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«« Affaire Lebel
L'outrage
Christiane St-Pierre
Le Nouvelliste Le mercredi 14 août 2002
Éditorial - Le député bloquiste de Trois-Rivières s'offusque des propos de son collègue Ghislain Lebel qui accuse Bernard Landry de traître à propos de l'entente de principe rédigée entre le gouvernement du Québec et les communautés Innus.
"M. Landry est un grand souverainiste. Il s'est battu toute sa vie pour la cause du Québec. Ce n'est pas le temps de se crier des noms!", déplore Yves Rocheleau.
Ces propos sont dépourvus de sens critique. On serait en droit d'attendre une réflexion plus articulée de la part d'un député qui n'en est pas à sa première crise au sein du parti.
Cette proclamation de foi souverainiste a recours à une argumentation peu étoffée et partisane. Monsieur Rocheleau illustre l'attitude de nombreux souverainistes à occulter les questions de nature politique au profit de la cause. Cette sortie passionnelle affiche l'impuissance d'un député à exercer un regard davantage nuancé et plus critique sur le déroulement de l'affaire Lebel.
Son indignation sur le sort que Lebel réservait à monsieur Landry est inappropriée et irrationnelle. Il aurait dû s'en prendre au contenu de l'entente et à la compréhension du député Lebel sur les conséquences de la négociation.
L'argument d'Yves Rocheleau est plutôt embarrassant pour les citoyens qui l'ont élu. Son acharnement stérile à la cause souverainiste ne contribue en rien à endiguer les problèmes que vit la région. De plus, il prive les contribuables de débattre des enjeux économiques et sociaux d'un comté éprouvé plus d'une fois dans ces domaines. On s'attend à tout le moins qu'il continue de faire contrepoids au parti de Jean Chrétien.
Le "Bulletin parlementaire" du Bloc québécois, que distribue le député aux citoyens du comté, démontre l'importance qu'il accorde à la défense de la cause. Les comptes rendus mondains avec les amis du parti et quelques citoyens sympathiques occupent essentiellement l'espace. Seul le mot du député, en guise d'introduction, permet de recenser les dossiers sur lesquels travaille monsieur Rocheleau.
Le député de Trois-Rivières est pourtant bien engagé dans sa communauté. Son intervention sur le Centre intégré de recherche en pâtes et papiers et le soutien donné aux travailleurs de Fruit of the Loom ont pourtant donné de l'élan.
L'outrage éprouvé par le député bloquiste de Trois-Rivières à l'endroit de monsieur Landry détonne par rapport aux divergences de point de vue qui animent son collègue sur un dossier plus complexe que le niveau des accusations.
Yves Rocheleau a raison de s'interroger sur le contenu de l'entente, mais le discours juvénile porté à la défense de Bernard Landry dans Le Nouvelliste est une perte de temps.
Plutôt que de faire écho aux slogans de la souveraineté, monsieur Rocheleau devrait travailler davantage à améliorer l'emploi, le tourisme et le développement industriel.
Réplique
Mme St-Pierre et M. Lebel
Claude Boulay
Trois-Rivières
TRIBUNE LIBRE, le 15 août 2002 (publié dans Le Nouvelliste 17.8.2002 sous le titre «M. Rocheleau a bien fait!»)
Il semble que la canicule affecte autant Mme Christiane St-Pierre qu'elle affecte M. Ghislain Lebel. À preuve, l’étrange éditorial contre le député de Trois-Rivières.
Si un député de son parti accuse le premier ministre du Québec d’être un traître à la cause souverainiste, M. Yves Rocheleau n’a-t-il pas le droit de s’en dissocier? Étant donné que M. Lebel s’est vanté d’avoir des appuis au sein du caucus bloquiste, n’est-ce pas même le devoir de M. Rocheleau de le faire?
