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La conjoncture commande l’unité
des forces progressistes autour du PQ
Christian Gagnon Président régional
Parti Québécois de Montréal-Centre
TRIBUNE LIBRE 7 décembre 2002
À mesure que s’égraine le temps qui nous sépare du prochain appel aux urnes, il devient de plus en plus évident que l’interventionnisme de l’État ainsi que son rôle dans le développement de la richesse et sa redistribution seront parmi les enjeux sur lesquels les électeurs auront à se pencher. À l’époque pas si lointaine de l’élection partielle d’avril 2001 dans Mercier, c’était à qui pourrait le plus se donner une image de gauche. Les onze élections partielles suivantes ont pourtant fait entrer à l’Assemblée nationale quatre députés adéquistes dont le programme tourne le dos à la tradition de solidarité qui, depuis les premiers soubresauts de la Révolution tranquille, a caractérisé l’action gouvernementale québécoise. Aujourd’hui, à écouter les deux partis d’opposition, une partie de l’électorat pourrait être tentée de conclure que tout ce qui est interventionnisme de l’État ne peut qu’être fondamentalement mauvais. La montée rapide de l’ADQ aura au moins eu l’utilité de faire réaliser concrètement à la population ce qu’est un authentique parti de droite, si bien que fort peu de gens voudront encore prétendre que le PQ de Bernard Landry mérite une telle étiquette. Mais la culture politique québécoise, qui s’est toujours tenue loin des extrêmes et qui, au niveau fédéral, est si indifférente à la très conservatrice Alliance canadienne, devrait susciter une réaction similaire face au programme de l’ADQ. Mais pour l’instant, l’intérêt à l’endroit du parti de Mario Dumont demeure bien réel.
La recherche du changement, quel qu’il soit, explique en partie cette conjoncture. Dans le passé, beaucoup d’analystes ont observé à juste titre que la polarisation de l’électorat autour de la question constitutionnelle avait fait du PQ et du PLQ des partis diamétralement opposés à ce sujet précis mais forcés de ne pas trop s’éloigner du centre du spectre politique pour maintenir leurs chances de former le gouvernement, le PQ demeurant toujours à gauche du PLQ. Aujourd’hui, les Québécois sont-ils vraiment prêts à rompre avec cette juste mesure en se donnant un gouvernement résolument à droite ? Bref, le Québec a-t-il tant changé ?
La détérioration dramatique des finances publiques au début des années 1990 a forcé Lucien Bouchard à faire de la perte de contrôle de la croissance de la dette publique un thème central de l’action gouvernementale péquiste. De 1989 à 1994, neuf ans et demi de gouverne libérale avaient suffi pour tripler le déficit annuel et doubler la dette accumulée. Le PLQ céda donc au PQ une situation financière catastrophique qui consacrait le Québec comme province la plus endettée du Canada en proportion de la taille de son économie. Pas moins de 15% de notre budget, soit 7 milliards $, disparaissait en paiements d’intérêts en retour de quoi les Québécois n’obtenaient absolument rien. Si rien n’était fait, cette proportion continuerait de croître et l’État québécois, de décroître. Les contribuables ont longtemps pesté contre la dette olympique de 1 milliard $. Avec une dette de plus de 100 milliards $ équivalent à près de la moitié de son PIB, le gouvernement du Québec se retrouvait dans une position aussi vulnérable que celle de l’Argentine qui, après quatre années consécutives de récession, traverse aujourd’hui une crise financière, économique et sociale d’une ampleur insoutenable. Puisqu’un pays ne peut faire faillite, le peuple argentin se fait chaque jour imposer par le Fonds monétaire international (FMI) des sacrifices infiniment plus pénibles que ceux que le PQ a eu la tâche politiquement ingrate de mettre de l’avant. Voilà qui devrait faire réaliser, même aux Québécois les plus sociaux-démocrates, à quel point la poursuite du déficit-zéro n’était une politique ni de gauche ni de droite, mais bien une nécessité pure et simple. Les Argentins nous le diront : se faire imposer par le FMI la dilapidation de nos programmes sociaux pour ne payer que les intérêts sur la dette sans parvenir à en rembourser le capital aurait non seulement été le contraire de la souveraineté, mais elle aurait aussi mené l’État québécois à l’effondrement. Heureusement, rien de tout cela ne s’est produit. Les Québécoises et les Québécois des plus jeunes générations devraient néanmoins en vouloir aux Libéraux d’avoir hypothéqué leur avenir en empruntant une cinquantaine de milliards $ que nous rembourserons sûrement pour longtemps. Ces mêmes jeunes devraient aussi apprécier que le PQ se soit hâté de faire participer à cet éprouvant effort les contribuables des générations qui ont le plus profité des services payés avec l’argent de la dette.
La leçon à en tirer pour la gauche québécoise est probablement qu’il vaut l’effort de comparer avec les autres gouvernements évoluant dans notre contexte nord-américain, le bilan des initiatives sociales de notre gouvernement, ayant bénéficié de moins de moyens et de marge de manoeuvre que les autres. Les lois sur l’équité salariale et sur la perception automatique des pensions alimentaires, l’assurance-médicaments, les garderies à 5$, l’augmentation du salaire minimum, l’indexation annuelle automatique des prestations d’aide sociale, le Fonds de lutte contre la pauvreté par la réinsertion au travail, la Stratégie nationale de lutte contre la pauvreté et l’exclusion sociale et son projet de loi, de même que la révision de la Loi sur les normes du travail sont autant de mesures concrètes qui témoignent du fait que le gouvernement péquiste soit parvenu à matérialiser ses convictions sociales-démocrates sans retomber dans la spirale de l’endettement. En cette époque de cynisme à l’égard de la classe politique, les électeurs québécois ne devraient-ils pas se demander si un gouvernement qui a agi en se souciant davantage de l’avenir du Québec à long terme qu’à sa réélection à court terme n’est pas justement celui qui mérite le plus d’être réélu ?
Il est clair que les Québécois sont nettement plus empreints de justice sociale que ne le sont les programmes de nos adversaires et que, par conséquent, le temps joue contre eux. Non seulement l’appel de Joseph Facal, André Boisclair et Pauline Marois à réfléchir à la mise à jour du modèle québécois est-il entendu, mais les militantes et militants péquistes sont déterminés à faire en sorte que lors de notre Congrès d’orientation de mars prochain, cette réflexion résulte en un véritable renouvellement dudit modèle. Et il faut s’attendre à ce qu’il ne s’agisse ni d’un draconien virage à gauche – car le vœu le plus cher de la droite est que la gauche se radicalise – ni d’un démantèlement de grands pans de l’État au profit du secteur privé – car la population ne veut pas de diminutions de services et d’accessibilité. Ce modèle québécois devra refléter notre détermination à maintenir un Québec solidaire et notre adhésion à une mondialisation contrôlée par les États.
Enfin, la population réalise de plus en plus que les 2,5 milliards $ annuels de manque à gagner attribuables au déséquilibre fiscal que nous impose Ottawa suffiraient à solutionner complètement le sous-financement de nos systèmes de santé et d’éducation. Il nous appartient donc de convaincre les Québécoises et les Québécois que le seul vrai changement qui, encore plus qu’en 1995, nous rendra véritablement maîtres de nos choix de société, c’est la souveraineté du Québec.
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