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«« Affaire Lebel
Équité territoriale: coup double grâce à Lebel
Carol Néron
Le Quotidien Le mercredi 14 août 2002
Éditorial - Connues seulement d'une poignée d'initiés il y a à peine quatre mois, les négociations territoriales relatives à l'Approche commune menées par les fonctionnaires des gouvernements fédéral et provincial, avec les communautés innues du Saguenay—Lac-Saint-Jean et de la Côte-Nord, retiennent maintenant l'attention de tout le Québec.
Le printemps dernier, des citoyens de la région oeuvrant au sein de la Société du 14-Juillet, qui compte notamment parmi ses membres l'historien engagé Russel Bouchard et l'auteur controversé de «La Désintégration des régions», Charles Côté, entreprenaient une vaste offensive en vue d'alerter l'opinion publique québécoise. Peu de temps après cette première intervention publique du groupe de pression naissait la Fondation pour l'équité territoriale. L'organisme, présidé par l'ancien maire de La Baie, Réjean Simard, a lancé au début de l'été un vaste mouvement de consultation auprès des communautés blanches susceptibles d'être touchées par l'application de l'entente.
Jusqu'à ce que, la semaine dernière, le député bloquiste de Chambly, Ghislain Lebel, somme publiquement le gouvernement Landry de s'expliquer sur le contenu de la négociation, l'Approche commune ne faisait l'objet d'aucune attention particulière de la part de la presse nationale. En fait, seul Le Soleil couvrait les différentes réunions d'information organisées en catastrophe à l'intention des Blancs de la Côte-Nord et de la région, rendus subitement inquiets dans la foulée des différents scénarios évoqués par la Société du 14-Juillet et la Fondation pour l'équité territoriale.
Un pavé
Le pavé jeté dans la mare du gouvernement québécois par Ghislain Lebel rend un fier service aux différents groupes de pression qui tentent, avec raison, d'obtenir plus d'éclaircissements sur les conséquences réelles de l'application prochaine des dispositions contenues dans l'Approche commune. Les réactions virulentes des collègues bloquistes du député de Chambly et celles de Bernard Landry, face à ce que la famille souverainiste considère comme un délit d'opinion doublé d'un crime de lèse-majesté à l'égard du chef péquiste, font l'objet de longues analyses dans la presse montréalaise. Ce ressentiment est tel qu'il ouvre toute grande la porte à une contestation publique du leadership de Gilles Duceppe.
En réclamant lundi des excuses de Ghislain Lebel à défaut de la démission de ce dernier, le député bloquiste de Roberval, Michel Gauthier, jette de l'huile sur le feu. C'est que le représentant de Chambly aux Communes semble avoir pris la précaution d'assurer ses arrières. Il pourrait compter en effet dans son offensive contre l'Approche commune sur l'appui de plusieurs de ses collègues du caucus.
Le droit de tout savoir
Le leadership de Gilles Duceppe pourrait donc être mis en péril par l'Approche commune. Les groupes de pression du Saguenay—Lac-Saint-Jean et de la Côte-Nord qui tentent depuis plusieurs mois de forcer les deux niveaux de gouvernement à se montrer plus loquaces dans ce dossier ne pouvait espérer meilleure publicité! Dans leurs éditions d'hier, La Presse et Le Devoir mettaient encore en relief l'affaire Lebel à travers des analyses fouillées touchant des ententes intervenues au cours des dernières années avec les communautés innues. Le traité en voie d'être signé et qui est présentement chez nous à l'origine de beaucoup d'inquiétude faisait également l'objet d'un long article.
L'objectif principal de la Fondation pour l'équité territoriale n'est pas de compromettre la ratification historique de l'Approche commune par des pressions injustifiées ou une chasse aux sorcières. De l'aveu même de ses initiateurs, l'organisme veut que toute la lumière soit faite sur plusieurs points obscurs du futur traité afin d'éviter les mauvaises surprises. Avec leurs modestes moyens en comparaison du puissant lobby autochtone rompu à toutes les astuces, ils veulent sensibiliser l'opinion publique québécoise à tous les éléments du débat.
En cela, la Fondation doit certainement une fière chandelle au député de Chambly, Ghislain Lebel...
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