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Tribalisme haineux
Pierre-Paul Roy

Gaston Miron est mort le 14 décembre 1996. Six jours plus tard, le 20, un chroniqueur du nom de William Johnson écrivait un torchon sur notre poète national Gaston Miron le magnifique. Il titrait sa chronique dans The Montreal Gazette: «Reactionary tribalism». A la question qu'il pose «Miron est-il un grand poète?», il répond: «La réputation de Miron ne survivra pas longtemps à l'enthousiasme nationaliste de l'intelligence d'aujourd'hui.» Et il termine ainsi sa chronique (traduction libre): «Au cours des 25 dernières années, les artistes qui décrivent les Canadiens anglais comme étant totalement méprisants envois les francophones (les «French-speaking Canadiens»), tels [Miron], la poétesse Michèle Lalonde (Speak White!), la dramaturge Françoise Loranger (Médium saignant) ou encore l'auteur-compositeur Félix Leclerc (L'Alouette en colère) - ont été honorés comme des oracles. Viendra bien un jour où cette tradition sera vue comme réactionnaire et ce qu'elle est vraiment, soit un injuste et haineux tribalisme.»
Dans de nombreux pays, le pouvoir s'oppose de façon brutale à tous ceux et celles qui combattent pour la liberté de leur peuple, pour la démocratie. On y assassine les poètes. Ici, le gouvernement fédéral, qui dit représenter tous les Canadiens, dans ce chrétien de beau pays de liberté, va continuer à subventionner une association dirigée par un homme tel William Johnson, un homme qui assassine l'oeuvre d'un poète, la mémoire d'un peuple, le peuple du Québec.
Pierre-Paul Roy
Laval, 3 juin 1998
Lettre au Devoir, 9.6.98

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