«« géopolitique

(Défendre l'État du Québec)

LOGIQUE DE GUERRE - 1

René-Marcel Sauvé

Vigile 4.1.02


" La guerre est un acte de violence destiné à briser la volonté d'un adversaire et lui faire exécuter notre volonté et non la sienne"
Klauzewitz
(cf. Karl von Klauzewitz. De la guerre. Ed de Minuit.Paris 1955. 755 p)
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Cette définition simple chez Klauzewitz se justifie par le fait que les guerres, toutes les guerres sans exception, sont indissociables des volontés qui les ont décidées, volontés de possession, de domination et de contrôle, confrontées aux volontés de résister et de combattre. Il n'y a pas de guerre lorsque les volontés de posséder, dominer et soumettre ne rencontrent aucune résistance chez les dépossédés, les esclaves et les inféodés. Il n'y a que des fausses paix, des guerres latentes qui attendent leur heure. Celles-ci viendront sûrement, avec l'éveil des consciences et la réalisation, chez les soumis, du déshonneur, voire de l'ignominie de leur état. Les guerres défensives, ou guerres de libération, sont le fait de quelques individus conscients, déterminés et capables de consacrer une vie entière à leur cause. Ces lutteurs sont rares, mais finissent par émerger et réussir. Sans eux, les sociétés inféodées sont condamnées à la débilisation et la fossilisation. C'est ce qu'Ottawa, à la suite de l'Empire Britannique, tente de faire avec nous, Québécois, descendants des colons de Nouvelle France laissés sur place à partir de 1760, avec quelques rares alliés.

Il y a CASUS BELLI (cause de guerre) lorsqu'un établissement opiniâtre et corrompu s'accroche de toutes ses forces et de tous ses moyens, même les plus délétères et immoraux, au pouvoir, à l'argent et au prestige qu'ils rapportent, et, refuse obstinément de dévoluer, ce qui signifierait l'abandon de ses pouvoirs en faveur d'un État nouveau et d'un nouvel équilibre des forces. La volonté tyrannique qui crée l'arbitraire, avec ou sans violence physique, fonde son pouvoir sur la force d'inertie des grands États et des grosses entreprises. L'étouffante loi de la pesanteur s'impose alors d'elle-même et n'a besoin de nulle force coercitive pour maintenir en place un établissement au service d'intérêts particuliers. Il ne reste plus aux sociétés montantes que la guerre pour briser l'étau qui les enserre, se libérer et promouvoir leur propre dynamique, plus proche de la réalité et davantage porteuse d'une perfection de vie fondée sur la détermination consciente et responsable, ce dont un peuple inféodé est incapable, parce qu'il n'en a pas les moyens. Exposée à la loi de la pesanteur, une population inféodée, dominée et servilement soumise, n'offre aucune résistance aux " maîtres " aussi longtemps que dure son inconscience. Les révoltes se produisent avec les prises de conscience. Faibles aux débuts, elles augmentent en force avec le temps et avec de nouvelles prises de conscience. Le refus des " maîtres " de le reconnaître provoque les violences et les guerres civiles.

Pour un peuple apte et capable de se gouverner lui-même, comme le peuple québécois, l'inféodation ne représente rien de moins qu'une réduction de l'existence au niveau de la vie organique primitive et sans âme. Les inconscients l'acceptent, mais pour les natures conscientes du fait que la vie humaine doit dépasser celle de l'animal, l'inféodation est une ignominie, la mort de l'âme, pire que celle du corps. Elle provoque d'indicibles colères. Ne pouvant se faire reconnaître de droit comme de fait, une population de plus en plus consciente du refus qu'on lui impose finit par considérer la guerre comme seul moyen d'en sortir. La liberté authentique est complètement dans l'aptitude et la capacité d'agir avec envergure. Elle passe par le Je et Tu., par l'univers de la relation, inorganique, qui dépasse tout l'univers organique, le transcende et lui donne forme. (cf. Martin Buber. Je et Tu.. Aubier. Bibliothèque philosophique. Paris. 1969. 172p). Chez les inféodés, il n'y a que la vie organique, il n'y a pas de relations qui conduisent à l'agir d'envergure et à l'Acte. Les inféodés n'ont ni Pensée, ni Parole ni Acte et leurs maîtres n'ont pas de Face devant qui se présenter. Ils n'ont, pour employer une expression propre aux sociétés monarchiques, qu'un langage à sens unique, un one way talk. Même bienveillante et bénigne, l'inféodation est pire que le néant.

Mais l'esprit qui refuse de se rendre et prend les armes pour que son statut soit reconnu, choisit la liberté authentique, même au péril de la mort physique, moins ignominieuse que celle de l'âme. Il est préférable de mourir honorablement les armes à la main, en combattant pour sa cause, que vivre l'ignominie suicidaire qu'on nous impose, encore plus difficile à supporter lorsqu'on possède déjà les assises de l'État et les moyens d'agir avec envergure. La guerre devient alors une libération et plus personne n'en a peur. Dans les circonstances, seule la guerre peut garantir la liberté et la paix et c'est le refus de combattre qui provoque la déchéance et la mort. La paix est une conquête. Elle n'est pas un héritage. Au contraire, la paix est comme ces perles précieuses qu'on doit aller chercher dans les profondeurs. Elle ne se donne pas sans risque et comme le dit l'Évangile, on ne montre pas des perles aux pourceaux qui sont incapables de les apprécier.

Cependant, pour combattre avec efficacité et effectivité, afin de réussir à long terme autant qu'à court terme, la compétence est aussi nécessaire que la détermination. Puisqu'il faut préparer la guerre pour avoir la paix, alors cette préparation doit être sérieuse et exigeante. Le but, c'est la dissuasion, de manière à tuer dans l'oeuf toute tentative, voire la moindre idée de recourir aux armes pour nous soumettre et nous inféoder. Que l'adversaire à Ottawa se mette en tête qu'il est inutile même de penser à recourir à la force pour nous garder en position de soumission inconditionnelle à son pouvoir unitaire, arbitraire et potentiellement totalitaire sous prétexte de " sécurité nationale ".

LE PRÉTEXTE DE LA SÉCURITÉ NATIONALE

Aujourd'hui, la " sécurité nationale " peut commodément servir de prétexte pour renforcer le pouvoir centraliste unitaire, en remplacement de l'ancien " Empire Unity " des United Empire Loyalists que nous connaissons mal alors que nous avons intérêt à les bien connaître. Originellement, ils sont venus, soit des Etats-Unis où ils avaient fait la guerre aux Yankees pour que toute l'Amérique du nord demeure britannique, soit en Irlande, afin de prendre possession d'un beau pays, soit en Écosse, au Pays de Galles et en Acadie, pour des raisons analogues, soit encore en Afrique du Sud, contre les Boers, afin de conserver une tête de pont entre l'océan Atlantique et l'océan Indien. En Amérique Britannique du Nord, les United Empire Loyalists se sont établis en Nouvelle Écosse, entre autres, dans les terres acadiennes, au Nouveau Brunswick, au Québec en Estrie et en Ontario méridional. D'autres ont tenté de retourner aux Etats-Unis, soit pour faire la paix avec leurs familles, soit en espérant que l'Angleterre finirait par prendre le dessus sur les Américains. D'autres se sont établis en Australie et en Afrique du Sud. Rarement, ils sont retournés en Angleterre, de sorte qu'ils ont d'une part perdu leur identité anglaise et de l'autre, ils ont tenté de la conserver alors que les conditions avaient radicalement changé pour eux. En partant, ils sont aux prises avec un problème d'identité collective qu'ils tentent de solutionner en usurpant l'identité des autres. C'est ainsi qu'ils sont devenus " Irlandais ", " Écossais ", " Gallois " , " Australiens " et " Sud-Africains ". Dans l'Amérique Britannique du nord, ils n'ont pas hésité à usurper l'identité canadienne, que les officiers et administrateurs français avaient donnée aux colons de Nouvelle France. Devenus des " true Canadians ", ils tentent de nous enseigner comment on devient un " vrai canadien ", croyant accorder à ces pauvres colons que nous sommes une insigne faveur contre laquelle nous devrions pleurer de reconnaissance. Des Québécois trouvent moyen de se faire prendre à leur jeu.

Ne nous trompons pas à leur sujet. Les United Empire Loyalists sont du " bon " monde, des loyaux sujets de Sa Majesté Britannique, souvent plus royaux que la royauté elle-même, des gens de Bible, qui prêchent la bonne nouvelle en frappant du poing dans le Livre. Ils observent la loi au pied de la lettre. Que leur comportement littéral en face de la loi se réalise au détriment de l'esprit ne semble pas les préoccuper outre mesure. Leur équipement intellectuel et mental ne leur permet pas de s'en rendre compte. Ce sont des gens sobres et travailleurs, qui accumulent sans doute beaucoup de mérites dont ils feront étalage devant le Tribunal de l'Histoire. Ce sont eux qui jugeront Dieu, soyez-en sûrs, alors que les autres peuples, dont nous-mêmes, Québécois, seront jugés et auront à répondre de leurs manquements, article par article. Pour ma part, ils me font penser aux Cathares du Moyen ge, ces gens " bons, sobres et ascétiques ", qui ont mis l'Europe à feu et à sang.

Au fond, les gens " modèles " donnent mauvaise conscience aux autres et c'est là que le problème commence. Comprenons-nous bien : Être vrai, ce qui veut dire ÊTRE-LÀ et ÊTRE-AVEC, par le fait d'un Acte de Présence complet, a peu à voir avec être modèle, ou même être " bon " de cette bonté dévastatrice qui sème le désespoir chez les autres. Ce sont deux choses différentes. Un modèle est un personnage-image, un masque sans altérité, sans identité réelle non plus et avec lequel personne ne peut s'associer ni se dissocier. Être modèle suppose un comportement prévisible et stéréotypé, avec une langue de bois qui vous tient à distance et un comportement froid et ambigu, qui fait porter ses démons intérieurs par les autres. Un modèle est un arrivé, un "winner " et non un " loser ", pour employer un langage simpliste et manichéen, bien connu au Canada anglais, particulièrement en Ontario méridional. Ces " winners ", ces parfaits du royaume, on en voit beaucoup dans la région de Toronto, là où la Reine Victoria est encore vivante. Leurs airs de supériorité et leur roideur froide en face des autres, font qu'ils vivent perpétuellement ou presque, sur un " power trip ", terme bien connu dans l'Amérique du nord anglo-saxonne.

Qui est loyaliste? Beaucoup plus de monde qu'on pense. En plus d'une majorité anglo-saxonne descendante d'Angleterre, il faut compter des Irlandais, Écossais et Gallois celtiques, qui ont trahi leur cause, des " francophônes " en mal de pouvoirs et de prestige et qui ne récoltent que le mépris de part et d'autre, des Noirs de Nouvelle Écosse, les Mohawks, qui ont tenté d'exterminer nos ancêtres, ont exécuté les sales besognes des Anglais pendant la guerre de l'Indépendance américaine et exécutent les sales besognes actuelles des Loyalistes, dont la récente crise d'Oka n'en est qu'un exemple. Les Loyalistes comprennent également des juifs qui ont profité de l'Empire Britannique et en profitent encore, de même qu'une foule d'immigrants venus des anciennes colonies de l'Empire, connus pour leur loyauté à la Couronne anglaise et prêts à faire n'importe quoi contre nous, Québécois, dont ce docteur Roopmarine Singh, qui nous juge et nous menace comme font les Loyalistes anglo-saxons. Ces gens-là n'ont pas réussi à nous exterminer à cause de conditions géopolitiques dont nous connaissons maintenant la trame. Par contre, nous avons à régler avec eux un compte particulièrement chargé. Auparavant, nous devons saisir tous les organes et tous les moyens de notre État. Nous n'y réussirons que dans la mesure de notre réalisme, notre détermination, notre compétence et notre patience. En toutes choses, nous devons rester froids, résolus, sans manifester la moindre émotion qui pourrait être interprétée comme une faiblesse à exploiter. Par dessus tout, comme nous sommes en guerre, nous devons connaître les principes de guerre, tant pour la stratégie que la tactique et apprendre à gagner sans tirer un seul coup de fusil si possible, ainsi que l'enseigne Sun Tsu.

Souvent, la propagande officielle d'Ottawa aidant, les Loyalistes apparaissent comme des êtres justes et disposés à faire justice, bien qu'il ne soit pas dit de quelle justice il s'agit. Sauf que les modèles ne font pas Acte de Présence et c'est là leur point faible. Il existe un principe fondamental que les Loyalistes ignorent : pour conquérir et développer son identité, l'altérité et l'adversité sont nécessaires. Le défaut de connaître ce principe et de savoir le mettre en pratique conduit vers le narcissisme et non vers la relation Je et Tu.. (cf. Buber), sans quoi aucune vie humaine digne de ce nom n'est possible. En demeurant hors d'atteinte, trop " supérieurs " et trop " bons ", on ne communique avec personne, au point de perdre le sens de la réalité, ou relation en acte et en puissance, sans quoi il n'y a pas d'existence. Au Québec, c'est parce que nous sommes réels que nous réaliserons notre épanouissement propre. La réalité a quatre caractéristiques fondamentales qui sont : radicalité, ipséité, sémelfactivité et royauté. Nous les avons toutes, en acte et en puissance. Le terme réel veut dire royal et inversement. Cette royauté n'a rien à voir avec celle des monarchies coupées du réel et caractérisées par l'absence de relation Je et Tu. entre les royaux et leurs sujets. Dans une véritable royauté, tous sont à la fois royaux et sujets et inversement, le réel étant porteur de sa transcendance et de sa rédemption en cas de chute. Il n'y a ni transcendance, ni radicalité, ipséité, sémelfactivité, royauté ou rédemption dans le modèle et le virtuel, qui appartiennent au monde sans valeur des objets.

Entendons-nous bien sur le sens métaphysique du modèle, qui est fixe, hors du temps et de l'espace, n'ayant besoin d'aucune rédemption, craignant le temps comme l'irréparable outrage, en somme, une perfection superficielle, fausse, désespérante et parfois suicidaire. Sparte, la cité modèle, a perdu contre Athènes, réaliste, concrète et présente dans le temps et dans l'espace. Et pourtant, Sparte disposait des moyens de la force qui manquaient à Athènes.

Les vrais Québécois ne sont ni fédéralistes, ni loyalistes, ni séparatistes non plus. Ce qu'ils veulent, c'est l'État du Québec, leur État à eux, instrument de leur agir collectif et c'est ce qui compte. Il ne s'agit pas d'une révolution mais de la venue au monde du Québec, foyer national d'un peuple composé à la fois d'enracinés, et, de déracinés qui ont choisi de prendre racines avec nous, un peuple devenu nation par le fait d'une conquête territoriale à long terme, constructeur de son propre État légitime et naturel. Le problème : Les Loyalistes, qui cherchent le pouvoir et l'argent jusqu'à l'absolu si c'était possible, ne nous ont pas donné la permission de survivre et encore moins de venir au monde. Allons-nous, pour leur faire plaisir et peut-être nous faire un peu aimer d'eux, nous entasser dans des chaloupes et aller nous noyer dans les eaux glacées de l'Atlantique? A moins de faire le contraire et devenir comme un iceberg capable de faire couler les plus gros navires, les extrêmes de froid produisant les mêmes effets que les extrêmes de chaleur. Si nous faisons le jeu des Loyalistes, c'est nous qui allons couler à pic, pour notre malheur et notre déshonneur.

