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«« 24 juin - Fête nationale des Québécois
La force de la nation
J.-Jacques Samson
Le Soleil - Le samedi 22 juin 2002
Éditorial - La Saint-Jean ne donnera pas lieu cette année à de très vibrants élans nationalistes. Les Québécois n'ont guère le goût d'un autre référendum sur la souveraineté ; dans ces périodes d'accalmie, la Fête nationale est beaucoup moins exploitée par les dirigeants politiques et les artistes mobilisés à gros cachets pour mousser la ferveur nationaliste. À Québec, la fête n'est pas appréhendée non plus comme elle le fut parfois, en raison des débordements de violence auxquels elle a déjà donné lieu. Les casseurs sont maintenant neutralisés avant de passer à l'action. La Saint-Jean ne devrait pas pour autant n'être qu'un prétexte pour un méga party, un carnaval d'un soir pour fêter le début de l'été.
Les Québécois forment une nation, se plaît à répéter le premier ministre Bernard Landry. Il nous le rappellera très certainement à nouveau lundi. La lapalissade a le mérite de servir de miroir. M. Landry nous renvoie chaque fois, de la sorte, à nos devoirs en tant que société distincte par la langue et la culture de sa majorité ; distincte aussi par son modèle de développement, caractérisé par des constants soucis, jusqu'à l'excès parfois, de protection ou de renforcement de cette nation.
Cette forme de nationalisme, moins lyrique, a puissamment modelé le société québécoise depuis les années 1960, notamment par l'action des sociétés d'État à vocation économique telles la Caisse de dépôt et placement, la Société générale de financement. Parallèlement, Desjardins a canalisé l'épargne des Québécois francophones dans un mouvement coopératif qui les soudait entre eux encore davantage.
Sur le plan social, toutes formations politiques confondues depuis 40 ans, les Québécois ont poussé très loin la social-démocratie quitte à être les citoyens les plus taxés en Amérique du Nord. Nos gouvernements ont aussi multiplié les forums de concertation sociale ; ils ont réservé des sièges aux organisations syndicales et communautaires dans les centres de décisions les plus déterminants pour la collectivité.
Non seulement le Québec forme-t-il une nation, mais une nation tricotée parmi les plus serrées qui soient en Occident.
Cette nation a si bien su prendre le virage technologique de la dernière décennie que plusieurs de ses entreprises, comme Bombardier, sont des chefs de file mondiaux dans leur créneau.
Cette nation a aussi évité le piège du repli frileux sur elle-même. Elle est au contraire ouverte sur le monde, curieuse, audacieuse, aventurière. Sans complexes, aucun. Plusieurs de ses athlètes se démarquent. Les affiches géantes de ses artistes tapissent les murs du métro de Paris. Les néons de Vegas tracent le prénom d'une autre. Son cirque a révolutionné le genre.
Le peuple québécois dégage aussi une joie de vivre exceptionnelle. L'enchevêtrement des festivals et fêtes populaires le garde dans un tourbillon de folie.
La Fête nationale est d'abord la célébration de cette identité québécoise. Une Saint-Jean réfléchie est en plus l'occasion de confronter nos réticences soutenues à l'évolution de ce modèle québécois, à trop forte connotation ethnique. Le Québec est aussi cassé en deux, avec une métropole et des régions qui ne se reconnaissent plus. Nos divisions ne sont plus tant entre fédéralistes et souverainistes, que générationnelles d'une part et entre Montréalais et provinciaux d'autre part. Il n'est par ailleurs certainement pas sain, mais en même temps, il est très révélateur que les anglophones et allophones soient toujours demeurés par exemple à l'écart du mouvement Desjardins. Cela dit tout, quant aux dualités qui lézardent notre société.
Il nous est permis de célébrer en tant que peuple nos réussites collectives à la Saint-Jean. Nous devons toutefois continuer d'être critiques et fort exigeants à notre endroit. Ce sont les conditions gagnantes pour la force de la nation.
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