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Petit guide à l'intention de Bernard Landry
Gil Courtemanche
Le Devoir samedi 6 et dimanche 7 juillet 2002
Chronique - Les vacances et l'été
n'interdisent pas la réflexion politique. Bernard Landry nous l'a dit récemment
en nous promettant de prendre l'air du temps québécois et de nous revenir à la
rentrée avec les fruits de ses cogitations. Le défi du chef du Parti québécois
n'est pas mince. Comment contrer la vague déferlante de l'ADQ, limiter la
tentation droitiste qui se manifeste dans son parti et redonner de la chair et
du sang au squelette social-démocrate dont il se prétend le défenseur? Comment
redonner du souffle à un parti qui bat de l'aile et tire la patte afin d'éviter
la catastrophe annoncée?
Voici quelques pistes de réflexion que je
propose amicalement au premier ministre qui, avouons-le, a besoin d'aide peu
importe d'où celle-ci provient. On l'a vu à travers la sortie de Joseph Facal :
le premier réflexe du péquiste apeuré par l'abîme électoral qui s'annonce, c'est
de se coucher dans le discours adéquiste plutôt que de répondre au véritable
désarroi qui pousse tant d'électeurs à essayer n'importe quoi pour s'en sortir.
Au coeur de ce profond malaise se profile un sentiment diffus mais
angoissant : le contrôle de nos vies nous échappe. Nous ne serions plus que des
numéros anonymes que bousculent la «nouvelle économie» et les scandaleux
prédateurs qui la dirigent. Au gré des milliardaires de Nortel, Enron, WorldCom
ou Vivendi, des centaines de milliers d'emplois disparaissent, des fonds de
pension s'envolent en fumée, des usines s'évanouissent.
L'ADQ chante la
gloire de ce capitalisme primaire. Plutôt que de tenter d'accompagner cette
course folle au profit, peu importe la fraude qu'il faille commettre, il faut
que ceux qui s'opposent à l'ADQ se dressent et disent qu'ils refusent ces
dérives assimilables au banditisme de grand chemin. Il est temps de dire qu'il
faut civiliser le capitalisme et que c'est la politique, la volonté des
citoyens, le bien commun et finalement les intérêts individuels qui doivent
contrôler l'économie puisque celle-ci prétend décider du destin de chacun. Par
exemple, dans plusieurs pays civilisés et capitalistes, une entreprise qui ferme
une usine doit prouver qu'elle ne peut pas faire autrement, sinon elle doit
payer pour fermer. L'ADQ nous propose de vivre au rythme du Nasdaq. Le PQ
pourrait peut-être proposer modestement de vivre au rythme des citoyens et de
leurs besoins.
Cela signifie non seulement se rapprocher, sortir de la
capitale et des officines bureaucratiques, cela veut surtout dire redonner le
gouvernement aux citoyens. Je ne parle pas ici de démocratie directe,
d'autogestion. Je parle de proximité.
C'est
par la proximité qu'il faut répondre au simplisme de l'argumentation adéquiste
sur la grosseur du gouvernement, non pas par une promesse folle de le trancher
en deux. Le gouvernement n'est pas trop gros. Il n'est pas assez efficace, il
n'est pas assez souple et il nous est trop étranger parce qu'il est trop
centralisé. Les gens ne réclament pas moins de services et ne protestent pas
contre les coûts de ces services. Ils souhaitent se sentir chez eux et respectés
dans ces services, qu'il s'agisse d'hôpitaux, d'écoles ou de programmes de
formation. Ce n'est pas le service qu'ils contestent, c'est la case fermée comme
une prison dans laquelle on les enferme.
Ainsi, pourquoi ne pas explorer
de nouvelles avenues qui accorderaient la responsabilité de services quotidiens
importants à des niveaux de pouvoir inférieurs et plus près des citoyens ? Dans
plusieurs pays européens qu'on qualifie de centralisés, dont la France, les
garderies et les écoles primaires et secondaires relèvent des municipalités.
À propos des régions, l'ADQ n'a absolument rien à dire, bien qu'on
commence à percevoir ce parti comme le champion des oubliés. Belle ironie ! Les
régions recherchent deux choses : la prospérité, ou plutôt une certaine forme de
sécurité, et le respect de leur différence. Voilà des aspirations que le PQ,
parmi tous les partis, devrait non seulement comprendre mais encore plus porter
à bouts de bras. Il y a exactement 20 ans, le ministre français Gaston Deferre
présentait une loi de décentralisation qui conférait aux régions, en plus d'une
désignation administrative comme au Québec, des instances politiques, des
sources de revenus et des compétences précises partagées avec le pouvoir
central.
Vingt ans plus tard, le premier ministre français Raffarin
(n'oublions pas que la France, selon le PQ, a un gouvernement outrageusement
centralisé) a annoncé cette semaine qu'il accordera encore plus de compétences
aux régions, qu'il inclura leur statut dans la Constitution et que son
gouvernement est prêt, dans certains domaines, à leur céder des responsabilités
exclusives.
Pourquoi un gouvernement aussi conservateur que celui de
Jacques Chirac répond-il par des ouvertures décentralisatrices et finalement
progressistes au désarroi des Français ? Parce que l'extrême droite avait
répondu comme l'ADQ à ce même désarroi : par la glorification du capitalisme pur
et la dénonciation de la pieuvre gouvernementale. Ce vieux conservateur de
Chirac s'est dit que ces réponses étaient trop simples. Je ne peux pas croire
que Bernard Landry soit encore plus conservateur et centralisateur que son ami
Chirac et qu'il refuse d'explorer, au cours de cet été de réflexion, des
manières nouvelles de gouverner. Car c'est bien ce que la population réclame :
pas moins de gouvernement mais un meilleur gouvernement. Voilà le défi :
gouverner autrement.
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