Être vrai, (et naturel), réel et réaliste, est difficile, non pas intransigeant mais exigeant, en ce sens que la conquête de sa propre vérité ne peut survenir qu'au terme d'une conquête intérieure et d'une métamorphose de l'esprit et du coeur, pas toujours visible à l'extérieur. La liberté authentique est complètement dans l'aptitude et la capacité de penser, s'exprimer et agir en pleine conscience de cause et d'effet et par conséquent, elle est indissociable de la vérité qui lui sert de régulateur et de principe. Comme la vérité, indissociable de la liberté, n'est jamais conquise, le combat pour accéder à l'une comme à l'autre se prolonge la vie entière. On est jamais arrivé, jamais, sauf peut-être au moment ultime de la mort, qu'on doit travailler à faire reculer, pour soi-même et pour les autres et ne jamais provoquer. Être soi-même, apprendre à vivre et à faire vivre, à faire Acte de Présence, ne donne mauvaise conscience à personne et accepte une rédemption qui se présente souvent, sinon toujours au bon moment, vient récompenser l'effort et accomplir des réussites inespérées. Ce réalisme n'est pas celui des Loyalistes, qui se perçoivent comme des modèles sur lesquels le monde devrait s'inspirer pour vivre.

Presque partout où ils ont vécu, les United Empire Loyalists ont semé la discorde, le mépris, la haine et provoqué la guerre. Ne vous trompez pas : ils sont " bons ", sauf que leur bonté juge les autres et donne mauvaise conscience à quiconque ose venir à l'existence sans leur permission. Leurs jugements, qui leur donne beaucoup de valeur et discréditent les autres, on les trouve tout le long de l'histoire de leur présence en Irlande, en Écosse, au Pays de Galles, en Acadie, dans les Treize Colonies, chez nous au Québec, en Afrique du Sud et en Australie. Ils sont experts en métaphores et en euphémismes comme personne. On le voit par les termes employés lorsqu'il s'agit de qualifier le Canada français, qui n'existe plus, et, le Québec et les Québécois, séparatistes ou fédéralistes. Peu importe ce que nous disons ou ce que nous faisons ou avons l'intention de faire, le langage qui nous qualifie est toujours discréditant, dégradant et délétère. La langue déborde de l'abondance du coeur. Quoi que nous fassions, quoi que nous disions, nous avons et nous aurons toujours tort. À nous de nous occuper de nos affaires, de bien faire selon notre propre conscience et quant au reste, de laisser braire.

Par exemple, lisez les remarques du général Isaac Brock au sujet des Américains. Brock est le héros britannique de la guerre de 1812, mort au combat près de Niagara. Vous le trouverez sur l'Internet. Il faut le lire pour le croire. La bonté des Loyalistes dépasse toutes les limites et la méchanceté, bassesse, petitesse, malice de leurs ennemis Yankees ne trouvent jamais suffisamment de mots pour s'exprimer. Si les guerres sont davantage provoquées par les jugements plutôt que les conflits territoriaux réels, on comprendra facilement pourquoi les Loyalistes ont provoqué tellement de guerres sur leur passage. Les Américains les détestent. Alors que le Most Reverend Ian Paisley d'Irlande du Nord, " le good man and Bible thumper ", qui a mis l'Irlande du Nord à feu et à sang pendant les dernières décennies, est persona non grata aux Etats-Unis; il est par contre chez lui au Canada. Pendant que j'enseignais à Toronto, j'ai eu l'occasion d'aller entendre au First Presbyterian Church, à Scarborough, au mois de février 1980. Il possède au plus haut degré l'art de la bonne conscience à rabais, ces gens qui ne comprennent que l'épreuve de force. Chose certaine, les Loyalistes ont déjà perdu partout où ils sont allés et maintenant, ils vont perdre avec nous.

En Amérique Britannique du nord, ils se comportent de la même manière envers nous, Québécois de souche, le peuple qui devait disparaître de la carte. Cependant, notre position dans la vallée du Saint-Laurent, naturellement protégée par de gigantesques obstacles géographiques, isolée en quelque sorte à la périphérie des Amériques, était beaucoup plus forte que celle des Irlandais, des Écossais, des Gallois, des Acadiens et des Boers d'Afrique du Sud, moins forte cependant que celle des Yankees de la Nouvelle Angleterre. Si nous avons échappé à toutes ces menaces qui ont jalonné notre histoire de cinq siècles, ce n'est pas par la bonne volonté des gestionnaires et bureaucrates du gouvernement de Paris ou de Londres, encore moins par la mansuétude et la magnanimité des United Empire Loyalists. C'est parce qu'un ensemble de conditions naturelles, géographiques, linguistiques, sociales, économiques, historiques et aptes à assurer notre progression en continuité, étaient présentes sur place dès les débuts, ainsi que déjà expliqué. (cf. Géopolitique et avenir du Québec. Guérin. 1994. 350 p.)

UNITED EMPIRE LOYALISTS ( LA CLIQUE )

United Empire Loyalists, cette clique s'est installée en permanence au Canada, suite au traité de Paris du 10 février 1763. Sous le couvert de bons et fidèles sujets de Sa Majesté, les Loyalists ont vite fait de s'emparer de l'ensemble des activés économiques de cette contrée et d'utiliser tous les moyens nécessaires pour maintenir leur emprise en fonction de leurs intérêts personnels et du pouvoir politique, non pour le bien commun. Ces relations empoisonnées entre deux Nations durent et perdurent depuis les origines jusqu'à nos jours.

Ces Loyalistes faux ont fait déporter les Acadiens, afin de prendre possession de leurs terres.

Comme les Loyalistes n'ont pas la compétence des Acadiens en matière de cultures dans des terres marécageuses, l'économie agro-alimentaire des régions Maritimes a reculé de cent cinquante ans.

Dans les années 1830 ce sont les Loyalistes qui ont déclenché les deux guerres civiles de 1837 et 1838 et provoqué la répression brutale de l'armée anglaise, avec destruction de nos villages et oppression contre notre peuple.

Pour justifier leur mainmise sur l'espace continental canadien, quitte à induire en erreur leurs propres concitoyens anglophones qu'ils manipulent eux aussi dans le même but, ils ont perverti leur propre histoire pour semer la confusion. Leur objectif demeure toujours le même : exercer un contrôle de plus en plus serré, toujours en fonction de leur pouvoir et de leurs intérêts.

Encore aujourd'hui, United Empire Loyalists n'ont pas changé. Ils demeurent toujours un danger pour nous Québécois, comme pour le Canada. En décembre 2001, ce sont encore eux qui font adopter par leur bras politique, le Parti Libéral du Canada, la loi C36, qui sape les fondement de la démocratie. De plus, ils s'efforcent de faire adopter la loi C42 potentiellement répressive et totalitaire.

Les interventions arbitraires de la police et de l'armée s'annoncent déjà sous des prétextes qui auront pour objet de maintenir la clique en place, sous prétexte de sécurité nationale. Ces mesures ne représentent aucun progrès vers la reconnaissance des nouveaux statuts et de la dévolution qui s'impose de soi.

ARBITRAIRE ET COERCITION

L'arbitraire consiste à imposer sa volonté tyrannique à quelqu'un d'autre par tous les moyens, y compris les plus immoraux. C'est le cas de certains parents envers leurs enfants, de l'inverse aussi, de personnes en position d'autorité sur leurs subordonnés et inversement. Il y a arbitraire lorsqu'une volonté travaille à en briser une autre, afin de la soumettre et de l'exploiter. La coercition consiste à réduire une volonté résistante et à la briser, par tous les moyens possibles, y compris le recours à la force armée et la brutalité physique. Les mentalités impériales et dominatrices exigent implacablement une soumission totale et inconditionnelle de leurs subordonnés et inféodés, lesquels doivent se comporter comme des pions impassibles en face des ordres qui leur sont donnés. L'inféodé n'a aucune pensée propre, aucune parole et aucun acte, ni Verbe ni Acte comme on dit en géopolitique. Il n'existe pas, puisque l'existence, qui est relation en acte et en puissance, ne peut s'accomplir sans l'Esprit. D'ou l'importance de l'intelligence et de la volonté libre, qui, seules, peuvent entrer en relation avec l'Esprit. L'objet ne connaît aucune relation. Donc, la mentalité impériale et dominatrice, qui exige des autres qu'ils se comportent en objets, leur interdit toute relation par le fait même. C'est du mépris, voire de la haine froide et dévastatrice, qui se retourne souvent contre ceux et celles qui les transmettent.

L'arbitraire et la coercition étaient présents dès les premiers moments de l'occupation anglaise en 1760. Certes, il y a eu des concessions accordées par les Anglais à nos ancêtres, mais c'était par nécessité, non par bonne volonté, même s'il y a eu parmi nos ennemis des gens de bonne volonté avec qui on peut vivre en paix. Mais la politique comme telle n'est pas affaire de bonne volonté ni d'intelligence non plus. Mettons-nous le bien dans la tête : la politique est affaire d'intérêts, de rapports de forces et d'effectivité. Les Anglais le savent mieux que tous les autres.

S'ils nous ont fait quelques concessions entre 1760 et 1774, avec l'Acte de Québec, c'était parce que leur position n'était pas assez forte en face des Yankees, enragés contre l'Angleterre et déterminés à en finir. En 1760, George Washington, Benjamin Franklin et les autres révolutionnaires américains étaient nés, adultes et capables d'agir. Ils avaient été formés par les Anglais et avaient compris les lois des rapports de forces, ce que beaucoup de Québécois finissent enfin par comprendre. En 1760, l'Angleterre avait des ennemis presque partout dans le monde et ne pouvait fournir en Amérique du nord tout l'effort de guerre nécessaire pour écraser les Yankees, beaucoup plus forts que nous. Certes, la guerre de l'indépendance américaine a éclaté en 1776, mais une guerre ne commence pas le jour de son éclatement.

Elle commence vingt ou trente années avant, avec l'arbitraire et la coercition des pouvoirs en place. Par exemple, la guerre de 1939-45 a commencé le 11 novembre 1918, avec le traité de Versailles, qui, par les mesures coercitives dirigées contre l'Allemagne naissante, contenait tout ce qu'il fallait pour déclencher une nouvelle guerre encore pire que la précédente. En 1760, donc, la guerre d'indépendance américaine se préparait. Les Anglais, qui connaissent le mécanisme des guerres et qui me l'ont enseigné, le savaient mais nous ne le savions pas. Si je vous disais par exemple que la destruction des deux tours du World Trade Center à New York le 11 septembre 2001, marque une nouvelle phase d'une guerre du pétrole qui a commencé vers 1870, vous ne me croirez probablement pas. Pourtant, c'est la vérité.

Rappelez-vous cependant ce premier axiome utile à connaître au sujet des guerres : toute guerre s'inscrit dans des continuités qui se poursuivent d'une génération à l'autre pendant une période pouvant durer mille ans. Que nous le voulions ou non, nous sommes solidaires des générations précédentes, comme les générations à venir seront solidaires de nous. Nous sommes également solidaires de nos ennemis, comme ils sont solidaires de nous, ce qui ne veut aucunement dire que nous devons nous soumettre béatement, pour ne pas dire bêtement à leurs dictées, surtout lorsque c'est notre tour de nous imposer, comme c'est notre cas maintenant. Chacun son tour de faire le mufle. Dans l'Existence, avec un grand E, le passé, le présent et l'avenir ne font qu'une seule et même existence, à l'intérieur même de la multiplicité extrême des événements qui la caractérise. Car l'existence est à la fois Multiple et Une, non pas une ou multiple, ce qui veut dire qu'il faut de l'intelligence et de la volonté pour exister et vivre. Nous sommes plus près d'Adam et d'Ève que nous le pensons. À nous de nous défaire de nos comportement frileux en face de l'Existence qui nous interpelle et nous appelle à l'action.

Revenons à 1760 puisque c'était hier. En face des Yankees, qui vont recevoir une aide considérable de la France, laquelle a retiré toutes ses billes du Saint-Laurent pour mieux concentrer ses forces ailleurs, les Anglais sont pris dans un dilemme. Ils ne peuvent pas manquer de se rendre compte, vingt ans avant l'éclatement de la guerre de l'indépendance américaine, qu'ils risquent de perdre leurs Treize colonies d'Amérique, surtout si la France vient aider les Yankees. C'est pourquoi le Québec représente pour eux un atout particulier dans leur stratégie générale de défense.

En effet, la stratégie appuie ses conclusions et ses décisions sur des considérations géographiques et concrètes, non sur les idéologies, des sentiments ou ressentiments et encore moins sur les théories abstraites. La véritable stratégie est la science et l'art de l'action à long terme et la tactique vise l'effet immédiat, sinon le court terme, mais la tactique doit être subordonnée à la stratégie et non l'inverse. Ces principes fondamentaux, les Anglais les connaissaient depuis longtemps, même s'ils ne les ont pas toujours mis en pratique, préférant des expédients aux principes qui ont fait leurs preuves.

En cas de guerre contre les Yankees, la géographie du Québec offre plusieurs avantages, lorsqu'on tient compte du fait que toute stratégie de guerre s'appuie sur la logistique et que la logistique ne peut ignorer la géographie. Autrement, c'est l'échec définitif. Le Québec est un immense espace géographique isolé de la plaine côtière de l'Antlantique, centre de gravité principal de la Nouvelle Angleterre. Le premier point important sur cette plaine est Boston, à plus de 400 kilomètres de distance du Saint-Laurent, séparé en plus par les Appalaches, qui constituent un obstacle non négligeable pour la logistique militaire et commerciale du temps, car l'une ne va pas sans l'autre. Tous les autres points d'importance de la même plaine sont localisés au sud-ouest de Boston, le nord-est ayant beaucoup moins de valeur stratégique.

De plus, la plaine américaine gravite vers l'océan et dispose de peu de passages vers l'intérieur, passages que les Américains appellent wind gaps. Donc, cette plaine se définit en fonction de ses rapports avec l'océan en face, non avec le Saint-Laurent, qui est une voie navigable peu intéressante, recouverte de banquises une partie de l'année, manquant d'espaces bas, plats et arables pour le peuplement de populations nombreuses aux activités variées et multiples. Au nord, la vallée du Saint-Laurent est naturellement protégée par le formidable obstacle constitué par le bouclier Précambrien, dont la superficie dépasse deux fois celle de la France. En conclusion, le Québec est un espace économiquement défendable, qui peut servir à la fois de dernière redoute en cas d'échec au sud et éventuellement, de tête de pont en cas de possibilités de reconquête. Les Anglais sont tenaces comme des bouledogues. D'où leur intérêt stratégique pour le Québec de 1760, dont les Habitants s'étaient adaptés depuis longtemps aux rudes conditions de la vie dans un territoire difficilement exploitable et profitable mais facilement défendable. Par ses concessions accordées à nous avec l'Acte de Québec de 1774, l'Angleterre admettait sa position de faiblesse en Amérique du nord. Effectivement, elle perdit ses Treize colonies qui devinrent les Etats-Unis d'Amérique, mais elle conserva néanmoins un immense espace continental, appelé à l'époque Amérique Britannique du Nord, mais qui peu à peu reçut l'appellation géographique de Canada.

En permettant aux United Empire Loyalists de prendre peu à peu possession de l'Amérique Britannique du nord restante, appelée Canada, l'Angleterre préparait sa sortie graduelle de toute l'Amérique du nord, sortie qui a effectivement et officiellement débuté avec les Statuts Refondus de Westminster (Westminster Revised Status) du 11 décembre 1931. Ce genre de politique, fondée sur la géopolitique, est un processus qui s'accomplit en plusieurs siècles et non en une ou deux générations. Il s'agit de pouvoirs d'État, ou pouvoirs continus, par opposition aux pouvoirs transitoires des régimes et idéologies politiques.

POURQUOI NOUS FAISONS PROBLÈME?

