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NE SOYONS PAS INGRATS

Christian Gagnon
Vice-président régional Parti Québécois de Montréal-Centre


TRIBUNE LIBRE 12 juin 2002



La première fois que David Levine a été candidat péquiste dans une élection partielle, c’était il y a 23 ans dans D’Arcy-McGee. Ce 26 novembre 1979, il a recueilli 3% des suffrages. Le libéral Herbert Marx a obtenu 96% des voix et détient toujours le record de la plus forte majorité à une élection partielle. Subie de bonne grâce, par conviction et pour rendre service à son ami René Lévesque, cette raclée en annonçait une lointaine autre dont étonnamment, la campagne dans Berthier n’a fait aucun écho.

C’est une très dure épreuve que l’Ontario a fait subir à celui qu’elle avait recruté en 1998 pour devenir le directeur du méga-hôpital d’Ottawa. Dès l’annonce de sa nomination et pendant des mois, David Levine a été conspué par des centaines de manifestants en colère pour qui il était intolérable qu’un Québécois qui fut candidat péquiste il y a presqu’un quart de siècle administre un hôpital ontarien. Le Ottawa Sun et le Ottawa Citizen y sont allés de manchettes odieuses à l’endroit de ce «traître séparatiste». Le Citizen a carrément réclamé sa démission en éditorial. Les lignes ouvertes l’ont lynché. Un sondage a même été publié et montra qu’une majorité des habitants de la région d’Ottawa souhaitait que Levine soit congédié. Et, comble des combles, le premier ministre Mike Harris et le maire d’Ottawa, Jim Watson, ont publiquement réprouvé son embauche.

Mais dans une admirable démonstration de dignité, David Levine a maintenu le cap et réalisé la fusion harmonieuse des trois centres hospitaliers constituant aujourd’hui le grand hôpital d’Ottawa. En janvier dernier, Mike Harris est finalement parvenu à se débarrasser de lui en le forçant à démissionner pour cause de déficit. Refusant de plier devant cet interminable procès populaire pour délit d’opinion, Levine déclarait: «Le Canada est ce qu’il est et le Québec a ses revendications profondes». Quelques jours plus tard, Harris accordait les 50 millions $ manquants au successeur de Levine. Seule consolation : une motion unanime de l’Assemblée nationale du Québec condamnant l’intolérance dont il a été victime.

Beaucoup d’observateurs ont soulevé la grande compétence du ministre d’État à la Santé à titre d’administrateur de notre réseau. Mais ce qui doit aussi être dit, c’est que s’il fallait que les électeurs de Berthier, qui ont voté OUI à 63% en 1995, fassent mordre la poussière à David Levine, ce serait vraiment ingrat.