«« PLQ - Un fédéralisme à tout prix
«« ADQ - virage fédéraliste

Deux poids, deux mesures

Michel David
Le Devoir Le mardi 1er octobre 2002




Chronique - Malgré les silences coupables de Mario Dumont, lors de sa récente visite au Canadian Club de Toronto, Jean Charest prend un certain risque en lançant un concours pour déterminer qui, de lui ou du chef de l'ADQ, est le plus grand défenseur des intérêts du Québec.

Il est vrai que M. Charest a payé le prix politique de son attachement au concept de «société distincte», à l'époque où il était chef du Parti conservateur, comme il l'a rappelé dimanche soir, à la clôture du conseil général du PLQ, mais avait-il vraiment le choix?

Au reste, M. Dumont pourrait lui répliquer que c'était un juste retour des choses, après tout ce qu'il a fait pour le diluer, au printemps 1990, quand il a accepté de présider un comité dont l'objectif avoué était de trouver un accommodement avec Jean Chrétien, quitte à se retrouver avec une coquille vide.

M. Charest a toujours soutenu qu'il avait accepté cette mission sur les conseils de Lucien Bouchard, qui s'est ensuite empressé de se donner bonne conscience en démissionnant du cabinet Mulroney. Il est vrai que le comportement de M. Bouchard dans cette affaire n'est pas exempt de reproche, mais on retient surtout qu'il est parti et que l'autre est resté.

Le chef de l'ADQ pourrait également lui rappeler qu'il faisait partie d'un gouvernement qui a voulu entraîner le Québec dans cette triste farce qu'était l'entente de Charlottetown, avec ses six droits de veto au lieu d'un et ses 32 gains bidon, alors que lui, à peine âgé de 22 ans, avait résisté à toutes les pressions de Robert Bourassa, qui savait pourtant être persuasif, et préféré quitter le PLQ pour s'enrôler dans le camp du oui. Bref, M. Charest aura du mal à effacer de l'esprit des Québécois l'image du Super Mario du début des années 90.

C'est précisément là le problème. Mario Dumont semble croire que son passé d'ancien combattant fait foi de tout et le dispense des obligations auxquelles les autres chefs de parti ne pourraient se soustraire sans soulever un tollé.

Au printemps dernier, M. Charest avait ordonné à tous ses députés d'annuler leurs activités et d'être présents à l'Assemblée nationale pour le vingtième anniversaire du rapatriement unilatéral de la Constitution, tandis que le fauteuil du député de Rivière-du-Loup était resté vide.

Plutôt que d'associer sa voix à celles des autres membres de l'Assemblée nationale pour dénoncer ce coup de force sans précédent dans notre histoire constitutionnelle, M. Dumont avait préféré d'adresser aux membres d'une Chambre de commerce et participer à une assemblée partisane, comme s'il planait au-dessus de ces contingences.

Je n'ose pas imaginer ce qu'on aurait dit et écrit de M. Charest, s'il s'était absenté ce jour-là. A moins qu'il n'ait été à l'article de la mort, il aurait été crucifié sur la place publique, alors que l'absence du chef adéquiste a été à peine notée. De la même façon, si M. Charest avait prononcé un discours aussi lénifiant que celui du chef de l'ADQ devant un auditoire canadien-anglais, on l'aurait aussitôt accusé de haute trahison. Cette pratique des «deux poids, deux mesures», dont le chef de l'ADQ a longtemps bénéficié, n'a que trop duré.

M. Charest lui reprochait, dimanche, d'avoir passé sous silence la question du déséquilibre fiscal à Toronto, mais il y a bien d'autres sujets dont il aurait pu entretenir ses hôtes ontariens. Par exemple, je suis sûr qu'ils auraient trouvé fascinant son projet d'une «Charte du Québec», qui a été formellement approuvé par les délégués au conseil général de l'ADQ, en juin 2001.

Les membres du Canadian Club auraient sans doute été surpris d'apprendre qu'elle inclurait non seulement une «affirmation des droits politiques du peuple québécois», notamment son droit à l'autodétermination, mais également la définition d'une citoyenneté québécoise qui serait distincte de la citoyenneté canadienne. Intéressant, non?

Il est vrai que M. Dumont n'en parle jamais au Québec non plus. Doit-on comprendre qu'à l'instar de sa «proposition de paix constitutionnelle», cette Charte a disparu de son écran radar? Qu'il s'agissait simplement d'un autre gadget jetable pour attrape-nigauds nationalistes?

Tant qu'il réclamait l'équivalent du rapport Allaire, le chef de l'ADQ avait beau jeu de dénoncer le «fédéralisme à genoux» de Jean Charest. Depuis son discours Toronto, il n'y a plus aucune raison de croire qu'il serait en mesure de faire mieux, qu'il s'agisse de récupérer des points d'impôt ou de faire modifier l'entente sur l'union sociale à la satisfaction du Québec.

Maintenant que M. Dumont a décidé de jouer à fond la carte canadienne, il doit dire comment il entend faire en sorte que le Québec réalise des gains concrets. Une stratégie en matière de relations fédérales-provinciales ne s'improvise pas du jour au lendemain. Le chef de l'ADQ a déclaré à Toronto que son gouvernement «veut faire du Québec un partenaire sérieux et engagé», mais encore? Force est de constater que le programme de l'ADQ à ce chapitre ne contient strictement rien d'autre que sa «Proposition de paix constitutionnelle».

La création d'un Conseil de la fédération, comme le propose le PLQ, n'est peut-être pas la panacée, mais on peut toujours espérer qu'il fera, à terme, contrepoids à l'arbitraire fédéral, à tout le moins en partie. Quand le rapport Pelletier avait fait cette recommandation, la réaction de Mario Dumont avait été immédiate. C'était «reconnaître que le Québec est une province comme les autres». Quelqu'un l'a-t-il entendu dire le contraire à Toronto?

mdavid@ledevoircom