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«« Parti Québécois - coalition sous haute tension
Merci Joseph !
Gilbert Lavoie
Le Soleil Le vendredi 21 juin 2002
Éditorial -
Le président du Conseil du Trésor, Joseph Facal, a fait entorse à une vieille règle de solidarité ministérielle, mercredi, en demandant publiquement une remise en cause du modèle québécois et de la social-démocratie. Et le premier ministre Bernard Landry a dramatisé la situation en convoquant un point de presse pour ramener son ministre à l'ordre. On a tiré sur le messager, mais on ne l'a pas abattu. Et quand on y pense bien, Joseph Facal a rendu service au PQ et au gouvernement. On devrait l'en féliciter.
Mettons les choses en perspectives : le premier ministre n'aurait pas convoqué un point de presse si Jean-Pierre Charbonneau ou Rita Dionne-Marsolais avaient tenu de tels propos. Mais Joseph Facal est un ministre éminemment sérieux, loyal et estimé de ses collègues. De plus, c'est le président du Conseil du Trésor qui parlait. Celui qui tient les cordons de la bourse du gouvernement, qui subit les pressions et les demandes d'aide des différents lobbies, et qui se scandalise parfois de certaines dépenses.
Quand un tel ministre reproche au PQ d'avoir « érigé en dogme le sacro-saint modèle québécois en refusant de voir ses failles(...), notamment la dépendance vis-à-vis de l'État qu'il engendre, mais aussi la dette astronomique qu'il a suscitée », il ne passe pas inaperçu. Voilà pourquoi sa sortie a reçu un accueil plutôt sympathique hier, à tout le moins chez les commentateurs radiophoniques. Au fond, le PQ devrait remercier M. Facal : il a démontré que Mario Dumont n'est pas seul à vouloir brasser la cage. Il reste à voir si cette volonté rejoint beaucoup de monde au gouvernement.
Joseph Facal fait partie de ce qu'on appelle la garde rapprochée de Bernard Landry. C'est un ami. Mais en dénonçant le modèle québécois sans crier gare, il est allé à l'encontre des efforts de son ami pour réconcilier le PQ avec sa base, braquée par la lutte au déficit des dernières années. La loi antipauvreté est le dernier exemple de cet effort de M. Landry pour repositionner son gouvernement sous le signe de la social-démocratie. D'où la surprise du premier ministre lorsqu'il a appris que son ministre venait de lancer le pendule dans la direction inverse.
L'incident montre des divergences idéologiques au sein du cabinet, mais également des opinions contradictoires sur la stratégie à adopter.
Bernard Landry estime que si le PQ délaisse la gauche et ses politiques sociales-démocrates, il se retrouvera sur le même terrain que Mario Dumont. Tout le monde étant d'accord sur le contenu, la compagne électorale ne porterait plus que sur la personnalité des chefs, un duel qui favoriserait M. Dumont à cause de son image de jeunesse.
La stratégie se défend, mais elle ne satisfait pas tout le monde. Le cri du cœur de Joseph Facal porte le message de plusieurs péquistes qui estiment qu'après avoir été choisi sans opposition, donc sans débat, M. Landry a bien géré au quotidien, mais n'a pas encore imprimé sa marque sur le parti. Et qu'il lui appartient de communiquer sa vision, de réanimer le parti en articulant de grands objectifs, davantage collés sur l'avenir et la jeunesse que sur les vieux slogans du passé.
Au fond, le cri du cœur de Joseph Facal montre que le gouvernement commence à s'ouvrir aux attentes qui ont permis la croissance soudaine de l'ADQ au cours des derniers mois. Malgré sa maladresse, il aura été utile.
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