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Le chanoine et son petit peupleLe Devoir 13 septembre 1998
UNE ANTHOLOGIE Lionel Groulx
Cette conscience de travailler en terrain miné explique probablement la prudence avec laquelle le professeur d'histoire de l'Université de Montréal s'est acquitté de sa tâche. Ainsi, reconnaissant les travers de Groulx, son conservatisme social, le vieillissement de son oeuvre à plusieurs égards, Julien Goyette signe une présentation nuancée, mais surtout belle et qui s'avère un efficace guide de lecture des extraits proposés. Le philosophe Serge Cantin nous avait déjà mis en garde: bien lire Groulx, c'est éviter l'écueil de la décontextualisation outrancière (qui sape les assises de l'oeuvre), tout comme celui de la surcontextualisation (qui explique tout par l'époque). Goyette fait sienne cette invitation au respect critique et nous convoque à une lecture de l'oeuvre «réelle» de Groulx, dégagée de toute mauvaise conscience: «Dialoguer n'est pas acquiescer à tout, c'est d'abord consentir à une ouverture.» Et ceux qui consentiront en seront quittes, je crois, de certains préjugés tenaces. Habitués que nous sommes à accepter toutes sortes d'affirmations péremptoires au sujet de Groulx, il n'est pas sans surprise de constater, sur pièces, que cette couvre se lit, ma foi, fort agréablement. Divisée en courts extraits regroupés par la suite selon des thématiques marquantes de la pensée groulxienne, elle perd de sa lourdeur qui la rend un peu fastidieuse, il est vrai, lorsque consommée d'une traite. L'avenir du peupleBien sûr, comme l'écrivait Fernand Dumont «le style est d'un bon écrivain, mais trop uniformément oratoire». Cela dit, on passe aisément par-dessus cette emphase, fréquente chez les lettrés de l'époque, si l'on consent à partager la ferveur qui anime le propos. Groulx, au fond, sa vie durant, n'aura eu comme unique préoccupation que l'avenir de son «petit peuple» qu'il aura, nous dit Julien Goyette, cherché à sauver dans l'écriture. Son style «vieux prêtre», c'est vrai, peut en rebuter quelques-uns (malgré sa remarquable clarté), mais la sincérité de son engagement, son dévouement dirais-je, puisqu'il faut bien appeler les choses par leur nom, donne à l'oeuvre un cachet d'authenticité et de constance qui mérite, encore aujourd'hui ce me semble, le respect, fût-il critique. Le choix de Julien Goyette dans la production monumentale de Groulx exclut, pour l'essentiel, les passages les plus controversés de l'oeuvre. Cela sera certainement souligné par les critiques les plus vindicatifs du chanoine. Néanmoins, on peut dire que la sélection ratisse large et offre un portrait assez représentatif de l'univers groulxien. Politique, historique, spirituel, philosophique, pédagogique et littéraire, celui-ci reste cependant surdéterminé par la question nationale qui en constitue l'aiguillon. Rejetant les accusations de chercheur de querelles qu'on lui a souvent lancées, Groulx se sera imposé un devoir moral d'opposer la recherche de la justice et de la réciprocité de traitement aux fédéralistes bornés et à ceux qu'il appelait les «bonne-ententistes», spécialistes dans l'art de courber l'échine. Son testament en fera état en des termes qui font taire l'insolence: «De ce point de vue qui fut celui de toute ma vie, on pourra s'expliquer, je crois, tout ce que j'ai dit, tout ce que j'ai écrit, tout ce que j'ai fait, et de même pourra-t-on comprendre que parfois je l'ai fait passionnément. Pour ce motif, et pour cette inspiration de mes actes, Dieu veuille me pardonner et me faire miséricorde.» A lire ou à relire, donc, pour «ne nous laisser enfermer dans le présent» (Julien Goyette). (...)
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