n'est pas la même chose), sémelfactive, transcendante, royale (qui s'impose naturellement par son ipséité, non artificiellement comme le fait une monarchie), transcendante et orientée vers une finalité qui échappe aux ambitieux, aux sages et aux savants, n'exerce aucune influence sur les politiques d'Ottawa et son oligarchie du pouvoir et de l'argent.
Le temps efface les préjugés et confirme les lois naturelles, dit un proverbe arabe. Ceci veut dire qu'un pouvoir arbitraire et contre nature ne peut durer qu'un temps. En conséquence, il doit entreprendre des efforts désespérés pour rester en place, puisque le temps joue contre lui. Il doit se rattraper par des moyens artificiels, afin de garder le pouvoir à tout prix et maintenir en place une oligarchie qui accapare à son avantage les moyens du pouvoir et de la fiscalité. Dans la période d'incertitude que nous vivons tous présentement, il est facile pour la clique d'Ottawa et de Toronto d'accaparer le pouvoir comme s'il lui appartenait éternellement. Son emprise quasi absolue sur la fiscalité et les communications, lui permet de faire ample usage d'une propagande dénuée de scrupules, pour mieux parvenir à ses fins, comme ont fait et font encore les régimes arbitraires et totalitaires. On ne peut s'empêcher de penser à Joseph Goebbels, chef de la propagande nazie, qui serait très fier des United Empire Loyalists et leurs acolytes. Dans Le Devoir de samedi 8 décembre 2001, Gil Courtemanche compare les chaînes de journaux du Canada anglais à la Pravda et l'Izvestia soviétiques. Les sommes dépensées à cet effet se chiffrent autour de cinq cents millions depuis le référendum de 1995. Propagande et conditionnement psychologique ont surtout pour objectifs de maintenir le pouvoir en place sans recours à la force coercitive. C'est ainsi que l'État central, centraliste et unitaire d'Ottawa peut se présenter à la face du monde entier comme un champion des libertés individuelles et collectives, de la démocratie et de la tolérance.
Nominalistes à souhait, la plupart des sociétés prennent les mots pour des réalités mais tout le monde n'est pas dupe tout le temps. Lorsqu'un nombre suffisamment élevé de citoyens non conditionnés fera savoir à Ottawa qu'il ne représente plus ce qu'il représentait, et ce nombre augmente sans cesse, tant au Québec que dans le Rest of Canada, l'oligarchie en place ne manquera pas d'être tentée par le recours à la force, comme dans les autres pays dont les peuples ont remis en question un pouvoir " légal " mais arbitraire, plus ou moins légitime et potentiellement totalitaire. La dernière élection générale prouve que ce pouvoir ne se maintient que sur deux provinces seulement, plus nombreuses que les autres et sur lesquelles Ottawa concentre le maximum d'efforts et de dépenses de moyens. Compte tenu des moyens de pressions énormes offerts par un monopole quasi absolu sur les communications, monopole acquis à la faveur de la seconde Guerre mondiale, le peuple Québécois demeure encore partiellement manipulable. Mais pour combien de temps, alors que les prises de conscience accroissent le pouvoir naturel de l'État du Québec et font continuellement augmenter la résistance au pouvoir centraliste unitaire d'Ottawa. Viendra un jour où, comme dans le passé, il ne restera plus à Ottawa que le recours à la force pour se maintenir en place. Que ferons-nous lorsque viendra l'heure d'une confrontation qui ne saurait tarder indéfiniment ?
Grâce au contrôle quasi absolu sur les média, électroniques et presse écrite, le pouvoir centraliste d'Ottawa et les fédéralistes, possèdent une énorme puissance de conditionnement que ne possèdent aucunement les patriotes du Québec, qui n'ont que les relations Je et Tu. comme moyens de communiquer leur message. L'inféodation par le langage, qu'on pourrait appeler manipulation, individuelle ou collective, demeure le procédé le plus courant pour dominer les individus et les peuples. Freud y a décelé la cause principale des maux des civilisations. Ce ne sont pas des fusils ni des canons et autres ferrailles mais des phrases aux libellés précis qui prennent l'esprit d'assaut et lui infligent ce que la psychiatrie moderne a qualifié de " névrose obsessionnelle " ou Zwangsneurose.
