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«« PQ
Landry face au mur
Denis Lessard
La Presse Le samedi 16 novembre 2002
Rien ne va plus à Québec pour Bernard Landry. Même si la cote de Mario Dumont commence à descendre dans les sondages, le gouvernement cherche toujours, fébrilement, la recette magique pour retrouver la faveur de l'électorat. Matelots insouciants sur un bateau en danger, les ministres de Bernard Landry ont reçu une douche froide quand leur capitaine leur a proposé de jouer à la courte paille, explique notre chef de bureau à Québec.
«Moi je suis d'accord avec Paul Bégin!»
Subitement le silence s'est fait dans la salle du caucus des députés péquistes. Rondouillard, affable, Roger Paquin, l'élu péquiste de Saint-Jean, ne s'est jamais fait remarquer, depuis son élection en 1994, par ses prises de positions au cours des réunions hebdomadaires des élus. Sauf qu'à la fin des années 1980, il avait été l'un des premiers, comme président régional du PQ dans la Montérégie, à réclamer ouvertement le départ de Pierre Marc Johnson.
Le lendemain de la démission fracassante du ministre de la Justice, les députés péquistes avaient demandé une réunion à huis clos -on a donc fait sortir la poignée d'apparatchiks et d'employés politiques qui hantent toujours ces réunions hebdomadaires.
Et les langues se sont déliées. Sans éclats, sans cris. «On a dit: M. Landry, il y a quelque chose que vous faites qui n'est pas correct... cela ne fonctionne pas», a confié cette semaine un député.
Depuis des mois, l'inquiétude est présente -mais diffuse- au sein des élus péquistes. Le départ précipité de Paul Bégin, las d'un gouvernement qui, selon lui, se gargarise de formules sans avancer sérieusement vers l'objectif de la souveraineté, est venu subitement cristalliser ces appréhensions.
Refusant d'en dire plus sur les discussions à huis clos, M. Paquin reconnaissait cette semaine dans un entretien à La Presse, avoir fait sienne l'évaluation du bouillant démissionnaire quant à sa critique acerbe de la stratégie du gouvernement Landry en matière de souveraineté.
«Je ne parle pas des circonstances de son départ, des questions de personnalité, mais M. Bégin a raison de dire qu'on parle, on parle, et qu'on ne fait rien pour la souveraineté», résume le député. Pour lui, le gouvernement Landry aurait dû faire des gestes d'éclat -rapatrier unilatéralement la TPS ou y aller de son propre régime d'assurance-chômage, par exemple.
Mais le débonnaire Paquin est loin d'avoir été le seul à intervenir.
Le vétéran Matthias Rioux et Cécile Vermette, parmi plusieurs autres, y allèrent de leurs critiques. Bernard Landry a été un peu écorché, son organisation électorale attaquée et son entourage laminé.
Des gens veulent être candidats pour le PQ aux prochaines élections, «mais on ne sait même pas à qui les référer dans votre entourage», a observé un ministre. Un autre a souligné que le gouvernement ne pourrait «connecter» avec la population tant qu'il ne reconnaîtrait pas ses erreurs. Bref, un brassage d'idées avec une pointe d'angoisse.
Ce fut pire encore la semaine dernière. Le midi, dans un silence glacial, les élus ont écouté Bernard Landry lire le plan d'action qu'il allait rendre public le lendemain. Peu de réactions, tout le monde comprenant subitement que les cartes étaient tombées.
Le «plan d'action» sur lequel on comptait pour augmenter la cote du gouvernement -M. Landry faisait augmenter les attentes depuis le début septembre- resterait une liste d'engagements bien vagues, à coup sûr un fiasco dans les médias. Devant des finances publiques anémiques, Pauline Marois a, dit-on, usé de toute son influence pour s'assurer que M. Landry ne se lancerait pas dans des promesses trop coûteuses, rivant au sol l'exercice.
