«« géopolitique

Choisir entre Québec et Ottawa

René-Marcel Sauvé
Laval, 6 juin 1999

Lettre publiée dans LeDevoir du 22 juin 1999


Dans son texte publié dans Le Devoir des 5-6 juin («Sécession et nationalisme exclusif»), Stéphane Dion soumet deux «grandes» déclarations principales...

  • «Le nationalisme québécois est en général ouvert : dans "notre" grande majorité, nous nous sentons à la fois Québécois et Canadiens.»

  • «Si les deux tiers des Québécois ne veulent pas de troisième référendum, c'est qu'ils ne veulent pas qu'on les force à choisir entre le Québec et le Canada» (sic).

  • Premièrement, il ne s'agit pas pour les Québécois de choisir entre le Québec et le Canada mais entre Québec et Ottawa, et ce n'est pas la même chose. Québec est le chef-lieu du pouvoir des Québécois et Ottawa, le chef-lieu d'un autre pouvoir auquel les Québécois sont inféodés, non pas opprimés, mais inféodés, ce qui est déjà un désavantage considérable puisqu'il soumet notre dynamique grandissante à la merci de quelqu'un d'autre, notamment les fonctionnaires fédéraux et les grands patrons des grosses entreprises. Le Québec possède déjà son propre État naturel et ne peut continuer de se soumettre à l'arbitraire d'un pouvoir postimpérial, centraliste et unitaire.

    D'autres provinces ont maintenant atteint le statut de fait (de facto) de véritables Etats et Ottawa devra les reconnaître s'il ne veut pas se retrouver avec une guerre civile.

    Au nord des Amériques, le Canada est un véritable continent distinct et comme tel, il n'a pas à devenir le siège d'un Etat central unitaire mais de plusieurs Etats distincts, ainsi que la géographie le commande. Lorsqu'ils choisiront enfin de se défaire d'Ottawa, les Québécois resteront Canadiens de la même manière que les Suédois, les Norvégiens, les Danois, les Finlandais et les Islandais sont restés Scandinaves après le démantèlement final de l'Union Kalmar. La politique est affaire d'intérêts, de rapports de forces et d'effectivité, non d'affectivité.

    Le Québec et même les autres provinces ont intérêt à se soustraire de la tutelle et de l'inféodation à Ottawa. Leur position s'en trouvera renforcée parce qu'elles deviendront des Etats reconnus et leur dynamique deviendra plus effective à cause de la concentration et de l'économie de l'effort qui en résulteront. Toute la question est là. N'est-ce pas Stéphane Dion qui a vanté l'Etat naturel selon le philosophe prussien Johann Gottfried Herder (1744-1803) devant le London School of Economics? Il devrait être le premier à l'appuyer.