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«« Un 3e référendum
Déconnectés
André Pratte
La Presse - Le vendredi 6 septembre 2002
Éditorial - Le premier ministre Bernard Landry pourrait annoncer en fin de semaine, à l'occasion du conseil national du Parti québécois, qu'il s'engage à tenir un référendum sur la souveraineté lors d'un prochain mandat. Tout peut changer d'ici là, mais c'est en tout cas la décision qui avait été prise mercredi, et qui a été éventée par le ministre Jean-Pierre Charbonneau. On doit en conclure que ce premier ministre, ce gouvernement et ce parti sont totalement déconnectés de la population du Québec.
Les sondages comme toutes les conversations le démontrent: la grande majorité des Québécois ne veut rien savoir d'un référendum sur la souveraineté au cours des prochaines années. Il faut que le gouvernement Landry soit en état de panique avancé pour s'imaginer que la perspective de reprendre le débat sur la souveraineté améliorera sa cote de popularité. Au contraire, cela risque de faire dérailler toute la stratégie élaborée par le gouvernement cet été, qui visait à regagner la faveur populaire en présentant un ambitieux plan d'action, relatif notamment à la santé et à l'emploi.
Alors, pourquoi? Les tenants d'un engagement ferme sur la tenue d'un référendum estiment que sans cela, les militants les plus fidèles, ceux sans qui on ne peut faire d'élections sur le terrain, délaisseront le parti. Pour remobiliser ces indépendantistes de la première heure, il faut les faire rêver à nouveau, quitte à leur offrir des chimères. Autrement dit, sauvons les meubles en se branchant sur le noyau dur du PQ, quitte à s'éloigner à des années-lumière de l'état d'esprit du gros de l'électorat.
L'autre hypothèse sous-tendant ce raisonnement part du constat que, de sondage en sondage, malgré l'impopularité croissante du gouvernement Landry, l'appui à la souveraineté reste stable, à environ 40%. Au gouvernement, certains croient qu'en refaisant de la souveraineté un enjeu, on ramènera au bercail des brebis souverainistes égarées dans les prés de l'ADQ.
Ce raisonnement ne tient aucun compte du fait que, parmi les gens qui voteraient oui à un référendum, plusieurs sont convaincus que le gouvernement du Québec ferait mieux de s'attaquer à d'autres priorités, et que le temps n'est pas venu du tout pour une reprise du débat sur cette question déchirante. Ce point de vue raisonnable et réaliste est défendu par certains ministres. Mais ceux-ci sont aujourd'hui, apparemment, en minorité.
Il y a aussi beaucoup de gens au PQ convaincus que l'option stagne parce que le gouvernement n'en fait pas une promotion assez agressive. Ce vieux courant se manifestera encore une fois au conseil national de la fin de semaine. Une résolution demande la tenue d'un Congrès extraordinaire sur la souveraineté, une autre exige que le PQ et les députés fassent «de la promotion de la souveraineté leur priorité d'action politique». Comme si la question n'avait pas été débattue à satiété au Québec depuis 40 ans!
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Divisé, déboussolé, le gouvernement Landry s'apprête à lancer des initiatives importantes et controversées, par exemple en matière de lutte contre la pauvreté, de plein emploi et de santé. Ces politiques, amenées dans la précipitation, dans un contexte extrêmement partisan, risquent de coûter cher en argent et en énergies. Tout cela, maintenant, sur fond de débat surréaliste sur la souveraineté.
De sondage en sondage, les Québécois manifestent leur insatisfaction croissante à l'égard du gouvernement du Parti québécois. Ils souhaitent la tenue d'élections dès cet automne. Le premier ministre devrait être à leur écoute, plutôt que de se laisser guider par une base militante de plus en plus étroite.
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