«« 3e référendum

Un mauvais raccourci

Bernard Descôteaux
Le DEVOIR samedi 7 et dimanche 8 septembre 2002


Éditorial - Le gouvernement Landry jongle avec l'idée de s'engager à tenir un référendum au cours du prochain mandat s'il est réélu. Un tel engagement permettrait de battre le rappel des troupes souverainistes et de les rallier à l'objectif immédiat que représente le prochain rendez-vous électoral. Le hic, c'est que cela ne correspond en rien à l'humeur présente de l'électorat.

Le débat qui a cours depuis quelques semaines au sein du conseil des ministres et des instances du Parti québécois n'est pas nouveau. Il y a déjà quelques mois, l'ancien premier ministre Jacques Parizeau avait observé que la souveraineté recueillait plus d'appuis dans les sondages que le Parti québécois. Ramener la souveraineté à l'avant-plan permettrait de retrouver cet électorat souverainiste en rupture momentanée avec le PQ, suggérait-il.

Le sondage Léger Marketing, dont Le Devoir publiait les résultats cette semaine, montre qu'il y a toujours un tel écart. L'appui accordé à la souveraineté chez les électeurs francophones est de 39 % alors que le gouvernement Landry ne recueille que 29 % des intentions de vote. La mathématique électorale indique que si tous les souverainistes votaient pour le PQ, les chances de celui-ci de se faufiler entre l'ADQ et le PLQ seraient grandes.

L'engagement de tenir un référendum dans un délai donné est de nature à raviver l'enthousiasme de certains souverainistes. La réaction spontanée qu'a eue Jacques Parizeau jeudi le montre bien. Par contre, il faut faire la part des choses et bien voir que l'effet obtenu pourrait être l'opposé de celui recherché. La souveraineté, plutôt que de tirer vers le haut le Parti québécois, pourrait être entraînée vers le bas par ce même parti. Le sondage déjà cité indique que 65 % des Québécois souhaitent que le Parti québécois promette au contraire de ne pas tenir de référendum. À cet égard, l'opinion des électeurs péquistes est également partagée. On ne peut ignorer cette donnée.

Dans ce débat sur la stratégie référendaire, il faut faire attention à la pensée magique. Certains sont tentés par un raccourci dont le seul avantage serait de faire l'économie d'exercices difficiles de réflexion et de remises en question auxquels le Parti québécois devra bien un jour ou l'autre se prêter. Ces routes sont plus longues, mais plus sûres.

Personne n'attend du PQ qu'il cesse de défendre la souveraineté. Sa vision de l'avenir du Québec passe par ce projet. Non sans raison, le député bloquiste Pierre Paquette rappelait, jeudi, que le PQ n'a pas investi dans l'actualisation du projet souverainiste. Ce projet est encore porté par ceux qui l'ont défini il y a plus de 30 ans. Depuis, le Québec a changé sous l'impulsion tout particulièrement des politiques mises en place par des gouvernements péquistes, mais aussi sous l'influence de grands courants internationaux. Curieusement, les militants péquistes, à moins que ce ne soit leurs dirigeants, ne sont plus aussi enclins qu'auparavant à débattre. À ce propos, il n'y a qu'à penser au dernier congrès du parti.

L'intervention des derniers jours du ministre Joseph Facal pour inciter son parti à affronter les débats de société comme celui sur le «modèle québécois» est rafraîchissante. La société québécoise est confrontée à de nombreux défis en raison notamment de sa démographie. Elle doit redéfinir ses priorités. À cet égard, le Parti québécois doit redevenir le lieu dynamique qu'il a été dans les années 70. C'est parce qu'il joue, lorsqu'il est au pouvoir, moins son rôle d'incubateur d'idées et d'empêcheur de penser en rond que ce parti est maintenant rangé dans la classe des vieux partis et que près d'un électeur francophone sur deux identifie désormais le changement à l'ADQ. Certes, la voie de la réflexion apparaîtra longue aux impatients, mais elle aura le mérite de donner davantage de profondeur et de poids à tous les plans d'action que le gouvernement mettra en avant en vue des élections.

Deux des atouts que possède le gouvernement Landry est [sic] qu'il présente un bilan enviable et qu'il est le maître de l'échéancier électoral. Il a encore 15 mois devant lui. Il ne devrait pas craindre de lancer dans son parti une vaste réflexion conduisant à un congrès qui témoignerait du dynamisme retrouvé au sein du Parti québécois.

bdescoteaux@ledevoir.ca