Individuelle ou collective, la tyrannie et l'arbitraire ont toujours exploité les vices du langage pour dominer les esprits, afin que les corps suivent et obéissent docilement. La panoplie des armes du langage est vaste : métaphores, euphémismes, clichés, demi vérités, désinformations, chantages, menaces, intimidations, rumeurs, refus d'instruire, omissions, commandements et ordres injustifiés, culpabilisations (arme épouvantable puisqu'elle tue l'âme), accusations injustes, formules propitiatoires, rationalisations qui n'ont rien à voir avec la raison pure ou la raison pratique, suggestions qui suspendent le jugement critique et autres moyens délétères pour dégrader l'intelligence et briser la volonté. Panoplie terrible s'il en est une, qui a tué plus de gens que les canons et les mitrailleuses, aux effets immédiats, spectaculaires et quand même très limités.
Nous sommes loin de cette Parole de l'Évangile qui dit : " Quand vous parlez, dites :cela est ; cela n'est pas. Tout ce que vous ajoutez vient du Malin. " Cette Parole, simple à énoncer, est très difficile à mettre en pratique, compte tenu de la complexité et la sophistication du monde actuel, mais il faut le faire pour promouvoir la paix dans le monde en commençant par chez nous. Pour y parvenir, il faut maintenir l'étude sérieuse pendant la vie entière. Chaque jour, pendant une ou plusieurs heures, il faut se donner la peine de s'asseoir et étudier, jusqu'à un âge très avancé. La vérité n'est pas évidente en elle-même. Les études universitaires ne suffisent plus. Nous n'avons pas le choix maintenant : notre défense collective passe par le savoir et les connaissances générales poussées qui permettent de résister et vaincre les manipulations du langage de nos ennemis. A cet effet, les difficultés sont plus grandes aujourd'hui qu'auparavant, parce que les pouvoirs arbitraires, ceux des grosses Transnationales et des gouvernements qui leur servent de brandon, comme celui d'Ottawa, disposent à la fois d'images associées avec des mots.
Pour nous en libérer, il faut nous déconditionner et pour nous déconditionner, il faut acquérir par des études continuelles l'aptitude nécessaires à l'objectivité froide et dure. La liberté est indissociable de la vérité et l'une comme l'autre coûtent cher dans le monde d'aujourd'hui.
La guerre virtuelle, ou guerre des mots, se paie aussi extrêmement cher. Car le langage délétère, qui possède le pouvoir d'augmenter le climat de méfiance, de mépris et de haine entre individus et collectivités, tout en ayant l'air de faire le contraire, conduit aisément vers des actes plus agressifs et de là, vers la violence physique et armée. Les mots poussent aux actes. La bouche et la plume (on dirait l'ordinateur maintenant), débordent de l'abondance du coeur, qui masque généralement son mépris et sa haine derrière des apparences de vertus. Les naïfs, qui ne connaissent pas leurs classiques, s'y font prendre à tout coup, ou presque. Il n'y a pas de guerre entre Québec et Ottawa ? Faux !
Depuis 1760, le peuple de descendants des colons de Nouvelle France et leurs rares alliés font l'objet d'une guerre, tantôt réelle et tantôt virtuelle, une guerre de propos, accompagnée de menaces parfois suivies d'interventions armées féroces et impitoyables. À l'inverse, des récompenses " généreuses " sont distribuées à ceux et celles qui trahissent. C'est le procédé de la carotte et du bâton. Le but était et demeure toujours le même : nous fossiliser comme peuple et nous interdire la reconnaissance de jure de notre statut de nation et d'État national de facto. Mais ce but n'a jamais été atteint. C'est même le contraire qui s'est produit. Non seulement nous avons survécu aux menaces et aux interventions armées qui ont jalonné notre histoire maintenant vieille de cinq siècles : nous avons au contraire grandi et prospéré jusqu'à constituer notre propre État national, que la communauté internationale s'apprête à reconnaître de droit comme de fait, ce qu'Ottawa ne veut obstinément pas reconnaître. Comme nous l'avons expliqué, notre position géopolitique était et demeure incomparablement plus forte que celle des Acadiens, des Irlandais, des Écossais, des Australiens, des Néo-Zélandais et même des Boers d'Afrique du Sud. La guerre virtuelle et les menaces à peine voilées d'intervention plus musclées contre le Québec vont donc se poursuivre longtemps.