Mme St-Pierre s’en prend à ce qu’elle appelle " l’acharnement souverainiste " du député. Puisque c’est comme souverainiste qu’il a été élu, quel mal y a-t-il à ce qu’il le demeure? Faudrait-il qu’il change de chemise comme d’autres l’ont fait? Ne serait-ce pas alors " trahir la cause souverainiste "? Elle laisse entendre que les convictions souverainistes de M. Rocheleau l’empêcheraient de travailler à améliorer l’emploi, le tourisme et le développement industriel. D’une part, quel rapport y a-t-il avec le sortie de M. Lebel? D’autre part, en quoi les convictions souverainistes d’en député l’empêcheraient-elles de s’occuper de ces questions?
M. Lebel a peut-être des choses importantes à dire. Il paraîtrait qu’il a rédigé un texte de 80 pages sur cette question des accords avec les autochtones. Le moins qu’on puisse dire, c’est qu’il ne s’arrange pas pour qu’on ait envie de le lire. Qui veut se farcir le pensum de lire la prose d’un politicien qu’y s’exprime en termes aussi démagogiques?
Outre son accusation de " trahison " à l’endroit de M. Landry, M. Lebel déclare que le gouvernement québécois est " prêt à tout pour garder le pouvoir ". C’est l’exact contraire de la vérité. Le gouvernement québécois n’est pas parfait et on peut lui faire beaucoup de reproches. Mais il n’a cessé de faire preuve de courage dans plusieurs dossiers importants qui l’exposaient justement aux attaques les plus démagogiques : l’élimination du déficit, la déconfessionnalisation des commissions scolaires, les fusions municipales et, très récemment, la loi spéciale pour obliger les médecins à travailler dans les urgences.
Un autre argument de M. Lebel est que les négociations avec les autochtones constituent une reconnaissance tacite de la constitution de 1982, puisque le gouvernement fédéral y prend part. C’est tout à fait loufoque. Tant que le Québec ne sera pas indépendant, il devra négocier avec Ottawa, que ce soit en ce qui concerne la santé, les programmes d’infrastructures ou le déséquilibre fiscal. Dans le cas de la création des commissions scolaires linguistiques, mentionnées plus haut, il a fallu négocier avec Ottawa. M. Lebel a voté pour cet amendement constitutionnel. Serait-il un traître?
" Il n’y avait pas urgence à aborder ces négociations avec les autochtones " déclare M. Lebel. Faut-il attendre qu’il y ait urgence avant de négocier quoi que ce soit? D’autre part, il faudrait lui rappeler quelques faits :
Après le coup de force constitutionnel de Trudeau en 1982, le gouvernement du Parti Québécois était résolu à boycotter les conférences constitutionnelles. En 1983, une commissions parlementaires réussit à convaincre le premier ministre René Lévesque d’assister à ces conférences, afin de ne pas nuire aux autochtones.
En 1985, l’Assemblée nationale vota en faveur d’une résolution qui reconnaissait dix nations autochtones (devenues onze depuis) dans la province.
Le 2 décembre 1990, un document préparé par des représentants du Parti Québécois et des autochtones fut présenté au conseil national du PQ. Les rapports entre un Québec souverain et les autochtones seraient définis dans un nouveau contrat social qui serait négocié et qui remplacerait les traités existants. Les onze nations autochtones obtiendraient une large autonomie avec, notamment le pouvoir de lever des impôts et de gérer leurs territoires.
On voit donc que ce n’est pas d’hier que cette question fait partie du programme du PQ et que le gouvernement n’a pas agi avec précipitation.
M. Lebel me fait penser à ces Canadiens anglais qui défilent dans les rues à la veille d’un référendum en scandant " We love Quebec ". Et qui, ayant gagné ledit référendum, refusent la moindre concession au Québec, que ce soit en ce qui a trait aux bourses du millénaire, au traitement des jeunes contrevenants ou au régime des congés parentaux. " Société distincte? Quelle société distincte? Nous avons gagné le référendum. "
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