Pour les Loyalistes, le problème essentiel tenait au fait que NOUS étions là, sur place, dans la vallée du Saint-Laurent, solidement campés, grâce à la même géographie qui nous avait fait vivre auparavant et avait permis aux Anglais de ne pas perdre toute l'Amérique du nord au moment de la guerre d'indépendance américaine. Contrairement aux Acadiens, nous avons survécu et progressé, sauf que les Loyalistes ne nous ont pas accordé leur permission venir au monde. Comment oser faire une chose pareille, à des gens tellement " justes " et " bons "? Notre existence leur donne mauvaise conscience et voilà où commence le problème. Si nous avions seulement voulu être gentils et aller tous nous noyer au milieu de l'Atlantique, les Loyalistes auraient fait disparaître toutes les traces de notre passage et ils auraient vécu heureux et sans problèmes jusqu'à la fin des temps. Mais nous n'avons pas été gentils et maintenant, c'est à notre tour d'être mufles.

Les mêmes causes produisent les mêmes effets. Les Anglais ont eu besoin de nous pour défendre le Québec au moment de l'invasion américaine de 1775 et de nouveau pendant la guerre de 1812. Ils ne pouvaient le nier. Notre position était incomparablement plus forte que celle des Irlandais, dont le pays, une île trop petite et trop facilement accessible, est indéfendable. Notre position était plus forte que celle des Écossais et des Gallois, dont le territoire est également indéfendable. L'Acadie non plus n'était pas militairement défendable, la vallée de l'Annapolis étant trop facilement accessible et trop proche de la mer et dépourvue de défenses naturelles de grande envergure comme la vallée du Saint-Laurent. En 1760, les Anglais ne pouvaient pas nous chasser comme ils ont fait des Acadiens et aussi des Gaspésiens, en vrais barbares. La preuve de notre force, c'est que le 18 avril 1760, une armée montréalaise envoyée à Québec remporta la victoire de Sainte-Foy. Nous avons gagné la dernière bataille mais nous ne pouvions poursuivre la guerre parce que nous n'en avions pas les moyens. Mais nous pouvions nous défendre et administrer aux Anglais quelques sérieuses raclées et leur montrer à vivre. Volontiers, à leur tour, les Loyalistes nous auraient exterminés s'ils en avaient été capables mais notre position était trop forte et de plus, ils craignaient que nous allions chercher de l'aide chez les Yankees, avec ou sans la diplomatie française. Dans la vallée du Saint-Laurent, notre survivance et nos progressions ultérieures étaient assurées. Ce n'était pas nécessairement une bonne chose, surtout si nous devenions trop sûrs de nous-mêmes et trop peu portés à chercher objectivement à savoir pourquoi nous avons survécu et progressé en dépit de la volonté adverse et de son hostilité.

Ne pouvant ni nous exterminer ni nous chasser comme ils l'auraient voulu, les Anglais et les Loyalistes ont eu recours à l'arbitraire et la coercition, afin de nous réduire, briser notre volonté, supprimer notre identité et nous fossiliser. Sans doute effrayés par nos succès militaires pendant la guerre de 1812, ils nous ont récompensés en nous serrant la vis et en nous provocant à la guerre, comme ce fut le cas en 1837-38, car nous ne voulions pas de guerre, du moins pas lorsque nous n'étions pas préparés. Notre pacifisme nous a très mal servis, surtout contre les Anglais, experts manipulateurs et provocateurs, capables de faire commettre des bêtises qui justifient des mesures répressives de plus en plus immondes. Voyez pas exemple comment les événements du 11 septembre 2001 aux Etats-Unis, qui s'inscrivent dans une guerre du pétrole qui dure depuis 130 ans et ne nous concernent pas directement, ont fourni à Ottawa l'occasion d'introduire la Loi 36, qui succède en permanence à la Loi des mesures de Guerre (War Measures Act), que nous examinerons plus loin.

Remarquons seulement en partant qu'un régime qui ne peut se maintenir en place que par des expédients et des mesures arbitraires et coercitives, porte en lui-même le principe de sa destruction. Un tel régime n'a besoin d'aucun ennemi extérieur, talibans ou autres. Ottawa ne peut manquer de le savoir.

L'ÉCHEC MILITAIRE DE 1837-38

En faisant des martyrs de nous, les Anglais commettaient une erreur psychologique grave. D'autre part, nous avons nous aussi commis l'erreur de jouer aux martyrs, alors que nous avions tout à gagner à nous battre avec efficacité. Les troupes anglaises de l'époque dépassaient à peine 12,000 soldats, alors que notre propre population dépassait 450,000 individus, ce qui nous aurait permis de constituer une force de défense de 30,000 combattants au moins, avec l'avantage logistique et la dynamique des lignes intérieures. Quant aux Anglais, ils dépendaient de nous pour leur logistique et il aurait été facile de les faire crever de faim comme ils ont fait aux Acadiens et aux Gaspésiens. Nous avions tout ce qu'il fallait pour écraser l'armée britannique au Québec et nous n'avons rien fait, l'ignorance crasse aidant.

En stratégie et en tactique, la défensive est la phase de guerre la plus efficace, la plus économique et la plus décisive. Mais ne nous trompons pas sur le sens de guerre défensive. Elle ne consiste pas à se cramponner sur un territoire pour le défendre et encore moins à se cacher la tête dans le sable, mais à concentrer tous ses efforts pour détruire les forces adverses et rien d'autre. [...]

LES BARRICADES SONT POUR LES MARTYRS

En stratégie et en tactique militaires, les barricades ne sont pas une manifestation compétente de la guerre défensive. C'est un comportement de martyrs. Que la barricade de Saint-Denis ait réussi relève du miracle plus que de l'habileté stratégique et tactique. Les troupes anglaises, ce n'est pas dans les barricades qu'il fallait les attendre et les frapper. Au contraire, il fallait les frapper dès le moment où elles quittèrent Fort Chambly pour venir massacrer les villages du Richelieu. Mieux encore, il aurait été préférable de les frapper dans Fort Chambly même et il y aurait eu moyen de le faire. Ensuite, il s'agit d'exploiter la distance de marche des troupes vers leurs objectifs pour briser leur logistique et leur tendre des embuscades mortelles. Les armées organisées sont beaucoup plus vulnérables qu'on ne le pense. Entre Chambly, Montréal et Saint-Denis, la distance est suffisante pour permettre au moins une dizaine de bonnes embuscades, toutes potentiellement fatales aux troupes britanniques. De plus, chacune de ces embuscades pouvait être immédiatement suivie par des contre-attaques dévastatrices. En tactique, il faut toujours exploiter l'avantage initial. En somme, il fallait détruire l'ennemi avant même qu'il ne se soit approché des villages. De même entre Montréal et Saint-Eustache; Saint-Eustache et Saint-Benoît.

Les principes de la défensive sont simples mais beaucoup de chefs d'État les ignorent encore. [...]

Sur le plan politique, il est nécessaire d'éviter de prendre des décisions qui vont provoquer la colère des ogres, comme par exemple nationaliser une entreprise connue pour exploiter le pays. Mieux vaut attendre et patienter alors qu'on est encore en position de faiblesse. Viendra un jour favorable qui hissera le pouvoir légitime en position de force et alors ce sera le temps d'agir, mais en prévoyant bien les conséquences des actes officiels qui seront passés à ce moment. La raison froide et le réalisme, non l'émotion, doivent guider les décisions et l'action. En cette matière, Machiavel et Richelieu demeurent deux excellents maîtres à penser.

LA VIOLENCE NÉCESSAIRE

Voilà en principe, en quoi consiste la guerre défensive. Servie avec rigueur, extrême vigueur et efficacité, la défensive permet de vaincre un adversaire jusqu'à vingt fois plus nombreux. Donc, avec 30,000 combattants, nous aurions fait une bouchée de l'armée britannique de 10,000 soldats seulement. En fait, avec la guerre défensive, nous aurions pu battre l'armée anglaise avec seulement 3000 combattants bien entraînés et experts en embuscades et contre-attaques. Tous les autres combattants auraient pu servir à préparer le terrain pour le combat, par l'aménagement d'obstacles, le camouflage, la dissimulation, la destruction systématique et rapide des installations ennemies, de manière à ne jamais lui laisser un instant de repos. Lorsque vient le moment de frapper, il faut le faire sans hésiter et frapper court et dur. C'est la seule manière d'impressionner l'ennemi et d'attirer son attention. Car l'ennemi est d'abord et avant tout quelqu'un qui nous traite comme si nous n'existions pas. Lorsqu'il menace notre existence, il ne faut pas hésiter à lui servir la guerre qu'il est en train de nous servir.

C'est ainsi qu'il faut agir. À ceux qui veulent la guerre, il faut leur rendre le service demandé et la leur apporter sur un plateau brûlant, afin qu'ils regrettent leur geste et ne reviennent jamais plus nous importuner. C'est un acte de charité qu'il faut faire de temps en temps dans une vie. Même le Christ miséricordieux n'a pas hésité à administrer le fouet à une bande de voleurs et de mécréants qui n'avaient aucun respect pour le temple. Il y en a qui ne comprennent le mal qu'ils font que lorsqu'ils reçoivent des coups qui leur pincent la peau et leur brisent l'échine, coups qui n'ont rien de brutal et de destructif mais qui éveillent les consciences. C'est une manière, souvent la seule, de dire à quelqu'un : " Vois, j'existe, cesse de m'ignorer, regarde-moi et accorde-moi l'attention, le respect et la considération qui me reviennent, autrement, tu auras d'autres baffes, non pour te détruire ou te blesser, mais pour te faire prendre conscience de mon existence que tu ignores, une existence qui n'est pas relative, mais radicale, sémelfactive et royale, dans le sens de réelle, immanente et transcendante. Tout comme je reconnais ton existence, tu reconnaîtras la mienne, autrement, ça va aller mal. "

Certes, personne ne veut la guerre mais personne ne veut être renvoyé au néant non plus. S'il faut faire la guerre, c'est pour faire prendre conscience de notre existence et notre être, mettre à sa place qui a besoin d'être mis à sa place, protéger l'honneur de son nom, en même temps que la vie des innocents qui vont être blessés, dépouillés ou massacrés par la faute de notre ignorance, négligence, pacifisme déplacé, parce qu'on aura refusé de frapper l'ennemi, sous prétexte d'un pacifisme qui n'a rien à voir avec la douceur évangélique. Celle-ci n'est pas mollesse, mais Présence, exigeante et dure comme l'acier. Cela ne s'improvise pas. Certes, pour réussir, il y a des règles à suivre et nous allons en discuter un peu.

INSTRUCTION, FORMATION, RECONNAISSANCE ET RENSEIGNEMENT

L'ignorance est funeste et un grand malheur pour un peuple comme pour chaque individu.

Première règle : l'instruction, la formation, la reconnaissance et le renseignement. Cette règle fondamentale met en pratique le premier principe de la stratégie comme de la tactique : appréciation correcte et rigoureuse du contexte et de la situation, c'est-à-dire des facteurs de continuité et de changements. C'est un travail de moine, qui exige beaucoup de détermination et de patience et peut durer des mois, voire des années. Une fois acquis, le savoir doit se transmettre aux nouveaux venus à la tâche, afin qu'ils puissent gagner du temps. Il faut tout savoir sur l'ennemi, TOUT, savoir qui est avec, qui ne l'est pas, qui va trahir, quelles sont ses forces et faiblesses internes, rien ne doit nous échapper à son sujet. Tant mieux s'il ne comprend pas notre langue et si nous comprenons la sienne en même en même temps que la nôtre. Vient ensuite la géographie. Il faut connaître le terrain à fond, vérifier chaque mètre carré d'espace et se demander comment on va l'utiliser en cas de combat. La climatologie et la météorologie ne doivent avoir aucun secret pour nous, y compris le nombre d'heures ensoleillées, les périodes de pénombre et d'obscurité, les phases de la lune, la nébulosité qui cache nos mouvements de l'observation des satellites, les effets de la neige, du gel et de la fonte des glaces, etc.

Il nous faut des vrais chefs et il faut bien les connaître. La logistique ne doit comporter aucun secret pour nous et finalement, il faut de la discipline, non pas un comportement automate, mais un comportement qui tienne compte des autres en tous temps et en tous lieux, le contraire de l'égoïsme, du narcissisme et de la tyrannie de ceux et celles qui se prennent pour supérieurs aux autres. Finalement, il faut savoir où, quand et comment on va communiquer, de même que l'état des communications de l'ennemi, que nous devrons détruire au bon moment. Bref, la première règle à suivre est exigeante mais elle est nécessaire si on veut que tout le reste se fasse.

Deuxième règle : l'entraînement. Rien ne s'improvise au combat, tant en stratégie qu'en tactique. Improviser, c'est courir le désastre. Certes, il faut faire preuve d'esprit de présence et savoir réagir promptement devant l'imprévu (principe de souplesse), mais dans l'ensemble, l'entraînement est une condition sine qua non du succès, non seulement à la guerre mais pour tous les autres métiers et professions.

NÉCESSITÉ POUR NOUS DE LA DÉFENSE ET LA DISSUASION

Nous devons prendre les moyens de l'en détourner une fois pour toutes et nous les prendrons. Pour l'État du Québec en train de venir au monde, une politique de dissuasion s'impose et elle est beaucoup plus exigeante et difficile à mettre en pratique et à rendre crédible que simples mesures de défense territoriale. Dès maintenant, nous devons cesser d'avoir peur de la guerre et partant, nous instruire et nous mettre au travail afin de tirer du néant cette nécessaire politique de défense et de dissuasion qui nous permettra de réaliser la souveraineté sans entraves majeures et sans risquer une ruineuse guerre de l'indépendance du Québec. Rien ne sert d'entretenir la moindre illusion à ce sujet, nous sommes en guerre contre les Anglais, les United Empire Loyalists et leurs valets du Québec depuis cinq siècles en Amérique du nord et nos ancêtres de la France maritime ont connu plus de mille ans de guerres contre les Anglais. Avec la souveraineté et l'indépendance du Québec, nous allons y mettre fin.

NÉCESSAIRE GUERRE DÉFENSIVE

Chez les peuples inféodés, conditionnés, dominés, libres mais sans pouvoirs, à qui la dévolution est refusée, comme c'est notre cas à nous, la guerre défensive est plus qu'une décision de passage : elle est un devoir moral de grande envergure. Il faut briser la volonté dominante, sortir de l'étouffement et acquérir l'aptitude et la capacité d'agir qui manquent, en dépit des libertés apparentes. Parvenus à l'âge adulte, un peuple a le devoir de travailler et agir pour s'épanouir, car telle est la loi de la nature d'une part et de l'autre, de la relation qui rend authentiquement libre. Il ne s'agit pas de révolution mais de dévolution, de passage obligé des pouvoirs d'une puissance dominante vers le nouvel État construit envers et contre la volonté des maîtres Anglais et Loyalistes. Ce dont il est question, ce n'est pas du renversement d'un ordre de choses, mais la reconnaissance du fait qu'un nouvel ordre mondial est déjà en place et qu'il comprend l'espace continental canadien, appelé à devenir le domaine de plusieurs États nouveaux. En tête, l'État du Québec à cause de sa géographie qui s'y prête et de son ancienneté historique en Amérique du nord. Il ne s'agit pas d'une révolution mais de continuités géographiques et historiques qui ont assuré, en dépit de l'adversité, la venue au monde d'un peuple, d'une nation et d'un État nouveaux dans l'échiquier de l'univers actuel.

