«« ADQ - virage fédéraliste

MARIO DUMONT À CJAD

Québécois canadien d'Amérique du Nord

Louise Leduc

La Presse Le samedi 28 septembre 2002


«Monsieur Dumont, dites-moi, quelle est votre capitale nationale?»

Sur les ondes de la station montréalaise anglophone CJAD, hier matin, le chef de l'ADQ, Mario Dumont, s'était déjà fait demander sur tous les tons par trois ou quatre auditeurs s'il était fédéraliste ou souverainiste. Jusque-là, il avait réussi à s'esquiver.

Les négociations constitutionnelles, répétait-il, étaient très loin sur sa liste de priorités. «Je l'ai déjà dit, ceux qui veulent un référendum et qui souhaitent rouvrir le débat feraient une erreur en votant ADQ.

Ceux qui veulent des vieilles batailles constitutionnelles devraient plutôt se tourner vers les deux autres partis, qui excellent là-dedans. Nous, nous n'en sommes plus là.»

Quand est sortie la question sur la capitale nationale, Mario Dumont, soudainement tout spontané, a répondu du tac au tac «Québec», avant de se lancer dans une longue réponse qui n'était pas sans rappeler le film Elvis Gratton, de Pierre Falardeau. «Ma capitale nationale est Québec. Ottawa est la capitale du Canada, une autre capitale. Je respecte le système dans lequel nous vivons et que les Québécois ont collectivement choisi en 1995.»

Devant l'insistance de l'auditeur, Mario Dumont n'a pas pu s'arrêter là.

«Considérez-vous le Canada comme votre pays? a-t-il demandé. Avez-vous deux pays? Ou bien considérez-vous le Québec comme une nation à l'intérieur d'un grand pays dans lequel vous devez vivre par la force des choses?»

«Pour les gens de ma génération, c'est plus complexe que ce que vous croyez. Je viens d'un milieu rural. Ma nation est le Québec, je vis dans un pays qui s'appelle le Canada et, quand je voyage, je me sens pas mal nord-américain. La notion d'identité s'est beaucoup complexifiée au cours des dernières décennies.»

Assez de cette guerre de drapeaux

Quand un auditeur lui a demandé à quel point il s'était senti à l'aise, plus tôt cette semaine, de donner un discours au Canadian Club de Toronto avec, en toile de fond, un unifolié géant, Mario Dumont n'est pas tombé dans le piège. Parole de Mario Dumont, s'il est porté au pouvoir, c'en sera fini de la guerre de drapeaux.

«On devrait se concentrer sur des dossiers plus substantiels.»

Et la police de la langue? s'est-il ensuite fait demander. «Le Parti québécois a déjà commencé à en réduire la taille, et c'est là une bonne idée. La langue, c'est une question qui divise (les Québécois) et ce n'est pas un dossier que nous entendons rouvrir.»

Bien que sa sortie sur la nécessité d'abolir la sécurité d'emploi dans la fonction publique ait été mal reçue, le chef de l'ADQ a gardé le cap. S'il devenait premier ministre, les fonctionnaires ne perdraient pas tous leur sécurité d'emploi du jour au lendemain, mais certaines exagérations seraient examinées de près.

«À l'heure actuelle, quand il n'y a plus de travail à faire, ce n'est pas une raison suffisante pour mettre fin à un contrat. Ça, c'est mal gérer l'argent des contribuables, mais aussi les talents (des fonctionnaires).

Si vous leur versez une prime et leur offrez ainsi la possibilité d'aller vers le secteur privé, ils iront faire profiter la société de leur talent. En 2002 - et ça vaut aussi bien pour le secteur public que pour le secteur privé -, aucun jeune de 25 ans ne peut encore espérer entrer dans une entreprise et y rester jusqu'à sa retraite.»