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«« ADQ - ÉDUCATION
Les bons d'études de l'ADQ : un projet
stupide, inefficace et dangereux
Benoît Dubreuil étudiant en philosophie à l'Université de
Montréal et membre du Parti québécois
Le Soleil - samedi 13 juillet 2002
Lorsque le député du Parti
québécois David Payne a comparé l'ADQ au Front national, nombreux sont ceux qui
ont déchiré leur chemise sur la scène publique québécoise. Comment ? Notre petit
Mario n'a rien à voir avec ce vieux raciste de Le Pen, il est tellement
sympathique, tellement raisonnable. Comment pourrait-on le comparer avec ce
fasciste xénophobe ? Bien entendu, Le Pen est raciste. Bien entendu,
il est xénophobe. Mais il n'est pas que cela. Et c'est là que la ressemblance
avec l'ADQ surgit : sur le plan du projet social ultralibéral. Car Le Pen et
Dumont partagent au moins une conviction : celle que le marché et la compétition
sont des mécanismes qui permettent de résoudre à peu près tous les problèmes
sociaux. C'est l'État et son interventionnisme qui sont à la source de la
décadence de nos sociétés modernes : voilà la ligne directrice du programme
social de l'ADQ comme celle du programme du Front national.
Vous êtes
sceptiques ? Voici un exemple : les fameux bons d'études que l'ADQ propose de
remettre aux parents, afin de laisser à ceux-ci le droit de choisir l'école de
leurs enfants. De nombreuses personnes ont remarqué avec justesse que cette idée
provenait principalement de l'extrême droite religieuse américaine. Ce qu'ils
n'ont pas remarqué, c'est qu'on trouvait la même proposition en France, avec le
Front national.
On peut ainsi lire dans le programme de Le Pen, dans la
partie « enseignement », sous la rubrique « Redonner aux parents le choix de
l'école » : chaque famille française sera attributaire d'une allocation
annuelle, pour chacun de ses enfants soumis à l'obligation d'instruction. Le
chèque scolaire, financé par le budget de l'État, éventuellement complété par
les collectivités locales, variera en fonction de l'âge de l'enfant. Il permet
l'inscription de l'enfant dans l'école choisie par les parents, quel que soit
son statut.
On remet aux parents un bon équivalent à la
subvention attribuée par l'État pour l'éducation de leurs enfants. Les écoles
fixent ensuite leur prix d'entrée en fonction du marché et du service qu'elles
désirent offrir. Les parents choisissent ensuite l'école qui leur convient : si
celle-ci coûte plus cher que le bon qu'ils ont reçu, alors ils déboursent la
différence, sinon l'école est pour ainsi dire gratuite. L'idée est bien entendu
que l'introduction du principe du marché et de la compétition génère une
efficacité optimale dans la gestion du service
scolaire.
Conséquences On peut cependant s'imaginer les
conséquences d'une telle réforme : la première année rien ne change, tout le
monde reste dans la même école. La deuxième année, les écoles commencent à se
spécialiser, celles qui se trouvent dans les quartiers les plus riches
commencent ainsi à proposer de meilleurs services : si vous nous donnez 1000 $
de plus, votre enfant aura droit de fréquenter notre toute nouvelle salle
d'ordinateurs. Pour une autre tranche de 500 $, nous ferons construire une
superbe bibliothèque et un nouveau gymnase.
Les parents les plus pauvres
commenceront à subir la pression, plusieurs d'entre eux changeront d'école
devant la hausse des coûts (car il y aura une hausse des coûts, pour les
parents, comme pour le gouvernement). Les écoles des quartiers défavorisés
commenceront à se spécialiser également : elles deviendront les écoles de ceux
qui n'ont pas les moyens de payer de supplément.
Dans les petits villages
de mon Abitibi natale, où il n'y a parfois qu'une école tous les 50 ou 60
kilomètres, on peut s'attendre à un nivellement par le bas. Puisqu'il n'y aura
qu'une école, celle-ci devra offrir le service que peuvent payer les parents les
plus pauvres. À moins bien entendu que l'école offre différents services en
fonction de la contribution des parents : « Désolé, petit Pierre, tu ne peux pas
jouer au basket avec tes amis, parce que ton papa n'a pas payé les 150 $
nécessaires à la réparation du terrain. » On peut s'imaginer la dégradation des
conditions de travail des enseignants dans ce contexte.
La mixité
sociale ébranlée Derrière ce projet ultralibéral, c'est toute l'idée de
mixité sociale qui est en train de foutre le camp, c'est-à-dire l'idée que les
enfants doivent aller à l'école ensemble, peu importe leur milieu d'origine.
Avant d'être un lieu où l'on apprend à compter, l'école est un lieu de
socialisation. La principale chose qu'on apprend à l'école, c'est d'interagir
avec les autres. Une société qui sépare les riches des pauvres dès la tendre
enfance génère des problèmes sociaux qui deviennent par la suite insolubles.
D'ailleurs, un changement radical du système scolaire québécois serait
en ce moment tout à fait stupide. Tous les rapports internationaux démontrent
que nos élèves sont parmi les meilleurs. Le rapport PISA, préparé par l'OCDE,
nous indique que, si le Québec était un pays, ses étudiants seraient les
deuxièmes du monde en lecture, les deuxièmes en mathématiques et les troisièmes
en sciences. Il y a encore place à l'amélioration, puisque nous ne sommes pas
encore les premiers, mais ce n'est certainement pas du côté de l'ADQ que se
trouve la solution à nos problèmes d'enseignement.
Comme disait le sage :
pour chaque problème complexe, il y a une solution simple, et cette solution est
toujours la mauvaise…
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