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La croisade du Post LeDevoir 4 avril 1999 Les opposants aux restrictions faites par la loi 101 à l'école anglaise ont trouvé un allié de taille: Conrad Black et son empire de presse. Le magnat de la presse n'a jamais été subtil. Il ne l'est pas davantage aujourd'hui. En janvier 1997, à Toronto, il livrait sa pensée sur la Charte de la langue française, une diatribe provocatrice qui associait indirectement la loi 101 au nazisme combattu par le Canada durant la Deuxième guerre mondiale au nom de la liberté d'expression. Black possède 56% des journaux quotidiens au Canada. Et bien qu'il prétende ne jamais se mêler du contenu des canards dont il est l'heureux propriétaire, ses idées fleurissent dans leurs pages parfois même avec zèle. Il est ainsi remarquable de voir le nouveau fleuron de l'empire Black, le National Post, participer depuis quelque temps au combat contre les dispositions de la loi 101 qui font obligation aux francophones et aux immigrants de choisir l'école publique française. Dans un éditorial publié lundi, le Post s'appuie sur un sondage dont il est le commanditaire pour affirmer que la majorité des francophones, y compris une pluralité d'électeurs péquistes, sont contre ces restrictions. L'éditorialiste ajoute que plus personne ne peut sérieusement affirmer que le français est en péril au Québec (il n'avait pas lu l'étude de Marc Termote sur le déclin du français dans les banlieues de Montréal, dont Le Devoir a fait état la semaine dernière) et souligne l'étroitesse d'esprit (sic!) avec laquelle les Québécois continuent malgré tout à appuyer la Charte de la langue française. The Gazette, un autre journal de l'empire Black, portait le même jugement, le 20 mars, s'appuyant sur le même sondage. Ces prises de position surviennent au moment où un avocat montréalais, Brent Tyler, orchestre une guérilla judiciaire contre les restrictions faites à l'école anglaise. Me Tyler a recruté des familles francophones qui désirent que leurs enfants fréquentent l'école anglaise. Le Post, d'ailleurs, suit à la trace les procédures entamées par Me Tyler dont il appuie la démarche. La chroniqueuse Diane Francis, qui sévit dans les pages économiques du Post, a d'ailleurs fait un don de 1000 $ à l'avocat pour financer son travail. Me Tyler affirme disposer d'un montant de 100 000 $ pour financer ses oeuvres. Après avoir constaté que les arguments habituellement utilisés contre ces dispositions de la loi ne fonctionnent plus, les opposants recourent aujourd'hui à autre chose. Les voici qui prétendent que ce sont les francophones qui n'en veulent plus. Or les journaux de l'empire Black sont en train de propager une fausse impression. On comprend qu'ils cherchent à ébranler les francophones mais surtout, ils sont en train d'induire le Canada anglais en erreur. D'une part, les familles qui combattent les restrictions de la loi sont des exceptions et certaines de celles-ci retireraient leur action si l'école française procurait aux enfants un enseignement de l'anglais langue seconde de qualité. D'autre part, ce fameux sondage est un trompe-l'oeil. Jamais les répondants n'ont dit, comme le prétend l'éditorialiste de The Gazette, que les francophones «s'opposent» à la loi. Ni même qu'ils «veulent le libre choix» de la langue d'enseignement, comme l'affirme celui du Post. Car les sondeurs ont simplement demandé si ces dispositions étaient «souhaitables». 62% des francophones ont répondu non. Mais 58% ont aussi dit que ces restrictions sont raisonnables car elles ont pour but de protéger la langue française au Québec. La question de la langue d'enseignement est une affaire réglée pour la majorité des Québécois. Personne ne trouve «souhaitable» d'imposer des restrictions à qui que ce soit. Mais personne n'a encore trouvé un meilleur moyen que la loi 101 pour favoriser l'intégration des enfants d'immigrants à la majorité francophone du Québec dans le respect des droits de la minorité. |