NOTRE ÉTAT EST LÀ POUR RESTER

Pour nous, Québécois, cet État, c'est le Québec, instrument privilégié de notre agir collectif. Nous ne sommes pas une tribu ni un clan qui cherche à s'imposer. Nous sommes un peuple, qui regroupe en un seul ensemble territorial, la vallée du Saint-Laurent et ses régions adjacentes, une population déjà complexe, tant par ses racines que ses origines et ses altérités. En même temps que peuple, nous sommes devenus une nation, par le fait d'une conquête territoriale par osmoses, symbioses et autres investissements à grande échelle, afin de constituer notre foyer national. D'autres ont investi aussi, c'est vrai. Par contre, dans la majorité des cas, nous avons acheté leurs investissements, en perte de valeur, permettant à leurs propriétaires de quitter le Québec pour aller faire fortune ailleurs, soit en Ontario, dans les autres régions du Canada, soit aux États Unis, en Australie ou en Afrique du Sud.

UN TERRITOIRE QUI EST DEVENU NOTRE CONQUÊTE ET NOTRE FIEF

Compte tenu de cinq siècles de travail et d'investissements de notre part dans ce territoire qui est devenu notre foyer national, nous ne sommes pas des immigrants, comme l'a ouvertement déclaré l'épouse d'un premier ministre du Canada. Nous n'avons dépossédé personne, n'ayant ni le statut, ni la force ou autres moyens délétères pour le faire, comme c'est la cas des Loyalistes et des Fédéralistes, qui disposent en plus de l'argent et d'une maîtrise quasi absolue sur les communications, des moyens de la coercition et de la violence armée, ce que nous n'avons pas. Contrairement à la volonté des maîtres anglais et loyalistes, nos réussites se sont réalisées à l'intérieur des cadres étroits dans lesquels nous avons été enfermés, sauf que le territoire du Québec nous offrait de vastes possibilités dont nous avons appris à profiter. Notre conquête territoriale PAR QUATIR, est légitime et légale, d'autant plus que nos plus grands efforts de colonisations se sont accomplis sous domination anglaise et parce que les domaines achetés par nous ont été payés en bonne monnaie et sanctionnés par l'État impérial britannique, suivi de l'État centraliste et unitaire d'Ottawa, à l'intérieur des conditions qui nous ont été imposées. Nous avons été corrects, légitimes et légaux et comme résultat, le Québec est venu au monde et personne ne peut le nier ni le contester.

LE STATUT EST L'ÉTAT D'UN INVESTISSEMENT

En Amérique du nord, nous sommes depuis cinq siècles des investisseurs à long terme et nous avons réussi malgré nos ennemis. Nous ne sommes pas des nouveaux venus, n'en déplaise à madame Mulroney et sa remarque provocante. Nous avons de longues racines, en Amérique du nord, en France du nord et en Europe du nord et ce n'est pas du racisme que d'en prendre conscience, afin de savoir qui nous sommes. Aucun arbre ne peut subsister et grandir sans racines et avec sa croissance, il entre en relation avec le ciel. Ceux et celles qui viennent vivre parmi nous et qui ont perdu ou abandonné leurs racines ailleurs, nous ne les rejetons pas, mais nous leur offrons de prendre racines avec nous et ce n'est pas du racisme de notre part. C'est à nous de nous reconnaître en premier pour ce que nous sommes, un peuple, devenu nation par le fait accompli d'une conquête territoriale, non par des guerres mais par osmoses et symbioses successives et progressives et par l'achat des domaines appartenant aux autres, sans avoir obligé ni déplacé personne.

Maintenant, après des siècles d'efforts, à l'intérieur de conditions à la fois favorables et hostiles, donc très réelles, nous avons légitimement conquis le statut de peuple et de nation, ainsi que les assises de notre propre État, avec pouvoirs politiques et économiques appropriés à nos besoins et aspirations. Il est donc normal pour nous d'agir en conséquence, de formuler et imposer nos lois, non de subir les lois et la ligne de conduite qu'on nous impose, ou veut nous imposer. Existe-t-il une ambition plus légitime et plus normale? Et pourtant, toute reconnaissance de notre statut d'investisseurs à long terme, de peuple et nation de facto et de jure, nous est refusée par Ottawa, par le pouvoir loyaliste auquel s'ajoute celui des fédéralistes du Québec, qui ont vendu leur âme pour du prestige personnel et quelques prébendes. Nous n'avons rien à attendre d'eux.

C'est donc à nous de nous reconnaître en premier pour ce que nous sommes. Charité bien ordonnée commence par soi-même. Par la suite, nous ferons le nécessaire pour être pleinement reconnus comme État national, de jure comme de facto, au Canada, en Amérique du nord, Amérique centrale et du sud et partout ailleurs dans le monde. C'est normal.

LES ARGUMENTS DE NOTRE DÉFENSE

Soyons clairs et déterminés avec nous-mêmes. Nous avons construit les assises d'un État, de notre propre État, lequel existe bel et bien, de fait (de facto) et de droit (de jure), bien que les pouvoirs d'État nous aient été enlevés par Ottawa, avant même qu'il nous soit possible de les assumer et les exercer. En pratique, l'État se construit en même temps que la nation, lorsque les possibilités sont présentes, ce qui est bel et bien notre cas, ainsi qu'expliqué dans Géopolitique et avenir du Québec. Ces possibilités comprennent entre autres : la possession d'un territoire aux qualités oékoumènes, naturellement protégé par des obstacles géographiques suffisants, qui favorisent l'éclosion d'une société à pouvoirs, systématiquement et mathématiquement organisée. Cette région oékoumène, nous la possédons déjà, avec les basses terres du Saint-Laurent, espace à pouvoirs qui nous a permis de reconquérir le Québec actuel, par expansions tentaculaires vers les régions anoékoumènes adjacentes, qui se sont intégrées aux terres basses, par symbioses successives, jusqu'à ce que la construction de nos autoroutes ait favorisé le développement d'une dynamique et d'une économie centripètes, capables de s'opposer à l'inféodation politique et économique imposée par Ottawa, qui oeuvre à nous réduire à l'état d'une société fossile et se comporte à notre égard comme si c'était déjà fait. On peut en juger par le discrédit qu'Ottawa projette continuellement sur nous, auxquels s'ajoutent les conflits qui nous bloquent et nous provoquent. Un exposé détaillé de ces conflits est disponible dans un ouvrage récent : Jean-Denis Robillard. Combien de fois encore. LES CONFLITS OTTAWA-QUÉBEC. En deux volumes. 655p. Éditions JDR. 417 Beaumont. St Bruno. J3V 2R2. Deuxième trimestre 2001.

IMPORTANCE DE NOTRE LANGUE D'ÉTAT

Un autre facteur important dans nos développements collectifs est l'existence d'une langue d'État, ceci, par opposition à une langue tribale ou un dialecte de clan, à portée limitée. La différence est considérable. Une langue d'État est une langue écrite et formelle, rigoureuse, claire, élaborée et capable de formuler une pensée qui discerne l'abstrait et le concret sans les éliminer. Sans écriture, il n'y a pas d'État. Une langue d'État se prête à des développements juridiques sans ambiguïtés ni équivoques. Sa rigueur permet à la réflexion de dépasser l'affect pour accéder au raisonnement et à l'objectivité nécessaires à l'action d'envergure, dans tous les domaines, sans exception.

Cette objectivité qui se développe avec l'usage d'une langue formelle et rigoureuse, la subjectivité de chacun et chacune doit l'assumer, afin de créer des oeuvres de grande portée. Plutôt que la prolixité qui sème la confusion des genres, une langue d'État est un instrument de discernement et de développement intellectuel et mental de très grande portée, mais à la condition expresse de se donner la peine de bien l'apprendre, ce qui peut exiger jusqu'à vingt ans d'études et de travail. En effet, pour bien apprendre ces langues formelles que sont le français, le latin, le grec classique, le haut allemand, le mandarin et quelques autres langues savantes, il faut généralement vingt ans de travail au moins, en pratique, bien davantage. Certes, le prix à payer est élevé mais la récompense est grande. Ces langues ne sont pas seulement parlées, elles sont écrites et c'est ce qui en fait la différence entre un dialecte à portée limitée et une langue qui peut traduire en actes de grande portée les intentions qui resteraient piégées dans l'esprit à défaut d'une langue évoluée. À cause de leur rigueur et leurs exigences élevées en matière d'expression des faits, de jugement et de raisonnement, les langues formelles ne sont ni populistes ni répandues. Elles demeurent trop souvent l'apanage d'une élite, ce qui est regrettable parce que les majorités peuvent aussi les apprendre et s'en servir, pour leur propre puissance d'expression et le développement de leur culture. En effet, une langue aristocratique est un instrument important de liberté individuelle et collective. Elle n'a pas été créée que pour les aristocrates, bien au contraire. Sa simplicité, exigeante mais sans affects, en fait une langue idéale pour tout le monde. [...]

IMPORTANCE D'APPRÉCIER ET DE RECONNAÎTRE LE FRANÇAIS

Une langue d'État, formelle, claire, exigeante et écrite, libère la pensée : elle n'est pas une prison de l'esprit. Une langue d'État favorise l'éclosion à la fois des sciences et des arts, de la philosophie sous toutes ses formes : épistémologie, ontologie, logique, critique, politique, psychologie formelle, éthique et esthétique; de la littérature autant que la technique. Une langue d'État possède un vocabulaire, une grammaire, une syntaxe et une logique qui débouchent sur l'universel et par conséquent permettent de mieux discerner entre l'essentiel et l'accessoire, le nécessaire et le contingent, le permanent et le transitoire, le fini et l'infini, le moyen et la fin, la cause et l'effet, l'espace isotrope et le temps anisotrope, discernement qui favorise le développement d'une conscience universelle et d'une communication en profondeur et de grande envergure avec tous les interlocuteurs, peu importe leurs origines et leurs différences.

Une langue d'État n'est pas nécessairement populaire ni populiste mais elle demeure pour une population donnée une des meilleures garanties du maintien des statuts et des libertés qui en résultent, ce qu'un dialecte tribal pourrait difficilement accomplir. Une langue d'État, qui est devenue avec le temps le dénominateur commun d'un peuple, lui ouvre des perspectives de développements intellectuels et pratiques que ne pourrait accomplir un dialecte tribal ou de clan. Voilà ce qui a fait la différence pour nous, Québécois, qui avons construit un État nouveau dans l'échiquier du monde actuel et à venir. Certes, nous travaillons à préserver la langue française en Amérique du nord, mais n'oublions pas la réciproque.

Pour nous, le fait de connaître, parler et écrire en français nous donne un poids considérable en Amérique du nord et dans le monde, compte tenu du grand prestige dont jouit la langue française dans le monde, langue diplomatique par excellence, à cause de sa précision et sa clarté, qui excluent l'ambiguïté, l'ambivalence et l'équivoque, que recherchent certains diplomates soucieux de piéger les autres et par conséquent, vont préférer l'anglais, langue chargée d'affects, utile pour masquer ses vrais sentiments, langue d'acteurs, d'actrices et de commerçants, propice aux manipulations verbales et écrites. Certes, le français, langue aristocratique, n'est pas facile à apprendre. Il n'est pas répandu comme un dialecte ou jargon commercial, qui ne demande aucun effort de réflexion. L'universalité du français, qui n'a rien du populisme, tient à la rigueur de son propos et de ses raisonnements.

Nos ancêtres ne parlaient pas français. Ils parlaient des dialectes germaniques et proto-germaniques, de même qu'une langue scandinave apportée par les fondateurs de la Normandie, appelée norrois par les Français, apparentée au nynorsk, encore parlé dans les campagnes de Norvège. Une des conditions pour venir s'établir en Nouvelle France, c'était de parler français. Cette condition n'était pas toujours acceptée, d'où tendance à joualiser la langue, sans doute en guise de protestation. Sans le savoir, peut-être, l'administration de Paris à cette époque a créé en Amérique du nord les bases d'un nouvel État, indépendant de la France. La fondation d'un État neuf requiert généralement entre cinq et douze siècles, mais un homme de la taille intellectuelle de Richelieu voyait loin. Par son envergure, il a parachevé la construction de l'État français en même temps qu'il a jeté les assises de l'État québécois à venir, peu importe les accidents de l'histoire. Lorsque plus tard, monsieur Louis XIV est venu s'asseoir sur le trône de France, il héritait du travail acharné de plus de cent générations avant lui. Il a eu le culot de dire : " L'État c'est moé ", alors que cet État avait été construit par la sueur et le sang des autres, depuis l'époque de Charles Martel jusqu'à Richelieu et Louis XIII. Nous aussi, Québécois, nous héritons d'un État construit par la sueur et le sang des générations précédentes. Leur message est clair : continuez la tâche entreprise et faites-nous honneur.

ENTRE L'ORGANIQUE ET L'INORGANIQUE

Notre existence en partant est à la fois organique et inorganique. Elle est organique parce que nous sommes nés et avons évolué dans des cadres géographiques spécifiques, qui se sont succédés en continuité, depuis les mers de l'Europe du nord jusque dans le Saint-Laurent. Elle est inorganique parce que nous avons été capables et sommes encore capables de communiquer d'une manière directe et spontanée les uns avec les autres, sans artifices, en toute liberté. Cette aptitude à nous d'entrer en relations directes et libres, sans intermédiaire, a été et demeure la principal facteur constitutif de notre État.

En effet, l'État, terme ontologique qui désigne un pouvoir collectif d'agir avec envergure, signifie en premier qu'un tel pouvoir ne peut exister que dans et par la relation. Il est inorganique de nature et tant mieux lorsque la nature lui permet de traduire sa relation en Acte, à l'intérieur d'un territoire aux qualités précises, avec les équipements nécessaires et par le moyen d'une langue qui intègre à la fois l'organique et l'inorganique, la causalité et la liberté. Le vécu commun, historique, linguistique, religieux et moral, qui remonte loin en arrière, nous permet spontanément de nous comprendre rapidement et en profondeur entre nous, à la condition de ne pas nous être coupés de nos racines. Notre force et notre liberté d'action tirent leur origine de cette relation. Ces facteurs expliquent l'échec des politiques anglaises et fédérales destinées à briser notre cohésion, échec qui se maintient en dépit de quelques succès, que nous pouvons maintenant surmonter.

NOUS EXISTONS, DONC ON NOUS FAIT LA GUERRE

Machiavel enseigne que rien n'est plus dangereux et risqué quant aux chances de succès que l'établissement d'un nouvel ordre de choses. Il a sans doute raison, mais pas de la manière dont on serait porté à le penser. Lorsque le nouvel ordre de choses est en progrès depuis plusieurs générations, comme c'est notre cas, alors il n'y a pas réellement de changements, seulement des continuités qui se poursuivent. Le Québec est un État naturel qui progresse vers son statut ultime depuis les commencements de son histoire. Ottawa est un État artificiel et impérial créé de toutes pièces pour donner aux Loyalistes d'Amérique du nord un pouvoir qu'ils n'auraient pas autrement. Or, les autres provinces, à la suite du Québec, progressent également vers le statut d'État, ce qui est normal puisque le Canada est un continent et comme tel, se prête géographiquement au développement de plusieurs États. Il sera donc normal qu'Ottawa disparaisse, comme a disparu en Scandinavie la capitale Kalmar, choisie pour servir de capitale politique et de siège juridique à l'Union du même nom, qui a inféodé les peuples scandinaves sous une même autorité. Cette union, faite d'inféodation des pays scandinaves par le Danemark, a duré depuis 1397 jusqu'à l'indépendance du Groenland en 1980, après l'indépendance de la Suède en 1525, la Norvège en 1905, la Finlande en 1919, après avoir été inféodée à la Russie depuis 1814, et, l'Islande en 1948. La progression des nouveaux États a été lente, irrégulière et orageuse mais le Danemark a finalement été obligé de céder, comme Moscou a été obligé de céder, comme Madrid est obligé de céder, comme Londres est en train de céder et comme Ottawa sera obligé de céder avec la progression des provinces vers le statut d'État, Québec en tête, pour les raisons géopolitiques déjà expliquées.

