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«« les 1000 jours
Lettre à mon Premier ministre
Claude Boulay
TRIBUNE LIBRE 1er novembre 2002
Trois-Rivières, le 31 octobre 2002
Cher Monsieur Landry,
Permettez-moi d’essayer de vous faire comprendre ce que ressentent et désirent un grand nombre de Québécois. Vous souvenez-vous de ce poème de Victor Hugo, sur l'enfant de l'île de Chio, dévastée par les Turcs? À l'étranger qui lui demande ce qu'il désire, il répond: "Ami, je voudrais de la poudre et des balles".
Nous ne demandons pas de la poudre et des balles, car la guerre qui est livrée contre la souveraineté du Québec ne se fait pas avec de tels moyens. Elle se fait par la propagande, et c’est une guerre acharnée.
Le pouvoir fédéraliste a constitué un ministère clandestin de la Propagande en établissant son contrôle sur la très grande majorité des médias québécois : directement dans le cas de Radio-Canada, indirectement via le CRTC pour les autres réseaux de télévision et de radio, indirectement par l’entremise d’amis dans le cas de la plupart des journaux imprimés. À cela viennent s’ajouter des programmes de commandites et des organismes comme le Conseil de l’unité canadienne.
Je n’ai pas à vous décrire le pouvoir de dépenser de ce ministère clandestin. Il est à peu près illimité. Au Canada anglais, on ne met pas en question la légitimité de la campagne contre la souveraineté du Québec. N’a-t-on pas nommé Mordecai Richler, le propagandiste anti-Québec par excellence, Compagnon de l’Ordre du Canada? Tout au plus arrive-t-il que l’on pose des questions sur des cas de gaspillage éhonté, comme ceux impliquant Groupe Action et Everest. Les fonctionnaires fédéraux n’ont qu’à répondre "Nous sommes en état de guerre" et on les laisse tranquilles.
Dans ces conditions, si vous dites "Nous tiendrons un référendum lorsque nous aurons des chances raisonnables de l’emporter", vous remettez ce référendum aux calendes grecques. En effet, les agents de Propagande Canada occupent tout le terrain, ils sont les seuls à influencer l’opinion. Ils commandent un sondage pour confirmer que leur propagande fonctionne puis ils vous disent : "Si vous parlez de souveraineté, vous êtes déconnectés ".
Je vous rappelle qu’entre 1966 et 1980, l’appui à la souveraineté a progressé de 6% à 40%. Que de 1980 à 1995 (mais surtout de 1990 à 1995), cet appui a grimpé à tout près de 50%. Que s’était-il passé pour que la machine à propagande soit contrée? D’une part, les têtes d’affiches du Parti Québécois, les députés et futurs députés, ceux qui avaient accès à une tribune, faisaient valoir les arguments en faveur de la souveraineté. Par la suite, la tenue du référendum lui-même créait une situation où la population entendait tous les jours parler de souveraineté et des raisons pour lesquelles elle était nécessaire. Propagande Canada fonctionnait toujours, mais n’occupait pas toute la place.
Ce que nous vous demandons, à vous Monsieur Landry, à vos ministres et à vos députés, c’est de recréer l'élan. Il est injuste de demander aux militants de sortir et d’aller convaincre leurs concitoyens si les principaux porte-parole de la nation québécoise se taisent ou se contentent de faire une profession de foi de temps à autre.
Un petit exemple. Vous dites, ou laissez entendre, qu’un référendum perdant serait nuisible pour le Québec. Ce n’est pas faux, l’histoire vous donne raison. Mais vous devez aussi dire pourquoi. Dites "En 1980, les Québécois n’ont pas voté pour la souveraineté. Trudeau en a profité pour modifier la constitution sans l’accord du Québec, en violation des promesses qu’il avait faites durant la campagne référendaire. En 1995, le vote a été très serré, mais la souveraineté a encore perdu. Chrétien en a profité pour intervenir encore plus dans les domaines de juridiction provinciale, pour créer un déséquilibre fiscal énorme, pour refuser le régime de congés parentaux du Québec, pour ignorer les demandes du Québec concernant la loi sur les jeunes contrevenants. Cela, parce que les Québécois l’ont cru lorsqu’il s’est engagé à reconnaître le Québec comme société distincte".
Si vous, Monsieur le Premier ministre, tenez un discours comme celui-là, vous créez une occasion pour les militants de la souveraineté de sortir, de convaincre. Si vous, vos ministres et vos députés, multipliez ces occasions, les militants auront enfin "de la poudre et des balles". Ils livreront le combat que vous attendez d’eux. L’appui à la souveraineté remontera dans les sondages.
Pour ce qui est de la tenue d’un référendum, il ne faut pas s’y engager à la légère, mais il ne faut pas attendre que les sondages montrent un appui à la souveraineté au-dessus de 50%. Car la campagne référendaire elle-même est l’événement qui produit les conditions qui se rapprochent le plus de l’égalité des chances. Par ailleurs, n'oublions pas qu'en 2005, dix années se seront écoulées depuis le dernier référendum.
Monsieur le Premier ministre, Vive le Québec libre!
Claude Boulay
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