«« PQ - Garderie à 5$ et semaine de 4 jours

Comment concilier famille et travail

Gilbert Lavoie
Saint-Hubert
Le Soleil Le mardi 04 février 2003


Le premier ministre Bernard Landry a surpris un peu tout le monde en s'avançant aussi loin, en fin de semaine, sur l'idée d'instaurer la semaine de quatre jours pour les parents qui ont des enfants de 12 ans et moins. Il aurait été prudent d'en limiter la portée à un groupe plus jeune, donc beaucoup plus restreint. Plus de 48 heures après cette annonce, le bureau de la ministre de la Famille, Linda Goupil, tout comme celui du premier ministre avaient de la difficulté à expliquer sur quelles données M. Landry s'était basé pour chiffrer les coûts d'un tel engagement. Il est clair que cette annonce a été devancée pour les besoins partisans du Conseil national du PQ.

Les contraintes du travail sur la famille moderne sont connues. Dans un avis soumis au gouvernement il y a près de quatre ans, le Conseil de la famille et de l'enfance déclarait que ces contraintes entraînent des coûts considérables en termes de problèmes de santé, de décrochage scolaire, de manque de formation et de perte de motivation professionnelle. La question n'est donc pas de savoir si la conciliation famille-travail demandera d'autres efforts, mais plutôt de déterminer les meilleures avenues à emprunter. C'est à ce chapitre que le premier ministre a bougé un peu rapidement.

Ainsi, on ignorait encore, au bureau du premier ministre, la perte en impôts que le gouvernement devrait encourir, si 100 000 personnes décidaient du jour au lendemain de réduire leur semaine de travail et, en conséquence, leur revenu annuel de 20 %. On attendait encore des ministères concernés des données plus précises sur les conséquences d'une telle politique.

Dans le texte de son discours au Conseil national, le premier ministre se contentait de dire que le gouvernement étudiait cette proposition, faite par la Jeune Chambre de commerce de Montréal. Mais dans son point de presse de dimanche, il a présenté l'idée comme un projet très avancé. C'est là où le discours souffre en crédibilité.

Selon M. Landry, il vaut mieux aider les familles que baisser les impôts. C'est un choix légitime. Mais rien ne permet de croire que le prochain gouvernement, quel qu'il soit, sera en mesure de diminuer le fardeau fiscal. C'est plutôt le spectre du retour au déficit qui guette le Québec et la majorité des provinces canadiennes. Et ce n'est pas la nouvelle entente avec le gouvernement fédéral sur le financement de la Santé, attendue cette semaine, qui corrigera suffisamment les rentrées fiscales des provinces pour envisager de nouvelles baisses d'impôts.

L'intervention du premier ministre a le mérite de porter ce dossier à l'avant-plan de l'actualité. Mais la dernière chose dont les jeunes familles ont besoin, c'est la mise sur pied de programmes trop ambitieux qui hypothéqueront les finances publiques pour les années à venir. L'expérience de l'assurance-médicaments et celle des garderies à 5 $ devraient nous servir de leçon.