Inquiétude
Au cours des dernières semaines, les choses se sont précipitées à Québec. Devant un premier ministre qui se contente de marteler que le «bilan» du gouvernement est honorable et que les électeurs finiront par comprendre, les péquistes s'inquiètent et s'impatientent...
Les mauvaises nouvelles s'accumulent. Quand ils voient le sociologue Pierre Drouilly prédire que le PQ n'obtiendrait qu'une poignée de circonscriptions si les élections étaient déclenchées, tous se souviennent que dans un passé récent, le ministre Sylvain Simard, propulsé comme stratège souverainiste pour le gouvernement, ne jurait que par les analyses de ce spécialiste.
Les indices de l'inquiétude sont minuscules, mais nombreux. Dans les cabinets politiques, on ne se cache plus pour critiquer l'entourage de Bernard Landry. À un poste où on ne gagne jamais de concours de popularité, le chef de cabinet, Claude H. Roy, sert de paratonnerre à beaucoup de grogne.
On critique sa personnalité abrasive, «bougonne», on lui impute la responsabilité de bien des erreurs commises par Bernard Landry. Triste hasard, M. Roy avait choisi cette semaine, celle du Rendez-Vous des régions, pour ses vacances annuelles- chaque année, à cette période, il va jouer au golf dans le sud de la France.
Quelques ministres ont saisi directement M. Landry de leur doléances, il y a quelques semaines, mais celui-ci a fait la sourde oreille. Disciple et ami de la première heure, «Claude H.» partira s'il le veut bien, a-t-on compris.
Les apparatchiks péquistes faisaient grand cas cette semaine de sondages internes, un Léger-Marketing montrant que l'étoile de l'ADQ pâlissait -devancée d'un point désormais par les libéraux. Un CROP montrait en octobre que le PLQ et l'ADQ sont désormais à égalité; le parti de Mario Dumont a perdu six points en un mois, dont quatre sont allés aux libéraux et deux au PQ. Mais il n'y a rien de réconfortant pour les péquistes dans ce sondage, puisque la satisfaction reste faible, à 36%.
Dans les circonscriptions, François Legault, Pauline Marois et André Boisclair rivalisent de disponibilité pour participer aux annonces -les députés ont l'embarras du choix quant au ministre qui viendra à leur souper-bénéfice. Tout le monde se prépare «au cas où» M. Landry tirerait sa révérence devant l'évidence de la défaite, en évitant de laisser des traces.
Les critiques fusent aussi à l'endroit de Rosaire Bertrand, l'organisateur électoral jugé trop «jovialiste» par ses pairs.
Dans D'Arcy McGee, une minuscule organisation péquiste -une cinquantaine de membres- avait songé réclamer un vote de confiance sur le leadership au prochain conseil national de la fin novembre. On a envoyé un jeune militant au bâton, mais l'idée a été mise de côté durant la réunion régionale de Montréal-Ville-Marie, il y a deux semaines. «Cela a été débattu de façon hypothétique, au niveau régional.
À ce stade, le comité exécutif du comté considère qu'il est trop tard pour faire quoi que ce soit avant les élections, il est trop tard pour changer», a dit le président de l'équipe péquiste de la circonscription, André Daoust.
Même topo dans Labelle, circonscription longtemps représenté par le souverainiste orthodoxe Jacques Léonard. Son successeur, Sylvain Pagé, a eu fort à faire pour convaincre son association de ne pas soulever la question du leadership au prochain conseil national.
Le président, François Pruel, a d'abord nié, mais est devenu vite plus nuancé quand on lui a appris que son député avait parlé de ses problèmes à plusieurs collègues, dont Stéphan Tremblay, un voisin de banquette au Parlement.
Un militant a résumé l'état d'esprit qui règne au parti de Bernard Landry: «Si je vous dis ce que je pense (de la situation au PQ), vous allez l'écrire et on va me tomber dans la face...»
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