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«« géopolitique
Laval, 25 novembre 1999
Lettre publiée dans LeDevoir du 14.12.99
M. Chrétien a dit qu'il voulait que «son parti soit reconnu comme celui qui n'a pas eu peur de s'assurer qu'il y aura une question et un résultat clairs au prochain référendum et que le Canada restera ensemble».
Nul doute, le Canada va rester ensemble, mais pas de la manière dont le pense Jean Chrétien. D'abord, le Canada est un continent distinct au nord des Amériques. Il est dix fois plus étendu que la Scandinavie en Europe, qui a vécu et continuera de vivre comme entité geographique distincte. Ensuite, le Canada est un Etat centraliste, unitaire et orangiste (alias Canadian) et voilà ce qui fait réellement problème, non seulement au Québec mais également au Canada anglais. Que tout le continent se mette ensemble pour se défaire d'Ottawa dont personne n'a besoin et M. Chrétien l'aura, son «unité canadienne». Elle lui sautera au visage comme elle a déjà sauté au visage de Brian Mulroney au référendum de 1992.
Désormais, la situation risque de devenir explosive, sauf que Jean Chrétien aura trouvé le moyen de prendre la fuite avant que tout le système qu'il a défendu tourne au plus mal et il trouvera ensuite le moyen de blâmer les autres.
Au Forum des fédérations, le 8 octobre dernier, Bill Clinton, président des Etats-Unis, a déclaré avoir lui-même autorisé beaucoup de transferts de pouvoirs de Washington en faveur des Etats, qui sont en train de devenir des Etats avec la majuscule, au point d'affaiblir Washington et de renforcer la position politique des États.
En stratégie géopolitique, cette manière d'agir met en pratique les principes d'effectivité de l'Etat qui ont fait leurs preuves: appréciation rigoureuse, correcte et objective du contexte et de la situation, détermination d'objectifs pratiquables, maintien du moral et de la confiance, simplicité et souplesse, coopération, etc. Ce comportement fait preuve de trop d'intelligence pour les bornés qui gouvernent à Ottawa.
Lorsqu'on se sent obligé de déclarer publiquement qu'«on n'a pas peur de faire telle ou telle chose», c'est qu'on a peur d'en faire d'autres plus importantes, comme par exemple reconnaître que la fiscalité d'Ottawa n'a plus de crédibilité et qu'il serait normal de la retourner aux provinces, en conformité avec l'esprit d'une authentique Confédération, qui est une union d'Etats souverains.
Ajoutez-y le courage et la lucidité d'admettre le fiasco des transports, contre lequel le Québec théoriquement référendaire peut utilement servir de bouc émissaire, le centralisme et l'unitarisme des communications, l'incompétence cuisante du SCRS, surtout organisé pour watcher les gros méchants «séparatisses» du Québec, et l'inertie de tout le reste. Voilà ce dont Ottawa devrait réellement avoir peur. Ce n'est pas le Canada qui est en danger mais Ottawa, dont le Canada et surtout le Québec peuvent se passer. Voilà ce qu'il faut avoir le courage de dire.
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