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«« «« les 1000 jours
Le sablier référendaire
Gilbert Lavoie
Le Soleil Le lundi 9 septembre 2002
Éditorial - À moins d'un an des prochaines élections générales, le premier ministre Bernard Landry avait une double obligation quant à ses intentions sur la question nationale. Une obligation à l'endroit de la population, qui a le droit de savoir si le PQ entend plonger le Québec dans une autre aventure référendaire. Et une obligation à l'endroit de ses militants qui appuient son parti dans l'espoir, bien légitime, de bâtir un pays.
M. Landry a bien répondu à sa première obligation ; moins bien à la deuxième.
Contrairement à Jacques Parizeau, qui avait promis la tenue d'un référendum dans l'année suivant une victoire électorale, le premier ministre s'engage à tenir un référendum dans 1000 jours, mais seulement « si » la mobilisation du parti et de la société civile est réussie d'ici là. C'est peut-être une décision habile sur le plan stratégique. Il renvoie à ses militants et au parti le fardeau de la preuve qu'une telle mobilisation est possible, dans l'espoir que cet effort collectif ramènera au bercail tous ceux et celles qui ne croyaient plus à la volonté de leur chef de faire un autre référendum.
Mais sur le plan politique, le premier ministre maintient une ambiguïté malsaine. Prenant prétexte du prochain Sommet des Amériques à Buenos Aires en 2005, il ramène la question nationale à l'avant-scène du débat politique, tout en sachant fort bien que la tenue d'un autre référendum dans deux ans et demi est improbable. Il lance ainsi son gouvernement et les forces vives du Québec dans un débat déchirant, sans même savoir s'il pourra le mener à terme.
Comme l'a dit la vice-présidente du parti, Marie Malavoy, l'horizon de 2005 pour l'accession à la souveraineté est un symbole, une «belle image». Pourquoi 1000 jours, pourquoi 2005? Pour asseoir le Québec à la table du Sommet des Amériques, prévu à Buenos Aires. C'est un beau symbole, en effet, mais on voit mal ce qui a pu changer depuis le printemps, pour faire croire au premier ministre qu'un tel objectif est réalisable. Il y a à peine quatre mois, les députés péquistes sortaient de leur caucus en déclarant que la population du Québec ne voulait pas entendre parler de référendum. Comment peuvent-ils applaudir aujourd'hui à la mobilisation annoncée sur le sujet?
En réalité, le virage apparent que l'on a dit prendre en fin de semaine à Gatineau est un bel exercice de marketing politique visant à mobiliser les membres en vue de la prochaine échéance électorale.
Même s'il s'agit d'un engagement virtuel, l'objectif soumis aux membres porte à conséquence. La volonté politique ayant été clairement exprimée, le gouvernement et le parti seront sous surveillance. Ils devront s'affairer à la mise en marche du processus annoncé. M. Landry se lance dans une tournée du Québec ; la mobilisation des troupes prendra du temps et volera la vedette aux affaires de l'État. Tout comme en fin de semaine d'ailleurs, où l'on a vu la question référendaire occuper toute la place, aux dépens du plan d'action du gouvernement en santé, en économie ou en éducation.
Cela dit, l'engagement pris par le premier ministre soulève une question intéressante. « Je me donne trois ans, c'est- à-dire 1000 jours» pour construire ce Québec meilleur, a-t-il déclaré dans son discours de samedi. Faut-il comprendre qu'en cas de réélection, il imitera Lucien Bouchard et passera la main à quelqu'un d'autre s'il lui est impossible de tenir un référendum? On ne peut tout de même pas reporter constamment cette promesse.
Malgré le côté très hypothétique de l'engagement référendaire de la fin de semaine, le Conseil national est sorti étonnamment enthousiaste de sa réunion de la fin de semaine. Bernard Landry a su manœuvrer habilement dans des eaux troubles. Mais ne nous leurrons pas : la mobilisation annoncée pour 2005 est bien davantage le lancement d'une longue campagne électorale que la remise en marche de la machine référendaire.
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