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«« démission du ministre Bégin
La colère de Bégin
Gilbert Lavoie
Le Soleil mardi 29 octobre 2002
Éditorial -
Le ministre de la Justice, Paul Bégin, n'a leurré personne hier, en se drapant de la cause souverainiste pour annoncer sa démission du cabinet Landry. Même si l'essentiel de sa lettre de démission portait sur la souveraineté, c'est l'intervention de Bernard Landry dans le dossier des procureurs qui a provoqué sa démission. Et sur ce point, M. Landry a manqué de doigté, encore une fois...
Rentré de Londres la veille, le premier ministre a nommé un médiateur sans même en discuter en privé avec son ministre, qui s'objectait à une telle avenue. Hospitalisé mercredi matin pour une opération à un œil, M. Bégin a été mis devant un fait accompli à sa sortie de la salle d'opération. Pire encore, M. Landry a annoncé sa décision en réponse à une suggestion du critique libéral en matière de justice, Jacques Dupuis. Un peu comme si le premier ministre avait préféré la position de M. Dupuis à celle de son ministre.
Bernard Landry a eu raison d'intervenir dans le dossier des procureurs de la Couronne. L'entêtement notoire de son ministre avait mené à un cul-de-sac et à un bris du lien de confiance avec les procureurs. Mais le premier ministre a démontré, comme dans le cas de Guy Chevrette et de Jacques Brassard, son incapacité de gérer harmonieusement les relations humaines. Cela est d'autant plus incompréhensible que c'est le même Paul Bégin, soldat loyal pour la cause souverainiste, qui s'était rendu en Floride l'hiver dernier, pour tenter de convaincre Guy Chevrette de revenir au bercail et d'assumer la direction générale du Parti québécois.
La démission de Paul Bégin, dans de telles circonstances, pourrait bien avoir un coût. Après avoir sacrifié son ministre, on imagine facilement la pression que le premier ministre mettra sur le médiateur qu'il a désigné pour régler le dossier des procureurs de la Couronne. Car un échec de la médiation donnerait raison à M. Bégin et tort à Bernard Landry.
Si le premier ministre a mal géré ce dossier, Paul Bégin n'a guère fait mieux en invoquant la cause souverainiste pour justifier son départ. M. Bégin est un indépendantiste convaincu.
Il a déclaré, l'an dernier, que ce n'est pas à la population « de nous dire ce que nous devons faire », en parlant de la tenue d'un référendum. Il a rappelé que le gouvernement n'a pas demandé la permission de la population avant de faire les fusions municipales. Quand on a des opinions aussi tranchées, on n'attend pas une chicane avec les procureurs pour démissionner.
M. Bégin aurait pu manifester son désaccord au Conseil national du PQ, à Gatineau, quand les militants ont applaudi à la promesse de Bernard Landry de tenir un référendum dans 1000 jours à la condition que les Québécois soient d'accord.
Ses propos d'hier sur ce point ressemblaient davantage à un règlement de comptes qu'à un motif de démission.
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