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Déménager le Québec
Stéphane Laporte
La Presse, le 25 mai 1997
Messieurs Duceppe, Bouchard et Parizeau, vous vous trompez! Messieurs
Chrétien, Charest, Manning et madame Mcdonough, vous vous trompez aussi! Le Québec, il ne faut ni le séparer du Canada ni le garder dans le Canada. Il
faut le déménager. Au plus vite!
Samedi dernier, ma blonde et moi étions en route pour le Saguenay. Pour
aller visiter la parenté de mon bleuet d'amour. Et il neigeait à pelleter
debout! Oui monsieur! La grosse tempête de neige dans le parc des
Laurentides! Le 17 mai! C'est le flocon qui a fait déborder le vase! Ca
fait 400 ans qu'on endure ça. Mais là, on n'en peut plus! Même Gilles
Vigneault est écoeuré! Mon pays, ce n'est pas juste l'hiver, mon pays c'est
l'asile! Sortez-nous d'ici quelqu'un!
Cette traversée du parc fut mon chemin de Damas enneigé. C'est là que j'ai
eu l'idée de fonder le PPDQ. Le Parti pour le déménagement du Québec. J'ai
déjà trente candidats de recrutés. Ce sont tous les membres du clan
Panneton!
Notre option repose sur un postulat bien simple: si ça val mal au Québec,
ce n'est pas la faute au fédéral, ni aux séparatistes, ni aux médias, c'est
la faute au maudit temps de fous! Une analyse sérieuse des principales
causes du marasme québécois ne peut mener qu'à cette conclusion.
Le problème économique au Québec, c'est la faute au maudit temps de fous!
Enlevez tous les millions dépensés à ramasser la neige, à recouvrir le
Stade, à réparer les routes, à recouvrir encore le Stade, à acheter des
bottes aux petits, à rerecouvrir encore le Stade, et y'en n'a plus de
déficit!
Le problème hospitalier au Québec, c'est la faute au maudit temps de fous!
Enlevez des hôpitaux tous ceux qui sont là à cause des engelures, des côtes
fracturées sur les trottoirs mal déblayés, des crises cardiaques dues au
pelletage, des dépressions nerveuses dues au manque de soleil, des
commotions cérébrales dues au morceaux de Stade tombés sur la tête, et y'en
n'a plus d'engorgement dans les salles d'urgence!
Le problème du chômage au Québec, c'est la faute au maudit temps de fous!
Le tourisme est le principal facteur d'emploi. Or, les touristes aiment
généralement aller dans les endroits où il fait beau. Faut les comprendre.
Admettons que vous êtes un Allemand et que vous avez le choix entre passer
vos vacances dans les îles grecques, aux îles Vierges ou aux
Iles-de-la-Madeleine. Comment, dieu du ciel, peut-on vous convaincre de
venir chez les Madelinots? A part de souligner que la pluie c'est meilleur
pour la peau, il n'y a pas d'autre argument.
Le problème du divorce au Québec, c'est la faute au maudit temps de fous!
Dans notre belle province, il fait beau UNE journée par année. C'est cette
journée-là, bien sûr, que les Québécois et les Québécoises choisissent pour
tomber en amour. Le lendemain, il recommence à faire un temps de cul. C'est
pas grave, parce que c'est ce que les Québécois et Québécoises sont en
train de faire! Le problème, c'est que la passion dure deux mois et que le
temps de c... dure 11 mois et 29 jours. Les Québécois et les Québécoises
sont donc pris à rester dans la maison en n'ayant plus rien à faire. Le
temps gris finissant par affecter leurs petits caractères, ils divorcent
avant la prochaine éclaircie.
Et enfin, l'éternel problème linguistique au Québec, c'est aussi la faute
au maudit temps de fous! Si notre mère patrie ne nous avait pas abandonnés,
notre langue ne serait pas menacée. Et si les Français nous ont abandonnés,
c'est parce qu'ils n'avaient rien à foutre d'un territoire où on se les
gèle 11 mois et 29 jours par année. Vivement la Côte d'Azur!
Malheureusement pour nous, les Français qui étaient déjà rendus ici
n'avaient pas le sens de l'orientation. C'est en cherchant la route des
Indes qu'ils ont découvert la Gaspésie! Alors, quand ils ont essayé de
trouver la route pour retourner chez eux, ils sont arrivés à Drummondville!
Voilà pourquoi, nous, descendants de colons très colons, nous sommes
poignés ici au milieu des Galganov et des Manning.
Mais grâce au PPDQ, cetter erreur historique sera bientôt réparée. Bien
sûr, pour pouvoir déménager le Québec sous d'autres cieux, il faut que les
gens qui y vivent acceptent de nous laisser leur place. Voilà pourquoi le
PPDQ a déjà négocié une entente de partenariat avec le nouveau gouvernement
du Congo. Si vous nous élisez, nous allons déménager unilatéralement la
population du Québec au Congo, et vice-versa. Pour le plus grand bien de
nos deux peuples. Comme nous serons heureux, étendus au bord de notre
piscine Trévi à Kinshasa, le soleil nous dorant la bédaine. Pendant que les
Congolais bien installés dans nos résidences de Brossard ou d'Outremont
cesseront enfin de se taper dessus dans la rue. Parce qu'ils seront bien
trop gelés pour oser mettre le nez dehors!
Je sais très bien que vous ne prenez pas les déménagistes au sérieux. On
riait aussi des indépendantistes en 1960. Mais après avoir passé l'été à
casser la couche de glace recouvrant votre piscine, à vous faire griller en
Kanuk et à vous mettre la tête dans le BBQ pour vous réchauffer, vous ne
rirez plus de nous. Je suis convaincu que d'ici septembre, plus de
cinquante pour cent des Québécois deviendront déménagistes. Autant les
anglophones que les francophones d'ailleurs. Car si le soleil luit pour
tout le monde, quand il ne luit pas, il ne luit pas pour personne!
N'attendez pas qu'il soit trop tard. Si vous voulez sauver votre économie,
votre emploi, vos hôpitaux, votre langue, votre couple, votre été et
surtout ma carrière politique, vous n'avez pas le choix, votez PPDQ le 2
juin!

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