La question qui se pose est celle-ci : pourquoi attendre une guerre alors qu'une décision mûre et réfléchie de DÉVOLUER produirait de bien meilleurs résultats? Mais qui, au Canada, consentirait à dévoluer, ne serait-ce que pour s'adapter à un nouvel ordre de choses et d'éviter en même temps qu'éclate une guerre qui se prolonge depuis trop longtemps? S'il n'y a personne autre que le Québec, alors nous avons la tâche de mener seuls la barque, avec toute la compétence et l'habileté dont nous sommes capables.

Ce n'est certes pas Ottawa, puissance artificielle, héritière de l'Empire britannique, centralisatrice, arbitraire et inhibitrice, qui nous fait subir son agir et tente de bloquer le nôtre. Entre Québec et Ottawa, la dévolution est possible sans guerre d'indépendance. Nous le voulons mais nous n'entretenons à cet effet aucune illusion, puisqu'Ottawa s'accroche au pouvoir et se prépare à prendre tous les moyens, y compris le dol et la violence, pour ne pas céder. Il y a CASUS BELLI entre Ottawa et Québec et ce serait naïveté et ignorance dangereuse de notre part de l'ignorer et de nous réfugier dans la NOLONTÉ, cette inertie déprimante des peuples face à l'inertie du pouvoir, selon l'expression de Mirabeau, à la Révolution française.

LA NOLONTÉ CONTRE LA VOLONTÉ

La NOLONTÉ est aussi dangereuse pour la paix que la volonté de nous briser et nous inféoder. Car la NOLONTÉ est un refus de pourvoir, un retour vers le néant glauque et indifférencié, une violence passive et potentiellement explosive, puisqu'elle encourage d'une part les resserrements et les abus de pouvoirs chez l'État centraliste unitaire, et de l'autre, provoque l'exaspération et la colère des patriotes et militants québécois, qui luttent depuis longtemps pour construire l'État du Québec. Cette NOLONTÉ était présente au Québec avec les NON référendaires.

Ailleurs dans le monde, la NOLONTÉ, toujours suicidaire, a provoqué la furie meurtrière des désespérés, furie qui a dégénéré en guerres civiles et étrangères. Dans cette conjoncture, il n'y a pas lieu de se demander quand il y aura guerre entre Québec et Ottawa, ni une guerre civile féroce, cruelle et meurtrière, entre Québécois volontaires, "nationalistes" et "souverainistes" et leurs adversaires nolontaires, "fédéralistes" et "canadiens"? Les éléments de cette guerre sont déjà en place depuis longtemps et n'attendent que leur heure pour éclater. Comme un abcès qui crève, une guerre civile à l'intérieur d'un peuple laisse écouler son pus jusqu'à la lie et peut garder des plaies vives pendant trente générations à venir, vengeances comprises. Celles et ceux qui ont voté NON n'ont pas réfléchi un seul instant aux conséquences graves de leur acte, qui signifiait rien de moins que le rejet de leurs frères et soeurs engagés dans le combat pour construire notre État bien à nous. Et pourquoi voter NON? Un slogan fédéraliste de 1980 exposait à la vue du public la sentence suivante : J'y suis j'y reste pour ma liberté (sic). Quelle liberté? La liberté d'un peuple inféodé et servilement soumis est équivalente à la liberté des animaux dans un zoo. Ils sont libres mais n'ont aucun pouvoir d'agir par eux-mêmes, pour eux-mêmes et en fonction de leur identité et leurs besoins propres. Certes, les propriétaires du domaine les traitent bien, mais en les privant de leur nature propre. Dans le Québec inféodé au pouvoir centraliste et unitaire d'Ottawa, dont le territoire demeure propriété de Sa Majesté Britannique, les Québécois ont la liberté des locataires en face de possédants. Sûr et certain que le locataire est libre, mais La Propriétaire conserve le droit de regard et de désaveu sur ses " sujets ", ce qui veut dire en pratique le droit d'intervenir tout de suite et par la force sans consulter personne. Brillante, notre liberté n'est-ce pas? Combien de ces Québécois " libres " ont réalisé que le Canada Act de 1982 ne pourvoyait à aucun changement sur le statut territorial du Canada par rapport à la Monarchie britannique, toujours détentrice des titres depuis le traité de Paris du 10 février 1763.

IMPORTANCE DU TITRE SUR UN TERRITOIRE DONNÉ

Pour les esprits peu doués, le traité de Paris du 10 février 1763 est du passé et comme on est " large d'esprit " (sic), entendez inconscient, alors on n'en parle plus et c'est fini, on regarde en avant et on passe à autre chose.

Fort bien. Lorsque vous achetez un immeuble qui a déjà appartenu à quelqu'un d'autre et que l'agent d'immeuble fouille jusqu'à 75 ans en arrière pour s'assurer des titres sur la propriété, est-ce que vous lui dites de cesser ses folies et de regarder en avant? Sans cette précaution, vous risquez d'être dépossédé de votre immeuble et de perdre en même temps vos investissements, n'est-ce pas? De même pour ces grands domaines collectifs qu'on appelle des foyers nationaux, faute d'une expression plus appropriée. La conquête des titres sur un territoire donné, acquise le plus souvent par la force, peut signifier qu'un acte de possession de droit (de jure) peut durer jusqu'à mille ans et davantage, à moins que les titres aient été définitivement transférés aux nouveaux possédants installés sur place et qui exigent d'être reconnus comme tels, de jure comme de facto, ce qui est maintenant notre cas. Or, en votant OUI, le peuple du Québec se reconnaissait lui-même comme Nation avec la majuscule, c'est-à-dire comme détenteur potentiel des titres qui avaient passé à la Couronne britannique le 10 février 1763. Dans le domaine foncier, c'était hier. Il était donc normal de voter OUI, pour une plus grande liberté, celle du peuple devenu nation par prise de possession de facto du territoire, puis, Nation parce que les assises de sont État sont en place et qu'il peut se charger de gérer pleinement le domaine. Voter NON pour " sa liberté ", quelle ignorance abyssale des réalités de la géopolitique et des pouvoirs d'États.

Rien ne sert de le nier et s'enfouir la tête dans le sable. Ce qui a été accompli par nous est là pour rester et va continuer de progresser, quoi qu'en disent les " maîtres " d'Ottawa. Les conflits entre Québec et Ottawa vont s'aggraver, à moins que le Québec ne se mette à genoux, ce que veulent les fédéralistes, ou encore, que Québec prenne les moyens nécessaires pour se faire reconnaître, non pas aimer, parce que la politique n'a rien à voir avec l'amour, mais reconnaître, de fait et de droit, ce qui est autre chose. Non seulement les bonnes conscience des nolontaires ne mènent nulle part, elles encouragent Ottawa à nous serrer davantage la vis du pouvoir, jusqu'à provoquer la violence et la guerre. En peuple adulte, il faut prévoir l'éclatement et prendre toutes les précautions nécessaires pour obtenir le consensus général et la coopération de tous les Québécois et toutes les Québécoises sans exception, et, assurer notre sécurité collective et notre victoire décisive, à court et à long terme. Mieux encore, il faut trouver moyen de gagner cette guerre sans tirer un seul coup de fusil, comme l'enseigne Sun Tsu dans son traité millénaire sur l'art de la guerre et dont les thèses n'ont rien perdu de leur sens à l'aube du Vingt et unième siècle. Ceci est très exigeant.

NOTRE BUT : DISSUADER

Il est possible pour le Québec de se hisser en position de force devant Ottawa et l'obliger à plier et à dévoluer en dépit des menaces que constitue cette guerre réelle mais qui n'est pas encore parvenue à son point d'éclatement. Qui desiderat pacem praeparet bellum, dit Vegetius Renatus (cf. Végèce. Collection les classiques de l'art militaire. Berger Levrault. Paris.1948.171p.) La seule manière d'avoir la paix, c'est de préparer la guerre, non de se mettre à genoux devant l'envahisseur, le dominateur, le profiteur, le criminel, le meurtrier et toutes celles et ceux qui veulent imposer leur volonté tyrannique aux autres. Le pacifisme a toujours encouragé les ambitieux qui cherchent à dominer le monde.

Au contraire, il faut rester debout, posséder l'aptitude et la capacité de mettre tous ces gens à leur place et ne pas se gêner pour le faire chaque fois que nécessaire. La NOLONTÉ, qui confond la paix avec l'inaction et refuse de bouger pour secouer les torpeurs collectives et agir d'une manière authentique et vraie, est pire que la guerre, car elle signifie la mort de l'âme avant celle du corps. Pour éviter l'éclatement, les destructions, les meurtres et les haines éternelles qui en résultent, il y a beaucoup de travail à faire. La paix et l'authentique liberté ne sont données à personne et ne sont jamais définitivement acquises. La vie est un devenir: elle n'est pas une fixation. Sans arrêt, depuis les débuts de notre histoire de cinq siècles, nous progressons vers le statut d'État, de jure comme de facto, non par la volonté anglaise et loyaliste qui s'y sont toujours opposées, mais par un ensemble de conditions naturelles et formelles dont la trame nous a échappé en quelque sorte et que nous devons maintenant saisir afin d'agir consciemment et résolument. [...]

AGIR ET ÉTAT

Dans la nature humaine, agir est une nécessité et l'inaction tue l'âme autant que le corps. La liberté signifie l'aptitude et la capacité de penser, de s'exprimer et d'agir, avec ou sans envergure, d'une manière individuelle et collective. L'authentique liberté, passionnante, immanente et transcendante, ne prétend pas davantage. Admettons que la liberté exercée peut aussi compromettre la paix, lorsque la liberté des uns se heurte à la liberté des autres, mais ce n'est pas une excuse pour tout laisser tomber. Le compromis devient nécessaire mais il doit être convenu et accepté sans inféodation forcée et sans déshonneur pour personne. La paix n'est pas un héritage mais une conquête. Comme l'authentique liberté, elle est exigeante; ni l'une ni l'autre ne sont jamais acquises et par conséquent, demandent à chaque instant des prises de conscience nouvelles en face de contextes et de situations qui changent ou ont changé. L'erreur consiste à chercher un point fixe qui accorderait à tous les peuple de la terre une paix et une liberté définitives et finales. C'est l'erreur du démon Faust, qui nous habite tous. En effet, si l'espace terrestre est isotrope et facteur de continuité, le temps est anisotrope et facteur de changement. Nous devons apprendre à concilier les exigences de l'un et de l'autre et ce n'est pas facile, convenons-en. Mais est-ce qu'une véritable vie adulte n'a jamais été facile?

Se répétant d'une génération à l'autre, la même erreur provoque de nouvelles guerres inattendues comme toutes les guerres, ou presque, qui vont se régler dans la violence, la destruction et le meurtre. Puisque toutes les parties en cause sont absolument convaincues d'avoir raison, alors que l'autre a tous les torts, personne ne fera de concessions à personne, les positions se durciront, les jugements aussi et l'inexorable se produira, chacun des belligérants croyant défendre la cause de la liberté et de la vérité. De tous temps, l'entêtement, l'ignorance, l'imbécillité et l'idiotie, dans toutes les classes sociales, ont coûté extrêmement cher en sacrifices et en vies ruinées et détruites. Rien n'est jamais réglé et les durcissements vont continuer de se payer cher parce que trop peu de gens se donnent la peine de fournir l'effort nécessaire, exigeant et répété, pour prendre conscience du sens, de la signification, de la portée, la dynamique et les conséquences de leurs pensées, paroles et actes. Les débats se déroulent encore dans l'inconscience (à ne pas confondre avec l'inconscient) et l'ignorance. Comme beaucoup d'autres, notre comportement demeure celui d'un peuple de demi-instruits et de demi-civilisés. Chacune, chacune dit tout ce qui lui passe par la tête, sans souci de rigueur et de fidélité. Comme tout le reste dans la nature humaine, la fidélité a son point de départ dans l'esprit de discernement et la rigueur d'une langue étudiée et châtiée. Le reste vient ensuite. (cf. La fidélité. Un horizon, un échange, une mémoire. Collection Autrement. Séries morales. Paris. 1990. 203p.) La vie est un devenir perpétuel mais beaucoup de gens se croient déjà arrivés depuis longtemps et ne font plus aucun effort pour progresser, alors qu'il faut poursuivre la vie entière, jusqu'au jour de sa mort, lorsqu'on est vraiment arrivé. En attendant, les guerres vont continuer.

MÊME BÉNIGNE ET BIENVEILLANTE, L'INFÉODATION EST UNE IGNOMINIE

Inféodation veut dire être placé en position de soumission et de servilité en face de quelqu'un d'autre. Un inféodé, individu, société, ou peuple, n'est pas un esclave, mais possède une certaine capacité de décider et d'agir qui lui accorde une, non pas LA, mais UNE liberté. Par exemple, le peuple Québécois est inféodé au pouvoir centraliste, unitaire et arbitraire d'Ottawa et à son brandon fiscal et économique à Toronto. Bien sûr, le peuple Québécois n'est pas un peuple opprimé, un peuple traité en esclave, mais un peuple inféodé, qui dispose de quelques libertés accordées non par faveur mais parce que l'adversaire anglais et loyaliste n'était pas en position de force et de domination absolues, depuis 1760 jusqu'à nos jours. S'il l'avait été, le peuple Québécois aurait été brisé comme les Acadiens, les Irlandais, les Écossais celtiques, les Gallois, les Boers d'Afrique du Sud, les Australiens et les Yankees de Nouvelle Angleterre. [...]

La propagande s'est chargée de fausser les perspectives et le refus d'instruire a contribué à réduire les peuples dominés à l'âge mental de cinq ans et à les maintenir dans l'infantilisme intellectuel et mental, au point de prendre pour bien ce qui est mal et mal ce qui est bien. Voyez au Québec comment cette stratégie de conquête absolue a été entretenue et se perpétue par le moyens des médias de masse, complètement dominés par le pouvoir centraliste et unitaire d'Ottawa et de Toronto. Les "discussions", publiques ou privées, ne sont que commérages. Moins de la moitié de la population adulte du Québec est capable de jugement critique, et par conséquent apte à éviter les pièges mortels de l'euphémisme, des métaphores, clichés, calembours, raisonnements à une dimension, formules propitiatoires commodes, expédients politiques qui n'exigent aucun effort intellectuel et mental d'envergure. Ces caractéristiques sont celles d'un peuple inféodé, qui accepte son état comme une fatalité et refuse de fournir l'effort nécessaire à sa libération. Pauvres de nous. Et pourtant, sur le plan géopolitique, nous avons gagné au delà de nos perceptions et nos espérances. Non seulement nous avons survécu comme peuple, avec nos rares alliés, nous avons conquis de facto le statut de nation, par la conquête légitime d'un foyer national. Par le développement de nos institutions, nous avons acquis les assises d'un État national qui existe déjà de facto et qu'il ne reste qu'à reconnaître de jure. Refuser de le reconnaître et d'agir en conséquence, alors que quatre Québécois sur dix s'en rendent compte, c'est aussi une cause de guerre civile, comme en Irlande entre Irlandais et en Finlande entre Finlandais au moment ou l'indépendance a été soudainement acquise de manière fortuite et presque inattendue, après des siècles d'efforts et de souffrances.

