«« «« Comité national des Jeunes du Parti Québécois

Ta gueule, Attila!

Yves Boisvert

La Presse Le mercredi 18 septembre 2002


C'est reparti. Il y a eu le député péquiste de Vachon, qui a dit que les idées de Mario Dumont le rapprochent de Jean-Marie Le Pen, le leader raciste de la droite française. Ça n'a pas levé.

Alors, lundi, le chef des jeunes péquistes, Pascal Bérubé, a comparé Dumont à Rush Limbaugh.

Entre Le Pen et Limbaugh, lequel est le pire? Difficile à dire. Limbaugh, un des clowns préférés de la droite américaine. Animateur radio gueulard plein de certitudes ultraconservatrices, d'autosatisfaction et de hamburgers. Grand supporter des républicains et dénonciateur des «libéraux», un groupe dans lequel il place aussi bien les défenseurs des minorités que les démocrates, le New York Times et tous eux qui voudraient un tant soit peu étendre la couverture publique des soins de santé aux États-Unis. Tout ça dans un style éminemment subtil, du genre: Hilary Clinton est un femi-nazi.

Pourquoi cette comparaison? Le jeune péquiste en chef voit dans les propos de Dumont, publiés dans La Presse de samedi, des manifestations d'un conservatisme moral inavouable.

Trois exemples: ce qu'a dit Dumont sur l'union civile, l'avortement et sur une éventuelle légalisation de la marijuana.

Commençons par l'union civile. Juste avant l'adoption de ce projet de loi, ce printemps, le gouvernement a ajouté l'adoption par des couples homosexuels. Voici ce qu'il a dit: «Je n'ai pas été particulièrement à l'aise avec ça. C'est un peu capoté... qu'on étudie pendant deux ans le virage à droite au feu rouge, la norme dans toute l'Amérique, mais quand il est question d'enfants, dans des circonstances qui n'ont jamais existé dans notre société, personne n'en discute. Tout à coup... bang, le gouvernement passe ça parce que le gouvernement veut aller chercher le vote d'une communauté. Quant tu es prêt à troquer des questions morales contre des questions électoralistes, il y a un problème...»

Notons qu'il a voté pour le projet de loi et n'a jamais exprimé d'objection à ce sujet. Hypocrisie, crie Pascal Bérubé: sa vraie opinion sort maintenant. Sans doute Dumont, en effet, n'a-t-il pas été très transparent. Mais je vois autant d'hypocrisie chez tous ceux qui évitent de soulever la question publiquement de peur de passer... pour Rush Limbaugh.

C'est drôle, je ne sais pas pour vous, mais j'ai eu au moins une demi-douzaine de conversations sur le sujet cet été avec des amis et des parents. Mais y a-t-il eu le moindre débat public? Jamais de la vie! Car ou bien vous êtes absolument et amoureusement pour, et alors vous avez droit à un certificat de progressiste décerné par M. Bérubé; ou bien vous êtes totalement contre. Ne posez surtout pas de question.

Il ne fait pas de doute que des couples homosexuels sont capables de donner soins, affection, amour et tout ce dont un enfant a besoin. Tout? Enfin presque. Ils sont incapables de fournir, à eux seuls, deux modèles d'identification sexuelle.

La psychologie n'est ni de droite ni de gauche. Elle nous dit que l'enfant a besoin de ces deux modèles. Ça n'a rien à voir avec une quelconque crainte de «contagion» homosexuelle. L'enfant peut trouver ces modèles en dehors de ses parents, bien entendu. Et il y a suffisamment d'enfants sans parents dans le monde pour que l'on pense qu'il s'agit d'une bonne mesure, à tout prendre -comme Dumont, j'imagine, puisqu'il a voté en sa faveur!

Mais non, il ne suffit pas de voter pour ce changement, qui n'est tout de même pas banal: il faut surtout se garder de poser des questions ou d'évoquer des interrogations, même si c'est au nom des enfants. Si vous le faites, vous êtes Rush Limbaugh!

*****

Autre sujet tabou: l'avortement. Qu'a dit Mario Dumont? «Personnellement, ce n'est pas quelque chose que je favoriserais dans mes affaires personnelles. Mais l'idée du libre choix... Moi je ne considère pas que l'on peut imposer ses valeurs aux autres.»

Voyez comment le jeune péquiste en chef résume ces propos: «L'avortement, une question qu'on croyait réglée au Québec, (les gens) doivent savoir qu'il est contre.»

Ben oui, il est contre chez lui, mais vous dit qu'on ne peut imposer ses choix aux autres. C'est, de fait, l'état de la situation au Québec: l'avortement est une affaire privée. Mario Dumont ne remet nullement cela en question. Vous avez dû manqué (sic) quelques émissions de Rush, M. Bérubé. Les amis de George W., les vrais conservateurs moraux, pensent que l'avortement doit être illégal, un crime, même en cas de viol.

Encore là, il ne suffit pas de penser que l'État ne doit pas traîner en cour une femme ou son médecin pour cause d'avortement. Il faut dire que c'est une bonne chose! C'est «réglé au Québec», comprenez-vous, gang de Rush Limbaugh?

