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Depuis 1996, j’assiste au dépérissement de ce parti naguère glorieux

Que faire sinon suspendre mes activités au parti Québécois, ne pas renouveler ma carte et attendre le retour à l’esprit d’ouverture et d’entreprise du parti Québécois à ses débuts?

Claude Richard
TRIBUNE LIBRE 19 juin 2002



Repentigny, 18 juin 2002

Courrier des lecteurs
Journal Le Devoir

Je milite au parti Québécois depuis sa fondation en 1968, à l’exception d’une période de deux ou trois ans correspondant au beau risque de 1984 à 1987. J’ai dû consacrer plus de 1500 heures de bénévolat au parti, à ses campagnes de financement, ses élections, congrès, conseils nationaux, etc. pendant cette période. À l’heure actuelle, je fais partie du conseil de circonscription de L’Assomption, où j’œuvre notamment à la campagne de financement 2002.

Depuis 1996, j’assiste au dépérissement de ce parti naguère glorieux. Tout peut se résumer dans l’expression si heureuse de Robert Laplante, de L’Action Nationale : « la gestion provinciale » du PQ. Inaugurée froidement par Lucien Bouchard en 1996 et poursuivie, malgré une rhétorique différente par Bernard Landry en 2001 et 2002.

Je ne ferai pas une analyse détaillée de ce cheminement cahoteux. D’autres l’ont fait et vont continuer de le faire. Ce qui est central, c’est l’impuissance dans laquelle on s’est enfermé en matière constitutionnelle, en matière fiscale, en matière sociale et en matière linguistique. Avec un mépris même pas dissimulé pour le militantisme, illustré de manière dramatique par l’affaire Michaud.

Je veux bien faire la part du choc référendaire de 1995, de la démobilisation d’une partie des troupes et de la brutalité de l’offensive fédérale. Quoique ces deux derniers éléments auraient dû donner du ressort à nos dirigeants, qui se sont contentés d’accuser les coups. Mais en fait, et c’est ce qui est épouvantable, c’est avec complaisance qu’on s’est adonné à l’auto-limitation, à l’étouffement du militantisme et à l’auto-glorification des prétendus succès de la gestion provinciale (élimination du déficit, réforme municipale, progrès économiques, etc.).

Quant à moi, trop, c’est trop.

Mes principales préoccupations sont d’ordre linguistique, ce qui, on l’admettra, était l’un des moteurs du parti Québécois d’origine. J’assiste depuis quinze ou vingt ans à l’anglicisation de Montréal, à la perte de prestige du français au Québec, à l’intensification de plus en plus marquée de l’enseignement de l’anglais au primaire français, aux passe-droits nombreux et accordés assez librement à ceux qui veulent fréquenter l’école anglaise (voir à ce sujet les récents articles de Jean Dorion), à la licence légale des raisons sociales anglaises, à l’abandon presque complet de la surveillance linguistique étatique.

Que me répond mon parti? Acceptation de la loi 86 sous Lucien Bouchard, plans d’action linguistique (je ne sais pas si c’est le bon terme) dans les établissements de santé et les CLSC (ce qui est l’équivalent d’une extension de l’anglais en milieu francophone), encouragement à l’anglais intensif au primaire malgré une résolution en sens contraire votée au congrès de mai 2000, commission Larose qui cautionne le refus de l’imposition du CEGEP français, refus fortement téléguidé par les « instances » du parti, rejet au conseil national de mai 2001, à l’instigation de Marie Malavoy, d’une proposition qui visait à ce que le gouvernement du Québec défende au niveau international l’idée d’une adaptation des marques de commerce aux langues des différents États (au lieu de l’intangibilité actuelle des marques de commerce, pour la plupart anglaises), fusion fortement critiquée des quatre organismes voués à la promotion et au respect de la Charte de la langue française (restreinte à trois, avec l’exclusion à la dernière minute de la Commission de Toponymie).

C’était déjà beaucoup à avaler pour un partisan qui s’inquiète de la situation de sa langue dans son coin de terre.

Mais je respecte aussi énormément un Québécois engagé, au franc parler et au verbe haut en couleur, quoique pas du tout intolérant et encore moins raciste, comme Yves Michaud. Quel coup à absorber que de voir la députation presque entière du parti Québécois voter, à l’appel d’un chef paranoïde, un blâme sans justification réelle contre un tel homme! Égarement que j’espère, comme beaucoup d’autres, passager, et qui, le Bouchard en question parti, devrait être corrigé au moyen d’un compromis souhaité par deux conseils nationaux unanimes.

Et voilà que, pour une deuxième fois en six mois, notre députation se défile. C’en est trop pour moi.

La perte de trois circonscriptions-clés en élections partielles n’aurait fait que me stimuler davantage pour travailler à la remontée d’un parti indépendantiste qui se serait réajusté. Mais même le petit réajustement qu’aurait constitué l’adoption d’un nouveau règlement sur les motions de blâme à l’Assemblée nationale a été mis de côté. Que faire sinon suspendre mes activités au parti Québécois, ne pas renouveler ma carte et attendre le retour à l’esprit d’ouverture et d’entreprise du parti Québécois à ses débuts? C’est ce que je viens de décider, même si j’ai aussi le goût de dire : « Merde! » à l’ADQ-Équipe Mario Dumont.

Claude Richard

cc. Vigile.net