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«« ADQ - virage fédéraliste
Le voyage à Toronto
Ginette Gagnon
Le Nouvelliste Le jeudi 26 septembre 2002
Il projetait l'image du politicien non traditionnel, du député sympathique qui fait campagne avec de grandes ambitions, peu de moyens et quelques convertis. De David contre Goliath. Depuis le voyage de Mario Dumont devant le Canadian Club de Toronto, le député de Rivière-du-Loup a acquis la stature du politicien qui joue dans les ligues majeures.
On savait depuis les élections partielles de juin et les sondages qui le confirment à répétition que l'ADQ est portée par une forte vague populaire. On sait maintenant que Mario Dumont pourra aussi compter sur l'appui de gens influents du milieu des affaires et des banques.
Plus tôt cette semaine, le président de la Banque nationale du Canada, Léon Courville, Pierre Michaud de Réno-Dépôt et le président de Canam Manac, Marcel Dutil, ont envoyé le message 10 sur 10. Les gens d'affaires aiment le discours de Mario Dumont, prennent le chef adéquiste au sérieux et souhaitent son élection. Les trois hommes ne se sont d'ailleurs pas contentés d'exprimer leur sympathie pour Mario Dumont, ils l'ont accompagné à Toronto personnellement, paternellement, comme pour le parrainer dans ses premiers pas de politicien à l'extérieur du Québec. L'image était saisissante, d'autant plus que MM. Dutil et Michaud, en particulier, étaient davantage identifiés jusque-là à la mouvance libérale.
C'est une très très très mauvaise nouvelle pour le PLQ. Ça veut dire que des appuis et des fonds qui auraient dû lui être destinés tout naturellement vont bifurquer vers l'ADQ, compliment des efforts de M. Dutil et compagnie pour mousser la cause de l'ADQ au détriment de celle du PLQ. Quel sera l'impact de la nouvelle sur l'image du PLQ qui est à la traîne dans les intentions de vote et qui a déjà besoin de tout son p'tit change pour garder la tête hors de l'eau? Certainement dévastateur.
On constatait jusqu'ici que Mario Dumont ratissait la clientèle francophone et grignotait des voix aux libéraux et aux péquistes désabusés. La vague va-t-elle s'étendre aux châteaux forts libéraux de la région de Montréal? Chose certaine, à Sherbrooke, dans la circonscription de Jean Charest, les trois partis apparaissent au coude à coude.
On comprend que Jean Charest n'ait pas voulu commenter la désertion d'anciens amis libéraux bien connus. Il devait être complètement abasourdi. Il y a quelques jours, le Parti libéral a dévoilé un plan d'action articulé en vue de la prochaine campagne électorale, un plan qui a généralement reçu bon accueil. Il semble que cela aura été trop peu trop tard pour ceux qui préfèrent sauter dans le train de l'ADQ.
Lors de la prochaine campagne électorale, l'ADQ pourra donc sortir du rang artisanal et compter sur une organisation digne de ce nom parce que M. Dutil va prendre en charge sa campagne de financement. Les sondages et les appuis de personnalités aidant, des candidatures de prestige risquent de se mouiller pour l'ADQ plutôt que pour le PLQ. On parle justement de l'éventualité de celle de M. Courville. Certains redoutaient l'élection d'un gouvernement adéquiste formé de jeunes néophytes sortis de nulle part, on peut s'attendre à voir surgir dans le paysage quelques candidatures d'expérience qui vont de moins en moins craindre de s'afficher aux couleurs de l'ADQ.
Mario Dumont est certainement bien content de voir que sa formation est en voie de devenir une sorte de coalition arc-en-ciel et que son message a ravi, cette semaine, les milieux d'affaires de Toronto. On peut se demander si ses sympathisants de la base qui sont avides de changement, qui sont sensibles au message de l'ADQ parce qu'ils y voient une troisième voie politique sortant des sentiers battus, ne s'inquiéteront pas de voir l'establishment être aussi empressé auprès de Mario Dumont.
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