Aussi longtemps qu'Ottawa se maintiendra en place. Car Ottawa est une capitale artificielle qui ne correspond à aucun centre de gravité naturel tel qu'on le trouve dans la géographie de la France, avec le bassin de la Seine, de l'Angleterre avec le bassin de la Tamise, du Portugal avec le bassin du Tage, de la Hollande avec le cours inférieur du Rhin, du Québec avec le bassin du Saint-Laurent. Toute capitale naturelle correspond en fait avec le principal carrefour naturel de communications (préférablement maritimes) d'un État donné. Les capitales artificielles et arbitraires, telles Madrid, Moscou et Ottawa, ne peuvent se maintenir en place que par la coercition et finissent par perdre leur position et leur rôle contre les capitales naturelles. Ottawa, plus mal situé géographiquement que Madrid et Moscou, ne peut pas avoir d'avenir politique. Au moment du British North America Act de 1867, Ottawa a été choisie, de préférence à Montréal et à Kingston, pour tenir le pouvoir impérial et unitaire en " équilibre " entre les basses terres du Saint-Laurent, centre de gravité du Québec, appelées naturellement à devenir le siège d'un nouvel État dont les assises étaient déjà en place, et, d'autre part, les basses terres des Grands lacs, avec Toronto comme centre de gravité naturel, appelées ultérieurement à devenir le siège d'un autre État distinct, plus récent que le Québec parce que n'ayant aucun accès direct sur l'océan et le monde extérieur, mais qui commence néanmoins à se manifester comme tel.
Cette violence contre l'esprit n'est pas un procédé nouveau chez les États arbitraires. Partout ailleurs, elle a été à l'origine de guerres armées interminables. En effet, la violence brutale a son point de départ dans l'esprit, dans le refus de reconnaître ce qui doit être reconnu. C'est dans la tête que commencent les guerres, non dans les armes et autres ferrailles que ronge la rouille. La violence contre l'esprit ne rouille pas : elle dure et perdure d'une génération à l'autre, pendant des siècles, voir, des millénaires. Elle a pour nom la cupidité, la rapacité, l'orgueil, la jalousie, la bassesse, la petitesse, la malice, l'outrecuidance et l'esprit chagrin. Elle a pour alibi la loi et l'ordre et elle se pare des mots de la bonne conscience : justice, démocratie, tolérance. Elle est comme un mur qu'on ne peut faire tomber que par une décision contre arbitraire et " illégale " ; à défaut, par le recours à la violence armée. Mais les peuples sont patients, de sorte que la domination et l'arbitraire durent parfois très longtemps avant les révoltes, les insurrections armées et les guerres militaires, quarante ans et plus en moyenne.
Lorsque l'abcès crève, il laisse écouler son pus jusqu'à la lie. Inutile alors de brailler, la violence poussera sa puissance de destruction au delà de la dernière limite.
Il ne peut y avoir de paix et de développement que dans la connaissance et la reconnaissance du principe de réalité qui s'oppose à l'arbitraire. Telle est la nature de la vérité qui libère, sauf que la vérité fait appel à la volonté, non aux émotions primaires ou aux sentiments ambigus.
