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Pierre Trudeau a insisté pour que la GRC espionne le Parti québécois

DEAN BEEBY



HALIFAX (PC 21.10.2002) - L'ancien premier ministre Pierre Trudeau a demandé expressément au Service de renseignement de la Gendarmerie royale du Canada d'espionner le Parti québécois de René Lévesque, peu après sa prise de pouvoir en 1976, affirme un nouveau livre.

Quelques semaines après la victoire de René Lévesque, le 15 novembre 1976, M. Trudeau voulait que la GRC compile des renseignements sur les mouvements séparatistes du Québec, même si ceux-ci proposaient d'arriver à la souveraineté par des moyens démocratiques, soutient l'historien Steve Hewitt.

En vertu des règles émises par le cabinet, la GRC ne pouvait obtenir des renseignements sur les groupes séparatistes que si ceux-ci utilisaient la violence pour arriver à leurs fins.

Le livre de M. Hewitt, intitulé Spying 101: The RCMP's Secret Activities at Canadian Universities, 1917-1997, contredit la version traditionnelle selon laquelle l'ancien premier ministre aurait demandé à la GRC de ne plus enquêter sur le PQ après sa victoire aux urnes.

"Il y avait vraiment une atmosphère de crise à mesure que la date de l'élection du gouvernement Lévesque approchait, a raconté M. Hewitt en interview. Le gouvernement Trudeau voulait que la GRC s'implique davantage."

Se référant à des documents obtenus en vertu de la Loi d'accès à l'information, M. Hewitt a d'autre part découvert que la GRC et le Solliciteur-général de l'époque avaient résisté aux pressions du premier ministre.

"Pour arriver à des renseignements valables, il faudrait mettre le premier ministre et les membres de son cabinet sous surveillance secrète", signale un document daté de février 1977 provenant du bureau du solliciteur-général, et lu par M. Hewitt.

"Pendant combien de temps pourrait-on cacher de telles activités du public? (...) La GRC ne peut pas se permettre d'être soupçonnée d'espionnage politique."

"Les Mounties eux-mêmes refusaient de s'impliquer", a ajouté M. Hewitt. Il faut dire que la GRC avait déjà été mise dans l'eau bouillante pour certaines activités à l'endroit des séparatistes et elle ne voulait pas souffrir d'autres embarras, rappelle l'auteur.

Dans ses mémoires publiées en 1993, l'ancien premier ministre Trudeau ne faisait aucunement état d'une tentative d'espionner le Parti québécois après son élection. Mais il a écrit que "tant que les séparatistes se sont limités à faire la promotion démocratique d'un Québec souverain, il n'a jamais été question de faire intervenir la police."

M. Trudeau affirmait aussi être intervenu à l'occasion durant les années 1970 pour tirer sur les rênes de la GRC lorsque celle-ci surveillait de trop près le Parti québécois.

Le Service de renseignement de la GRC avait en fait déjà recruté une taupe au sein du gouvernement Lévesque, mais aucun des documents obtenus par M. Hewitt n'en fait mention.

Selon un fonctionnaire qui serait au courant du contenu des documents obtenus par M. Hewitt, il est difficile de conclure si c'est M. Trudeau lui-même ou des membres de son cabinet qui ont fait pression auprès de la GRC pour espionner le PQ.

M. Hewitt affirme cependant que des documents importants à cet effet portent la signature de M. Trudeau et que de telles initiatives n'auraient pas été laissées à la seule discrétion de membres importants du cabinet.