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Deuxième partie d'une étude de Rosaire Morin, directeur de L'Action nationale L'exode de l'épargne québécoise dépasse les 200 milliardsPour Rosaire Morin, «la gestion de l'épargne québécoise est catastrophique. Elle se traduit au Québec en chômage, en pauvreté. Elle crée des emplois sous d'autres cieux. Elle finance des entreprises extérieures qui, souvent, viennent concurrencer les sociétés d'ici». ROBERT DUTRISAC
LeDevoir 19 novembre 1997
L'an dernier, M. Morin avait publié la première partie de son étude sur les fonds communs de placement où il faisait état d'une hémorragie de 21 milliards. Dans la deuxième partie, il a révisé ses chiffres à la hausse, des chiffres qui sont «encore en deçà de la réalité», a-t-il confié en entrevue au Devoir. Ainsi, dans le seul secteur des fonds communs de placement, l'exportation des capitaux s'élève plutôt à 35 milliards. Les caisses de retraite au Québec sont responsables d'un écoulement d'au moins 90 milliards, une donnée qu'une analyse plus fine encore viendra augmenter, a signalé M. Morin. Dans les valeurs mobilières qui transitent à travers les banques et les sociétés de fiducie, 50 autres milliards viennent s'ajouter. Le Mouvement Desjardins investit 20 milliards de l'épargne , québécoise à l'extérieur du Québec, tandis que la Caisse de dépôt y envoie 31 milliards, soit un peu plus de la moitié de son actif, selon M. Morin. En additionnant ces sommes, on arrive à 226 milliards. Pour Rosaire Morin «la gestion de l'épargne québécoise est catastrophique. Elle se traduit au Québec en chômage, en pauvreté. Elle crée des emplois sous d'autres cieux. Elle finance des entreprises extérieures qui, souvent, viennent concurrencer les sociétés d'ici». Selon M. Morin, il est faux de prétendre que le Québec est un importateur net de capitaux, comme le soutient le ministre de l'Economie et des Finances, Bernard Landry, une affirmation qui témoigne de «la faiblesse» du gouvernement face aux places financières étrangères. Les Québécois confient la gestion de plus de la moitié de leurs épargnes à des sociétés dont le centre de décision est situé hors Québec, notamment à Toronto. Et ces sociétés, basées à Toronto, investissent peu au Québec, note M. Morin. Les cinq plus grandes banques canadiennes, la CIBC, la Banque de Montréal, la Banque Scotia, la Banque Royale et la Banque Toronto-Dominion, gèrent un total de 44,7 milliards dans leurs sociétés de fonds communs de placement qui n'ont placé que 602 millions dans des titres du secteur public québécois (obligations du Québec, d'Hydro-Québec, des municipalités, des cégeps, etc.). Les fonds communs de la Banque de Montréal ne détiennent aucun titre du gouvernement québécois, relève M. Morin. Quant au Mouvement Desjardins, il a placé 83% de ses valeurs mobilières à l'extérieur du Québec, souligne-t-il. Dans l'ensemble des fonds communs de placement, les sociétés québécoises ne gèrent que 4,35% de l'actif global au Canada, qui s'élève à 236,7 milliards, comparativement à 79,2% pour les sociétés établies en Ontario. Les Québécois ont fourni à ces fonds 50 milliards dont les quatre cinquièmes ont été confiés à des firmes de l'extérieur du Québec. Part congrueLe bilan que dresse M. Morin, c'est que seulement 6 % de l'actif total des société de fonds communs de placement au Canada sont investis au Québec, soit 14,2 milliards, soit quelque 35 milliards de moins que leur mise.Plusieurs leaders de cette industrie ne détiennent aucun titre du gouvernement du Québec, signale M. Morin. C'est le cas des fonds les plus populaires: Trimark, Templeton, Mackenzie, Altamira, AGF, Great West du groupe Power. Très présent au Québec, le Groupe Investors, une autre filiale de Power Corporation, n'a investi que 4,3 millions dans des obligations du secteur public québécois, soit un minuscule 0,017% de son actif global de 24,5 milliards. «Il est vrai que Paul Desmarais a dit il y a quelques années que le Québec n'était pas un lieu propice à l'investissement», rappelle M. Morin. Les grandes sociétés milliardaires de fonds communs de placement ont placé 4% de leur actif global dans des entreprises québécoises, soit 9,6 milliards. M. Morin fait une distinction entre les entreprises anglophones et francophones, constatant que le tiers de ce 9,6 milliards est investi dans des entreprises francophones. L'auteur admet que cette distinction peut être difficile à faire: Bombardier, par exemple, possède Canadair, une entreprise québécoise qui a toujours été anglophone, ou Alcan, que M. Morin qualifie d'anglophone. S'impose-t-elle d'ailleurs dans une société pluraliste comme le Québec? «Tout part de l'ambiguïté de l'identité québécoise. Si l'indépendance du Québec était réalisée, je ne tiendrais pas le même discours. Mais on ne peut pas devancer l'histoire», explique Rosaire Morin. Les fonds communs de placement québécois, comme InvesNat de la Banque Nationale, Montrusco, Talvest, Desjardins et Industrielle-Alliance, ont placé davantage d'argent dans des entreprises de l'Ontario que dans des entreprises du Québec, soit deux milliards contre 878 millions. Gérées pourtant au Québec, les caisses de retraite du secteur public québécois, quant à elles, ne font guère meilleure figure que les fonds communs de placement. M. Morin a analysé 26 de ces caisses du secteur public québécois, disposant d'un actif total de 4,8 milliards, et constate que les trois quarts de cette somme sont investis à l'extérieur du Québec. Seulement 9,8% de l'actif consistent en obligations du secteur public québécois contre 21,7% pour les obligations du gouvernement du Canada. Dans ce portrait global, la Caisse de dépôt s'en tire assez bien, selon M. Morin, en raison principalement de son portefeuille d'obligations québécoises. M. Morin évalue à 44% la part québécoise des investissements de la Caisse de dépôt (qui estime, quant à elle, que cette proportion est de 55% et comprend un peu moins du quart de la valeur du portefeuille d'obligations du gouvernement fédéral, ce qui correspond au poids démographique du Québec dans la fédération). Il déplore que la Caisse de dépôt n'ait investit que 7,4% de son actif de 1996 dans des actions d'entreprises québécoises, soit 4,4 milliards, contre 10,2 milliards dans des sociétés canadiennes à l'extérieur du Québec et 9,4 milliards dans des entreprises étrangères.
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