Chaque contexte et chaque situation doivent être appréciés à leur mérite, avec plus ou moins de compétence si on veut, mais toujours à la condition d'éviter le cliché qui règle tout sans efforts. Il est inutile de faire du sentiment à ce propos et l'ignorance est funeste. Pour le Québec, l'inféodation au pouvoir centraliste et unitaire d'Ottawa n'est ni profitable ni honorable, puisque l'État du Québec existe déjà de fait (de facto) et possède déjà toutes les assises nécessaires à un État de droit. Le peuple Québécois possède les aptitudes et les moyens de se prendre en charge et se gouverner lui-même et il n'est pas à son honneur qu'il refuse de le faire. Des peuples de taille modeste l'ont fait avant lui, tels la Suède, la Norvège, la Finlande, l'Irlande, la Hollande, la Belgique pour ne mentionner que les peuples européens, dont le Québec constitue le prolongement naturel en Amérique du nord. Ces peuples ont joué dans le monde un rôle hors de proportion avec leur taille et ce qui est encore plus important, ils sont parvenus, à coups d'efforts répétés et prolongés, à secouer les dominations qui les ont asservis. Ne pas secouer l'inféodation, même bénigne et bienveillante d'un pouvoir étranger à nos préoccupations, alors que nous avons le pouvoir de le faire, c'est se comporter comme l'esclave volontaire de Wanda de Dunajew, dans Vénus à la fourrure, oeuvre de Léopold Sacher-Masoch. La soumission servile, consentie et dégradante jusqu'à la matière, au point de chercher à retourner dans le milieu utérin, est le pire des esclavages, puisque l'esclave refusera toujours d'en sortir. La liberté est d'abord l'aptitude et la capacité de penser, de s'exprimer et d'agir d'une manière vraie et comme telle, elle est un devoir: elle n'est pas un don ni un privilège. La liberté est solaire : elle n'est pas utérine.

LA LIBERTÉ ET LA PAIX SONT DES CONQUÊTES, NON DES HÉRITAGES

Essentiellement, il s'agit de briser l'inféodation servile à une volonté unitaire et à son pouvoir arbitraire et centralisateur. Personne n'a jamais prétendu qu'une tâche aussi colossale soit facile. Il n'y a rien de facile dans la conquête du statut honorable de Nation, de la liberté qui en résulte et de la paix intérieure qu'elles sont des conquêtes que chaque nouvelle génération doit reprendre à son compte, à partir des continuités et des acquis existants : elles ne sont pas des héritages. Que rien ne soit gagné d'avance, que les risques en soient considérables, voilà ce qui fait leur grandeur. Pour ceux et celles qui doivent défendre leurs biens, leur statut, leur honneur, leur liberté et une paix authentique et honnête, la guerre défensive est un devoir civique grave.

À défaut, la défensive, qui consiste à détruire l'adversaire afin de reconquérir le territoire, les biens perdus, l'honneur, les statuts reconnus, la liberté et la paix, demeure la plus efficace et la plus économique des phases de guerre, mais à la condition expresse de savoir de quoi il s'agit, comment il faut procéder et d'agir en conséquence. La guerre défensive a permis a des petits peuples de se défaire d'un adversaire souvent beaucoup plus gros et plus puissant que lui, mais à la condition de vouloir et d'y consacrer tous les efforts possibles et impossibles, de vivre les plus grands sacrifices et d'accomplir le maximum avec un minimum de moyens disponibles. Bref, la compétence et l'intégrité sont nécessaires à la défensive. Sur les plans logistique, stratégique et tactique, la défensive est beaucoup moins coûteuse que l'offensive, car elle exploite à fond ce que Basil Liddel-Hart a appelé la force centripète des lignes intérieures, ce pour quoi le Québec est exceptionnellement doué.

La preuve se trouve dans l'histoire elle-même. En deux siècles, sans armes et sans armées, le peuple de descendants des colons du Saint-Laurent et ses rares alliés ont conquis de facto un territoire immense dont ils ont fait un foyer national et dans lequel ils ont construit les assises d'un État nouveau dans l'échiquier du monde actuel troublé qui est le nôtre, monde dans lequel nous pourrons jouer un rôle important mais à la condition de nous gouverner nous-mêmes. D'autre part, si la nature a été aussi généreuse pour nous, en nous permettant d'exploiter la dynamique centripète des basses terres du Saint-Laurent et de leurs régions adjacentes, elle promet, en cas de guerre d'indépendance du Québec, de nous fournir l'avantage stratégique nécessaire au développement d'une action défensive efficace et capable de nous permettre d'atteindre nos objectifs avec une économie maximale de moyens. Mieux encore, les conditions qui ont assuré notre survivance et nos progressions paradoxales nous permettront de gagner cette guerre sans tirer un seul coup de fusil. Pour commencer, dès maintenant, nous devons d'abord apprendre à connaître et à mettre en pratique le premier principe de la stratégie, soit: appréciation rigoureuse et correcte du contexte et de la situation.

QUESTION DE PRINCIPES

Voici une courte explication de ce principe. D'abord, un principe n'est pas une théorie abstraite mais un axiome, ou vérité essentielle, claire, simple et non démontrable, connue par l'usage, c'est-à-dire par une très longue pratique, par l'expérience des autres, qui étaient là bien avant nous et dont les vérités apprises ont été consignées et peuvent nous servir comme elles leur ont servi, en tout temps et en tout lieu. L'axiome est une vérité universelle, nécessaire à quiconque a besoin d'un guide intellectuel, mental et moral simple et sûr, pour prendre des décisions et agir d'une manière authentique et vraie. En partant, donc, le principe n'est pas tourné vers la théorie mais vers l'action à accomplir. L'objet du principe, c'est l'agir et son terme ultime, l'Acte. Rien de grandiose ni d'utopique dans cette perspective qui a son fondement dans le principe de réalité, concrètement articulé en axiomes, dont l'utilité pratique est à la fois immédiate (à court terme) et médiate (à long terme). Ce qui distingue un principe des mots de sens analogue, tels maxime, sentence, loi, règlement, instruction, aphorisme, opinion, c'est que le principe exprime une proposition évidente par elle-même, échappant à tout pragmatisme et à toute démonstration et s'imposant par son évidence. Il est une certitude fondamentale qui entre dans la constitution de l'esprit humain. Le principe est un pilier de l'esprit.

LES DOUZE PRINCIPES DE LA STRATÉGIE D'ÉTAT

Il y a douze principes de base en stratégie d'État, pour servir en temps de "guerre" et en temps de "paix", puisqu'il n'est pas facile en pratique de définir avec exactitude si nous sommes en guerre ou en paix, d'où nécessité du principe, qui permet de composer adéquatement avec n'importe quel contexte et n'importe quelle situation. Comme l'enseigne Sun Tsu, la connaissance des grands principes permet de trouver en toutes circonstances les solutions qui conviennent. Ces principes servent tous les ministères, toutes les institutions et toutes les entreprises, sans exception. Ils sont expliqués en détails dans les paragraphes qui suivent. Qu'on sache en partant que ces principes sont interdépendants, chacun renvoyant à tous les autres. Ils sont associés à la réalité au sens concret, le principe étant un axiome reconnu. Le premier de ces principes, qui marque la première phase de l'agir est donc l'appréciation rigoureuse et correcte du contexte et de la situation. Les autres principes s'énoncent comme suit: détermination et maintien d'objectifs praticables et réalisables en termes d'espace et de temps; maintien du moral; concentration de l'effort dans l'espace et dans le temps: économie de l'effort; simplicité; souplesse; sécurité; surprise; coopération; coordination; administration et logistique. Tous ensemble, ils se tiennent d'une seule pièce, car l'agir est UN. Si on les envisage distinctement, c'est pour mieux les connaître et savoir s'en servir.

QUE VEUT DIRE APPRÉCIATION?

L'appréciation est un exercice intellectuel et mental conscient par lequel l'esprit cherche à saisir d'emblée un contexte particulier dans l'espace et dans le temps, à en discerner les composantes et à déterminer ce qu'il convient de faire, compte tenu de tous les autres principes. Le CONTEXTE, c'est l'ensemble des conditions géographiques et climatiques dans lesquelles l'action s'est déjà décidée et va se décider encore, compte tenu des précédents historiques, de la démographie actuelle, de la logistique, des techniques et des moyens disponibles. La SITUATION, c'est l'univers des relations intersubjectives parmi les intéressés, les concernés, les alliés et les ennemis. En partant, l'appréciation veut dire absence de préjugés, absence de mathématiques réductives et tyranniques, de slogans de politiciens, de calembours, de formules toutes faites, de clichés, d'images, de virtualités qui n'ont aucun rapport avec la réalité. Le principe de réalité, avec la conscience de l'ipséité, la sémelfactivité et la radicalité du réel, doit prévaloir en toutes choses si on veut réussir.

Le contexte actuel est le produit des deux derniers siècles d'histoire du Québec et du Canada, l'un comme l'autre inféodés au pouvoir centraliste, unitaire et arbitraire d'Ottawa deux États se confrontent : l'État centraliste, unitaire et arbitraire des United Empire Loyalists, avec leurs engagés du Québec et d'autre part, l'État naturel du Québec, né au terme d'une progression de cinq siècles, moyen et expression d'une volonté québécoise grandissante de se prendre en charge et se gouverner elle-même, volonté qui possède maintenant le matériel, les compétences et l'intelligence nécessaires pour agir collectivement en tant qu'État. En refusant la dévolution qui s'impose, suivant les principes stratégiques d'appréciation rigoureuse et correcte du contexte et de la situation, associés aux principes de simplicité et de souplesse, Ottawa pousse le Québec à la guerre. Des Québécois et Québécoises ont compris le message et se demandent ce qu'il convient de faire, non pour éviter la guerre puisque la guerre est déjà là, mais pour la gagner avant qu'elle n'éclate.

Comme l'enseigne Sun Tsu dans son traité millénaire de l'art de la guerre, la réponse est d'abord dans la connaissance des grands principes qui permettent de trouver en toutes circonstances les solutions qui conviennent. Il n'y a ni solution magique, ni idéologie facile ou commode à ce problème de grande envergure. L'inaction est suicidaire et la preuve en est faite. Il faut agir et réussir. La première phase de l'action consiste à se doter des connaissances nécessaires à la conduite des affaires d'un véritable État naturel et national, en temps de paix et en temps de guerre, de prospérité et de disette, dans le bonheur comme dans le malheur, dans la joie comme dans la douleur. Ce comportement propre aux peuples adultes dépasse la bonne conscience commode des peuples inféodés et habitués à se laisser dicter leur ligne de conduite. Au Québec, le temps d'une décision majeure au sujet de notre statut collectif est arrivé. Nous devons nous arracher de notre inconscience oedipienne, cesser de subir les actes des autres, apprécier par nous-mêmes en pleine conscience de cause et d'effet et partant, agir avec célérité et pertinence. Par contre, aucun peuple ne peut agir sans posséder les assises de son propre État, instrument privilégié de l'agir collectif. Mais l'État est ontologique et architectonique ; il échappe aux représentations faciles et rationnelles. Il est suprarationnel. En conséquence, nous devons nous en instruire, apprendre à agir par nous-mêmes, individuellement et collectivement, prendre notre place dans l'échiquier du monde actuel et devenir un témoignage parmi tant d'autres.

DÉTERMINATION ET MAINTIEN D'OBJECTIFS PRATICABLES ET RÉALISABLES

La stratégie est la science et l'art de l'action à long terme. Elle est concrète, dans l'espace comme dans le temps. Elle n'est pas une utopie, ni une virtualité, ni un jeu d'échecs ou de Nintendo. D'où nécessité de la détermination, cette vertu de la volonté qui décide et qui agit en fonction d'objectifs réels, concrets, praticables et réalisables en termes de temps et d'espace. La méthodologie propre à la stratégie est l'usage, le multitudinis usus des Latins, méthode qui consiste à emprunter à la fin les moyens d'y arriver. Son procédé épistémologique est celui de la quête, bien connue des classiques de l'Antiquité et des Médiévaux et particulièrement bien connue chez Rabelais. Ce procédé consiste à emprunter à tous les concernés, ou, le plus grand nombre possible, les perceptions, propositions et solutions qui peuvent s'offrir dans un problème stratégique, qui est toujours un problème de grande envergure. Il ne peut y avoir de décision valable sans que tous se soient présentés devant la Face (cf. Martin Buber. Je et Tu.) Jamais, on ne doit un seul instant détacher les regards de l'objectif à atteindre. Les échecs majeurs en stratégie sont attribuables au défaut de mettre en pratique ce principe fondamental, ceci après une mauvaise appréciation du contexte (des continuités) et de la situation (des variables) qui influencent la décision de se tourner vers un objectif plutôt que vers un autre. Tous les concernés doivent avoir présents à l'esprit ce principe cardinal de la stratégie d'État.

BIEN CONNAÎTRE SES AUTEURS

Après 20 années d'études géographiques et géopolitiques (études systématiques des États comme tels, avec expérience pratique dans une trentaine de pays), après avoir étudié dans différentes universités les problèmes reliés aux territoires et aux statuts territoriaux et collectifs, et, dans les institutions militaires l'histoire des conflits et des guerres, de même que l'analyse des armées et des campagnes; après 28 années de service comme officier dans l'armée canadienne, dont une vingtaine comme fantassin et parachutiste, avec entraînement et formation préalables, suivis de rappels continus, service qui m'a conduit dans quatre continents, j'en suis venu à la conclusion que Klauzewitz , Sun Tsu, Machiavel, Jomini, Ardant du Picq, Marmont, Monluc, Végèce, Jules César, Aristote, Thomas d'Aquin, Brigitte de Vadstena, Catherine de Sienne, Thérèse d'Avila, la Torah et l'Évangile, ont raison lorsqu'ils traitent de la politique ou de la guerre. Ces auteurs touchent à l'essentiel.

Il n'y aurait jamais eu de guerre dans le monde s'il n'y avait d'une part des volontés déterminées à dominer, posséder, inféoder et soumettre les autres, et, d'autre part, un manque de volonté et d'intelligence, qu'on appelle nolonté, de défendre son territoire et ses intérêts, de s'instruire pour se rendre maître de soi-même, en tant que sujet individuel et collectif, d'agir pour le bien général, sans égard aux puissants et aux riches, qui ne cherchent qu'à faire plier les autres à leurs intérêts, enfin, d'acquérir une aptitude et capacité de riposte suffisante pour décourager d'avance le recours à la force pour briser et soumettre chaque clan, chaque tribu, chaque peuple et chaque nation (sans État), du monde, à une seule autorité mondiale, unitaire, arbitraire et intéressée à promouvoir l'intérêt des plus forts, des "chosen few", contre tous les autres. Cette absence de volonté de s'instruire, réfléchir, planifier et agir, nous savons maintenant que Mirabeau l'a qualifiée du terme peu honorable de NOLONTÉ. Léopold Sacher-Masoch en a fait le thème de son roman Vénus à la fourrure, thème que la psychiatrie moderne qualifiera de sadomasochisme. En effet, l'acceptation béate de la domination et la soumission servile, même bénigne, comme par exemple l'inféodation québécoise à un pouvoir central, centraliste, arbitraire et unitaire, est une faute morale grave, surtout lorsqu'on possède les moyens de réagir et d'agir avec efficacité, comme c'est le cas du Québec.

À cet égard, l'ouvrage magistral de Martin Buber (Je et Tu.. Aubier. 1969) est probablement le plus important de notre époque. Si nous voulons nous instruire de l'État, de la guerre et de la paix, sans naïveté superficielle et dangereuse, par des études maintenues la vie entière, nous devons y ajouter des connaissances philosophiques avancées de même que la connaissance de l'expérience des autres. Ne faisons pas les imbéciles. Nous aurons bientôt notre propre État. Cela est écrit dans la géographie, dans l'histoire, dans la politique centraliste du pouvoir unitaire d'Ottawa, qui se cherche désespérément des légitimités, opposée à la politique québécoise, expression de notre volonté à nous, Québécoises et Québécois. L'aboutissement est proche. À nous de nous instruire à fond en matière de géopolitique (étude systématique des États comme tels) ; des principes universels qui gouvernent l'action, individuelle et collective, des leçons de l'Histoire, et finalement de la paix et de la guerre, pas aussi simples que nous sommes portés à penser.