Quant au pot qu'il faut légaliser, là aussi, fascinante unanimité. Même La Presse, en éditorial, a applaudi aussitôt le rapport du Sénat sorti.

On n'a pas le droit de se poser des questions à haute voix sur l'offre de cannabis si jamais il était légalisé. (Curieux, au fait, car la droite «fiscale», est traditionnellement contre la criminalisation de toutes les drogues, postulant le libre arbitre de l'individu face à l'État, qui n'a pas à être sa mère, et notant les sommes faramineuses englouties pour combattre le crime organisé.)

Prenons un exemple d'étatisation d'une activité autrefois illégale: le pari. Oui, l'État s'approprie des sommes qui, autrefois, étaient dirigées vers le crime organisé. Bravo. Mais de toute évidence, un des effets de la légalisation des vidéopokers a été l'augmentation de l'offre. Il ne semble pas permis de s'interroger, ne serait-ce que sur cet aspect, quand il est question du pot. Le Canada, soit dit en passant, serait le seul pays au monde à légaliser carrément le cannabis (certains pays le tolèrent, comme les Pays-Bas, mais officiellement il n'est pas légalisé). Et puis, dans un pays où on n'a pas le droit d'acheter un billet de mini-loto avant d'avoir 18 ans, la marijuana serait légalisée à 16 ans, suggèrent les sénateurs. Pourquoi pas? Le Québec «est en avance sur le reste de l'Amérique du Nord», dit M. Bérubé.

Et quiconque pose une question quand vient le temps de faire un nouveau pas en avant vers le «progrès» est non seulement un «rétrograde», mais un Rush Limbaugh. C'est ça, hein, monsieur Bérubé? Non seulement faut-il être progressiste en toutes choses, mais, encore plus important, il faut en donner toutes les apparences.

Sauf que l'épouvantail Le Pen, ça n'a pas fonctionné. Et l'épouvantail Limbaugh ne fonctionnera pas non plus. Parce que ce n'est pas vrai.

Si les sondages continuent comme ça, M. Bérubé, vous devriez sortir un plus gros nom, je ne sais pas, moi, Adrien Arcand, Mussolini, le sénateur McCarthy, ou pourquoi pas, carrément, Attila, le roi de Huns, qui mit à feu et à sang l'Italie.

Ce barbare était très, très de droite, encore plus vulgaire que Rush Limbaugh, et même sa femme, à la fin, n'en pouvait plus, et ne se gênait pas pour lui dire, avec raison: «Ta gueule, Attila!»


Mario Dumont comparé à Rush Limbaugh

Mario Cloutier
La Presse Le mardi 17 septembre 2002


Le président du comité national des jeunes du Parti québécois, Pascal Bérubé, compare le chef de l'ADQ, Mario Dumont, à Rush Limbaugh. Cet animateur de radio américain ultraconservateur considère que Ronald Reagan a été le meilleur président de l'histoire et soutient que Nelson Mandela devrait toujours être en prison.

Réagissant aux propos tenus par le chef adéquiste dans La Presse de samedi, M. Bérubé qualifie Mario Dumont de «conservateur moral», notamment en raison de sa position à l'encontre de l'union civile entre conjoints de même sexe.

«C'est carrément de l'hypocrisie, s'exclame Pascal Bérubé. Il n'a jamais dit ça, ni en commission parlementaire ni en Chambre. Ça relève de la pure combine de sa part.»

En entrevue à La Presse samedi, M. Dumont a avoué qu'il n'avait «pas été particulièrement à l'aise» au printemps avec le projet de loi sur l'union civile et l'adoption d'enfants par des couples homosexuels. Il admettait aussi être personnellement défavorable à l'avortement et à la libéralisation de la marijuana. «La drogue, c'est plus dans la colonne des problèmes que des solutions», déclarait le chef de l'ADQ samedi.

«On apprend que ce personnage a un certain nombre d'idées rétrogrades à propos de nombre d'enjeux sociaux où le Québec est en avance sur le reste de l'Amérique», remarque le président des jeunes péquistes, Pascal Bérubé. Ce dernier, qui sera candidat pour le Parti québécois dans Matane aux prochaines élections, rappelle que le comité national des jeunes du PQ milite en faveur de la libéralisation de la marijuana depuis longtemps.

C'est également ce groupe qui a soumis la position péquiste lors de la commission parlementaire sur l'union civile.


Les vraies couleurs

Il est temps, estime-t-il, que Mario Dumont affiche ses vraies couleurs pour montrer aux jeunes et à tout l'électorat ce que voter ADQ veut réellement dire. «Les gens doivent savoir qu'il est un conservateur moral, dit-il. Comme sur l'avortement, une question qu'on croyait réglée au Québec, ils doivent savoir qu'il est contre.»

M. Bérubé s'insurge également contre plusieurs silences de Mario Dumont sur des sujets qui ont retenu l'attention récemment, que ce soit Murdochville, les Viandes du Breton ou l'approche commune avec les Innus. «Il n'intervient pas de peur de faire des vagues, croit le leader péquiste. C'est de l'ordre du calcul politique à la petite semaine.»