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Sous le signe de l'opportunisme

Gilbert Lavoie
Le Soleil Le mardi 14 janvier 2003


Éditorial - Le député bloquiste Pierre Brien n'a pas rendu service à la classe politique hier, en annonçant qu'il changeait de camp et serait candidat de l'ADQ aux prochaines élections québécoises. M. Brien confirme dans leurs préjugés ceux qui croient que les politiciens n'ont pas de principes et sont animés uniquement par de l'opportunisme crasse.

Le député n'est pas le premier transfuge de l'histoire. Lucien Bouchard avait milité chez les libéraux fédéraux avant de passer chez Brian Mulroney, de fonder le Bloc québécois pour aboutir finalement au Parti québécois. Jean Charest a aussi changé de couleur politique en faisant le saut chez les libéraux du Québec. Mais ce qui fait mal dans le cas de Brien, c'est que son acte de transfuge l'amène à renier, même s'il prétend le contraire, la raison même de son entrée en politique en 1993, soit l'accession du Québec à la souveraineté. Il est bien difficile de suivre la logique de sa réflexion qui l'amène à se lancer en campagne contre le PQ, le seul parti qui fait de la souveraineté sa raison d'être.

Le député explique qu'il ne croit plus à la démarche souverainiste de Bernard Landry. Il espère être plus utile au sein d'un parti qui cherchera de nouveaux pouvoirs à Ottawa au lieu d'agiter le mirage référendaire. Au Bloc québécois, on raconte qu'il était plus conservateur que ses collègues, et qu'il n'était plus à l'aise avec Gilles Duceppe.

Il y a un fond de vérité dans ces explications, mais il y a beaucoup plus. En fait, Pierre Brien aurait été bien heureux de briguer l'investiture péquiste dans sa région si Rémy Trudel avait accepté de prendre sa retraite. Et il n'aurait pas joint Mario Dumont si la cote de popularité de l'ADQ était encore à 15 % dans les sondages.

Dans les circonstances, le député devrait avoir la décence de démissionner immédiatement de son siège en politique fédérale. Car depuis hier, il est en campagne électorale pour l'ADQ et il ne représente plus les électeurs qui l'ont élu à Ottawa.

La défection de Pierre Brien illustre certes la fatigue des leaders souverainistes dans les deux capitales. Mais elle soulève aussi de sérieuses questions sur les politiques que Mario Dumont mettra de l'avant s'il prend le pouvoir à la tête d'une coalition aussi bigarrée que celle qu'il est en train de nous présenter.