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Signe des temps
Michel David
Le Devoir - Le jeudi 27 juin 2002
Chronique - Normalement, la démission d'un attaché politique junior serait passée totalement inaperçue. Le roulement de personnel est effarant au sein des cabinets ministériels et, sans vouloir déprécier ses mérites, Mathieu Santerre n'était pas précisément un pilier du bureau de Bernard Landry, même si l'écho qu'a eu son départ donne à penser que le gouvernement aurait pu faire bon usage de ses talents en matière de communication.
À titre de comparaison, un des grands serviteurs du Québec au cours des dernières décennies, Yves Martin, a quitté le cercle étroit des proches collaborateurs du premier ministre au printemps dernier sans que les médias ne disent un seul mot à ce sujet.
Quand les libéraux de Robert Bourassa ont repris le pouvoir, en 1985, M. Martin, alors sous-ministre en titre aux Relations internationales, a été le premier haut fonctionnaire à être victime de la classique purge qui suit un changement de gouvernement. Quand Jacques Parizeau est devenu premier ministre en 1994, il en a fait un de ses plus proches conseillers. M. Martin a conservé les mêmes fonctions auprès de Lucien Bouchard puis de Bernard Landry.
Dans les officines gouvernementales, il était notoire que M. Martin était à couteaux tirés avec une autre conseillère de M. Landry, Josée Legault, identifiée à l'aile radicale du PQ, mais il est parti sans faire d'esclandre. Au moment où le PQ, le gouvernement et le premier ministre lui-même semblaient complètement déboussolés, le départ d'un personnage de cette envergure n'en avait pas moins valeur de symbole.
Signe des temps, c'est pourtant la démission d'un jeune attaché politique de 27 ans qui a retenu l'attention. Comme pour illustrer le transfert du pouvoir qui est en voie de s'opérer vers une autre génération. Au bureau de M. Landry, on ne semble pas très bien saisir les raisons qui ont mené Mathieu Santerre à faire ce geste. C'est peut-être ce qui est le plus inquiétant.
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Dans la lettre qu'il a adressée au premier ministre, M. Santerre dit avoir décidé de partir principalement «en raison de la rigidité idéologique stérile et paralysante qui est imposée aux éléments les plus dynamiques et les plus créateurs du Parti québécois», se disant non seulement déçu mais insulté par la différence du traitement qui a été réservé à la ministre déléguée à l'Énergie, Rita Dionne-Marsolais, et au président du Conseil du trésor, Joseph Facal.
Dans un cas comme dans l'autre, on peut se demander si c'est la souplesse idéologique ou le jugement politique qui a fait le plus cruellement défaut à M. Landry, mais le résultat n'en demeure pas moins désastreux. Prendre la défense d'une ministre qui accuse la jeune génération d'égoïsme et rabrouer celui qui prétend soulager la classe moyenne, il faut quand même le faire ! Tant qu'à y être, pourquoi ne pas recommander carrément de voter pour l'ADQ ?
Bien sûr, personne n'est parfait, mais le rythme auquel le premier ministre accumule les erreurs depuis le début de l'année devient franchement inquiétant. C'est comme s'il était mû par un inassouvissable instinct d'autodestruction qui le pousse même à s'en prendre à ceux qui veulent l'empêcher de courir à sa perte.
En réagissant aussi maladroitement aux déclarations de M. Facal, il a en quelque sorte pris sur lui le fardeau de la preuve qu'il entendait faire porter à Mario Dumont. Alors qu'il se promettait de faire le procès du programme prétendument réactionnaire de l'ADQ au cours des prochains mois, c'est plutôt au PQ qu'il incombera de prouver qu'il n'est pas ce fossile des années 70 qu'a dénoncé le président du Conseil du trésor. Et à M. Landry lui-même de démontrer qu'il n'est pas cet autocrate vieillissant et bougon pour lequel M. Santerre se sent désormais incapable de travailler.
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Il est si rare que le premier ministre reconnaisse avoir commis une erreur qu'il y a lieu de souligner l'événement. Dans la conférence de presse qu'il a donnée à la clôture de la session, le premier ministre a avoué pour la première fois qu'il n'avait pas su évaluer à sa juste mesure la portée de la défaite référendaire du 30 octobre 1995.
«Il nous manquait 30 000 voix, alors on a eu l'impression que ce n'était pas si grave que ça, et au lieu de faire le deuil référendaire immédiatement puis de repenser à l'avenir, on est restés des demi-gagnants, alors qu'on avait perdu», a-t-il expliqué, sans toutefois préciser quelle conclusion concrète il avait tirée de cette analyse, qu'il s'agisse de la stratégie à suivre ou encore de la redéfinition du projet souverainiste lui-même.
Le politologue Christian Dufour avait fait une intéressante réflexion sur ce thème, il y a deux ans, dans sa Lettre aux souverainistes québécois et aux souverainistes qui sont restés fidèles au Québec. Selon lui, il aurait mieux valu perdre le référendum avec 40 % des voix qu'avec 49,4 %. Une deuxième raclée en 15 ans aurait au moins forcé les souverainistes à évoluer, tandis que cette quasi-victoire les a en quelque sorte rendus prisonniers de leur rêve.
Son jugement à l'endroit des «purs et durs», qu'il voyait s'entêter dans une voie sans issue, était très dur. «Ceux pour qui l'indépendance est plus importante que l'avenir du Québec, qui préfèrent leur rêve intact à un Québec réel se défaisant, ne sont pas vraiment loyaux au Québec», écrivait-il.
Dans les notes que M. Landry avait préparées pour sa conférence de presse du 14 juin dernier, on pouvait lire la phrase suivante : «Nous allons faire rêver les Québécois comme jamais nous ne l'avons fait.» Finalement, il a préféré ne pas la lire. C'est déjà un progrès.
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