CHANGER DE MENTALITÉ POUR MIEUX COMPRENDRE

La guerre a son point de départ dans l'esprit. Elle est inorganique à l'origine, complètement dans les défaillances de l'intelligence et de la volonté. Elle prend forme et se déroule suivant les caractéristiques, les possibilités et les paramètres du monde organique, celui de la causalité, qui lui impose ses limites dans l'espace comme dans le temps. De nombreux facteurs complexes entrent en ligne de compte, de même que les principes universels qui gouvernent l'action. Dans la réalité, univers de la relation et univers de la causalité se confondent et s'excluent à la fois. Le premier, inorganique, est libre mais inapte à agir lorsque l'intelligence est insuffisante pour saisir adéquatement toute la réalité qui entoure le sujet agissant, tant dans le monde de la relation que celui de la causalité, monde soumis aux lois de la nature et surtout à cette force d'inertie des États et des institutions, qu'on appelle communément loi de la pesanteur.

L'ignorance de l'univers inorganique et libre de la relation, confronté aux autres volontés libres, aux lois de la nature et à l'inertie, toutes choses qui exaspèrent et portent à agir avec arbitraire et précipitation, a été, demeure et demeurera la première cause de guerre. Dans cette perspective ontologique, la guerre marque l'échec retentissant de l'univers de la relation, confronté à l'univers organique de la nature. Par exemple, le Québec, qui est né de conditions spécifiques dans l'espace et dans le temps et qui est devenu un État naturel par la volonté d'un peuple, volonté qui, comme toutes les volontés, se prend lentement en charge, n'est pas reconnu par l'État arbitraire, centraliste et unitaire d'Ottawa, objet d'une volonté adverse et déterminée à fossiliser une fois pour toutes le peuple des descendants des colons du Saint-Laurent et de ses alliés, de plus en plus nombreux.

Puisque la guerre est la confrontation de volontés opposées, la guerre entre Québec et Ottawa est déjà là, en place, attendant la confrontation qui traduira en violence armée la violence déjà contenue dans l'esprit. Nous l'avons déjà dit et nous devons le répéter pour nous en convaincre et en faire notre leitmotiv.

Comme l'expérience des autres le démontre, tant que la volonté et les moyens de la traduire en acte d'une manière ou de l'autre subsistent, ce genre de guerre dure et perdure pendant des siècles. Inutile d'en avoir peur et de vouloir y mettre fin par l'aplaventrisme devant l'adversaire. Ce sera pire que la résistance, car l'adversaire en position de force abusera encore davantage de son pouvoir, lequel pouvoir lui vient de la faiblesse des inféodés. La soumission servile des esclaves et des inféodés a toujours attiré le froid mépris des "maîtres", qui ne se croient obligés à rien et finissent par n'avoir que des droits, rien que des droits, seulement des droits et pas autre chose que des droits. Les obligations, c'est pour les autres, les inféodés et leur déprimante soumission servile, déprimante pour les maîtres autant que pour les " sujets ", peu importe leurs statuts. Nul n'est tenu de se mettre à plat ventre devant Gargantua, comme l'enseigne Rabelais. Avec Ottawa, nous sommes effectivement confrontés à Gargantua, avec pour solution principale le baisecul dégradant, ignominieux et suicidaire. Certes, il peut fournir aux esprits faibles un certain sentiment de sécurité avec un petit s, mais il tue l'âme, qui y perd sa raison de combattre et de vivre. Mieux vaut tenir tête " aux bons maîtres " et les combattre, avec intelligence et détermination, donc, avec effectivité et efficacité, c'est-à-dire en visant des objectifs praticables et réalisables à court et à long terme. Quant à savoir où, quand et comment cette guerre pourrait éclater, c'est une question technique qu'il est possible d'élucider.

PRINCIPES ET AXIOMES

Selon Sun Tsu, auteur connu pour ses rapprochements entre l'État et le problème de la guerre et de la paix, la connaissance des grands principes permet de trouver en toutes circonstances les solutions qui conviennent. Certes, on ne veut pas la guerre mais lorsque la guerre vient à nous sans l'avoir méritée, alors qu'on prenne les moyens nécessaires, non pour se cacher la tête dans le sable, mais pour y faire face, afin de pouvoir la gagner cette guerre avec une économie de moyens et un minimum de dommages et de conséquences. En cette matière, les petits États, plus proches de la réalité, peuvent réussir aussi bien et parfois mieux que les grandes Puissances. Le plus grand danger ne vient pas des bruits de guerre qui circulent ni des manifestations d'hostilité mais de l'ignorance et l'inaction qui en résulte. La paix est une conquête : elle n'est pas un héritage. S'instruire convenablement de l'État et des choses de la guerre et de la paix n'est pas un luxe mais une nécessité pour tous les peuples qui aspirent à se prendre en charge par le moyen de leurs propres pouvoirs d'État.

L'ÉTAT ET L'AGIR HUMAIN

Selon Aristote, la politique a pour objet l'action et l'Acte qui en résulte, en ce sens que l'existence est relation en acte. Donc, pour entrer en profondeur dans le grand jeu de l'existence initialement donnée, il faut agir et progresser. Comme nous l'avons expliqué, dans la nature humaine, l'individu ne fait pas l'espèce, personne ne peut agir seul. Chacun et chacune ne peut agir que dans et par les autres et inversement, d'où nécessité d'un pouvoir collectif qu'on appelle l'État. Or, la nécessité n'a pas de loi ; elle est ontologique : elle n'est pas logique au sens discursif du terme. De là à croire qu'on peut tout se permettre au nom de la " raison d'État ", il n'y a qu'un pas à faire, vite franchi d'ailleurs. Raison de plus pour ne pas confier nos affaires d'État aux autres, qui en feront un usage dicté par leurs intérêts et devant qui nous cesseront simplement d'exister.

IMPORTANCE DES COMMUNICATIONS

Comme première question pratique, nous pouvons nous demander pourquoi avons-nous connu très peu de guerres au Québec, comparé à d'autres régions du monde dans lesquelles les guerres se répètent à intervalles réguliers depuis mille ans et davantage. Comment se fait-il par ailleurs que dans l'ensemble du Canada, les guerres ont été presque absentes de l'histoire récente et probablement de l'histoire ancienne ? Réponse : C'est parce que le Québec et le reste du Canada sont des régions géographiques très peu accessibles, manquant d'espaces plats, entourées de gigantesques obstacles naturels, paralysées par le froid la moitié de l'année, peu aptes à favoriser l'implantation de populations nombreuses et de macro-économie. Certes, les richesses naturelles sont immenses, mais peu accessibles et difficilement exploitables.

DU RLE DÉTERMINANT MAIS NON DÉTERMINISTE DE LA GÉOGRAPHIE

Il est important en partant de retenir que, la presque totalité des guerres du monde se sont déroulées dans les carrefours de communications, maritimes et terrestres. Or, le Québec n'est pas un carrefour mais une région périphérique par rapport aux régions populeuses des Amériques, populeuses d'abord par la vertu de conditions géographiques plus favorables que n'en peuvent offrir le Québec et le Canada. Par exemple, New York est un carrefour stratégique d'importance majeure et exposé aux frappes depuis le commencement de l'histoire coloniale. Toute la côte américaine de l'Atlantique, depuis Boston jusqu'à la Floride, est devenue le siège de macro-économies, en majeure partie parce que ses caractéristiques géographiques et ses possibilités dépassent de beaucoup celles des basses terres du Saint-Laurent et des basses terres des Grands lacs, régions les plus oékoumènes et axes de gravité naturels du Québec et de l'Ontario. Dans chaque cas, la géographie joue un rôle déterminant, qu'il ne faut pas confondre avec le "déterminisme " obsédant des cuistres de certaines facultés universitaires.

La preuve, le rôle déterminant, non pas déterministe mais déterminant, de certaines caractéristiques des régions géographiques fortement habitées et aux économies de grandes envergures, se confirme toujours avec le temps, après une période initiale de développements qui peut durer plusieurs siècles. Si la géographie était " déterministe ", ses effets s'exerceraient littéralement dans l'immédiat, comme un calembour. Le déterminisme est dans le langage, non dans les contextes. C'est pourquoi nous pouvons affirmer, avec preuves historiques à l'appui, que les régions géographiques les plus exposées aux guerres sont celles qui précisément, se prêtent mieux que les autres au peuplement et au développement de grandes dimensions, ce qui n'est le cas ni du Québec ni du Canada. La preuve : la population de la plaine côtière de l'Atlantique aux États Unis atteint 110 millions de personnes et son économie dépasse de beaucoup celle de tout le Canada. Même l'économie de New York dépasse celle du Canada. D'où son importance stratégique qui se confirme maintenant. La population de la plaine Centrale des États Unis, suivant la ligne générale Chicago Nouvelle Orléans, atteint 120 millions d'habitants et son économie dépasse de beaucoup celle de tout le Canada.

Dans la même veine, la population de la vallée de la San Fernando, en Californie, dépasse 35 millions d'habitants, soit plus que tout le Canada et son économie dépasse également celle du Canada et bien entendu du Québec. Comme l'histoire de toutes ces régions nord-américaines dépasse à peine quatre siècles et souvent beaucoup moins, alors il faut reconnaître en partant que la géographie a joué un rôle déterminant dans leur développement, tout comme la géographie joue un rôle déterminant dans l'histoire des États, des conflits et des guerres. Si on veut trouver des régions du monde qui puissent offrir quelques éléments de comparaisons valides ou acceptables avec le Québec et le Canada, c'est vers la Scandinavie qu'il faut se tourner, et, comprendre en premier qu'il y a eu peu de guerres entre Scandinaves et puissances extérieures, exception faite de guerres économiques dont ces peuples ont beaucoup souffert. Par contre, il y a eu des guerres cruelles entre peuples Scandinaves et c'est autre chose.

LE POUVOIR EST COMPLÈTEMENT DANS SES COMMUNICATIONS ET SA FISCALITÉ

Le pouvoir, politique et économique, est complètement dans ses communications et sa fiscalité. En conséquence, toutes les entreprises commerciales ont vécu de leurs communications comme l'air qu'on respire. De même les États, les Nations (avec majuscule, c'est-à-dire dotées d'un État national), les nations sans État national et les peuples ont survécu, vécu, progressé et régressé suivant les développements et reculs des communications, maritimes d'abord, puis terrestres. Quant aux communications aériennes, elles sont le prolongement des deux autres, quoique beaucoup moins économiques que les communications maritimes et terrestres. Les communications aériennes ne peuvent se développer que lorsque des surplus des profits des communications terrestres mais surtout maritimes sont disponibles.

LES GUERRES AUSSI SONT DÉPENDANTES DES COMMUNICATIONS

Toutes les guerres, sans exception, suivent la même trame, car la guerre est le prolongement des activités économiques et politiques à la recherche d'expansions dans des territoires qui semblent nouveaux et disponibles. En conséquence, toutes les guerres et la presque totalité des batailles se déroulent dans les zones de communications géographiques dont dépendent les puissances pour évoluer, progresser et agir dans le sens de leurs intérêts. Plus le carrefour naturel est important, plus nombreuses et plus violentes seront les guerres. Prenons par exemple les `Flandres. Cette région du monde a connu plus de deux mille guerres. Regardez les cartes. La région est située en face de la Mer du Nord, à proximité de la Manche à l'ouest, et les détroits scandinaves à l'est. Elle est traversée par quatre fleuves principaux qui relient ces mers aux plateaux et montagnes de l'intérieur de l'Europe occidentale et centrale. Elle est située aux carrefours des grandes plaines parallèles aux mers que nous venons de mentionner. La région a déjà les deux plus grands ports de mer du monde, celui de Rotterdam et d'Anvers, preuve qu'elle est un carrefour stratégique de premier ordre. De plus, elle est une des plus densément peuplée au monde.

En comparaison avec New York ou les Flandres, la vallée du Saint-Laurent n'offre rien d'aussi spectaculaire.

Le Golfe est une des mers les plus dangereuses du monde à la navigation et son arrière pays n'offre aucune des possibilités de peuplement et d'activités qu'on peut trouver sur la plaine côtière de l'Atlantique, dans le Brabant belge et hollandais, dans le bassin de la Seine, la plaine de Normandie, même la Sologne ou la plaine de Hanovre. La nature est la nature. Après plus de six millénaires d'histoire et cinq siècles de colonisation, la plaine du Saint-Laurent accommode à peine entre sept et huit millions d'habitants. Avec l'indépendance, sa population pourrait doubler, ce qui aura pour effet de renforcir son statut de siège géographique d'un État national et d'une économie centripète. Cette plaine occupe un espace périphérique par rapport aux autres régions habitées d'Amérique du nord, et, surprotégée par d'immenses plateaux montagneux de roches dures précambriennes et marquées par les glaciations du Quaternaire, ce qui n'est pas le cas au sud du 45e parallèle. C'est là notre domaine à nous, Québécois. Cette nature, excessivement rude et peu accueillante, nous a bien servis et nous lui en sommes reconnaissants.

DES RICHESSES IMMENSES MAIS PEU ACCESSIBLES

Un autre facteur naturel qui nous est immensément favorable est la présence dans le territoire québécois d'imposantes richesses naturelles, mais difficilement accessibles et par conséquent coûteuses et peu profitables à exploiter à court terme. D'abord, Dieu merci, le Québec n'a pas de pétrole, autrement il serait piégé dans une guerre interminable qui dure et perdure depuis plus d'un siècle. Il a de l'électricité, qui est une richesse renouvelable mais qui ne rapporte pas à court terme, donc, ne fait pas l'affaire des spéculateurs en bourse. Nous avons en quantités astronomiques des minerais de fer qui comptent parmi les plus riches au monde, sauf que ces vastes richesses ne sont pas aisément accessibles et de gros capitaux se sont littéralement ruinés à tenter de les exploiter pour en réaliser de gras et gros profits en un laps de temps très court. De même pour une foule de minerais rares et précieux, que personne ne vient nous voler et pour cause, les coût d'exploitation sont beaucoup trop élevés et le risque de grosses pertes en bourse trop considérable.

Un exemple entre mille : la grosse Multinationale américaine I.T.T. qui a fait la pluie et le beau temps au Chili et qui a contribué à renverser Salvador Allende, a investi et perdu plus de $600 millions sur la Côte Nord au Québec. La raison est simple : les planificateurs, ces bureaucrates savantasses, ont énormément sous-estimé les difficultés géographiques liées à l'exploitation d'une richesse naturelle dans les conditions spécifiques du Québec. Sur papier, les profits étaient assurés, mais nous, qui connaissons notre pays, savons que les choses ne sont pas aussi simples et en bons Québécois, nous avons l'habitude d'aller voir sur le terrain en toutes saisons afin de savoir exactement à quoi nous en tenir. Géographie oblige. De plus, les dilettantes d'I.T.T. ont ignoré les conditions de la vie humaine sur la Côte Nord. Ils ont reproché aux habitants de ne pas être des employés soumis et fidèles de l'entreprise, toujours prêts à courir au moindre commandement des patrons.

