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«« ADQ - virage fédéraliste
«« Y a-t-il une culture canadienne?
REVUE DE PRESSE
Dumont et merveilles
Antoine Robitaille
Le DEVOIR 29 septembre 2002
Mario Dumont à Toronto: d'abord, ce fut une affaire d'apparence, semble-t-il. Est-ce la magie du «Gallic charm»? Toujours est-il que presque aucune partie du corps du chef de l'ADQ n'a échappé au regard des chroniqueuses et chroniqueurs.
C'est à Jan Wong, la chipie du journalisme du ROC, que le petit gars de Cacouna a semblé faire le plus d'effet. «Comme la belle à une soirée de bal, c'était, ce jour-là, l'homme le plus ravissant» du Canadian Club, écrivait-elle dans le Globe and Mail. Après avoir mentionné, puisque la nouvelle le commandait, certains faits comme l'ascension de l'ADQ dans les sondages, Wong est rapidement revenue à ce qui l'a marquée, elle: «Il portait un complet tellement tendance qu'il n'est pas risqué de dire que personne au Canadian Club n'était mieux vêtu que lui. Longue, sa veste de flanelle tombait plusieurs pouces plus bas que la norme, jusqu'aux cuisses. Son col était assez haut et des boutons étaient dissimulés par un rabat.» Le discours du chef adéquiste? Wong estime qu'il a été assez ennuyeux et que si on en juge par les applaudisseents, l'auditoire lui a donné la note de B moins». Mais Dumont «fait six pieds, et il est beau; beau d'une façon terne, cependant, un peu comme un animateur de télévision. Son front est lisse. Ses cheveux sont foncés et épais, mais sa nuque, curieusement, blanchit». Wong fait remarquer que Dumont est un rural, et «on raconte même qu'il a déjà refusé de donner des entrevues parce qu'il était sur son tracteur». Mais après un examen minutieux, la journaliste, fin limier - pour ne pas dire fine lime -, ajoute: «Ses ongles étaient aussi immaculés que ceux d'un dentiste.»
Le dentiste et le Canadian Club: les deux roses semblent liées. En effet, c'est dans cette noble enceinte que Jacques Parizeau avait parlé du fédéralisme avec le Québec comme d'une éternelle visite chez le «dentiste». Jim Meek, du Chronicle-Herald, à la lumière de la performance de Dumont, a déclaré qu'il est temps que l'on donne le pouvoir, dans ce pays, aux «jeunes qui ont des dents éclatantes!». Il parlait de Dumont mais aussi Bernard Lord, qui célébrait ses 37 ans cette semaine. Selon Meek, ces jeunes peuvent dire n'importe quoi, «les électeurs "boomers" comme moi vont tout leur pardonner parce qu'ils sont pleins de promesses, intelligents et
énergiques - comme nos propres enfants.»
Dans le Globe and Mail, Margaret Wente s'attardait elle aussi à l'allure de Dumont, faisant remarquer qu'il était «beau» et qu'il n'avait pas un visage excessivement jeune. Erotisée tant par l'apparence que par les idées de Dumont, la chroniqueuse a même choisi pour titre un pastiche d'un classique du cinéma porno, «Mario Does Ontario», allusion évidente - dans l'anglophonie - au fameux Debbie Does Dallas.
L'enthousiasme a marqué la plupart des réactions au passage de Dumont au Canadian Club. «Mario pour l'Ontario!»: Margaret Wente affirmait avoir entendu ce cri dans la salle. Comme Jim Meek, tous sans exception se réjouissaient que le Québec s'oriente vers autre chose que la politique «des référendums, de l'affrontement et du ressentiment». Le National Post exultait d'avoir rencontré «le prochain premier ministre de l'Alberta de l'Est».
