«« démission du ministre Bégin

Pour survivre, le PQ doit revenir sur terre

Carol Néron

Le Quotidien Le mercredi 30 octobre 2002


La loi des séries... noires vient de frapper à nouveau le gouvernement Landry. Lundi matin, Paul Bégin est devenu le cinquième ministre en quelques mois seulement à claquer la porte du Cabinet. De l'aveu même du principal intéressé, ce geste est surtout politique. Le titulaire du portefeuille de la Justice considère en effet que le chef du gouvernement québécois a laissé tomber la souveraineté et que la gestion courante des affaires de l'État retient trop son attention.

Le départ précipité de Paul Bégin — il siégera comme indépendant jusqu'au déclenchement de la prochaine campagne électorale générale — accentue l'atmosphère de fin de règne qui flotte au-dessus du gouvernement Landry depuis la tenue des dernières élections partielles, en juin dernier. Personne ne semble s'être rendu compte au sein des hautes instances du PQ, et encore moins parmi les membres de la députation et du Conseil des ministres, que l'humeur politique des Québécois a changé de façon radicale en l'espace de deux ans seulement.

Les députés et les ministres, incluant ceux de haut niveau s'il faut en croire l'aveuglement généralisé affectant le parti gouvernemental, sont trop à l'écoute de leur personnel politique. Lequel, de toute évidence, voit la vie en rose bonbon ces temps-ci. Le phénomène n'est pas sans rappeler celui qui a brouillé la vue des conservateurs dans les mois précédant leur débandade historique, en 1993!

Les assiégés de ce qui reste de la forteresse péquiste s'agitent entre eux comme si l'omniprésence dans les sondages de l'Action démocratique et de Mario Dumont relevait du simple mirage. Leur attitude face à la possibilité que Jean Charest, ainsi que tend à le démontrer la longue entrevue publiée dans le dernier numéro de «L'actualité», puisse éventuellement regagner le terrain perdu au profit de l'ADQ paraît également leur échapper. Cet aveuglement risque de se révéler fatal pour le PQ.

Le syndrome de la pensée magique

Avec un taux d'appui à la souveraineté de 40% et un degré de satisfaction à l'égard du gouvernement à peine plus élevé, deux réalités incontournables mises régulièrement en relief par les sondages, il est difficile de comprendre les discours répétitifs et lénifiants des porte-parole officiels. Celui, par exemple, de Marie Malavoy est fort évocateur des fausses illusions dans lesquelles se bercent les péquistes. La vice-présidente du PQ continue de se persuader à chaque entrevue télévisée que cette crise récurrente «est à la veille de se résorber» et que «les Québécois comprendront bientôt que la seule issue politique qui s'offre à eux est l'indépendance». Certains se construisent des châteaux en Espagne, d'autres s'en remettent à la pensée magique. Dans les deux cas, le réveil est toujours brutal!

Le Parti québécois, en particulier les souverainistes regroupés au sein de l'aile dite des «purs et durs» et les éléments les plus à gauche de la social-démocratie telle que défendue par ce parti, n'ont pas besoin de l'Opposition ou des critiques les plus acerbes de la presse en général pour accélérer leur expulsion de l'échiquier politique. Ils s'acquittent fort bien de cette besogne eux-mêmes...

Choix déchirant

Pour preuve, ce document critique en provenance de la Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal (SSJB), dont Le Devoir faisait ses choux gras la semaine dernière, accusant nommément Lucien Bouchard d'être à l'origine de toutes les difficultés affectant aujourd'hui le PQ. Ce réquisitoire, à maints égards violent, faisait également état de l'attitude «trop à droite» des ministres Joseph Facal, François Legault et André Boisclair.

Les péquistes sont aujourd'hui placés face à un choix déchirant concernant leur avenir: soit ils font en sorte de limiter les dégâts afin de survivre en tant que parti à la prochaine élection générale; soit ils continuent de surnager (plutôt mal) comme ils le font présentement dans la mer de leurs illusions perdues.

La seconde option est bien sûr à écarter. Car les Québécois n'auraient rien à gagner d'une Assemblée nationale réduite à la seule présence de l'ADQ et du PLQ.