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«« PQ
Réplique à Michel David
Quelle croisée des chemins pour Bernard Landry?
Pierre Tadros Candidat à l'investiture du Parti
québécois dans Mercier Valérie Vanasse Candidate au
doctorat
Le Devoir - jeudi 6 juin 2002
Le 28 mai dernier, Michel
David signait, dans les pages du Devoir, une chronique («Le temps de partir?»)
dans laquelle il posait la question de la durée du mandat de Bernard Landry en
tant que premier ministre du Québec et président du PQ. Selon M. David, cette
question trouve son aboutissement dans les pronostics des élections partielles
en cours. Pourtant, il nous apparaît que la réponse est plutôt conditionnelle à
une obligation de résultats sur trois fronts politiquement fondamentaux et non
pas uniquement aux résultats électoraux du 17 juin prochain.
C'est en tant que président du Parti
québécois que M. Landry se doit de regagner la sympathie, la confiance et la
motivation de l'ensemble des militants péquistes. Depuis le congrès de mai 2000,
la fracture entre les membres et l'aile dirigeante du parti ne semble pas
vouloir se réduire. Plusieurs raisons peuvent expliquer cet état de fait, mais
celui-ci se résume principalement en un énoncé : il y a un manque certain
d'écoute et de communication de la part de l'aile parlementaire et de la
direction du parti envers les militants de la base. Ajoutez à cela l'impression
d'improvisation face à l'actualité, et plusieurs questionnent l'entourage même
du premier ministre.
Pourtant, lorsqu'on se met à discuter avec les
citoyens, la plupart en ont énormément à dire et à proposer, et la majorité
souhaiterait participer à de véritables échanges. Or comment y parvenir ? Le
dernier conseil régional de Montréal-Centre a adopté une résolution demandant la
tenue d'un congrès extraordinaire et, coïncidence ou non, la ministre des
Finances, Pauline Marois, a elle aussi demandé publiquement la tenue d'un tel
événement. Et pour cause !
Les souverainistes ne carburent pas à la
«gouvernance» mais bien au projet du pays à construire. Si M. Landry veut donner
un véritable sens aux échanges nécessaires au sein du PQ, il doit offrir aux
membres un terrain d'atterrissage pour leurs propositions. Voilà le premier défi
de Bernard Landry : donner aux souverainistes un congrès comme aboutissement
d'un processus de mobilisation, d'échanges et de réflexions sur le pays du
Québec. Une nouvelle solidarité demande à naître. Cependant, un congrès n'est
pas une panacée mais bien un outil essentiel, et c'est au chef de galvaniser ses
troupes. Mais comment ?
L'action, ou mettre le Québec en marche
Lorsque
M. Landry a pris les rênes du pouvoir, il a dit que le temps des réformes était
terminé et que les défis se trouvaient dans la mise en oeuvre harmonieuse de ces
réformes, la lutte contre la pauvreté et la création d'emplois. Or, après deux
mandats de «revampage» de nos institutions et de mise en ordre de nos finances,
le temps des premières rénovations est terminé et le Québec est prêt pour
l'écriture d'un nouveau chapitre de son histoire et de sa démocratie.
Aussi, le deuxième défi pour le premier ministre Bernard Landry consiste
à proposer un plan de développement pour le Québec. À partir de cinq axes
prioritaires, il se doit de mettre en oeuvre des projets novateurs. Après toutes
les consultations qui ont suivi celle sur l'avenir du Québec, en 1995, ces cinq
axes pourraient être facilement cernables : santé, éducation, démocratie,
développement durable et environnement, soutien aux familles. Allocations pour
les parents qui souhaitent demeurer à domicile, nationalisation de l'eau,
modernisation du système de santé, réforme du mode de scrutin, décriminalisation
d'une certaine forme de marginalité, économie de transformation dans les
régions, etc.
Les projets mobilisateurs ne manquent pas. Certains sont
coûteux, d'autres non, et il ne s'agit là que de suggestions. Mais une chose est
certaine : avec le rapport Séguin, l'État dispose d'un outil de légitimation
pour lui permettre de récupérer les montants qui nous appartiennent.
Si
Ottawa devait s'opposer à ces projets, payés à même ce que nous doit le fédéral,
ce sera à lui de répondre de son refus devant la population. Le Québec ira de
l'avant, même s'il a atteint les limites du fédéralisme canadien. Si un
gouvernement souverainiste et à tendance social-démocrate n'ose pas le faire,
comment les partis de droite, fédéralistes au surplus, récupéreront-ils l'élan
actuel du Québec ?
L'imputabilité, ou faire connaître son bilan
De façon simultanée, Bernard Landry doit faire connaître les
réalisations de son gouvernement à la population. L'ensemble des éditorialistes
et des acteurs de la société s'entendent pour dire que depuis trois ans le
Québec a eu droit à un excellent gouvernement. Il n'est pas question d'affirmer
que tout est parfait ! Mais n'empêche : qui est au fait de la teneur fabuleuse
de l'entente historique avec les Innus, de l'aide financière accordée aux
étudiants à temps partiel, des accords sur l'équité salariale, des positions
environnementales ou encore de l'augmentation du salaire minimum, celle-ci ayant
fait du Québec un État avec un des salaires minimums les plus élevés en
Amérique ? Et ce, sans parler d'économie forte et diversifiée, de création
d'emplois qui dépasse toutes les prévisions ou encore de l'explosion culturelle
du Québec. M. Landry, soyez fier de ce gouvernement et faites-le connaître à sa
juste valeur.
Nous ne croyons pas que le véritable questionnement soit
de savoir si Bernard Landry devra quitter ou rester à la suite des élections
partielles. Le questionnement réside plutôt dans l'attitude qu'il adoptera
devant cette croisée des chemins. Il doit savoir qu'avec un plan d'action
inclusif, nous serons plusieurs à prendre le bateau de cette nouvelle traversée
historique pour le Québec, avec lui comme capitaine.
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