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Un vote pour Levine

Pierre Bourgault

Journal de Montréal, lundi le 10 juin 2002



On a beau vouloir s’éloigner de la politique, on y est toujours ramené d’une façon ou d’une autre. Cette semaine, j’avais la tête ailleurs quand j’entendis, à la radio, un électeur du comté de Berthier.

Il ne voulait rien savoir du candidat du PQ David Levine et jurait de ne pas voter pour lui lors de la prochaine élection partielle. « C’est un gars de la ville, il n’a pas d’affaire ici, à la campagne », disait-il.

Je m’étonnais qu’on puisse penser encore ainsi, en 2002. Mais, surtout, je m’étonnais que cet électeur puisse balayer du revers de la main le candidat qui pouvait le mieux répondre à ses besoins les plus criants.

En effet, je suis certain que, comme beaucoup de Québécois, cet homme s’inquiète de l’état de notre système de santé. À moins que, à la campagne, on ne soit jamais malade, ce qui me surprendrait.

Or, voilà que se présente chez lui l’homme le plus apte à régler certains des problèmes dont il se plaint. David Levine est reconnu par tous et dans tous les milieux comme un homme de grande compétence qui n’a jamais ménagé ses efforts pour améliorer l’état de nos institutions de santé et le sort des malades. Il est certain que ses deux adversaires, malgré toutes leurs bonnes intentions, ne peuvent en offrir autant. Le pourraient-elles que, au lendemain de l’élection, elles resteront impuissantes puisqu’elles seront dans l’opposition.

Le changement
Un homme d’une grande compétence en santé

On a sans doute beaucoup de raisons de vouloir « punir » le gouvernement du PQ. Certains, par ailleurs, ne souhaitent le changement que pour le changement.

Mais ce n’est pas le gouvernement que les électeurs vont punir en le privant de l’un de ses meilleurs ministres, mais eux-mêmes. Ils vont aussi punir l’ensemble des Québécois qui n’ont certainement pas les moyens de se priver d’un ministre qui ne peut, à lui seul, réformer le système de santé, mais qui peut y apporter une puissante contribution.

C’est pourquoi je dis que les électeurs de Berthier doivent voter pour David Levine, quitte à s’en débarrasser dans un an, s’ils croient qu’il n’a pas livré la marchandise.

Vous direz que je prêche pour ma paroisse et que je ne ferais pas la même proposition si M. Levine se présentait pour un autre parti. Vous vous trompez car je le ferais sans hésitation, comme je l’ai fait, en 1966, dans des circonstances bien plus difficiles.

Lors de l’élection de 1966, je dirigeais le RIN. Nous nous battions farouchement contre le Parti libéral. Un ministre libéral, Paul Gérin-Lajoie, était alors ministre de l’Éducation et il avait lancé la grande réforme qu’on connaît. Or, il était menacé, dans son comté, par le candidat de l’Union nationale, parti qui promettait de renverser le processus.

Je croyais que cette réforme menacée était si nécessaire que j'ai appuyé, publiquement et comme chef de parti, le candidat libéral contre mon propre candidat. On peut imaginer la réaction de ce dernier.

Je dis que si M. Levine se présentait pour le Parti libéral ou pour l’ADQ, je recommanderais qu’on vote pour lui, malgré mes convictions partisanes. Quand l’intérêt national est en cause, et c’est le cas, on a le devoir de s’élever au-dessus de ses sentiments personnels pour répondre aux exigences de la collectivité. La santé, c’est aussi l’affaire des électeurs de Berthier.