Andrew Coyne, dans le Post, disait mercredi que la souveraineté n'est pas près de revenir sur le tapis. Le Parti québécois? «Mort», affirme le chroniqueur. Au fond, «l'ADQ est une chose relativement inédite dans l'histoire politique du Québec. Il ne s'agit pas, comme certains le pensent, du retour d'un conservatisme bleu, avec accents sur la tradition et l'autorité, mais plutôt la manifestation d'un phénomène rare: un nationalisme qui veut un État de petite taille».
D'autres commentateurs et éditorialistes ont exprimé une grande méfiance à l'endroit de Dumont. On a rappelé, comme Norman Spector dans le Globe, que Dumont a fait campagne pour la souveraineté en 1995.
A gauche aussi, la méfiance règne. Maude Barlow, du Conseil des Canadiens, s'est fendue d'une réponse, dans le Globe, à la chroniqueuse Margaret Wente, atteinte de «dumontmanie». Barlow met Wente en garde contre Dumont: «Il est contre l'avortement, l'homoparentalité et les programmes sociaux universels. Il veut un Etat minimal, un taux d'imposition unique, des services de santé privés et des bons scolaires. Alors, quand j'entends l'expression "nouvelle génération", moi, je vois des images de Margaret Thatcher, de Ronald Reagan, de Brian Mulroney, de Preston Manning et de Stockwell Day. Désignons M. Dumont en fonction de ce qu'il est : un conservateur sur le plan social et un néolibéral. Nouveau? Aucunement.»
Grande méfiance aussi dans le Toronto Star, qui publiait jeudi une traduction anglaise de l'éditorial de Bernard Descôteaux, texte où le directeur du Devoir affirmait que le «vrai Mario Dumont se dévoile» enfin. Le Star, mardi, avait déjà réagi en éditorial par ceci: «Détrompons-nous. Derrière son image de gamin, il y a un homme qui appuie clairement la séparation du Québec, qui est en faveur de la médecine à deux vitesses et qui veut en finir avec un programme de garderies et un système d'impôt équitable.» Eh oui, derrière ce veston, ces cheveux, ces ongles propres et ce front lisse, il y a un homme avec des opinions...
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Grande nouvelle pour la littérature canadienne-anglaise: on apprenait cette semaine que trois de ses auteurs contemporains sont cette année en nomination pour le fameux Booker Prize, un prestigieux prix littéraire anglais. Par le passé, deux Canadiens l'ont remporté: Margaret Atwood et Michael Ondaatje. Cette année, c'est Carol Sheilds pour Unless; Rohinton Misty pour Family Matters et Yann Martel pour Life Of Pi qui se retrouvent sur la liste des six finalistes.
Malgré la bonne nouvelle, Noah Richler, dans le National Post, se montrait mélancolique, jeudi. D'abord, selon lui, il est dommage que les politiciens du Canada ne partagent pas «l'enthousiasme que les romanciers manifestent pour la viabilité de ce pays». Si c'était le cas, «alors nos frontières ne seraient pas considérées comme de simples entraves au commerce». Désabusé, Richler ajoute que cette triple nomination «n'ajoutera rien à l'envergure internationale du Canada, en grande partie à cause de l'arrogance britannique». Richler affirme que dans la société britannique, le Canada «demeure invisible». Entre autres parce que bien que Canadiens, les écrivains comme Rohinton Misty sont présentés comme des Indiens de l'Inde et non comme des Canadiens. Philip Marchand, dans le Toronto Star, exprimait une frustration semblable jeudi. Des trois finalistes, aucun n'est né au Canada, et les trois ne sont pas souvent présentés comme des Canadiens. Mais Carol Sheilds a clairement «une sensibilité canadienne», écrit-il. Aussi, «dans la dernière livraison du New Yorker, par exemple, on trouve un compte rendu du dernier roman de Misty, Family Matters. Sur la couverture du magazine, il y a un titre faisant référence à Misty: cependant, ce n'est pas "Un Tolstoï canadien?" mais bien "Un Tolstoï indien? »
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