«« 24 juin - Fête nationale des Québécois

Le party

Mario Roy
La Presse - Le samedi 22 juin 2002



Éditorial - Le 24 juin marque, tout autant que la célébration de la fête nationale du Québec, le début du long party qu'est devenue, du jazz aux films du monde, la saison estivale dans la métropole. Un sondage publié aujourd'hui dans nos pages indique bel et bien que les gens vivent davantage en ce week-end «une longue fin de semaine de congé qui débute l'été» ou une «grande fête populaire» (61%) plutôt qu'une «célébration de l'affirmation nationale» (25%).

C'est une attitude athée, prosaïque, épicurienne, très légèrement décadente: du pain et des jeux, en somme!... Mais qui colle plus que jamais à l'époque. L'époque de notre petite Fin de l'Histoire à nous. Ou d'une certaine histoire, en tous les cas. L'époque du déclin de l'empire des dogmes absolus, des causes abstraites, de quelques illusions et même d'un ou deux grands partis politiques.

Car, enfin, ça bouge un peu au Québec, lequel était depuis des années dans un état avancé de rigidité cadavérique!

N'empêche. Le 24 juin ordonne une pause. Décrète un cessez-le-feu à nos bien bénignes et inoffensives querelles - pensez un instant à la façon dont on règle les différends dans certaines parties du monde. Et ressuscite à date fixe la notion de plaisir, dont on oublie trop souvent qu'il est un des plus puissants moteurs de l'activité de l'Homme... après la survie et la reproduction, comme les bêtes, ainsi que la course à l'opulence et à la reconnaissance sociale, ce qui est plus typiquement humain.

Il y a là une recette qui marche, apparemment.

Car, en plus de la population autochtone, le party estival montréalais semble divertir de plus en plus les tribus de la périphérie. Une campagne publicitaire de 8 millions initiée par le Québec dans le nord-est des États-Unis (Céline Dion s'en mêle dorénavant) paraît avoir porté ses fruits. Empiriquement, ceux qui fréquentent le Vieux-Montréal constatent l'affluence inusitée déclenchée par une saison touristique encore à ses débuts. Plus scientifiquement, malgré le 11 septembre, ou plus exactement à cause de lui, le taux d'occupation des hôtels montréalais a grimpé en mai de plus d'un point de pourcentage; on s'attend à ce que l'été soit, de ce point de vue, exceptionnel.

Il ne faut pas bouder le plaisir, le nôtre et celui qu'on peut donner aux autres. C'est mauvais pour le moral. Et ça donne de l'urticaire.