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L'anglicisation hors Québec, une abstraction?
Pascal-Pierre PAILLÉ

Le 3 décembre dernier, Chantal Hébert rapportait dans La Presse qu'"à l'extérieur du Québec, près d'un Canadien sur cinq est allophone, alors que seulement un sur vingt est de langue maternelle française". De plus, les données du recensement de 1996 divulguées par Statistique Canada révélaient que la proportion de personnes hors Québec qui parlent habituellement le français à la maison ne forme plus que 2,9 % de la population. L'assimilation des francophones hors Québec en faveur de l'anglais poursuit donc sa course.
Le Commissaire aux langues officielles du Canada se couvrait de ridicule quand il prétendait dans son Bulletin InfoAction, de juin dernier, que "l'écart entre les chiffres portant sur la langue maternelle et ceux ayant trait à la principale langue parlée à la maison" (p. 13) est un calcul trop simple pour mesurer avec justesse l'assimilation des minorités francophones hors Québec. Pensez-donc, de retrancher les 619 000 personnes qui parlaient français en 1996 des 970 000 personnes de langue maternelle française nous conduirait à croire faussement, sur la foi de Statistique Canada, que nos cousins anglicisés sont au
nombre de 351 000, une augmentation par rapport aux 339 700 de 1991! Mais alors, monsieur le Commissaire, faudrait-il extraire la racine cubique ou diviser ces résultats par 3,1416?
Mais le plus déconcertant dans tout cela, c'est que notre Commissaire voit dans ces francophones anglicisés "une abstraction démographique". Quand plus de 36 % des francophones s'anglicisent, il n'y a là rien d'abstrait, au contraire. Ce qui, toutefois, est abstrait, c'est plutôt "la force vive de l'identité", une nouvelle expression dans la langue de bois du Commissaire. Mais alors, qu'elle est l'identité des francophones anglicisés (et de leurs enfants élevés en anglais) si ce n'est celle de l'English Canada from coast to coast?
Sainte-Foy
(La Presse du 12 janvier 1998)

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