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Les Yvette de Mario

Katia Gagnon
La Presse - Le samedi 01 juin 2002



Éditorial - La ministre déléguée à l'Énergie, Rita Dionne-Marsolais, a vraiment un don inné pour la gaffe politique. Ses talents lui ont déjà valu deux démissions, et maintenant, ils viennent de fournir à Mario Dumont un cri de ralliement qui, s'il est convenablement exploité par l'Action démocratique, pourrait avoir un impact comparable à celui des malheureuses déclarations de Lise Payette sur les Yvette, durant le référendum de 1980.

Comme Mme Payette n'avait pas réalisé, sur le coup, à quel point elle avait gaffé en associant la petite Yvette soumise des manuels scolaires aux fédéralistes, Mme Dionne-Marsolais n'a probablement pas saisi combien ses propos tenus à une radio de Trois-Rivières pouvaient être choquants pour les jeunes. Mario Dumont, a-t-elle dit, «est le reflet d'une génération qui est très individualiste, qui ne pense qu'à elle». La ministre révèle par cette petite phrase tout le mépris qu'elle a pour la jeune génération. Et qui est probablement partagé par une partie de cette élite péquiste baby-boomer, qui se repasse avec délices de vieux films sur la belle mobilisation des années 60.

Oui, ces années ont sûrement été très exaltantes. Mais il était facile de manifester avec des fleurs dans les cheveux quand un emploi assuré nous attendait après ces révoltes passagères. Quel marché du travail a légué en héritage cette génération «solidaire» à ceux qui ont suivi? Un horizon bouché par le chômage, la précarité, la pige, des emplois monopolisés par les hippies devenues yuppies, qui, après leurs beaux élans de solidarité, ont succombé au confort du chacun pour soi. Tout récemment, la génération «solidaire» a découvert avec stupeur, à Radio-Canada, des jeunes collègues de travail moins payés, obligés, année après année, d'aller quêter un nouveau contrat. Les misères de ces employés précaires ont tenu tout le monde sur le trottoir pendant neuf semaines.

Sur le plan étatique, la «solidarité» de la génération de Mme Dionne-Marsolais s'est traduite par des dettes sans précédent, que les jeunes acceptent maintenant d'éponger. Elle s'est traduite par le virage ambulatoire, qui ramène les vieux parents malades à la maison. Qui s'en occupe? Les jeunes, qui jonglent en plus avec leur boulot et leurs enfants. Mais cette solidarité quotidienne, visiblement, ne compte pas aux yeux de la ministre. Plaçons-nous alors en mode «collectif»: cette génération «individualiste» paiera pour les soins de santé et les retraites des baby-boomers. Une charge sans précédent dans l'histoire. Qui s'en plaint? Les jeunes acceptent, pour l'immense majorité, qu'il s'agit là d'un devoir social.

Et si on parle de belle grande mobilisation, celle qui suscite la nostalgie de la ministre, faut-il lui rappeler combien de jeunes ont participé au Sommet des peuples à Québec? Faut-il lui rappeler combien de jeunes oeuvrent dans des groupes communautaires? Oui, les groupes de jeunes sont mieux organisés. Oui, les jeunes sont plus pragmatiques. Ils n'appellent plus la révolution, mais veulent des garderies à cinq dollars, des emplois moins précaires. Non, ils ne ressassent plus les vieilles rengaines sur le fait français. Ils sont passés à autre chose. Ça s'appelle l'évolution. Mais visiblement, la ministre a manqué ce bateau-là.