DÉFINITION DE LA PROPAGANDE
La propagande consiste à persuader une population ou un segment de population à accepter comme normal et inévitable un régime politique ou économique immoral et arbitraire, ou, à épouser une cause plus ou moins discutable. En même temps, la persuasion cherche à obtenir son effet contraire : la dissuasion, qui pousse une population inféodée à la soumission servile, au fatalisme et au refus d'entreprendre quoi que ce soit pour se défendre. Nous retrouvons là tous les éléments exposés dans Vénus à la fourrure de Léopold Sacher-Masoch. À son terme ultime, la propagande pousse une population inféodée et déjà soumise à accepter comme un bienfait, voir, une bénédiction du ciel, la domination qui lui est imposée. Ainsi dépourvue d'aptitude et de capacité d'apprécier rigoureusement et correctement les contextes et les situations réels auxquels elle serait confrontée si elle était maître chez elle, une nation inféodée se soumet sans résistance, jusqu'à l'éveil parfois brutal qui surgit au terme de prises de conscience successives et multiples.
La propagande a pour objet " la paix intérieure " par la soumission servile et inconsciente. Elle se répand et se maintient en place par divers moyens délétères : entretien de l'ignorance, jusque dans les institutions dites " supérieures "; usage généralisé dans le langage de métaphores, sophismes, euphémismes, clichés, slogans, images réductives comme dans les annonces, commandements, interdictions, chantages, formules propitiatoires et conditionnement qui suspendent le jugement critique. Bref, il s'agit de rendre une population inapte à penser et à s'exprimer afin de la plier aux intérêts d'une pensée uniquement tournée vers le pouvoir pour le pouvoir et le profit pour le profit. A ces moyens qui interdisent le développement d'une intelligence éclairée et du jugement critique, s'ajoutent des techniques extérieures pour intimider, suggérer, diviser et effrayer un peuple déjà réduit à l'impuissance.
Bien sûr, la population reste " libre " mais sans pouvoir, entendez pouvoir d'agir par elle-même, sa liberté ne lui sert à rien. Inféodée et réduite à ses affects, elle se laisse volontiers gouverner par ses " maîtres ", acceptés par fatalisme. Exception faite de quelques individus doués de jugement critique, d'ailleurs jugés subversifs et dangereux par le régime, la population reste sans défense contre les attaques à son intégrité intellectuelle et mentale. Non seulement, elle se soumet volontiers, mais ce qui est pire, elle se révolte contre ses chefs naturels qui l'incitent à devenir maître chez elle, par le moyen de son propre État naturel, à se prendre en charge, à agir en pleine connaissance de causes et d'effets, à poser des actes d'envergure et à en répondre devant la conscience universelle et devant sa propre conscience. Tout cela lui est interdit, mais elle peut quand même vivre, c'est-à-dire manger, boire, parler pour ne rien dire, dormir, forniquer, dépenser et jouir des " avantages "de la consommation de masse. Elle n'a qu'à suivre et faire ce qui lui est suggéré, non pas obligé mais suggéré, la suggestion étant plus compulsive que l'obligation, en ce sens qu'on est facilement porté à se révolter contre l'obligation mais presque jamais contre la suggestion.
CONCLUSION
En conclusion, nous devons retenir pour réussir notre cause, les principes qui gouvernent le pouvoir des États et en faire notre leitmotiv permanent, afin de guider tous nos actes dans le sens qui s'impose. L'ignorance et la naïveté ne sont plus permises chez nous. Nous avons réalisé des progrès importants et nous ne devons plus regarder en arrière, sinon pour tirer quelques leçons utiles de l'expérience des autres.
Notre État, nous l'avons et nous devons le faire valoir. " Don de Dieu fera valoir ", a dit Samuel de Champlain, fondateur de Québec en 1608. Ce don, nous l'avons mis en valeur et les conditions actuelles nous indiquent que nous pouvons aller beaucoup plus loin. Nous n'avons pas gagné la dernière bataille mais nous sommes en train de gagner la guerre. Il devient de plus en plus évident qu'Ottawa ne représente plus ce qu'il représentait. Dans l'avenir, compte tenu de la tendance générale vers le régionalisme, Ottawa représentera encore moins. Certes, l |