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«« PLQ - ti-mensonges et "vagabondage idéologique"...
Charest sur les rails
André Pratte
La Presse Le lundi 30 septembre 2002
Éditorial - Il était presque pathétique d'entendre, vendredi soir, Jean Charest crier aux militants libéraux réunis à Montréal: «J'ai le Québec dans les tripes!» Lui qui est né au Québec, lui qui sillonne le Québec sans relâche, lui qui dirige l'un des grands partis de l'histoire québécoise, pourquoi diable doit-il encore jurer son amour pour le Québec?
Si tant de Québécois hésitent à voter libéral, c'est parce qu'ils n'ont pas confiance en ce que dit, crie ou jure Jean Charest. Et cette attitude vient, en bonne part, du fait que M. Charest a donné l'impression de changer de foi comme il change de chemise. De plaider une cause, puis une autre, puis une autre encore avec les effets de toge trop appuyés d'un participant à un concours d'art oratoire.
C'est pour mettre un terme à ce vagabondage idéologique que les organisateurs libéraux ont conçu au cours de l'été une nouvelle stratégie. Jean Charest ne pourra plus changer de route selon ce que ses instincts, pas toujours bien aiguisés, lui dictent. Il devra suivre les rails qu'on a posés sur la route menant aux élections.
La voie est d'abord tracée par les valeurs du Parti libéral, qu'on a chargé Claude Ryan de rappeler à M. Charest, aux militants et aux Québécois. Rigoureux comme toujours, partisan comme parfois, M. Ryan a déblayé l'histoire du PLQ pour en tirer les sept valeurs qui ont guidé l'action du PLQ depuis ses origines: la primauté des libertés individuelles, l'identification au Québec, l'accent sur le développement économique, l'engagement envers la justice sociale, le respect de la «société civile», l'attachement envers la démocratie, l'appartenance canadienne. L'ancien chef a ainsi coulé un socle intellectuel pour l'actuel, dont celui-ci ne pourra plus redescendre. Jean Charest, le conservateur, a désormais son petit livre rouge.
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Jean Charest a promis de réinventer le Québec, mais les Québécois ont accueilli ce énième slogan avec un immense scepticisme.
«Quand on a des convictions et qu'on va sur la place publique, ça paraît», disait aux militants l'ancien chef de cabinet de Robert Bourassa, John Parisella. C'est là que, jusqu'ici, le bât blessait. Lorsque, autrefois, Jean Charest servait un discours passionné sur le Canada, on en sortait immanquablement ému. Depuis quatre ans, lorsqu'il pose en défenseur du Québec, quelque chose cloche. Pourquoi? Une partie de l'explication se trouve peut-être dans le texte de Claude Ryan: «Parce qu'on sait tantôt par l'intuition, tantôt par l'expérience, tantôt par l'étude, que (ces valeurs) sont essentielles, on est prêt à les défendre au prix des plus grands sacrifices mais on n'éprouve pas le besoin de les affirmer ou de les démontrer à tout instant.»
On n'apprend pas des valeurs comme on apprend un discours. Pour convaincre, il faut les vivre, les ressentir au plus profond de soi. On l'a vu hier, lorsque le chef libéral a rappelé avec ardeur ses états de service à la défense des intérêts du Québec. M. Charest a livré là un de ses meilleurs discours depuis longtemps, parce qu'il parlait d'une question sur laquelle il a été remarquablement constant au cours de sa carrière. Parce que, aussi, la nouvelle stratégie de son organisation commence à porter fruit. Charest est à son mieux quand on lui fournit un contenu solide. Quand il cherche à vendre un projet plutôt qu'à détruire ceux des autres. Le plan de gouvernement rendu public récemment vient combler un vide qui permettait toutes les errances. Le plan est limpide, chiffré. M. Charest a maintenant en main un script convenable. À lui de ne pas en déroger.
«Je suis prêt!», a-t-il répété à ses militants. Il ne fait pas de doute que le Parti libéral et son chef sont aujourd'hui prêts à gouverner, alors que ce n'est absolument pas le cas de l'ADQ (comme le démontrent les tâtonnements récents de M. Dumont).
Mais il ne suffit pas d'être prêt. Il faut gagner la confiance des citoyens. Celle-ci se mérite par la franchise, la constance des convictions et la fidélité à ses valeurs. Le chemin de Jean Charest est tracé.
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