«« Parti libéral du Québec
- RÉINVENTER LE QUÉBEC


La révolution Charest

Bernard Descôteaux

LE DEVOIR Le vendredi 13 septembre 2002


Éditorial - Réinventer le Québec. Jean Charest a trouvé là un slogan audacieux, capable de capter l'attention des électeurs. Maintenant que l'on connaît le plan d'action d'un futur gouvernement libéral, on peut convenir que ce sont des changements importants auxquels on se propose de soumettre la société québécoise.

Dans tout slogan politique, il y a une part d'inflation verbale. La formule «Réinventer le Québec» est porteuse de changements constructifs. Pourtant, ce n'est pas à de grands desseins mobilisateurs, comme il savait nous en proposer dans les années 60 et 70, que le Parti libéral nous convie. Aujourd'hui, ce que l'on veut faire, c'est réduire le rôle et la taille de l'État, qui serait soumis à une cure sévère. Cette dernière entraînerait des réductions de dépenses de 10 % dont il est difficile d'accepter que la qualité et la quantité des services offerts n'en souffriraient pas.

Le plan d'action publié hier par M. Charest a, cela étant dit, certains mérites. Tout d'abord, il y a le fait de poser clairement comme un enjeu majeur des prochaines élections ce débat sur le rôle de l'État. Certains le disent devenu lourd et tentaculaire à tel point de ne plus pouvoir remplir ses missions essentielles, notamment en santé. Les libéraux sont de cet avis depuis longtemps. Rappelons-nous le rapport Gobeil en 1986 et le débat suscité alors sur ce qu'on avait appelé «l'État Provigo». Les adéquistes sont du même avis. Alors, aussi bien aller au fond de ce débat en permettant aux électeurs de décider s'ils veulent d'une petite «révolution du bon sens» à la québécoise.

En apparence, le plan d'action libéral est aussi simple que cohérent. Gelons les dépenses du gouvernement, ce qui permettra de dégager des surplus qui serviront à mieux répondre aux besoins pressants en santé et en éducation, les deux seuls secteurs qui ne seront pas touchés par le gel des dépenses. Les sacrifices exigés seront récompensés par des réductions d'impôts qui atteindront 27 % à la fin du mandat d'un gouvernement Charest.

Le point faible de ce projet est le gel des dépenses, un gel qui se traduira dans les faits par une diminution des crédits ministériels correspondant au taux d'inflation. La démonstration est loin d'être faite que l'on pourra absorber ces réductions en éliminant des structures et les dépenses inutiles sans affecter les services aux citoyens. Aurait-on déjà oublié les difficultés qu'a représentées l'élimination du déficit du gouvernement québécois ? Certes, la «révolution du bon sens» du premier ministre ontarien Mike Harris nous a appris qu'il est possible de réaliser un ménage du genre de celui envisagé par M. Charest. Toutefois, le prix à payer par les Ontariens a parfois été tragique, comme à Walkerton. La question est de savoir si un tel ménage est vraiment celui souhaité par les Québécois qui, convenons-en, attendent certainement davantage de leur gouvernement que les Ontariens du leur.

Il ne faudra néanmoins pas rejeter d'emblée les propositions libérales. Tout d'abord, il ne faut pas nier la nécessité de revoir un certain nombre de choses dans le fonctionnement de l'appareil gouvernemental pour s'assurer que l'État soit bien au service des citoyens. Puis, il faut convenir que certaines propositions du plan d'action libéral sont d'intérêt. C'est le cas notamment des chapitres consacrés aux régions, à l'éthique gouvernementale et au système de santé. Cependant, trop souvent, il s'agit plus d'intentions que de propositions. C'est le cas de la proposition visant à permettre aux établissements de santé d'acheter certains services du secteur privé si cela réduit les listes d'attente. Le document libéral nous laisse malheureusement sur notre faim à beaucoup d'endroits. Il aura besoin d'être mieux défini. On s'attendra à ce qu'au cours des prochains mois, le chef libéral soit davantage transparent. Si c'est à une révolution qu'il nous convie, le moins sera qu'elle ne soit pas improvisée.

bdescoteaux@ledevoir.ca