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Neige Blanche et les neuf Nains (Conte pour adultes avertis) Aux dernières nouvelles, elle dort toujours. La partie n'est pas encore gagnée pour elle car toutes les conditions ne sont pas encore réunies. Mais je vous jure que l'histoire finira par un bon dénouement, foi de fabuliste! Gilles Néron 8.2.99 " Tribune libre "
Ce ménage exceptionnel abritait en plus trois hôtes bien incommodes parce qu'ils étaient gros au point d'être encombrants et le plus souvent mal léchés. Ceux-ci s'emparaient de toute la nourriture de la maisonnée en mangeant souvent dans l'assiette de Neige Blanche et prenaient toute la place en occupant même son lit à toute heure de la nuit et du jour. Les maîtres de la maison les appelaient Papa Ours, Maman Ourse et Ourson, à cause de leur appétit vorace et de leur grossièreté. Neige Blanche essayait bien de se débarrasser de ces invités si peu reconnaissants, mais les Nains en avaient peur et n'osaient pas passer à l'acte d'éviction. Ils parlaient de cette éventualité pendant des jours, des mois même. Ils disaient être d'accord et accepter les conséquences de leur union. Ils juraient de tenir leur bout jusqu'à la fin. Mais quand arrivait le moment de mettre à l'épreuve leur belle détermination, les Nains pâlissaient et se rangeaient du côté du plus fort. Et les ours continuaient d'engraisser aux dépens du travail des Nains et des travaux ménagers de Neige Blanche. Mais qui étaient ces gros animaux qui occupaient toute la place et qui bouffaient tout le miel récolté par les blanches mains de l'admirable jeune fille? Leur chef était un omnivore qui fourrageait dans le territoire depuis des années. Il avait toujours rêvé de devenir le père de tous les prédateurs de la forêt et son projet avait réussi grâce à un sans-gêne sans précédent et à un double langage qui lui venait d'une langue mal assurée. Comme personne ne le comprenait et qu'il se prétendait bon chrétien, personne ne s'est méfié jusqu'à ce qu'il devienne assez fort pour prendre la place de son protecteur, un ours plus maigre, mais aux dents encore plus longues que les siennes. Depuis, il se dit Papa Ours sûr de sa puissance et de sa subtilité. Il est vrai que ses coups de pattes sont craints, surtout par les manifestants de tous les villages de la forêt. Et quand ses pattes ne se montrent pas suffisantes à mater les récalcitrants, il a recourt à la batte, selon ses propres propos. La Maman Ours, plus délicate de corps et d'esprit, aux mots gentils mais aux intentions aussi avides, venait d'un territoire voisin. Elle s'était accouplée avec l'animal des trois rivières en espérant lui survivre et de jouer la carte de l'héritière du poste de chef. Elle minaudait, déclarait qu'elle était l'amie de Neige Blanche et des neuf Nains, ce qui ne l'empêchait pas de s'empiffrer de galettes de sa cuisine et de lard de sa réserve, le petit doigt en l'air comme toutes les dames de Londres. Elle disait qu'elle était fille d'une longue lignée de Martin, ours renommés dans le monde entier, même dans les Caraïbes. Quant au rejeton à poils, il n'avait que quelques mois, mais déjà il démontrait un vrai talent pour se repaître des productions de Neige Blanche. À la moindre alerte, il allait se réfugier dans la patte de son paternel en criant des injures de sa voix fluette : "Nous ne vous laisserons rien! Nous vous prendrons tout! Cela vous montrera à ne pas respecter les grands prédateurs et à parler autrement que par des grognements." Le plus souvent, ce jeunot se montrait plus fanfaron que son paternel, allant jusqu'à menacer Neige Blanche de l'affamer et de lui faire de la misère pour la rendre plus docile à ses caprices. "RaDIONs ces gens qui veulent se distinguer! Ne menDIONs rien auprès des Nains et de Neige Blanche. Malheur à nous si nous céDIONs alors que nous sommes des ours dévoreurs!" Et patati... et patata... Ce petit n'arrêtait pas de placoter et de bafouiller, stimulé par le Papa Ours qui s'amusait de ses réparties. "Même quand il dit (ou écrit) n'importe quoi, il me fait rire," répétait-il souvent. La vie se passait dans ces tiraillements quotidiens, quand une reine étrangère s'est sentie jalouse de la beauté de Neige Blanche, suite à la dénonciation d'un admirateur qu'on appelait Miroir parce qu'il aimait s'admirer sans trop réfléchir. Ce dernier était un ancien amoureux de la belle Neige. Celle-ci l'avait repoussé à cause de sa trop grande prétention, car il voulait la gouverner sans ménagement. Depuis sa déconvenue, Miroir fréquentait des étrangers, parlait leur langue et se faisait l'avocat de leur haine car ceux-ci étaient envieux de tout ce qui leur semblait différent. Or, la beauté de Neige Blanche accentuait cette différence et portait atteinte à la mine de leur reine qui s'habillait de drapeaux rouges. La reine Shella, car c'était son nom dans son pays, demanda au dénonciateur ce qu'elle pourrait entreprendre pour faire reconnaître la supériorité de sa culture sur celle de Neige Blanche. Celui-ci eut l'idée d'un procès devant la Cour suprême de la forêt, soit le tribunal des ours. L'idée fut trouvée géniale. Et la reine se mit en frais de rédiger son acte d'accusations pour bien faire sentir son sentiment au tribunal. Point n'était besoin de faire de si grands efforts, les ours juges avaient déjà reçu les doléances de la famille des ours qui demeurait chez Neige Blanche et ses amis les Nains. Ils savaient que les fiers propriétaires de la belle maison de la forêt se plaignaient du comportement envahissant des ursidés et cela leur déplaisait. On disait dans les parages que la cause était entendue avant d'être plaidée. Et la sentence vint à point nommé pour faire naître des éléments de division entre les Nains et la gentille Neige, malgré le fait que quelques-uns manifestaient une réelle sympathie à son égard. La reine et ses domestiques se promenaient dans toute la forêt promettant des pommes à tous ceux qui lui obéiraient. Les ours qui en avaient fait de grandes réserves acceptaient d'en donner quelques-unes aux Nains en guise de concessions temporaires, à condition qu'ils cessent de se plaindre et qu'ils partagent leur maison avec tous les ours de la forêt. Seule Neige Blanche se montra réticente, préférant sa fierté à sa gourmandise. Les neuf Nains la boudèrent à tel point qu'elle manifesta le désir de quitter leur maison en copropriété. Mais ces derniers voulaient lui faire payer un double loyer en guise de dédommagement pour la perte d'une bonne ménagère, qui était belle par surcroît. La jeune fille se laissa presque convaincre du besoin que les autres avaient d'elle pendant de longues années. Elle ne semblait pas sortir de sa léthargie, espérant qu'un jour un beau jeune homme apparaîtrait pour la délivrer d'un sort méprisable et trop exigeant. Les Nains pouvaient être de bons associés, mais la compagnie des ours voraces était trop demander. Alors elle s'est endormie pour mieux attendre son sauveur.
Aux dernières nouvelles, elle dort toujours. La partie n'est pas encore
gagnée pour elle car toutes les conditions ne sont pas encore réunies. Mais je vous jure que l'histoire finira par un bon dénouement, foi de fabuliste!
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