Les entrepreneurs ont bien constaté que les employés en provenance de ces régions difficiles avaient tendance à laisser leur emploi pour aller bûcher du bois pour faire des planches et du bois de chauffage pour la maison, aller à la pêche et à la chasse pour améliorer le menu familial, s'assurer qu'il y aura des réserves alimentaires bon marché et de bonne qualité pour la saison froide, aller s'occuper du jardin familial au moment des labours et des semences, aller faire la récolte, s'occuper des enfants, tenir compagnie aux malades, enterrer les morts, donner un coup de main au voisin qui en a besoin, etc. Primo vivere, dirent les Romains. D'abord, vivre. Les directeurs d'I.T.T. dont j'ai lu le reportage dans la revue Fortune il y a une vingtaine d'années, ont reproché aux habitants de la Côte Nord leur indépendance vis-à-vis une entreprises qui les " faisaient vivre (sic) ". Si l'indépendance est l'aptitude et la capacité de choisir ses dépendances, alors les habitants de la Côte Nord ont compris ce que beaucoup de dilettantes, de cuistres et de savantasses, doctus cum libro, imbus d'un savoir arrogant, pour emprunter une expression de Jean Bédard, n'ont jamais réussi à comprendre. Ce sont les habitants de la Côte Nord qui ont tout compris et les savantasses de l'I.T.T n'ont rien compris. Leur exemple doit maintenant servir à éclairer tout le Québec. Notre force est dans notre réalisme, continuellement en rapport avec notre merveilleuse géographie, qui nous attend depuis le commencement du monde.

N.B. Le terme savoir arrogant est employé par opposition à docte ignorance. A ce sujet, il est recommandé de lire les travaux de Jean Bédard : Nicolas de Cues, L'Hexagone.Montréal. 2001. 284p. Aussi : Maître Eckhart. Chez Stock. Paris. 1999. 353p. Pour ceux et celles qui aiment les textes philosophiques, lire : Nicolas de Cues. Trois traités de la docte ignorance et de la coïncidence des opposés. Cerf. Paris. 1991. 184p.

NEW YORK, MONTRÉAL ET TORONTO

Pour les besoins de notre cause, prenons donc conscience des caractéristiques, avantages, désavantages, possibilités, paramètres et limites de notre géographie. Plus nous entrons en relations les uns avec les autres, plus il devient important de connaître l'espace et aussi le temps dans lequel nous agissons.

Au nord-est des Amériques, le principal carrefour naturel est New York, non Montréal et encore moins Toronto, cette ville, grosse, neuve, propre, artificielle, qui se prend pour un " petit New York " et cherche à se gonfler comme la grenouille de la fable, alors qu'elle ne possède pas les avantages géographiques de Montréal, un port de mer naturel en eau profonde, occupant le centre de gravité de la principale tête de pont des basses terres du Saint Laurent. Toronto ne jouit pas de tels avantages mais s'est développé à partir d'une volonté politique, celle des United Empire Loyalists, héritiers présomptifs de tout l'espace continental canadien à la suite de la Monarchie britannique. Lorsque je visitais Toronto pour la première fois en mai 1951, alors que je me rendais de Montréal vers le camp Borden subir l'entraînement d'été des futurs officiers de l'armée canadienne étudiant dans les universités, Toronto était une ville loyaliste, comme Belfast en Irlande du Nord. Dans la gare Union, au petit déjeuner, la serveuse piqua une crise d'hystérie dès qu'elle nous entendit parler français, mes trois collègue de l'Université de Montréal et moi-même. Cette hostilité de sa part n'était pas un phénomène isolé. Elle exprimait probablement une sorte de découragement face à notre détermination.

Aujourd'hui, les Loyalistes sont en minorité à Toronto. Pendant le congé du début de juillet, je me suis rendu à New York passer trois jours et j'ai constaté la différence énorme des mentalités. J'y suis retourné à plusieurs reprises par la suite et toujours, je me suis senti plus à l'aise à New York qu'à Toronto ou ailleurs au Canada anglais. Les New-Yorkais savent qui ils sont : les Montréalais de même mais les Torontois ne le savent pas. Cela se voit lorsqu'on passe beaucoup de temps dans chacune de ces villes.

Quant aux caractéristiques de New York, regardez les cartes géomorphologiques et vous comprendrez tout de suite : front sur l'océan Atlantique, placé au 41e parallèle nord ; climat favorisé par le Gulf Stream en face, communications maritimes ouvertes l'année longue, communications vers l'intérieur par l'Hudson et la vallée de la Mohawk, jusqu'aux Grands lacs, présence des Appalaches américaines pourvoyeuses d'eau douce, de matériaux de construction, d'espaces agricoles et récréatifs. Le site était appelé en partant à devenir le lieu d'une économie gigantesque et apte à se faire des ennemis, non seulement dans le monde mais aux États Unis mêmes. Au nord, à 600 kilomètres de distance, Montréal est au 45e parallèle, localisé à 1600 kilomètres de l'océan, beaucoup moins accessible que New York, non seulement vers l'Atlantique mais aussi vers les Grands lacs ; exposé aux grandes masses d'air polaires et aux hivers froids et prolongés ; entouré d'obstacles massifs qui en restreignent davantage l'accès de tous les côtés, ou presque, dans une région fortement marquée par les glaciations du Quaternaire. Quant à Toronto, sur la rive nord du lac Ontario, le site est complètement enclavé, n'ayant même pas les avantages géographiques de la Constantinople des Romains, devenue l'Istanbul des Turcs, localisée sur la mer de Marmara, entre la Méditerranée orientale et la mer Noire. Si les United Empire Loyalists ont décidé de faire de Toronto la Constantinople de leur Empire du Saint-Laurent, ils ont ignoré la nécessité de tenir compte de conditions naturelles peu propices aux continuités géopolitiques et historiques.

LES BATAILLES AURONT LIEU DANS LES CARREFOURS NATURELS

En cas de guerre d'indépendance du Québec, il n'y aura pas de batailles à Toronto, mais il pourrait y en avoir à Montréal, principal carrefour naturel de la vallée du Saint-Laurent, plus stratégique que Toronto ou Ottawa, ville et capitale artificielle. Cette perspective n'est pas une prédiction, seulement une prévision en fonction d'un avenir qui n'est pas décidé mais dont les éléments se positionnent. Rappelons-nous pour le moment que le pouvoir est complètement dans ses communications et ce sont les zones de communications qui sont exposées aux conflits et aux guerres. Nous comprendrons beaucoup de choses par la suite. Nous comprendrons pourquoi Toronto et Ottawa cherchent tellement à contrôler Montréal via le " fédéralisme " centralisateur et unitaire et sous prétexte d'unité canadienne (sic). Comme la " Confédération " que devait être le Canada, l'unité canadienne n'est qu'un euphémisme pour masquer les efforts répétés des United Empire Loyalists pour inféoder et soumettre le Québec à la loi de leurs intérêts. Cette politique, continuellement répétée depuis les débuts du Régime anglais, n'a pas empêché les colons du Saint-Laurent de conquérir leur territoire par le défrichement, la mise en valeur, le développement d'une économie distincte, la fondation des institutions et des assises d'un État nouveau dans l'échiquier complexe du monde actuel. Confrontée à l'État grandissant du Québec, la politique d'Ottawa et de Toronto peu tolérante et tolérable, deviendra sûrement cause de guerre dans un avenir pas très lointain. Si nous voulons l'éviter, nous devons agir tout de suite et mettre en pratique certaines règles de la stratégie d'État.

Ces considérations très sommaires sur l'espace de la guerre sont expliquées avec plus de détails dans les paragraphes qui suivent. Le temps de la guerre est autre chose. On est généralement porté à croire que la guerre commence lorsque les armes et la violence armée fait son apparition et c'est faux. Lorsque les armes et les armées apparaissent dans le décor, la guerre proprement dite a au moins trente ans et plus souvent bien davantage. La guerre comme telle ne débute pas avec les armées mais avec des conflits, ou violences non armées, qui surgissent après l'échec des relations intersubjectives entre pouvoirs. Ce sont les jugements qui causent les guerres, non les situations réelles qui se présentent. C'est la volonté narcissique, tyrannique et avide de pouvoirs, qui dit JE et Nous (WE and THEY) et refuse le Je et Tu. (Buber), qui provoque les conflits et les guerres. C'est la volonté des uns opposée à la volonté des autres qui fait la guerre, volontés implacables, déterminées à contrôler les lieux et les moyens du pouvoir et qui ne céderont jamais, à moins d'en être forcées par d'autres volontés plus déterminées à ne pas se laisser inféoder et assujettir.

La politique est affaire d'intérêts, de rapports de forces et d'effectivité, de même la guerre qui en est le prolongement. Personne ne peut échapper à l'une comme à l'autre. Mieux vaut s'en instruire et composer adéquatement avec les événements, afin de tirer le meilleur parti possible des circonstances et éviter le pire. La paix et la liberté sont des conquêtes : elles ne sont pas de héritages. La politique et la guerre s'inscrivent dans la trame de la vie réelle, de sorte que toute solution valable aux problèmes d'envergure qui se présentent principe de réalité doit prévaloir sur l'idéologie, qui en fausse le sens. Nous avons été créés, non pour nous agiter, mais pour agir, ce qui n'est pas la même chose. L'agir consiste à faire acte de présence dans le réel, radical, sémelfactif, royal par ses exigences, alors que l'agitation est le refus de l'assumer, la plupart du temps par ignorance. L'existence est relation en acte et en puissance. Pour se réaliser, elle dépend d'intelligences et de volontés libres, capables de faire échec aux volontés de domination qui tyrannisent et génèrent des guerres interminables.

L'inaction est suicidaire, dégradante et déshonorante. La vie est sans pitié pour les ignorants et les indolents qui se laissent porter par l'inertie des institutions en place. Ce sont eux qui ont peur de tout, particulièrement lorsque leurs certitudes et leurs sécurités superficielles sont ébranlées.

VOLONTÉS ET POUVOIRS

La guerre commence lorsque ceux et celles qui, possédant les moyens de l'action, traduisent arbitrairement leurs intentions en actes, sans égard pour les injustices qui vont en résulter, ni pour leurs conséquences à court ou à long terme. L'arbitraire est complètement dans la volonté tyrannique d'imposer sa loi, son agenda, sa parole et ses actes sans qu'il n'y ait consensus, avec ou sans violence psychologique ou physique. L'arbitraire " légal " et bureaucratique est aussi nocif, sauf qu'il agit comme une bombe à retardement, provoquant à long terme des réactions violentes et dénuées d'explications apparentes. Les volontés qui détiennent le pouvoir et se comportent avec arbitraire sont rarement conscientes de la signification, du sens, de la portée et la dynamique de leurs jugements, leurs paroles et leurs actes, soit par ignorance, manque de jugement, ou pressions sociales de la part des intérêts particuliers qu'ils représentent. Cette pathologie de l'intelligence et de la volonté, qu'on appelle tyrannie, commence dans l'inconscience de ceux et celles qui parlent et agissent sans savoir ce qu'ils disent et font. On la trouve à tous les niveaux socio-économiques des sociétés, depuis le haut jusqu'au bas de l'échelle. Elle est essentiellement un refus de pourvoir. Elle a provoqué une multitude de guerres et d'innombrables révoltes. La solution, comme toujours, passe par le développement d'une conscience fondée sur des dénominateurs communs universaux.

Ceci n'a rien à voir avec la " globalisation de l'économie " et le développement d'une superpuissance mondiale, détentrice d'un pouvoir unitaire qui ne serait que l'expression d'une volonté plus arbitraire que les précédentes. Une conscience des valeurs universelles existait déjà dans la pensée d'Aristote et des grands auteurs du Moyen ge. Elle est présente dans la Torah, l'Évangile et le Coran. Freud la propose comme principe de réalité et agent de la cure. Mais le Siècle des Lumières l'a détruit, pour y substituer la raison raisonnante, étroite et intraitable. Les sciences positives, toutes puissantes, ont dépassé les limites de leurs domaines respectifs. Elles se sont immiscées dans la vie humaine, individuelle et collective, avec les résultats désastreux qu'on connaît maintenant. La science s'est substituée à la conscience et le moyen est devenu la fin.

La science ignore le fait que la politique et la guerre sont des domaines ontologiques et architectoniques, qui échappent à la connaissance et la raison discursives. D'où la tendance toujours actuelle des scientifiques de la politicologie et de la sociologie des facultés de taxer " d'illogisme " et de " manque de bon sens " quiconque ne se conforme pas strictement aux canons de la doctrine positiviste, néopositiviste ou n'importe quelle autre idéologie à la mode. L'existence comme telle, qui est relation en acte et en puissance, n'est représentable par aucune idéologie ou doctrine scientifique. Seule une conscience éclairée peut en saisir le sens. En pratique, on ne peut articuler la connaissance du réel que par des perceptions sans préjugés, et, l'exprimer par le moyen d'axiomes, ou principes indémontrables, mais qui ont fait leurs preuves dans une multitude de contextes et de situations. Le procédé épistémologique qui appuie ces axiomes s'appelle l'usage, suivant l'expression latine multitudinis usus, connue chez les médiévaux. En pratique, l'usage est une méthode simple qui emprunte à la fin les moyens de s'y rendre.

BRISER LES VOLONTÉS DE RÉSISTANCE

La guerre comme violence a pour objet de briser la volonté adverse. préférablement sans violence ni brutalité physique, en autant que la soumission est acquise sans difficultés ou presque. Les dominateurs veulent des automates, ou si on préfère, des clones qui renvoient l'image et la ressemblance des maîtres. Il s'agit de narcissisme et d'hédonisme extrêmes. Les inféodés n'ont ni parole ni acte. Une telle " réussite " s'accomplit généralement par le moyen d'intimidations, de mystifications, désinformation et exploitation de l'ignorance et de la peur, toutes choses qui tuent l'esprit et le jugement critique. Lorsque ces méthodes ne réussissent pas, le recours à la force, en créant d'abord un climat d'incertitude et de crainte, fait immédiatement suite aux méthodes dites " légales ". Par exemple, pendant les deux guerres des patriotes de 1837-38, les Anglais ont brûlé tout ce qu'ils ont été capables au Québec, comme ils ont fait en Irlande, en Écosse, en Acadie et en Afrique du Sud contre les Boers. D'une part, ils cherchent à provoquer la peur qui paralyse et de l'autre, en privant les populations occupées de nourriture, ils savent qu'ils vont parvenir à les briser, puisque la NOURRITURE EST LA PREMIÈRE ARME DE GUERRE, CE QUE NOUS EXPLIQUERONS EN DÉTAILS EN STRATÉGIE.

Les Québécois ignoraient qu'avec une population dépassant 450,000 individus, ils étaient assez nombreux pour organiser une armée qui aurait taillé en pièces l'armée britannique forte d'au plus 12,000 hommes. La défensive est la plus décisive, la plus efficace et la plus économique des phases de guerre. Elle a pour objet de piéger et détruire les forces ennemies et elle a fait ses preuves chaque fois que des chefs militaires ont su l'utiliser. Pour réussir, il faut du savoir et de l'entraînement, pas de l'ignorance et de l'énervement. Ce savoir stratégique, tactique et logistique, la génération québécoise de 1837 ne l'avait pas. Elle a perdu des batailles mais elle n'a pas perdu la guerre, puisque nous sommes toujours là aujourd'hui, pour prendre la relève et poursuivre l'oeuvre inachevée qu'ils nous ont léguée. Nous avons maintenant des moyens et des connaissances que nos ancêtres n'avaient pas, toujours en possession de notre langue d'État, facteur majeur de notre survivance, nos progrès continus et notre agir, dans des conditions qui ont été taillées pour nous et à notre mesure.

NÉCESSITÉS COMME FACTEURS DE GUERRE

Outre les moyens psychologiques et " légaux ", le principal moyen employé en guerre pour inféoder et soumettre des populations récalcitrantes consiste à les prive