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Du changement, vous dites?

Ginette Gagnon
Le Nouvelliste Le samedi 7 septembre 2002


Éditorial - Le message que les élections partielles du 17 juin ont envoyé était clair: les Québécois veulent du changement. Cela se confirme par une popularité fracassante de l'ADQ dans les intentions de vote.

Un phénomène qui sème la panique chez les stratèges libéraux et péquistes qui ne savent plus trop comment l'endiguer. Certains croyaient naïvement que l'engouement pour Mario Dumont allait finir par s'essouffler tout seul, comme par enchantement. Les sondages de la rentrée démontrent tout le contraire.

Il y a quelques jours, le chef libéral, Jean Charest, a annoncé ses couleurs en disant qu'il allait convier les Québécois à "réinventer le Québec". Une entreprise ambitieuse dont on sait encore bien peu de choses. Si M. Charest avait étoffé cette idée et l'avait martelée depuis quatre ans avec plus de conviction, il aurait peut-être convaincu les Québécois qu'il était, lui, l'homme du renouveau. Les libéraux sont en mode rattrapage. Cela se fait sentir sur le terrain. Dans une circonscription comme Trois-Rivières, on peine à trouver un candidat libéral.

Dans les rangs péquistes, il est question que le premier ministre joue le tout pour le tout afin de barrer la route à Mario Dumont. Il pourrait sonner le rappel des militants souverainistes qui boudent de plus en plus le gouvernement. M. Landry pourrait annoncer, aujourd'hui, croit-on savoir, qu'il va relancer la machine référendaire à court terme, advenant la réélection du gouvernement. Une stratégie qui ne fait pas l'unanimité dans la grande famille souverainiste comme on a pu le constater au cours des derniers jours. Et avec raison.

Les Québécois ne cessent de répéter qu'ils veulent mettre sur la glace le débat référendaire pour se consacrer à d'autres priorités. Ils attendent aussi de leur gouvernement un solide coup de barre dans la gestion des affaires de l'État, notamment dans l'organisation des soins de santé. C'est justement ce que leur propose en gros Mario Dumont. Or le PQ semble vouloir continuer sur sa lancée, sans trop s'éloigner de sa tradition, toujours bien convaincu qu'il a le pas, et il veut réchauffer le discours référendaire. De quoi donner aux électeurs, avides de changement, deux bonnes raisons de voter contre le gouvernement.

Dans une longue lettre rendue publique, hier, le président du Conseil du trésor, Joseph Facal, invite courageusement, au contraire, ses collègues à prendre acte du sentiment populaire et des nouvelles réalités sociales et économiques. Il souhaite que son gouvernement ose remettre en question son obsession du modèle québécois issu de la Révolution tranquille, qu'il modernise sa pensée et son action, et redevienne de nouveau l'agent de changement qu'il a déjà été dans le passé. Est-ce que ce cri du coeur rafraîchissant ralliera une majorité de péquistes? On verra bien en fin de semaine alors que le Parti québécois tient un conseil national à Gatineau. Un rendez-vous important qui va donner le ton au débat politique des prochains mois.

Dans l'ordre actuel des choses, il faudra que libéraux et péquistes s'agitent pas mal plus fort qu'ils ne le font afin de stopper la course de Mario Dumont. Le jeune député de Rivière-du-Loup n'est pas que populaire, il file tout droit vers le pouvoir en dépit de l'inexpérience de son groupe. Même l'électorat francophone, traditionnellement sympathique au Parti québécois, est en train de basculer dans l'ADQ. Renverser la tendance sera une grosse entreprise.

Les partis traditionnels ont jusqu'à maintenant soutenu que lorsque les Québécois connaîtront mieux le programme de l'ADQ, ils y penseront à deux fois avant de le cautionner de leur vote. Pas si sûr. Les Québécois manifestent tellement de désappointement face aux deux autres partis qu'il faudrait une énorme gaffe de Mario Dumont pour les refroidir à son égard. Ils semblent décidés à lui faire confiance, à lui donner sa chance. On ne peut pas contrer ce courant-là avec des discours réchauffés et des stratégies de marketing.